‹ Syphilis. Poème en deux chantsChapitre 28 sur 37 · EXTRAIT DE LA NÉMÉSIS · texte numérisé non relu

EXTRAIT DE LA NÉMÉSIS

Il chasse tous les rois, entre ses mains fatales

Il tord les intestins des villes capitales ;

Il brûle tout au feu de ses exhalaisons,

Trace la croix de sang sur toutes les maisons, Charge les tombereaux et les noires litières

De cadavres portés aux étroits cimetières ; Puis, quand il s’est repu, quand devant chaque seuil Il a fait dérouler la tenture de deuil,

Quand il ne trouve plus que des demeures vides, Quand il a desséché, sous ces lèvres avides, Tout ce qu’une cité peut contenir de pleurs

Il s'éloigne en riant et va jouir ailleurs.

Où va-t-il ce géant que le monde redoute ?

Qui connaît le secret de sa carte de route?

Errera-t-il longtemps sur les cercles germains ? 0 terreur ! De ce globe il sait tous lesféhemins: Agent mystérieux , accablant phénomène :

Il détruit tout Fe de la science humaine :

En vain veut-on trouver le monstre aérien,

L’œil se perd dans la nue, il n’y rencontre rien. Le mal est sous son vol une horrible merveille ; Il dément aujourd’hui ce qu'il à dit la veille;

Ce qu'il fera demain l homme ne le sait pas : Tantôt en droite ligne il marche pas à pas :

Puis, changeant tout à coup sa tactique de guerre, Comme un cheval d'échec, il bondit en équerre ; Îl aime à déjouer les systèmes de l’art ;

Si l’on dit : ce fléau respecte le vieillard ;

Sur l'heure, au même jour, le choléra s’avance, Etouffe le vieillard et respecte l'enfance.

Prouvez-vous que le nord arrête ses progrès,

Il s’installe à Dantzick sous cinquante degrés : Sous des cieux opposés le monstre s’acclimate ; Né sur le sol heureux qu'embaume l'aromate,

Il s’ébat volontiers, dans ses horribles jeux,

Au bord des lacs infects et des marais fangeux. Mais qu'il révèle bien l’infernale pensée

Par qui sur les humains sa rage fut poussée, Quand il punit de mort, sur l'heure du délit, L’imprudent qui se rue aux voluptés du lit!

Le choléra jaloux, dans son brülant passage, D'une teinte verdûtre empreint son frais visage, Il glace ses pieds nus, brèle ses intestins, D'horribles visions trouble ses yeux éteints , Suspend des longs baisers la nocturne harmonie Et change un cri d'amour en râle d’agonie.

ANALYSES ET COMPTEN-RENDUN DE NYPHTLIS,

Poème en ? Chants par BARTIELE MY PAR LA PRESSE SCIENTIFIQUE.

Aujourd'hui même paraît et nous est remise une élégante brochure, émaillée de vignettes et remplie de beäux vers, parmi lesquels il en est d admirables. La chose paraîtra toute simple , puisque l'ouvrage est de M. Barthelemy, l'auteur de la V'ilelliade, du Fils de l’homme, de La NVémésis et de dix autres poèmes , presque tous célèbres. Le nouvel opuscule nous a paru toul parfumé comme s’il eût subi quarantaine au lazaret de Marseille, ce dont son titre le rendait bien digne ; il est en effet intitulé : Syphilis, expression assurément peu comprise du grand nombre, quoique fort éloquente.

n° ya trois siècles passes , et alors que le morbus gallicus se montrait aussi épidémique que le fut en 1832 le choléra morbus , autant et plus contagieux que la peste , Fracastor, philosophe autant que médecin', osa dédier son poème au cardinal Bembo, qui l’en remercia affectueusement sans être reprimande par Leon X , pape illustre ; dont Bembo était le secrétaire et l’ami.

Si châties que soient les vers de M, Barthelemy , et bien que la poésie modérne soit. presque aussi brave que le latin, nous doutons fort que notre poète, osât dédier ses nouveaux chants à l’un des membres du sacre Collège.

Toutefois, orthodoxe en toutes choses, même en hygiène, Tauteht du nouyeau poème enseignera des choses utiles aux esprits profonds qui l’auront médité.. Isinore Bourpox, D.M.P. (Feuilleton du Constitutionnel, du 27 juin 1840.)

