IV. — Autre fait, dû au docteur Renouard et se résumant
contagions tardives.
en ceci : Un jeune homme contracte la syphilis en 1880 (chancre génital, roséole, plaques muqueuses. — Traitement : SOOpilules deproto-iodure. — En 1883, il se marie. — Enl887,glossitescléreuse. — Enl888, syphilide aux orteils etonyxis. — En 1890, érosion du gland. — Rapport en dépit de cette érosion, qui devient, pour sa femme, l’origine d’un chancre de la grande lèvre droite, chancre bientôt suivi d’accidents secondaires.
Particularité curieuse à noter au passage : c’est après sept ans de ménage que la contagion s’est produite sur cette femme (1).
Ces contagions tardives issues de lésions secondaires ont-elles été observées au delà de la dixième année?
' Nous voici, messieurs, arrivés dans cette revue au delà de la dixième année de l’infection. Jusqu’ici nous avons marché sur un terrain solide, assuré. En autres termes, jusqu’ici je n’ai produit devant vous qu’une série de résultats authentiques, bien authentiques parce qu’ils reposaient sur des documents multiples, concordants, qui se servaient de garants réciproques. Actuellement, les choses vont changer de face.
Et, en effet, au delà de la dixième année, les documents deviennent rares, puis de plus en plus rares, puis exceptionnels. Quelle valeur alors accorder à des faits isolés, privés de ce contrôle réciproque qui faisait le prix des observations précédentes? Les éléments de certitude nous échappent; impossible de ne plus rien aflirmer.
Si bien qu’après avoir été autorisé par la clinique à vous donner comme certaines, irréfutables, les contagions de syphilis par lésions secondaires jusqu’à la dixième année de la maladie, je suis amené maintenant à vous tenir un tout autre langage et à vous dire :
(1) Autre fait, cité par le D' Bovero : Un mari, syphilitique depuis dix ans, transmit la syphilis à sa femme de par une plaque muqueuse labiale. 11 y avait huit ans à cette date qu’il n’avait plus éprouvé la moindre manifestation syphilitique, et sa femme avait eu depuis un enfant parfaitement sain {Gaz. méd. de Turin, 1898).
CONTAGIONS SYPHILITIQUES TARDIVES
Au delà de cette dixième année, nous possédons bien encore une poignée de faits tendant à établir que des contagions de meme ordre peuvent se produire, plus tard encore, à savoir : à la douzième, à la treizième, à la quinzième, voire à la dix-septième et à la dix-huitième année de la maladie ; mais ces faits sont clairsemés, rares, isolés, voire uniques pour certaines de ces échéances.
Or, de même qu on ne bâtit pas avec disette de matériaux, de même on n’édifie pas une vérité scientifique avec pénurie de documents. Les faits en question, dont je vais vous parler, ne peuvent donc être que des faits ^attente ; il convient de les enregistrer comme tels, mais il serait imprudent et prématuré d en rien déduire. C’est qu’en effet il y a tant et tant de causes d’erreur dans le sujet qui nous occupe ; c’est qu’il est si facile en pareille matière de se tromper ou d’être trompé ! Conséquemment, besoin est d’en appelerà une enquête ultérieure pour être lixé sur la valeur des faits en question.
Si vous me permettiez de vous dire ma pensée secrète, je vous avouerais ma faiblesse. Ces dits faits, je les tiens pour authentiques, — sinon tous, absolument tous, au moins la plupart, — et je crois que l’avenir leur donnera confirmation. Mais, encore une fois, j’ai devoir ici de les tenir en suspicion, de ne vous les présenter que pour ce qu’ils sont encore, à savoir pour hypothétiques, et surtout par-dessus tout de n’en tirer, quant à présent, aucune conclusion.
Sous le bénéfice de telles réserves, je reprends et achève cette revue.
Voici, d’abord, un cas qui a été produit au Congrès de 1896, par un clinicien distingué, un expert en la matière, le D'' Wickham, cas au sujet duquel il a bien voulu m’écrire tout récemment la lettre qu’on va lire, pour m’affirmer de plus en plus le caractère « absolument authentique » de son observation.
