‹ Syphilis et TraumatismesChapitre 6 sur 29 · HISTORIQUE - INTRODUCTION · texte numérisé non relu

HISTORIQUE - INTRODUCTION

L'idée que les maladies générales, et la syphilis en particulier peuvent influencer la marche et l’évolution des plaies n'est pas nouvelle, tant s’en faut.

Si l’on parcourt la littérature médicale, on voit que vers 1550, un chirurgien du nom d’Amatus Lusitanus, ayant opéré un soldat syphilitique, lui fait suivre un traitement au gaiac et il ajoute : « Capitis sectionem perforationemme ut cœtera curavivus ulcera ».

Vers la fin du siècle suivant, Gervais Ucay, médecin toulousain, dans son livre intitulé « Problèmes curieux dans lesquels on résout les plus belles questions qu'on peut professer sur la maladie vénérienne, etc. » considère « les obstacles évidents à la guérison des plaies chez les gens qui ont le sang gaté, abondant en mauvaises humeurs, âcres, de vérole ».

Quelques années plus tard Saviard dans son nouveau recueil d'observations chirurgicales, recommande si l’on doit opérer un sujet syphilitique, de lui faire prendre en même temps du mercure « pour combattre le virus vérolique, qui ne manquerait pas de s'opposer à la guérison ». DE PRE

Il faut ensuite arriver au début du XIX° siècle avec Four-

nier, qui écrit en 1815 (1) « si un syphilitique ancien

{4) Dictionnaire en 60 volumes. Tome XII, P. 408.

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vient à recevoir une blessure, il n’est pas rare de voir la plaie, au bout d’un temps plus ou moins long, se convertir en un ulcère vénérien ». Successivement J. L. Petit, Cazenave, Jobert, s'appuyant sur des faits cliniques, confirmant cette idée. Mais à cette époque paraît la première note discordante avec Lagneau, Lucien Boyer et Ricord qui écrit en 1851 : « Le vénérien n'est pas une outre virulente qu'il suffit de piquer pour en faire sortir le virus qui doit ensuite ulcérer chancreusement l’ouverture qui lui a donné passage. Nous opérons tous les jours des syphilitiques et la marche des plaies suit son cours ordinaire, pourvu que celle-ci ne soit pas souillée après coup par du pus virulent ».

Les faits en sont là, non encore réglés, avec leurs partisans et leurs adversaires, lorsqu’en 1863, dans un numéro de février de la Gazette hebdomadaire, à propos d’une observation très intéressante sur une affection décrite par Mirault d'Angers, Verneuil soulève définitivement la question. Voici ses termes : « Je ne me dissimule pas qu’en admettant sur une plaie accidentelle l'influence directe d’un état constitutionnel, j’'énonce une proposition contraire à une règle qui paraît bien établie et en vertu de laquelle on peut pratiquer une opération sur un sujet diathésé sans craindre de voir cette plaie prendre des caractères spécifiques ». Cependant : « Vous opérez chez un syphilitique une fistule pénienne, la réunion immédiate manque, l’autoplastie échoue. Vous instituez un traitement approprié, puis vous recommencez et cette fois avec succès ». Et il termine : « Je ne fais que soulever ici sans m'y étendre, une question qui intéresse au plus haut point la médecine opératoire et qui est encore cependant entourée d’obscurités ». L'éveil est donné, et dès lors commence la période florissante de la question.

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Au mois de juillet Guillemin publie dans la même Gazette une observation que nous rapportons plus loin et qui montre nettement l’action réciproque de la syphilis et du traumatisme. |

En 1867, au congrès international de Paris, Verneuil énonce le desideratum de la scicuce sur ce point, et après avoir énuméré les différentes diathèses qui peuvent être mises en cause il ajoute : « Il est plus que probable que chacune d'elles est susceptible d'exercer une influence sur les résultats de l'opération, je n'ai pas besoin de dire de quelle importance serait cette réponse et ce que la chirurgie gagnerait à connaître exactement le pronostic de chaque opération en général et pour'chaque cas en particulier ».