Il est arrivé à M, Barthelemy , il y a quelques mois, un poème latin d’Zyeronimus Fracastor ; le style et le tour du vers le charmèrent au point de fui faire oublier le sujet de l’œuvre; il oublia surtout ce qu'a dit le classique Boileau :

« Le latin dans les mots brave l'honnêteté, »

Fracastor avec une vervé d'imagination, à la manière de Juvénal, aurait maudit plutôt que chanté un abominable fléau, qui mélela honte et la souffrarice aux plus délicieuses jouissances, et corrompt par des germes mortels les sources de la vie. Le traducteur de Virgile, s’essaya à reproduire en vers un fragment de cet énergique et melodieux anathème ; ;il Y réussit avec bonheur. Alors il se rappela la licence qu'Horace donne aux poètes : quid libet audenti; il se souvint aussi du précepte : » /Vil intentatum nostri liquêr e poetæ , » il osa et il entreprit; ila conduit sa muse sur les bords de cette source redoutable, et ses alexandrins ont dit le mal que Fracastor avait fltri dans ses hexamètres. L'engagement que M. Barthelemy a pris, a été religieusement tenu, et c’est ce qui encourage ét justifie notre analyse. Le premier chant décrit le fléau ; c’est l’enfer du Dante, qui enseigne la vertu par l'horreur du châtiment. Les incertitudes de l'origines le Vice originel , les races dégénérées, les fureurs et les ravages, la bénignité qui sera les combâts'de la science , les hideuses descriptions des differents cercles où gémissent les damnés de Vespèce humaine, telles sont les Le sc divisions du premier Chant.

À la douleur et a V opprobre succèdent le calme, la joie, l’'érgneil; ‘la science et l'humanité triomphent de l'ennemi de la race des hommes ; Dieu suscite le savoir, le dévouement et la gnerison, Maïs avec quel discernementetavec quelle certitude ne faut-il pas choisir les agents de ces bienfaits? Souvent une recher-

che subtile ne poursuit ce qu’elle veut atteindre qu’aux dépens de toute l’economie. Les désordres apparaissent avec d’affreux symptômes ; la raison ellemême est ébranlée et succombe sous ces funestes secousses ; nne lumière nouvelle éclaire la science; des méthodes plus simples et plus sûres accélèrent le bien et écartent les périls; comment ne pas pousser un cri de reconnaissance en voyant le malheureux échappé à ces tortures qui le brisaient. Letalent poétique de M. Barthélemy dans ce qu’il a de sévère, de régulier et de didactiqne, ne lui a pas fait défaut dans cette terrible épreuve. Les notes sont savantes , instructives ; elles forment un traite recommandable ; on y rencontre de beaux vers de M. Barthélemy, ceux de sa traduction de Fracastor et un passage de la Vémésis, cette souvenance glorieuse. Cet appendice essentiel est dû à M. Giraudeau de Saint-Gervais , qu’il faut juger ici à un point de vue grave ; nous y avons trouve la facile observation qui distingue son livre, Lialie, Grèce, Turquie, Souvenirs d’un voyage en Orient, et l’étude qui a conquis le succès de son Traité sur le fleau quia excité la verve de M. Barthelemy.Le poème de M. Barthélemy n’est point un scandale ; et si le titre qu’il porte n’effarouche pas trop la curiosité, la vogue marchande lui est assurée. Eucène BriFrAuLT.

( Feuilleton du journal Le Temps du 4 juillet 1840.)

Les poètes vont-ils déborder sur le domaine de la science ? et parce que l’Académie française a porté son dernier choix sur un medecin, les littérateurs espèrent-ils à leur tour que, par une courtoisie réciproque, l’Académie de médecine les agrégera dans son sein, en accompagnant leur réception du chant burlesque de Molière: Dignus es intrare in nostro docto corpore ? On dirait que M. Barthélemy a concu cette ambitieuse velléite, en publiant l’œuvre que nous annonçons. Non content de sa première incursion sur le territoire d’Esculape, en traduisant d’abord un passage du célèbre poème de Fracastor, encouragé par cette heureuse tentative, il vient aujourd’hui, en son propre nom, et comme auteur original, atiaquer cette matière ardue , même pour les praticiens , et jusqu'ici inabordable pour la poésie française. On dirait que l’ancien pontife de /Vémésis ne se plait que dans les lattes difficiles, dans les sujets âpres et rudes à manier ; il avoue même qu'une sorte de bizarrerie l’a poussé à son œuvre, et qu’à cette époque où tous les genres sont épuisés, où tous les sujets sont deflores, il n’est rien en littératnrequi lui semble plus vierge que la S'yphilis.