Ce cas est très simple, très banal. Car il a trait à la contamination d’une femme par son mari qui, syphilitique et fumeur émérite, était persécuté de longue date par une glossite spécifique à lésions vagues, herpétiformes, vraiment indéterminables comme nature. Une contagion de cet ordre serait signalée comme s’étant produite à la seconde, à la troisième, à la quatrième année de la maladie qu’elle ne trouverait personne pour lui faire objection. Mais elle s’est produite à la
AU DELA DE LA DIXIÈME ANNÉE
DOUZIÈME, et alors par cela seul elle devient suspecte. On lui cherche une autre origine que la syphilis du mari, car c’est là vraiment la seule querelle à lui faire. Or, c’est contre cette objection que, devenu le médecin habituel de la famille en question et ayant pu apprécier moralement la jeune femme depuis huit années, M. Wickham proteste énergiquement. — Au surplus, voici sa lettre :
«... L’observation que j’ai publiée au Congrès de Londres a acquis plus de valeur avec le temps, en ce sens (pi’étant devenu le médecin et l’ami de la famille en question, je puis affirmer en toute sûreté qu’il est moralement impossible d’invoquer, comme origine de la contagion, rintervention d’un tiers.
« C’est en 1894 que vinrent me trouver M. et M™® X.... A cette époque, X... présentait à la lèvre inférieure un chancre typique avec ganglion, chancre qui, pour le dire immédiatement, fut bientôt suivi d’une roséole et de divers accidentsclassiques... Quant au mari, il avait eu la syphilis douze ans auparavant et en avait été traité en Amérique par l’un de vos élèves... Depuis la seconde année de sa maladie, il traînait une leucoplasie linguale ([u’on n’avait jamais pu guérir et qui persistait lors de son mariage. C’est un an après son mariage qu’il lui arriva le malheur de Iransmettre la syphilis àsa femme... Précisément verscetle épo(|ue il présentait depuis un certain temps, des lésions leucoplasicpies et herpétiques, ou du moins herpétiformes d’aspect. Très intrigué par cette contagion (que mon premier mouvement, je l’avoue, fut de rapporter à l’intervention d’une tierce personne), j’interrogeai à fond le mari, et j’appris de lui que, depuis la seconde année de sa syphilis, il était devenu sujet à des poussées de petites érosions se faisant sur les lèvres ou la langue, légèrement douloureuses, généralement multiples. Ces poussées se sont reproduites depuis dix ans à intervalles variables entre un et quatre mois. A leursujet, le malade a consulté plusieurs médecins, qui ont taxé d’herpès lesdites lésions; aussi s’est-il cru en droit de se marier... C’est «alors ([ue commence ma surprise. Car, ayant prescrit empiriquement à cette épo([ue des injections de calomel à lUcentigrammes, je vis, je le répète, à ma grande su7'prise, la leucoplasie diminuer, diminuer d’une façon très appréciable. Encouragé, je continuai les injections et en fis plusieurs séries (au moins six, de o centigrammes chacune). Double résultat: guérison de la leucoplasie^ et disparition complète des poussées herpétiques o\x herpétiformes^ qui n’ont pas récidivé depuis huit ans:
« Comment interpréter de tels faits?
« 1® D’abord, j’affirme que la jeune femme a contracté la syphilis de son mari... Elle est au-dessus de tout soupçon... D’autre part.
CONTAGIONS SYPHILITIQUES TARDIVES
j’ai fait à cette époque une enquête très poussée et n’ai rien découvert de suspect, pouvant autoriser l’hypothèse d’une contagion accidentelle, médiate, etc.
« 2® Les lésions herpétif ormes de la langue étaient-elles constituées par de l’herpès ou par des plaques muqueuses encore virulentes.^ Je ne sais vraiment ; ce que je puis dire seulement, c’est ([u’elles avaient bien les apparences de l’herpès.
« 3° A les supposer herpétiques, ces lésions laissaient-elles transsuder un virus encore contagieux contenu dans le torrent circulatoire (1) ?
« Enfin, l’action très énergique et sûrement curative du traitement mercuriel sur ces lésions n’est-elle pas un témoignage de leur nature syphilitique? Etc., etc. »
A la suite de cette communication du D*" Wickham au Congrès de Londres, les D''® Blaschko et Halpern prirent la parole pour citer deux cas analogues de contagion syphilitique s’étant exercée à la douziÈxMe année de l’infection. Malheureusement les détails nous font défaut sur ces deux observations (2).
