‹ Syphilis secondaire tardiveChapitre 17 sur 55 · A ÉCHÉANCES TARDIVES OU MÊME ULTRA-TARDIVES · texte numérisé non relu

A ÉCHÉANCES TARDIVES OU MÊME ULTRA-TARDIVES

alors à mettre en œuvre le mercure, elles s’effacent et disparaissent, pour reparaître un certain temps après la cessation du traitement, et céder de nouveau la scène avec la reprise du traitement, et ainsi de suite. Ce singulier comporte

une signification sur laquelle il serait superflu d’insister. — J’en citerai un exemple, entre beaucoup d’autres que j’aurais à produire.

X... a contracté la syphilis en 1873 (chancre induré, syphilide érythémato-papuleuse, alopécie, plaques muqueuses buccales à diverses reprises). — Il s’en est traité assez longtemps (deux à trois ans, dit-il), et n’en a plus éprouvé d’accidents jusqu’en 1889.

En 1889, invasion d’une syphilide palmaire aussi typique que possible, de variété circinée. — Je prescris un traitement par pilules de Dupuytren. L’éruption, qui datait de trois ou quatre mois, disparaît en quelques semaines.

En janvier 1890, récidive de l’éruption au même siège et sous la même forme exactement. — Reprise du traitement. — Disparition de l’éruption en trois semaines.

En avril et août, deux récidives nouvelles; même traitement et même guérison en l’espace de quelques semaines.

En 1891, le malade part à l’étranger et je ne le revois plus qu'en juin 1892. A cette époque, il déclare que, depuis son départ, l’éruption s’est reproduite et s’est guérie exactement cinq fois, et toujours aux mêmes points et toujours dans les mêmes conditions. « A peine, dit-il, ai-je pris du mercure pendant quinze jours ou trois semaines que l’éruption décline, se fane et disparait. Puis, à peine ai-je suspendu le remède depuis un à deux mois, trois mois au plus, qu’elle se reconstitue comme avant. Voyez plutôt. Voilà deux à trois mois que j’ai cessé le mercure, et la syphilide a déjà reparu. » Et, en effet, je constate une syphilide bipalmaire exactement semblable à celle dont j’ai déjà vu cin(| apparitions.

Ainsi, voilà un malade qui, de la seizième à la vingtième année de la syphilis, a été affecté de dix poussées de syphilide palmaire; et toutes ces poussées ont toujours guéri à brève échéance sous l’influence du mercure. Y aurait-il moyen d en récuser la spécificité, quelque extraordinaires qu’en aient été les diverses échéances?

Donc, vous le voyez, messieurs, aucun doute ne saurait subsister sur le point que nous discutons. Et, très sûrement, nous pouvons enregistrer comme possible, voire comme assez fréquente, 1 entrée en scène des syphilides psoriasiformes

wSYFH[LIS SECOiN'DAIRE TARDIVE.

plantaires et palmaires de modalité secondaire à des étapes avancées, voire très avancées du tertiarisme.

Reste maintenant à justifier encore ce qui précède par quelques exemples que je vais emprunter à mes notes.

I. — Syphilide palmaire à la vingt-deuxième année de la syphilis. — X... contracte la syphilis en 1873, et ne s’en traite que très incomplètement. — Marié prématurément, il transmet l’infection à sa femme, et un premier enfant succombe à une méningite de nature très vraisemblablement spécifique.

En 1893, syphilide palmaire en nappe, affectant l’une et l’autre main et les plis digitaux. — Cette syphilide est tout à fait superficieïle de forme et rappelle exactement les types jeunes de la même dermatose. — Traitement par pilules de protoiodure. — Énorme amélioration dès le quinzième jour du traitement et disparition complète de l’afiection dans l’espace d’un mois.