Ce poème s’adresse à la fois aux savants et aux gens du monde; pour nous, qui envisageons froidement toutes les parties de la science, et qui, dans nos etudes sur l’homme physique, dissertons avec philosophie sur l’etat de ses organes, sans concevoir jamais ni honte ni scandale, nous aurions mauvaise grace à reprocher à l’auteur la nature de la maladie qu’il a jugée propre à ses inspirations. Mais nous n’espérons pas pour lui la même tolérance du public littéraire qui, à tort ou à raison, s’effraie toujours d’une innovation hardie. Sur le titre seul de son livre, l’homme pudique froncera le sourcil, et dira, comme Boileau, que le lecteur français veut être respecté. Mais s’il parvient à surmonter cette première impression, s’il ne craint pasde jeter les yeux sur la première page de ce poème, nous affirmons qu’il poursuivra sa lecture jusqu’à la dernière , non seulement sans rougeur ni scrupule, mais avec un étonnement satisfait, avec une conviction confirmée par chaque vers, qu’il tient entre les mains une œuvre de poésie et de morale. C'etait la le nœud de la difficalte ; il fallait parler dela syphilis, et en parler chastément ; M. Barthélemy est arrivé à cette solution à tel point, que le père de famille le plus austère peut livrer cet ouvrage à son fils sans alarmer sa conscience , el l’encourager même à méditer sur les tableaux qu’il présente, tableaux hideux autant que salutaires.

. Sans accuser l’auteur d’avoir abordé trop précipilamment un des deux systemes aujourd’hui opposés dans la thérapeutique de cette affection, et d’avoir tranché la question d’une manière plus absolue qu’il n'appartient à un homme de lettres, nous nous contenterons, pour donner une idée de sa manière, de citer au hasard quelques passages, etc.

Soit que le mal impur dès le berceau des âges etc., elc. L Ce morceau est extrait du premier chant, intitulé le Mal. Le second qu'il appelle le Remède, est encore plus habile de facture et plus éclatant de poésie. Si M. Barthélemy, dans certaine épiître sur les médecins du jour, que nous nous rappelons fort bien, s’était plu à appliquer lecaustique de son vers sur les honorables membres de la faculté, il se réhabiliteà leurs yeux dans sa nonvelle œuvre, par l’hommage qu’il leur décerne. (Gazette des Hôpitaux du 11 juillet 1840.)

Un livre remarquable vient de paraître. C’est une bonne fortune pour le public et une véritable friandise pour un pauvre journaliste sature d’indigestes et nauséabonds écrits. Il semblait que le pouvoir de la poésie düt se briser devant un sujet dont le seul nom inspire l’epouvante. M. Barthélemy a vaincu d’im-— menses difficultes avec un bonheur inoui! Le genie du poète a su trouver un voile dont le magique transparent laissat voir d’effroyables objets sans blesser les yeux ni révolter l'esprit.

Les vers de Syphilis auront ce rare privilège des adages qui restent fidèles aux plus ingrates mémoires, Les jeunes gens conserveront malgré eux le souvenir de maux affreux dont une magnifique poésie leur aura révéle le terrible mystère. L'impression sera d'autant plus profonde, que la splendeur du langage défie la raillerie, qui avilit jusqu'aux plus sages préceptes, lorsqu'ils sont bassement ou. aridement exprimés. Nous regardons l’ouvrage de M. Barthélemy comme une conquête de la poesie dans le domaine des sciences exactes.

Le poème de Syphilis est fort court. Il est divisé en deux chants. Ze Mal, le Remède, tels sont leurs titres. Plus d’un praticien lettre (car il y en a) ne verra là que deux magnifiques chapitres, dans lesquels le talent du poète a dompté jusqu'aux plus rebelles expressions techniques. En lisant ces vers si beaux, si ingénieux à parer la science sans rien ôter à sa sévérité, on voudrait que toute la médecine fût écrite ainsi. Elle aurait alors un irrésistible attrait. A l’aide d’une si belle mnémonique, on apprendraitavec une merveilleuse rapidité ce que tant de savantes lecons trainent si lentement jusqu’à l’intelligence des infortunés auditeurs !....

M. Barthelemy a puisé son sujet dans le poème de Fracastor. Cet auteur écrivait au seizième siècle, en employant cette langue latine qui était depuis longtemps celle des sciences et des arts. Les vers de Fracastor offrent de grandes beautés. M. Barthelemy est devenu soudain l’émule du poète latin, mais certainement pour le surpasser.

Or, Fracastor était médecin. On conçoit que, le poète écrivant sous la dictce du médecin , il y avait là un avantage immense, refuse à M. Barthelemy. Un homme d’esprit, tel que ce dernier, devait avoir recours à ses inspirations pour sortir d’embarras. Son genie ne l’a pas trahi au moment des plus redoutables obstacles.

M. Barthélemy s’est adressé au docteur Giraudeau de St-Gervais. Celui-ci a parlé en prosescientifique, et le poète a traduit en vers admirables ! Maintenant à ghacun selon la gloire qui lui appartient, nousallons offrir un juste tribut d’admiration et d'eloges.