Autre cas semblable, qui vient de m’être communiqué par le D" Barthélemy.
Un homme, syphilitique depuis douze ans et grand fumeur, était affecté, depuis de longues années, d'une de ces stomatites chroniques à poussées presque subintrantes, composées de lésions diverses et le plus souvent indéterminables comme nature (syphilides vraies, lésions herpétiques ou herpétiformes, lésions de glossite lisse, lésions leucoplasiques, etc.). Marié depuis trois ans, il était resté inofîensif pour sa jeune femme, lorsque celle-ci tout récemment, en relevant de couches et en pleine période d’allaitement, vint à présenter un chancre induré
(1) Mais, répondrai-je à M. Wickham, ces lésions seraient-elles de l’herpès que la question ne serait que déplacée, sans être résolue. Resterait à expliquer comment une lésion d’ordre vulgaire peut transmettre le contage spécifique, et cela dans une étape où la maladie est censée avoir perdu sa virulence.
(2) Voici cependant quelques renseignements qu’a bien voulu me transmettre sur l’une de ces observations M. le D*' Blaschko, à qui j’adresse mes remerciements.
« Un jeune homme contracte la syphilis en 1883 et subit plusieurs cures de frictions. — 11 se marie en 1895. — Sa femme âgée de 29 ans, qui était tout à fait saine avant le mariage, présente, cinq mois plus tard, une roséole typique. L’induration primaire n’était plus à retrouver, mais il existait encore un gonflement marqué des glandes inguinales. Le mari, à cette époque, présentait encore, sans parler d’une leucoplasie buccale, quelques résidus d’une papulo-serpigi-
veuse sur le scrotum, »
AU DELA DE LA DIXIÈME ANNÉE
du mamelon, chancre suivi d’accidents d’infection générale. Or, cette femme n’avait donné le sein à aucun nourrisson, et une enquête sérieuse, en plein accord avec les raisons d’ordre moral, établit que, suivant toute vraisemblance, elle ne pouvait tenir la contagion que de son mari, lequel n’avait pas cessé depuis plusieurs mois d’avoir la bouche envahie par des lésions syphilo-nicotiques et avouait d’ailleurs avoir à maintes reprises embrassé le sein de sa femme.
Pour ma part, un cas qui m’a vivement frappé est celui que j’ai présenté, avec mon interne M. Herscher, à la Société de dermato-syphiligraphie en 1900. Ce cas est relatif à une femme qui, suivant toutes probabilités et h moins qu’elle n’ait menti, reçut la contagion d’un de nos anciens malades affecté de syphilis depuis treize ans. En deux mots, voici les faits :
La femme D..., âgée de trente-quatre ans, entre dans notre service pour une syphilis toute jeune, s’accusant par les symptômes suivants : Chancre induré vulvaire en voie avancée de cicatrisation; pléiades inguinales; syphilides vulvaires, syphilides palmaires, croûtes du cuir chevelu, etc. Depuis trois ans, nous dit-elle, elle vit avec un homme qui, seii/, a pu la contagionner, car elle affirme n’avoir eu rapport depuis ce temps avec personne autre. — Or, l’homme quelle accuse est précisément un de nos anciens malades, qui a été affecté de syphilis il y a treize ans, ainsi que l’attestent les registres de notre service (registres très bien tenus, sur lesquels nous relevons à cette date le diagnostic suivant : « Chancres indurés, syphilides, alopécie sourcilière, etc. ») Ce malade s’est toujours très mal soigné. Nous le faisons mander à Saint-Louis, et nous le trouvons encore porteur de lésions de la verge exulcérées, en voie de réparation spontanée. Ces lésions, superficielles et secondaires de physionomie, étaient bien manifestement spécifiques. Et, de plus, le malade déclarait les porter depuis deux mois et demi environ, époque qui, précisément, coïncidait avec l’époque où la contagion avait dû s’exercer sur la femme D...(l).
