‹ Syphilis. Poème en deux chantsChapitre 27 sur 37 · EXTRAIT DE LA NÉMÉSIS · texte numérisé non relu

EXTRAIT DE LA NÉMÉSIS

» Il rajeunit les os ; chaque jour il invente ,

» Radoube, met à neuf sa carène vivante :

» Et le temps arrivé, si je viens le saisir,

» Je le trouve bardé de baume et d’élixir ;

» Chaque jour il enlève un sapin à mon trône :

» On fait des lazarets contre la fièvre jaune,

» Et la peste classique, esclave du savant,

» À peine m’obéit dans un coin du Levant.

» Encor, si dans ces jours de cruelle disette ,

» Je pouvais sur la guerre établir ma recette!

» Mais on ne se bat plus sur les deux Océans ;

» Les peuples sont bénins et les rois fainéants ;

» Je me meurs; sous mes yeux la belliqueuse Europe » Abjure son erreur et se fait philanthrope ;

» Tous les fléaux mortels désertent mes drapeaux,

» Erle gazon maigrit dans les champs de repos. » Quand ces êtres puissants, suspendus sur nos têtes, Ont ainsi compulsé leurs archives secrètes ;

Ils méditent longtemps quelque horrible projet. Pour remplir d’un seul coup leur atroce budget, Imprimant à ses os un cliquetis de rage,

La mort part; elle va combler son arrérage ;

L'Être exterminateur à promis cette fois

Que sa froide balance aura son juste poids.

Jadis, elle appelait dans ces moments de crise, Tamerlan, Attila, Genseric ou Cambyse,

Puissants dévastateurs qui, dans leur grand chemin, Comme sous un marteau broyaient le genre humain, Et, poussant au hasard leur course vagabonde, Rendaient à leur insu l'équilibre à ce monde.

Mais le siècle n’est plus où, comme des volcans

Des monts Himalaya, sortaient les Gengiskans ;

Le casque d’Attila, comme une armure usée

Ne trouve plus de tête, et dort dans un musée ;

Partout la vie abonde, et les peuples voisins Pullulent, sans frémir au nom des Sarrasins.

N'importe, pour avoir son bien qu'elle réclame, L'ingénieuse mort ravive un Abdérame,

Un exterminateur, dont le corps immortel

Se rit des Marius et des Charles-Martel.

Oh ! cette fois honneur au tout-puissant squelette ! Son génie est fécond, et son œuvre est complète ! De ce fils dévorant le monde parlera ;

Sa marraine d'enfer l’a nommé Choléra !

Tous les autres fléaux, ces vieilles renommées, La peste, le typhus, ne sont que des pygmées Que l'octroi de la mer tient vingt jours en arrêt, Qu'un commis emprisonne aux murs d’un lazaret ; Monstres dégénérés, sans vertus homicides, Qu'on étouffe en naissant dans un vase d'acides. Mais lui, le choléra, ne connaît de prison Que les cercles du pôle où s'éteint l'horizon ;

Dans le Gange et l’Indus sa retraite est choisie ; Le voyez-vous bondir du plateau de l'Asie Immense réservoir aux gouffres inconnus,

D'où les grands ravageurs de tout temps sont venus ; Il vient comme un condor d’épouvantable augure, : De ses ailes sans fin déployant l’envergure, Troublant avec ses pieds l’eau d’un double bassin, L'un dans la mer Baltique et l’autre dans l’Euxin. Pour tomber sur le nord et franchir le Caucase

Il a bravé du czar l’impérial ukase ;

Comme des ornements il suspend à son cou

Les dômes du Kremlin et les croix de Moscou, Sans crainte cette fois que Sobieski vienne

Il remplace les Turcs sous les remparts de Vienne, Dévore les Baskirs, les cavaliers du Don

Qu'une loi salutaire éparpille en cordon;

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