ÉTISIE MERCURIELLE
pensable, et qu’il existait des moyens de guérir plus efficaces et non accom— pagnés de danger. C’est principalement aux médecins anglais, chargés du service des grands hôpitaux militaires, que cette tâche était réservée.
Guillaume Fergusson, médecin de l’armée anglaise et espagnole en Portugal, eut occasion de guérir un grand nombre de malades atteints de la maladie vénérienne, sans employer un seul grain de mercure, ce qui l’engagea à publier ses observations et à con$eiller à ses compatriotes de cesser l’emploi d’un remède qu’il voyait souvent produire des accidents très graves dont lés malades se ressentaient toute la vie.
Quelques années après que Fergusson eut fait connaître les résultats de son expérience, plusieurs ouvrages publiés en Angleterre par Thompson, Rose, Barthe, etc., contribuèrent puissamment à faire rejeter le mercure du traitement des maladies vénériennes.
MM. Gordon et Guthrie, médecins de l'hôpital d’York, ont aussi traité et guéri beaucoup de vénériens sans employer le mercure. Guthrie affirme particulièrement que tous les ulcères des parties génitales, quels que soient leur forme et leur aspect, sont guérissables sans mercure. Ce serait, suivant lui, un fait établi sur plus de cinq cents observations qu'il a recueillies ou qui lui ont été communiquées d'individus traités dans les différents régiments des gardes pour des maladies vénériennes (1).
Tandis que MM. Evans, Murray, Brown et les syphilographes de l’école physiologique constataient en France l’inutilité du mercure, en l’excluant du traitement des maladies vénériennes, je réunissais de mon côté de nom— breuses observations qui attestent les heureux effets qu’on peut obtenir des antiphlogistiques et des dépuratifs sagement combinés.
l’action bienfaisante des sudorifiques dans le traitement de la sÿ— philis est depuis longtemps reconnue. On sait qu’en Égypte, où ces maladies sont très communes, les moines la guérissent fort bien par le seul moyen des bois antivénériens. utilité de l’excitation des fonctions de la peau est encore démontrée par la guérison spontanée de la syphilis souvent observée chez les malades qui passent des pays froids de l'Europe dans les régions tropicales. C’est aussi par la même raison que peut s'expliquer chez les forçats la disparition sans traitement des maladies dont ils sont infectés, et qui n’est due qu’à la réaction cutanée que déterminent habituellement chez eux les travaux pénibles auxquels ils sont condamnés.
Les témoignages qui précèdent, présentés en faveur des guérisons obte—
(1) Mémoire de Krueger, Journal comp., t. XIV, p. 110,
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nues sans mercure, étant réunis dans un chapitre destiné à faire connaître les funestes accidents que peut occasionner ce remède, doivent être un motif de plus d’en faire rejeter l’usage.
Les accidents immédiats du mercure ne se bornent pas à ceux auxquels on peut remédier. Il arrive souvent, lorsque la salivation est établie, que les dents se noircissent, se carient, s’ébranlent et tombent, sans qu’on puisse y mettre obstacle. |
Quant aux accidents consécutifs que peut déterminer le mercure, indépendamment de ceux que nous venons d’énumérer, il en est un qui mérite une grande attention : c’est l’altération générale que peut éprouver l’organisme par l'effet du mercure donné à trop forte dose, ou à la suite de plusieurs traitements mercuriels. Il est évident qu’il existe une habitude cachectique produite directement par le mercure, et qu’on peut appeler cachexie mercurielle. On doit même croire que l’état, désigné communément sous le nom de cachexie vénérienne, n’est pas moins dû à l'abus du mercure qu’à la diathèse syphilitique. Cela paraîtra d'autant plus probable qu’il n’y a pas d’exemple d’un vénérien tombé en cachexie sans avoir été traité par le mercure.
Les mots : donné à forte dose, soulignés plus haut, ne veulent pas dire que, pour produire la cachexie, le mercure doit être porté à une dose invariablement déterminée ; ces résultats au contraire peuvent varier selon la disposition des individus; et telle dose assez minime pour ne produire que des effets peu remarquables chez quelques uns, peut suflire chez d'autres pour les jeter dans un état cachectique, tant les effets de ce médicament sont incertains.