Enfin, j’ai recueilli en ville et avec toutes les garanties d’authenticité possibles deux observations qui semblent bien être des exemples de contamination syphilitique transmise par des
(1) Ann. de devinât, et de syph., 1900, p. 230.
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lésions secondaires dans la dix-septième année et la dix-huitième ANNÉE de la maladie.
Ces deux observations sont littéralement calquées l’une sur l’autre. La contagion s’y est produite exactement dans les mêmes conditions. Citer l’une sera citer l’autre. Je vous épargnerai donc un double récit, en vous relatant seulement la suivante :
C’est toujours la même histoire, toujours l’invariable histoire d’un mari syphilitique, d’une part, et, d’autre part, enragé fumeur, qui finit par contagionner sa femme par des lésions syphilo-nicotiques de la langue. Ces lésions consistaient tantôt en des syphilides avérées, indéniables, tantôt en des plaques lisses, et tantôt encore en des érosions minimes, herpétiformes, indéterminables comme nature et dont la bactériologie seule pourra peut-être quelque jour démontrer la spécificité. En l’espèce, chez ledit mari, la syphilis datait de dix-sept ans. C’était une de ces syphilis à forme récidivante que je vous ai décrites dans l’une de nos conférences antérieures (1), c’est-à-dire de ces syphilis qui, sans être graves, se traduisent incessamment par de petites décharges d’accidents généralement bénins. Chez mon malade, en raison de sa qualité de fumeur émérite, ces décharges s’étaient surtout portées sur la langue. Vingt fois, si ce n’est quarante, je l’avais averti du danger que de tels accidents faisaient courir à sa femme : « Vous verrez, lui disais-je, que cela finira mal ; un jour ou l’autre, de par les accidents que vous portez presque constamment à la bouche, vous inoculerez la syphilis à votre femme. » Et, en effet, cela finit mal, et précisément de la façon que j’avais annoncée. Car, il n’y avait pas trois à quatre semaines que je lui avais tenu pour la dernière fois le même propos quand il m’amena sa femme pour une érosion minime qui pointait sur la lèvre supérieure. Or, cette érosion devint bientôt un chancre typique, origine d’une syphilis qui se déroula suivant le mode usuel (2).
(1) Voy. mon Traité de la syphilis, l. I, p. 780.
(2) Voici le résumé de cette observation.
X..., prend la syphilis à dix-neuf ans (juillet 1868). — Quatre chancres parcheminés de la verge, avec adénopathie spécifique. — Accidents secondaires légers; mais plaques gutturales incessamment récidivantes, en raison d’abus de tabac, malgré un traitement convenablement et longtemps suivi.
En 1871, syphilide scrotale en arceaux conjugués. — En 1872, roséole cerclée. — A maintes reprises et toujours sous l’influence du tabagisme, lésions buccales, tantôt nettement syphilitiques, tantôt consistant en de simples érosions sans caractères, sur la nature desquelles il estle plus souvent impossible de se pronon-
AU DELA DE LA DIXIÈME ANNÉE
Veuillez remarquer, messieurs, combien tout est simple, correct et classique dans cette observation. Veuillez remarquer surtout quelle concordance précise entre l’invasion d’une nouvelle poussée chez le mari et la contamination subie par la femme.
D’autre part, n’accorderez-vous pas quelque prix à ma prédiction, annonçant et précisant quatre semaines à l’avance le malheur qui allait arriver?
Et enfin, votre conviction ne sera-t-elle pas fixée quand vous saurez que, dans le cas actuel, la victime était une de ces femmes « de foyer», une de ces saintes mères de famille audessus de tout soupçon (1)?
cer. — En 1873, nouvelle roséole cerclée, à deux reprises, et érosions multiples de la langue. — En 187 ^ taches cerclées sur une jambe. — De même en 1879. Huitième invasion du même exanthème cerclé qui, bien manifestement, est d’origine spécifique, etse dissipe toujours après quelques semaines de traitement. — Perdu de vue pendant quelques années. — Mariage en 1883.
En décembre 1885, je le revois à propos d'érosions linguales, siégeant sur le bord de la langue et d’une syphilide papulo-squameuse du scrotum, de forme circinée, syphilide d’aspect aussi secondaire que possible. — A la fin de cette même année, affection pulmonaire, simulant absolument la tuberculose, mais reconnue et traitée comme pneumopathie spécifique (gomme pulmonaire). — Guérison par la médication spécifique. — Depuis lors, très bon état.