Nous ne croyons pouvoir mieux faire qu’en citant un des yélus beaux fragments

du poème de Syphilis. M. Barthélemy décrit ainsi la visite faite dans un hôpitare 11 prépare le lecteur au spectacle hideux de tant de misères, en rappelant cette opinion de quelques médecins qui regardent la syphilis comme degénerant'avec la succession des temps. Cependant , afin de ne pas inspirer aïnsi une fatale securite, le poète s’ecrie : | | Pourtant ne croyez pas que l’impure furie Soit rentrée aux enfers, sa première patrie, elc., etc. : |

Ce morceau offre des beautés du premier ordre, et on peut louer sans restric= tion un écrivain qui relève la vieille gloire des classiques avec tant d’éclat et de bonheur. nr |

Nous avons dit que le secondchant a pour titre; le Remède. Ici, M. Barthelemy embrasse exclusivement le système sur lequel repose le traitement de la Syphilis sans mecurre. On ne peut nier que M. Barthélemy n’ait été ici l'interprète du docteur Giraudeau de St-Gervais. Nous dirons, à ce sujet, que ce médecin s’est dignement ässocie à la gloire du poète, par les notes dont il a enrichi son ouvrage. 11 résulte, de cette alliance de deux talents distingués, un livre très original où l'intérêt se trouve partout au plus haut degre.

Comme annotateur , M. Giraudeau a fait preuve d’érudition étendue et d’un goût exercé dans le choix des citations. (Gazette de Santé, Hygie du 5 juillet).

Quand Gargantua parut, il souleva de violentes censures contre Rabelais; et franchement , il faut bien l'avouer, les obscénités et les profanations qui four millent dans cette œuvre, pouvaient jusqu'à un certain point justifier le zèle de ses accusateurs. Cependant le roi François [°*, voulant juger en parfaite connaissance de cause, se fit lire Gargantua d’un bout à l’autre par son lecteur ordinaire l’évêque de Tulles. Le résultat de cet examen fut l’approbation pleine et entière du livre de Rabelais, qui, plus tard, eut l’honneur d’être imprimé avec privilège du roi Henri IT, et de voir le nom d’un prince de l'Eglise, le cardinal de Chatillon, figurer comme très illustre patron en tête d’un de ses chapitres pantagruéliques.

Les temps sont bien changés depuis ; si Gargantua avait attendu pour se produire au jour l’an de grâce 1840, il n’eût vécu probablement que le temps de passer du sein de la presse, sa mère, au banc d’un tribunal correctionnel.

Que si, à propos de M. Barthélemy j'ai parle de Gargantua , ce n’est pas que son nouveau poème ait rien de commun avec la prose de Rabelais, qu’il brave en quelque endroit l’honnêtete , que la licence des mots et des choses fasse rougir le lecteur. Non, certes, et je le déclare hautement, bien que les héros de ce poème soient précisement ces malheureux pestiferés auxquels Rabelais dédiait ses folätreries et menteries joyeuses , ceux que le docte médecin appelait ses bons disciples, et qu’il consolait du moins par ses farces bouffonnes et ses ingénieuses fictions, lorsque son art était impuissant à les guérir ; malgre ce seul et fugitif point de contact avec Rabelais, dis-je, M. Barthélemy a su donner à son œuvre un caractère serieux et des allures magistrales, qui suffisent pour faire absoudre le choix du sujet et calmer, non pas seulement les scrupules, mais l’effroi , peut-être , du lecteur qui jugerait l’œuvre d’après son titre.

Ce poème est purement didactique. Dans le premier chant il décrit les effets terribles de cette lèpre des temps modernes ; dans le second chant il discute le remède.

D'où le fleau nous est-il venu ? Quelle est sa patrie? L'histoire l’ignore tout autant que celle d'Homère; il est vrai que les villes grecques se disputaient l'honneur d’avoir vu naitre le chantre de l’fliade, tandis que toutes les nations

du monde reniént avec indignation la monstrueuse progéniture dont elles se renvoiént la honte l’uné à l’autre.

Le poète constate l'influence du poison universellement répandu, et le regarde comme la cause de la dégénération croissante de l'espèce humaine. Vous croiriez lire un chant de l'Enfer et passer en revue des supplices oubliés par le Dante ! Quelle description! quelles images ! que de poësie épanchée sur ces scènes hideusement vraies !

