AFFAIBLISSEMENT DU VIRUS
Ést-il vrai que ce mal, autrefois si vorace, Avec moins de fureur sévit sur notre race ?
A la fin du quinzième siècle, cette maladie se montra sous des formes effroyables. Ea mort en était souvent la terminaison. Ne la considérant pas comme maladie nouvelle, les médecins contemporains en attribuèrent la cause à l’intempérie des saisons , à la crue des eaux, à la débauche qui allait toujours croissant; d’autres pensèrent que c'était une punition divine. Les astrologues du temps, qui étaient en grande vénération, en trouvèrent la cause dans la comète et dans la conjonction de certaines constellations.
A cette époque elle était contagieuse par l'air, l’haleine ou les vêtements. Hume rapporte que le cardinal Wolsey, premier ministre de Henri VIE, fut accusé à la chambre d'Angleterre d’avoir parlé bas à l'oreille du roi, sachant bien que lui, Wolsey, était infecté de cette maladie.
Dans l'opinion des auteurs les plus célèbres de tous les pays, le virus est toujours le même ; mais, semblable aux effets de l'électricité, on en ressent plus ou moins l'influence, selon que les corps sont plus ou moins conduc— teurs; et si les mêmes règlements barbares, les mêmes 'préjugés, les mêmes traitements existaient, nul doute que cette maladie n’épouvantt encore la société tout entière; mais, heureusement pour l’humanité, on a découvert des armes puissantes contre cet ennemi redoutable. Aussi variés que le mal, les médicaments le suivent dans ses diverses transformations, le découvrent toujours sous les voiles les plus obscurs; et, suivant sa marche insidieuse, l’atteignent, l’enchaînent et le détruisent.
Ainsi, la bénignité de cette maladie doit être exclusivement attribuée dans nos pays civilisés non à la dégénérescence du virus, mais aux secours prompts que les malades y trouvent, au degré de perfection auquel on a porté ie traitement de ces maladies, et surtout aux principes d'humanité qui s’y sont répandus, et qui ont heureusement succédé à la cruauté et superstition barbare des siècles précédents.
Les personnes de l’un et de l’autre sexe, moins esclaves des préjugés qu’autrefois, se présentent plus tôt pour être traitées, et le sont plus
facilement par des gens de l’art plus instruits; et c’est pour cette raison que la maladie syphilitique, quoique plus répandue, est bien moins violente à Paris et à Londres que dans toute autre capitale de l’Europe.
Dans les grands lazarets où , sur des lits ardents, Se tordent des douleurs qui font grincer les dents.
Les hôpitaux destinés au traitement des vénériens ne sont pas en rapport avec le nombre des malades, et encore aujourd'hui, on ne peut y être admis qu'avec le privilège d’une affection ayant beaucoup de gravité. Cependant Paris est 1a ville où ils trouvent le plus de secours; on les traite aux Capucins, au Val-dé-Grace, à la Maïson Royale de santé, à l'hôpital de l'Oursine, à Saint-Lazare et à l'hôpital Saint-Louis; en outre il y à des consultations et dés distributions gratuites de médicaments aux indigents. |
En 1497, quand la syphilis sévissait avec tant de violence, le parlement se borna à chasser les malades, sous peine de hart. En 1535, on concéda 376 lits pour le traitementdes teigneux, des épileptiques et des vénériens , et encore manquaient-ils de médicaments et de linge que l’'Hôtel-Dieu leur refusa jusqu’en 1614. Cependant, conformément aux ordonnances, les véné-— riens furent régulièrement châtiés et fustigés jusqu’en 1787, avant et après leur traitement, et l’on est justement surpris de savoir que cette infame coutume s’est encore conservée dans nos régiments où lasalle de police est infligée à tous les malades après leur traitement. En Orient, les soldats atteints de cette maladie étaient bâtonnés et mis au cachot, et Namich-Pacha seul à pu faire cesser cet horrible traitement en 1833. En 1730, il n’y avait que 400 lits qui leur fussent destinés ; en 1784, M. de Breteuil, ministre de l'intérieur, visitant Bicètre et la Salpétrière, fut indigné du local horrible dans lequel ils étaient. «En 1787, dit Cullerier, il n’y-avait qu’un lit pour huit » malades, dans un local noir, tapissé de toute espèce de malpropreté ; » les croisées étaient clouées et ne donnaït jamais d'air, le carreau ne se » voyait plus, tant il était couvert de charpie, d’ordure, etc. ;.» et comme » où n’admettait que 50 hommes et 50 femmes au traitement qui durait