II. — Syphilide palmaire à la vingt-quatrième année de la syphilis. — Syphilis contractée en 1865. — Chancre induré. — Puis roséole, syphilide papuleuse, croûtes du cuir chevelu, adénopathies cervicales, plaques muqueuses buccales, etc. — Traitement très écourté, d’environ six mois, par le protoiodure.

• En 1889, trois pertes de connaissance (épilepsie spécifique). — En outre, syphilide monopalmaire, arciforme, constituée par un grand arc de cercle qui parcourt la paume de la main depuis la base du pouce jusqu’à la région hypothénar. Cette syphilide est absolument plane, sans le moindre relief, sans infiltration, sans dureté. Elle est rose d’aspect, légèrement squamelleuse par places, et rappelle absolument la physionomie des formes secondaires. — ■ Traitement mixte. — Guérison rapide.

III. — Syphilide palmaire et digitale à la vingt-neuvième année de la syphilis. — Sur un de mes malades dont l’infection remontait à vingt-neuf ans, j’ai vu une syphilide papuleuse circinée de type absolument secondaire affecter la face antérieure d’une main. Cette syphilide se présentait sous forme d’un grand cercle qui, commençant à la racine du pouce, remontait jusqu’à la seconde phalange des doigts et descendait ensuite sur la région hypothénar. — Pauvrement infiltrée, superficielle d’aspect et légèrement squameuse, cette syphilide, je le répète à dessein, était vraiment assimilable aux types éruptifs de la période secondaire.

IV. — Syphilide palmaire à la trente-troisième année de la syphilis. — Syphilis en 1863. — Chancre induré à la verge. — Puis, plaques muqueuses buccales et « psoriasis palmaire » à deux reprises dans les premières années de la maladie. — Traitement de cinq à six mois par mercure et iodure de potassium.

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En 1873 et 187-4, lésion o.sseuse nasale. Perforation de la cloison. — Traitement ioduré.

En 1898, syphilide papulo-squameuse circinée occupant la région palmaire de la main gauche. Là, plus spécialement au niveau de la région hypolhénar, semis de papules, au nombre de neuf, lenticulaires, correctement arrondies, superficielles, rosées, squamelleuses, avec infiltration légèrement parcheminée du derme. Ces papules sont disposées en couronne, d’une façon significative qui n’a laissé aucun doute sur leur spécificité à l’un de mes collègues non plus qu’à moi.

Enfin, — et ceci est un comble, suivant l’expression en faveur, — j’ai vu, de mes yeux vu une syphilide palmaire de même ordre, c’est-à-dire d’apparence absolument secondaire, faire invasion dans la quarante-deuxième année de la maladie. Le fait est bien authentique, car il a été observé sur un médecin, qui rendait très exactement compte, avec dates précises, des divers symptômes de sa maladie, à savoir :

Syphilis en 1856. — Chancre induré de la verge, constaté par M. Ricord. — Puis, roséole, taches palmaires, plaques muqueuses buccales, à diverses reprises, adénopathies, douleurs vagues, céphalée, etc. — Nul autre accident depuis la première année, si ce n’est (peut-être?) quelques « taches » de temps à autre, taches de caractère resté indéterminé. — Traitement mercuriel, suivant le mode opportuniste^ c’est-à-dire exclusivement à propos des diverses explosions morbides et jusqu’à leur disparition; jamais de traitement préventif en dehors des poussées.

Or, en 1898, invasion d’une syphilide palmaire aussi typique que possible, irrécusable, mais tout à fait superficielle, non infiltrée, sans relief, sans dureté, à peine squamelleuse, et d’un rose pâle, d’un rose éteint. « On croirait vraiment d’après cela, me disait mon confrère, que je viens de prendre la vérole il y a six mois, et je l’ai prise il y a quarante-deux ans ! 1 » Impression que, pour ma part, je partageais absolument.

En outre, je constatai sur le malade, à la même époque, une sclérose absolue du testicule gauche. L’organe était véritablement ligneux, diminué de volume et bosselé, ou, pour mieux dire, semé à sa surface de nodosités pisiformes, extrêmement dures (nodules de Ricord). C’était donc là, bien certainement, un sarcocèle spécifique. Malheureusement, la date d’invasion de cette lésion testiculaire ne pouvait être précisée par le malade.