Après le mal vient le remède. Rien qu’au frontispice du livre représentant le dieu Mercure renverse, vous pouvez voir l’anathième que le poète fulminera contre Le système thérapeutique trop longtemps en vogue. Le poète s’attache aux pas de l’adversaire qu’il s’est créé et le poursuit sans relâche. Il fast lire dans le texte ces reproches éloquents dans leur simplicité dogmatique, les aphorismes qui s’allongent en magnifiques alexandrins ; le prophète ne se lasse pas ; il ne s'arrête qu’alors qu’il a eépuise la dernière formule de la menace contre le métal fluide, ce remède qui tue. Quoi de plus effrayant que la conelusion du poème ! Avec quelles sombres couleurs il vous représente ces martyrs de l'esprit de système et d’une erreur funeste. ”

Ainsi finit le poème; mais tournez le feuillet, et vous découvrirez dans les notes un fragment poétique qui suflirait pour fonder une réputation litteraire, tant il renferme de vers admirables. Ce fragment est une traduction de Fracasior, medecin poète qui florissait vers la fin du xv° siècle.

Fracastor a écrit sur le même sujet des vers latins dignes du poète des Géorgiques. Il appartenait au traducteur de l'Enéide d’interprèter ces beaux vers, en se maintenant au niveau du texte original. Traduire ainsi c’est creer.

Pour ajouter à l'intérêt du livre, M. Barthelemy s’est adjoint un collaboraleur qui a rédige les notes avec un talent d’écrivain et une finesse d’aperçue remarquables. Nulle autorité n’est d’ailleurs plus compétente dans cette spécialité que celle du docteur Giraudeau de St-Gervais. Le lecteur puisera dans ces notes des renseignements curieux sur l’histoire du fléau decrit en sa magnifique poésie.

H.C. (Feuilleton du Sud, Journal de la Méditerranée, 8 juillet 1840.)

Le nouvel ouvrage deM. Barthelemy est un poème didactique dont la médecine a fait les frais ; c’est à ce dernier titre qu’il obtient une place dans les colonnes de notre feuilleton; $yphilis est faite pour conduire à tousles genres de publicité, celle du feuilleton n’est pas la moins appetissante. L'auteur de la /Vémesis et de Napoléon en Egypte , a pu trouvér piquant d’occuper lés plumes de la critique medicale. Grand merci au poète de nous avoir ménagé, entre deux malades, la douce réminiscence des années littéraires , période d'animation et d’abondance intellectuelle qui prolonge le collège el meurt définitivement le lendemain du doctorat. Des vers, bon Dieu, mais c’est à nous croire rajeunis de quinze ans ; des vers qui sont encore de la médecine, qui ne nous distraient point de notre direction obligée; que dis-je! des vers qui nous enseignent une nouvelle méthode de traitement des affections vénériennes, comprenez-vous la bonne fortune ? Il est vrai que Jérôme Fracastor, qui vivait dans le beau temps dé la syphilis, l'avait déjà saluée de sa nerveuse et pittorésque latinité; la maladie gauloise , comme il l'appelle , est la muse squalide et honteuse dont s’est inspire au 16° siècle, un poète, que Virgile n’eût point désavoue; mais les medecins d’aujourd’hui n’ont pas le loisir de lire du latin, ils se vantent même de l'avoir oublic; en leur offrant ses vers en échange de ceux de Fracastor, M. Barthélemy a montré qu'il comprend son époqué. Comment n’êtré point charmé de trouver la science alignée en prosodiques tirades ; cette science que vous connaissez si aride , si difficile, si rebutante , il faut voir comme elle

se vivifie au souffle du poète, comme elle s’entr'ouvre dans ses mystères et s’illumine profondément ! Les auteurs détaillent avec une nauséeuse prolixite tous les signes dont l’ensemble fournit la notion des etats morbides, le besoin d’embellir et d’orner la sémeiotique se faisait sentir à plus d’un lecteur ; il convenait que la touche noire et sévère des auteurs füt remplacée par une peinture fortement accusee ; les exanthièmes syphilitiques , les ulcères , les bubons, la carie et le ramollissement du système osseux, la salivation mercurielle et vingt autres traits du masque vencrien, sollicitaient une description fidèle et la richesse d’une palette poétique; à ce prix seul, la science pouvait avaucer d’un pas encore et les amours impures disparaitre d'ici bas ; c’est donc avec reconnaissance que nous signalons ces vers :

L’ingénieux fléau dans son fécond caprice Assigne à chaque membre un différent supplice.

(Gazette médicale de Paris , du 25 juillet).

