CONTAGIONS TARDIVES. CINQUIÈME ET SIXIÈME ANNÉES, U
bubon, roséole, plaques muqueuses de la bouche, etc.) ; — qu’il s’en est bien traité pendant deux ans ; — que, se croyant guéri, il s’est marié il y a quatre mois ; — et finalement, que, ne prêtant aucune attention aux lésions qu’il porte maintenant à la verge, il a eu force rapports avec sa femme, cela jusqu’à la nuit dernière.
Je ne le revois plus de quatre mois. — A cette date, il revient me trouver avec sa femme qu’il me prie d’examiner. Je trouve alors sur elle les symptômes usuels d’une syphilis naissante, à savoir : à la vulve, cicatrice à base empâtée, avec pléiade inguinale ; — roséole typique ; — croûtelles dans les cheveux; — adénopathies cervicales ; — fortes douleurs de tête, vespérines et nocturnes, abattement, malaise général, avec accès de fièvre passagers, etc.
Quoi de plus probant? — Passons.
11. — De meme pour la cinquième année. Les cas de contagion y sont encore assez nombreux pour ne laisser place à aucune équivoque. Il suffira de citer le suivant, d’autant plus significatif d’ailleurs qu’il a été observé sur un médecin. Le voici en deux mots.
Un de nos jeunes confrères a contaminé sa femme deux mois après son mariage, etcela de par une plaque muqueuse typique de larainure glando-préputiale, plaque muqueuse diagnostiquée telle et par lui, et par plusieurs confrères et par moi. Sa syphilis datait exactement à cette époque de quatre ans et demi.
A noter dans ce fait trois points essentiels pour notre sujet: 1“ cette syphilis avait toujours été bénigne, très bénigne ; — 2" elle ne s’était plus traduite depuis plus de quatre ans par aucun accident; — 3° enfin, elle avait été soumise à un traitement au moins moyen, bien supérieur en tout cas à celui qu’imposent à leurs malades la plupart de nos confrères.
De même une observation de M. Mauriac est relative à un mari qui, affecté de syphilis depuis quatre ans et neuf mois, transmit à sa femme un chancre périnéal de par des syphilides herpétiformes du scrotum, auxquelles il était très sujet et du danger desquelles cependant il avait été averti.
DI. — A la sixième année, les cas de contagion sont loin encore de se faire rares. En voici quelques exemples.
Un jeune homme a été affecté, il y a cinq ans et demi, d’une syphilis qu’on serait bien en droit de qualifier de bénigne
puisqu’àla suite du chancre elle ne s’est jamais traduite que par une roséole, une syphilide palmaire de très légère intensité, et quelques syphilides buccales. 11 s’est soigné, presquedès ledéhut et assez régulièrement. A plusieurs reprises même il a été soumis par moi à une mercurialisation intense (15 à 20 centigrammes de protoiodure quotidiennement). Eh bien! en dépit de ce traitement, en dépit de tous mes efforts, ce malade (qui d’ailleurs est fumeur, circonstance essentielle à noter) n’a pas cessé depuis cinq ans d’être affecté de syphilides linguales à répétitions presque sub-intr antes. Je le guéris d’une poussée; un ou deux mois plus tard, une poussée nouvelle envahit la langue. Alors, nouveau traitement et nouvelle guérison; puis récidive qui ne se fait guère attendre, et ainsi de suite. Bref, je le guéris toujours, et u c’esttoujours à recommencer », suivant sa propre expression. De guerre lasse, il a renoncé complètement au tabac, sur mes vives instances. Les poussées sont alors devenues moins fréquentes, mais n’ont pas cessé pour cela. Et, dans ces derniers temps, je l’ai revu encore avec des syphilides couvrant presque toute la surface dorsale de la langue.
Or, que serait-il arrivé, si, confiant dans la bénignité, d’ailleurs relative, de cette syphilis et dans l’intensité du traitement suivi, j’avais laissé marier ce malade entre deux poussées de telsaccidents? Ce qui serait arrivé, je n’ai pas à le préjuger théoriquement, car en voici la démonstration empiriq ue. Ce jeune homme, l’année dernière, prit pour maîtresse une jeune femme, qu’il emmena avec lui àlacampagne, « dansun vrai désert età l’abri de toute séduction». Or, quelques semaines plus tard, il mêla présentait revenant de ce lieu d’exil avec un chancre induré labial, chancre manifestement dérivé par contagion des syphilides linguales de mon client (1).
(1) Cette observation, en particulier, a été prise à partie par M. le P‘'Otis (de New- York), qui lui a reproché de n’être pas démonstrative. « Sans doute, me dit en substance mon honoré collègue, la femme (pie votre client a prise pour maîtresse n’était pas d'une vertu au-dessus de tout soupçon. Donc, cette femme a pu recevoir la syphilis d’une autre personne que votre client, comme aussi peut-être la tenir d’une contagion médiate quelconque. » — Et, comme contre-partie, il m’oppose un cas personnel relatif à un de ses clients, syphilitique et fumeur, qui, en dépit de syphilides buccales incessamment récidivantes depuis nombre d’années, s’est marié avec une jeune fille vertueuse {vertueuse, remarquez ceci) et, depuis quatre ans, ne l’a en rien contaminée. {Journal of cutaneous and venereal diseases, 1886, p. 104.)
A cela je répondrai: «A coup sûr, honoré collègue, mon observation ne serait en rien démonstrative, si elle était isolée. Mais elle est loin d’être isolée. Nombre de cas identiques lui font pendants, en lui servant et en se servant entre eux de