Cinq ans plus tard Després, dans son livre sur la syphilis, constate « la fâcheuse propriété qu'ont les syphilitiques de présenter des périostoses et même des gommes aux moindres traumatismes ».

En 1875 Henri Petit, dans sa thèse inaugurale, travail très documenté, élaboré sous la direction de Verneuil, résume l’état de la question de la syphilis dans ses rapports avec le traumatisme, à cette époque. La méême année Berger (1) reprend, dans sa thèse d’agrégation, le même sujet sous une forme plus générale. Quelques temps après, Abadie (2) rapporte une nouvelle observation et il conclut dans son article : « que le chirurgien doit procéder avec une extrême prudence ; il faut qu'il s’assure avant d'intervenir, que de nouveaux effets pernicieux de la diathèse syphilitique ne sont plus à craindre,

(4) Thèse d’agrégation, Paris, 1875. De l'influence des maladies constitutionnelles sur la marche des lésions traumatiques.

(2) Gazette des hôpitaux de Paris, 1875, N° 28.

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sinon il s'expose à voir une nouvelle complication détrui-

re son Œuyre ».

En Allemagne Dusterhoff, dans son ouvrage paru en 1878, remarque que les opérations pratiquées chez les syphilitiques échouent fréquemment.

En 1879, Verneuil (1), dans un article intitulé : « Traumatisme et propathies » traite la double question du réveil de la syphilis par les blessures graves ou la maladie.

En 1883, dans un remarquable rapport lu à la société de chirurgie, par un long commentaire de deux observations, il revient sur l’action aggravante du traumatisme sur les propathies en général et à ce propos il demande aux chirurgiens : « qu’ils ne soient pas trop prompts à saisir le couteau, qu'ils ne sacrifient point le {uto au cito, qu'ils pèsent soigneusement le pour ou le contre de leurs interventions ». [l termine par ces mots : « Ce que prouve mon rapport c'est que le traumatisme est susceptible d'aggraver l'état antérieur ». On sait les restrictions qu'apportèrent successivement Trélat et Desprès. Quoiqu'il en soit, posée, développée, commentée par une autorité médicale telle que Verneuil, la question n’en reste pas moins acquise. Les faits cliniques ne font qu’arriver par la suite pour la confirmer.

En 1885, Jannot dans sa thèse inaugurale, confirme en s'appuyant de faits cliniques, l’action néfaste des traumatismes chirurgicaux chez les syphilitiques. Mais à partir de cette époque, sauf quelques articles épars çà et 1à dans les traités de syphiligraphie, de médecine légale et les périodiques, la littérature médicale reste à peu

(1) Revue mensuelle de médécine et de chirurgie, 1879.

près muelte sur ce sujet. C’est ce qui nous a engagé à le reprendre.

Nous n'avons assurément pas l'intention de faire œuvre nouvelle et ce long historique le prouve surabondamment. « Tout est dit et l'on vient trop tard, a dit La Bruyère, depuis plus de sept mille. ans qu'il y a des hommes et qui pensent ». Nous avons cru toutefois ne pas faire un travail inutile, en reprenant certains points plus particuliers, qui ne semblent pas ressortir d'une façon suffisamment claire des travaux antérieurs. Nous voulons parler des conditions favorisant cette action réciproque de la syphilis et du traumatisme et de l’importance du diagnostic, importance qui se fait sentir non seulement au point de vue du traitement mais encore qui à pris un intérêt tout particulier (1) depuis la mise en vigueur de la loi du 9 avril 1898 sur les accidents du travail.

Nous avons divisé notre sujet en quatre chapitres

Le premier sera consacré à l'étude des conditions étiologiques qui favorisent l’action réciproque de la syphilis et du traumatisme.

Le deuxième aura trait à l'étude clinique. Dans le troisième nous traiterons du diagnostic.

Enfin dans le dernier nous envisagerons la question dans ses rapports avec la médecine légale.

(1) Brouardel, Thibierge, Tourey-Piallat Forgue et Jeanbrau, Ollive et Le Meignen

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