PRAIRIE ENNEERENN ENT

L'auteur de la Mémésis, M. Barthelemy, vient de faire paraitre , sous le titre de S'yphilis , un petit poème en deux chants, accompagne de notes explicatives de M. le docteur Giraudeau de St. Gervais. Avant d'examiner le mérite littéraire et scientifique de cet opuscule, felicitons l’auteur du courage qu’ il a cu de traiter poétiquement un sujet qui, malgre l’apparente tolérance de l époque où nous vivons , Épouvante encore les vertus trop farouctes, celles là même qui pourraient dire xon ignara mali; rendons lui grace surtout pour les efforts qu’il a faits dans le but de jeter parmi le public quelques notions sur une maladie aussi commune que la Syphilis , et trop souvent funeste dans ses conséquences par l’impéritie ou le charlatanisme des médecins, à qui le traitement en est confie. Remercions-le d'avoir contribue par quelque centaine de vers admirables, et que tout le monde voudra lire, par la peinture effrayante des maux que peut entrainer l'abus des plaisirs de l'amour, à iuspirer à une jeunesse irrefléchie, l'horreur du vice vers lequel un penchant presque irrésistible nous entraine. Le poème de M. Barthelemy cxercera peut être plus d'influence sur la marche de la syphilis dans notre siècle, que ne l'auraient fait de longtemps les ouvrages scientifiques , dans lesquels la question se débat encore aujourd’hui.

Dans son ardeur à poursuivre le but moral, le poète ne la t-il pas dépassé ! p En groupant en un petit nombre de vers, dont la pureté et l’elégance méritent nos éloges, tout ce qu’une syphilis invétérée peut offrir de phénomènes alarmants , n at-il pas craint de jeter le désespoir dans les esprits timides , el de produire cette syphiliphobie dont nous avons déjà eu occasion de parler ailleurs. Nous aurions souhaite que comme Fracastor, le poète eût montre l'espérance aux malheureux et qu'il eût fait voir le monstre enchainé pour toujours par un art bienfaisant. Cette dernière partie du tableau esquisse par M. Barthelemy > toutefois, est un véritable chef d’œuvre. Il n’est guère possible de réussir plus complètement dans une tâche aussi difficile , de mieux traiter un sujet délicat, et pour ainsi dire inabordable, et de reunir dans un espace aussi restreint autant d'energie, de vérité et d’ elegance à la fois. Ils iront surtout avec un vif intérêt un fragment de traduction en vers du poème de Fracastor , poème peu connu de ceux mêmes qui le citent, et qui contient des beautés du premier ordre. Dans cette lutte, le vers français n’est pas resté au dessous du vers latin, et l’on reconnait l’homme qui n’a pas craint de se prendre corps à corps avec Virgile.

Quant aux notes de M. Giraudeau , elles montrent la connaissance Approfondie du sujet, qu'a dû douner à l’auteur une pratique longue et étendue. Antagoniste déclare du mercure, M. Giraudeau manque peut-être de justice envers ce metal qui , il faut en convenir, à causé bien des maux. Mais ce n’est point ici le

lieu d'entamer sur ce sujet une discussion, d'autant mieux que sur les autres points de doctrine, nous sommes presque constamment d'accord avec lui. Terminons, en faisant des vœux pour que la connaissance de la maladie syphilitique, se vulgarisant de jour en jour , ses ravages soient de plus en plus limimites. Du moment où l’on aura ôté à cette maladie le nom de honteuse et de secrète , elle rentrera dans les lois générales de la pathologie et de la thérapeutique , au grand profit de l’humanite, ainsi que nous le répètons depuis douze ans , après des travaux entrepris avec conscience et sans idées préconçues. : RATIER, D. M. p.

(Auteur des articles Syphilis, du Vouveau Dictionnaire de médecine. )

M. Barthelemy joint au talent du poète une grande étendue de connaissances : qu’il soit inspire par la nature , les arts ou les sciences , il réunit toujours au charme de la poésie la vérité du tableau et la précision du langage. Déjà, le choléra lui avait offert le sujet d’une excursion sur le domaine de la littérature ; aujourd’hui, c’est une maladie beaucoup plus difficile à décrire, à cause de la multitude et de la variéte de ses formes , qui est la matière de son nouveau poème.

Le poème de M. Barthelemy consacre l’union de la poésie et de la médecine , à l’elegance et à la richesse de la versification se joint l'exactitude des faits tels qu’ils ont éte observés par les praticiens les plus éclairés. L'auteur examine et discute les théories dissidentes avec une grande logique, et il décrit surtout les symptômes de la syphilie avec la précision la plus propre à porter dans l’imagination la terreur que doit inspirer une telle maladie , de manière que la lecture seule de son poème en sera souvent le préservatif. Le poème de la syphilis est divise en deux chants sous ces titres : le mal, le remède. Le premier chant présente le tableau le plus vrai sous lequel on puisse reproduire les principaux accidents de la maladie vénérienne.

Le second chant qui a pour titre le remède ; les avantages du traitement sans mercure sont exposés d’une manière fort rationnelle , et le moyen d’en établir la demonstration ne pouvait être mieux présenté que ne l’a fait l’auteur en decrivant avec toute sa vigueur poétique les nombreux accidents que peut occasionner le traitement mercuriel.