Cela dit, venons maintenant à la caractéristique clinique de ces éruptions.

Cette caractéristique, je n’ai pas à vous la dépeindre ici, et pour cause. C’est qu’en effet, à propos de la période secondaire, je vous ai décrit longuement et dans tous leurs détails ces syphilides palmaires et plantaires. Je vous renvoie sur ce point au premier volume de mon Traité delà syphilis (p.3i7 et suiv.).

— Je m’occuperai seulement ici de rechercher si ces éruptions présentent quelques particularités alors quelles viennent à entrer en scène plus tardivement, c'est-à-dire en pleine étape tertiaire.

I. — Comme localisation^ d’ahord, l’affection s’observe bien plus souvent aux mains qu’aux pieds ; — et, sur ces deux régions, elle se circonscrit toujours très exactement à la face palmaire ou plantaire, sans déborder l’une ou l’autre.

II. — A la main, quelquefois elleaffecte, soit simultanément avec la région palmaire, soit exclusivement, la face antérieure des doigts, et toujours au niveau des plis de flexion. — Bien plus rarement elle se localise sur la dernière phalange, au niveau de la pulpe des doigts.

III. — Assez souvent, à la localisation palmaire s’ajoute la localisation plantaire ; mais cette coexistence, — remarquons ceci, — très commune et presque habituelle dans la période secondaire, est infiniment plus rare au cours de l étape tertiaire.

IV. — Il est possible, mais relativement rare, que l’affection se concentre sur le pied exclusivement. Sur 345 cas, ma statistique en comprend 42 de ce genre.

Au pied, elle occupe la région plantaire ou, exceptionnellement, les plis de flexion des orteils. — Parfois encore elle se localise sur le bord interne du pied, en empiétant quelque peu sur la région latérale avoisinante.

V. — Enfin, le talon est quelquefois le siège exclusif de ces syphilidespsoriasiformes tardives, qui là, — soit dit en passant

— se montrent particulièrement chroniques et réfractaires au traitement.

En tant que modalité éruptive, ces psoriasis palmaires et

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plantaires tardifs se présentent sous les trois types qui leur sont habituels, à savoir ;

I. — Type lenticulaire, constitué par un semis de petites papules squameuses; — papules comparables comme étendue moyenne à une pièce de vingt centimes, mais quelquefois un peu plus petites ou un peu plus grandes; — généralement arrondies ; — légèrement rénitentes ; — sèches et âpres au toucher; — variables d’aspect suivant l’état de surface, c’està-dire grisâtres et squameuses, si la desquamation est encore adhérente, et, au cas contraire, rougeâtres, avec bordure constante d’une collerette d’épiderme décollé.

II. — Type en nappe {Psoriasis en nappe). — Dans cette forme, au lieu de se diviser en papules lenticulaires isolées, l’éruption s’étale sur de larges surfaces et dessine sur la paume de la main des plaques irrégulières, plaques mesurant 2, 3 et môme 4 centimètres de longueur sur une largeur également variable, et alfectant volontiers une direction parallèle à celle des plis de la peau. Ces plaques sont sèches, rêches, âpres au toucher. Elles se présentent tantôt dépouillées complètement de leur épiderme, tantôt recouvertes par places de débris squameux, en tout cas toujours bordées par une collerette circonférencielle envoie de soulèvement. Elles offrent une teinte générale d’un rose sombre, avec semis d’îlots grisâtres correspondant à des segments d’épiderme décollés. Elles sont, de plus, parcourues çà et là par de fines stries blanchâtres suivant le trajet des sillons cutanés.

Quelquefois, mais plus rarement, la paume de la main est envahie sur une très grande étendue ou môme presque en totalité par des plaques de ce genre.

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