M. Desruelles s'exprime ainsi, relativement au mercure, dans Ÿ’Æsculape (journal) du 12 avril 1840 :
«Il peut nuire et être mal supporté à la dose la plus minime. C’est alors que vous verrez le malade triste, abattu ; sa langue se couvrira d’un limon jaunâtre, son haleine sera fétide et son appétit perdu ; il conservera, quoi qu’il fasse, un goût métallique dans la bouche. Si ces phénomènes précurseurs ne vous mettent pas sur vos gardes, des coliques, des pincements d’estomac, quelques nausées , des vomissements même, une fièvre vive, une soif, sècheresse et brûlure de la gorge, un amaigrissement rapide, une teinte jaunâtre de la peau, et un tiraillement inaccoutumé des traits de la face, vous avertiront, mais bien tardivement, que la dose du mercure est très élevée, qu’elle est mal supportée, qu’elle nuit, »
» Dans ces cas, les maladies syphilitiques partagent la souffrance de l’organisme, et le médicament qui devait les guérir, les exaspère, entrave leur
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marche, et les précipite dans des terminaisons funestes. Des affections secondaires se montrent, celles surtout qui siègent à la peau , aux ouvertures des membranes muqueuses, se sucvèdent, s’aggravent et se compliquent de plus en plus. C’est alors que le régime diétique et l'hygiène dévoilent toutes leurs puissances d’action. »
La vérité commence à luire sur la France.
Après avoir suivi les cours cliniques de Cullerier, de 1820 à 1825, à l’hos— pice du Midi, je soutins ma thèse au grade de docteur, le 4° février 1825, sur un sujet qui parut bien hardi et qui m'a suscité de nombreuses tracasseries ; elle était intitulée : De la thérapeutique des affections syphilitiques sans l'emploi du mercure. Depuis ce temps l'opinion a fait bien des progrès, et, d’après l'impulsion queles médecins de l’école de Paris ont donnée à lascience, partout où le nouveau traitement sera exactement etsoigneusement appliqué, il rendra les maladies syphilitiques de plus en plus légères, diminuera le nombre et la gravité des accidents qui les compliquaient si souvent, et la guérison sera généralement exempte de récidive. On ne verra plus ces marques honteuses et ineffaçables qui ont troublé le repos de tant de familles et empoisonné l'existence de ceux qui les portaient.
On doit être tolérant pour les idées mystiques de la multitude, et pour les chimériques projets de certains publicistes; mais, induire la tolérance des fausses pratiques en médecine, c’est commettre un délit moral; l’on ne saurait donc trop s’empresser de révéler les erreurs dangereuses des partisans du mercure ; et certes l’on doit plus s'étonner de la coupable indifférence des médecins qui le prescrivent , que de la crédulité de ceux qui y ont recours; car souvent ils ne le prennent qu'avec défiance , et ce n’est que par l’espérance chimérique d’être guéris plus radicalement, que les malades se soumettent avec résignation à ce traitement qui n’a pour lui que l’ornière de la routine et le prestige des préjugés.
Et sait qu'il est trop tard pour réclamer l'appui D'un système sauveur qu'il repoussa de lui.
Le cadre de ces notes ne comporte pas qué l’on entre dans les détails
du traitement de chaque symptôme des maladies syphilitiques , et nous l’in— diquerons sous forme d’aphorismes dont le développement se trouve dans un ouvrage spécial que nous avons publié sur ce sujet, intitulé : Zraité des maladies syphilitiques , 1 vol, in-8. avec gray.
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La blennorrhagie peut être guérie dans quelque cas, surtout lorsqu'elle est bénigne, par la diète, le repos, les bains, les boissons délayantes, etquelquefois les évacuations sanguines. Mais en général la prudence exige quelques dépuratifs internes.
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Lorsque cette maladie a été longtemps douloureuse, qu’elle a donné lieu à l’orchite, elle peut déterminer les accidents généraux de la syphilis, dont elle réclame le traitement. Les moyens qui conviennent, dans ce cas, sont l'usage des sudorifiques unis aux calmants, et des purgations légères réité— rées, lorsqu'il n’y à pas de contre-indication.
Les injections ne doivent jamais être employées pendant la période inflammatoire. Le traitement abortif par le copahu ou le poivre cubèbe, ne doit être tenté que chez les individus robustes, peu irritables et lorsqu'il n’existe aucun indice d’irritation intestinale.