M. Barthelemy exclut le mercure du traitement des maladies vénériennes d’une manière absolue et il n'attend que du règne végétal les moyens les plus efficaces et les plus doux de guerir cette maladie. M. Barthelemy semble, à ce sujet, s'être fait l’interprète de la doctrine de M. Giraudeau de Saint-Gervais qui est, comme on le sait, un des adversaires les plus prononcés du traitement mercuriel, et qui a joint lui-même des notes explicatives du poème de la syphilis.

Comme annotateur, M. Giraudeau montre une grande érudition, mais ses notes auraient pu être exposées dans un meilleur ordre. La logique dont il fait preuve dans son excellent {raité de la syphilis, doit rendre la critique exigeante à l'égard de ses écrits ultérieurs. Ces réflexions n’affaiblissent en aucune manière l'esprit et l’apropos de ses notes. De sorte que le poème de la Syphilis ne sera pas lu avec moins d’interét pour l’œuvre du poète que pour les notes qui l’accompagnent. ( Extrait de la Presse ).

Un livre de M. Barthelemy sera toujours une bonne fortune , quel que soit le sujet qu’il choisisse pour écrire; mais Si, par un caprice de poète, ce sujet est semé de difficultés et si, pour les vaincre, il lui faut recourir à toute cette puissance de versification qui a fait de l’auteur de Vémésis , un auteur inimitable, ce livre ne sera plus seulement une bonne fortune pour le lecteur , mais encore un sujet d’etude et d’admiration.

Sypnilis ! !'tel'est le titre, aë mois original, de la nouvelle production de M. Barthélemy : pour écrire sur ün pareil sujet et pour éviter lécueil qu'il présenté à al écrivain, il n’a fallu rien moins que toutes les ressources de son esprit et de son imagination pour aborder une matière si scabreuse. On s "explique difficilement en effet comment notre langue , aujourd” hui si chaste, aura des expressions honnêtes qui diront la source , l'existence, les ravages de ce hideux fléau ! Comment le poète nommera, définira cette lépre des temps modernes.

Cepéndant, ouvrez le livré sans crainte, toutes les difficultés ont été vaintues avec un bonheur inoui, aucun mot ne blessera vos oreilles, et, si les images sont hideuses et repoussantes dé vérité, n'ayez pas frayeur , Je poète s’est servi de couleurs qui, sans les déguiser, les rendent supportables à l'œil le plus pudique ! Que le titre placé au frontispice n'arrête plusvotre curiosité; parcourez le livre, vous ne trouverez que de heaux ; que d’admirables vers décrivant et suivant les progrès de la maladie jusqu’à son apogée ; la médecine luttant contre l'intensité du mal et sortant viétorieusé de la lutte, et si vous avez fremi devant toutes ecs dégoûtantes souillures , suivéz le poète et vous vous sentirez soulagé à mesure qu’il vous montrera le mal perdant de sa gravité, à mesure qu’il vous le montrera toujours décroissant et en proportion des progrès de la science, et votre esprit, un instant fatigué, se reposera frappé de la puissance et de la magie de cette belle versifitationd !

Tout en faisant de si magnifiques vers , M, Bartheleray a compris que son œuvre ne serait complète qu’autant que des notes scientifiques viendraiént expliquer et compléter sa penseé, et tout savant que soit M. Barthélemy ,ila parfaitement senti qu’il fallait récourir à un homme plus compétent que lui en pareille matière : 1l ne suffit pas , en effet, de connaitre et d'employer le mot technique, il faut laisser à l'etude, à la pratique Je soin de l'application. M. Barthelem y a donc cherche, non pas un collaborateur ; mais un continuateur de l’œuvre si bien cémmencée par lui, et il s’est adresse à à l’homme le mieux à même aujourd’hui d’achever son beau travail, à M. Giraudean de Soint- Gervais. Cechoix prouve que M. Barthélemy avait dérfuitement compris son sujet.

M. Giraudeau à accepte la tâche, il a uni son savoir, il a associé ses études aux

taients de M. Barthélemy ; ; AUSSI les notes sont-elles pleines de cette finesse d'observation qui caractérise particulièrement la manière d’ecrire de M. Giraudeau de Saint-Gervais qui, dans cette circonstance , 4 donné une nouvelle preuve de son étude approfondie et de sa connaissance parfaite de la syphilis. Tout ce travail est plein d’un intérêt scientifique qui attache et séduit ; et vraiment, la lecture achevée, on regrette que ces observations ne soient pas plus étendues:

Le plus bel éloge que ri on puisse faire de ce travail du docteur de St-Gervais, est de dire qu’ilest en tous points à k1 hauteur dés vers qui-lui'ont servi de texte.

L'A udience , journal général d des Tribunaux. 20 août 1840.

Que vient faire dans le ménde poétique l'œuvre nouvelle de M. Barthélemy ? Quel est le sens de cette noüvélle note jétée au milieu du concert immense et continu de là pensce hümäine? Et comment un souffle embaumé est-il sorti de l’antre impur dé li syphilis : ?

Le domaine de la poésie n’a de bornes que le néant ou l'infini, et encore peutelle, là où s'éteint la Jumieré dé la : raison, $’elever par l'attraction instinctive et mystérieuse dû schtinrent Jusqiè à dés hauteurs inconnues à la science proprement dite. Ainsi, tout cé qué l’ honme Voit durer, ou vivre, ou végéter autour de lui ; toutes les scènes qui sé jouent sur lé théâtre de sa conscience , gaies ou tristes , ridiculés où sublimes; et toutes celles qu ail joue lui-même avec luimême, C’est à direavec sa volonté elses passions, sur le théatre du monde; en un

mot, la nature intérieure et la naturesextérieure., au repos ou en action , avec le principe commun qui les fait naître et les dirige, la poésie peut tout exprimer : chaussée du cothurne ou du brodequin, couronnée de lauriers ou de lierre, ou de myrtesyou’de roses, armée d’un fouët’'de grelôts oi d’une houlette; la poésie peut tout animer, tout colorer de ses images ; tout chanter dans sa langue eclatante.

La medecine peut offrir de belles parties à la poésie ; et, par exemple, ilya peu de sujets qui prêtent plus à la grandeur des images, à l’emotion du sentiment et à l'élévation des pensées que le tabléau d’un de ces grands fléaux qui viennent par intervalles souffler un vent de mort sur les populations : la peste, le choléra , la syphilis, Il y a là évidemment des matériaux pour le poète tout aussi bien que pour le peintre. Maïs le poète qui dresserait le froid inventaire des symptômes, descendrait dans l’amphitheâtre pour y compter les altérations cadavériques , posérait des bases de diagnostic et dé traitement , et ferait enfin, non un tableau, mais une histoire, ce poète Sérait aussi insensé qué le peintre de Jaffa, si, au lieu de nous montrer , dans sa magnifique horreur , un monceau de cadavres vivants, aux chairs violacées, aux paupières sanglantes, au regard éteint, se cherchant dans la nuit de cet épouvantable charnier , il eût étalé sur sa toile et range par ordre des inteslins noirâtres , des rates tuméfices , des glandes en suppuration, avec indication en marge des symptômes correspondants et de la thérapeutique appropriées. |

Dans le premier chant , intitulé 15 Mar, l’auteur , ‘laissant de côte toutes les questions relatives à l’origine de la sÿphilis , tranche à l'instant celle qui est relative à la dégénération de la race humaine, et donne Ja raison du fait.

Le reste de ce premier chant est consacre à une peinture des désordres que ce monstre, tout dégenére qu’il est, produit encore de nos jours. Nous assistons, en pleine rue Saint-Jacques, à un tableau d'hôpital où le éoloris des images , la vigueur saisissante des expressions ajoute encore, s’il est possible , au hideux de la realite:

Telle est ce poème qu’on ne peutanalyser qu’au moyen de citations textuelles, parce que tout son mérite est dans le style. Sous ce rapport , il est digne de l’auteur de la Vémésis, et rappelle toutes les qualités qu’on lui connaissait dejà. M. Barthelemy a une tendance poétique assez remarquable en ce, temps-ci pour, la signaler. Loin de se plaire dans les régions indécises du sentiment, comme la presque totalité des auteurs modernes, son esprit ardent et positif se porte , au contraire, plus volontiers vers les choses et les idées du monde extérieur. Cette tendance ne s’est pas démentie depuis le /Vapoléon en Egupte jusqu’à ses dernières productions. Or, comme il arrive toujours , son style participe du même caractère , et il se fait remarquer par quelque chose de net et d’accentué dans l'expression, d’éclatant dans les images, de vigoureux dans la conception. Je ne pourrais , dans ce court feuilleton , montrer l'application de ces idées au poème de la syphilis ; maiselles s'appliquent principalement, aux tableaux par lesquels se terminent les deux chants. Le dernier surtout est un morceau des plus remarquables. #4

” Quant aux notes qui Lerminent l'ouvrage, et qui toutes confirment les opinions émises par M. Barthélemy, elles n’offrent pas une étendue suffisante pour fournir matière à discussion. Disons seulement qu’elles sont élégamment écrites, semées d’une bonne érudition, et font reconnaître l’auteur d’/talie, Gréce et Turquie.

D' Amépée DECHAMBRE.

(L'Esculape, journal médiéo-chirurgical du 20 août 1840.

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