Or, ce fut vers le 15 décembre 1885, c’est-à-dire (qu’on remarque bien cette concordance de dates) précisément à l’époque où je constatais chez ce malade des érosions linguales identiques à celles qu’il avait présentées tant de fois, que commença à poindre sur sa femme une lésion labiale des plus suspectes. Celte lésion devint bientôt un chancre aussi typique que possible, flanqué d’un gros ganglion sous-maxillaire, puis suivi, à terme normal, d’une éruption secondaire incontestable (syphilide érythémateuse, avec papules sur le front, céphalée, etc.).
M”“ X... est d’une moralité qui ne laisse prise à aucun soupçon. 11 est donc certain que, — réserve toujours faite pour l’éventualité plus qu’improbable d’une contamination accidentelle, — elle tient la syphilis de son mari. La concordance des dates précitées semble bien significative en l’espèce.
(1) Au moment où je corrige les épreuves de ce volume, je reçois communication d’un nouvel exemple de contagion issue d’une syphilis ancienne, fort ancienne, âgée de nix-itcix ans. Ce cas, dû à M. le D" Barthélemy, est pour ainsi dire copié sur les précédents et se résume en ceci ;
Mari syphilitique depuis dix-huit ans, et fumeur incorrigible. — Affecté d’une ^Zo.Çi'i/e scZéreuse incessamment sujette à fissures, crevasses, érosions, excoriations. — Peu de temps après son mariage, il contagionne sa jeune femme, sur laquelle se produit un chancre amygdalien, bientôt suivi d’accidents secondaires.
Les choses de science marchent vite de nos jours. Car, au moment où je corrige les épreuves de cette seconde édition, je trouve dans les comptes rendus de la Société française de Dermatologie (février 1911) une très curieuse et très instructive observation de MM. Balzer et Burnier, ayant pour titre : Syphilides papulo-érosives récidivantes du scrotum et du pénis survenant après plus de trente ans de syphilis.
Sommairement, c’est le cas d'un homme qui, après trente-cinq ans d’une syphilis bien certaine, marquée par divers accidents, fut affecté à la verge et aux bourses d’une éruption de lésions ayant toutes les apparences des syphilides papulo-
Syphilis secondaire. pj
COiMAGIONS SYPHILITIQUES TARDIVES.
érosives secondaires et offrant de plus le caractère pathognomonique des affections syphilitiques, à savoir : la présence du tréponème. Au surplus, voici le texte même des auteurs, qui doit trouver place ici.
« X...: câgé de 54ans,entreà l’hôpital Saint-Louis, salleBazin, le 29janvier 1911 , pour des lésions syphilitiques érosives de la verge et du scrotum.
Vers l’âge de 18 à 20 ans (les souvenirs du malade manquent de précision), il aurait eu un chancre induré du prépuce, chancre suivi de roséole, de plaques muqueuses amygdaliennes et d’une éruption papuleuse à grands placards, surtout marquée aux membres.
Le malade se soigna pendant quatre ans d’une manière suivie, qui semble avoir été rigoureuse.
Malgré ce traitement, divers accidents survinrent. — Un an après, dit le malade serait apparue subitement une paralysie faciale droite complète, qui dura près, de trois ans et guérit sans laisser de traces. — De plus, une céphalée passagère survenait de temps en temps. — En outre, il y a une dizaine d’années sont apparues déjà des syphilides érosives scrotales. — Cependant, régulièrement chaque année, le malade faisait une cure d’iodure de potassium.
L’année dernière (19 iO , apparurent de nouveau des syphilides scrotales qui disparurent rapidement sous l’influence du traitement. — Ce sont ces mêmes syphilides qui ramènent de nouveau le malade à l’hôpital, en janvier 1911. Ces syphilides, situées sur le scrotum, on{ absolument V apparence de syphilides papulo-érosives secondaires; elles fourmillent de tréponèmes^ ainsi que l’a démontré l'examen à rultramicroscope.
« 11 est assez intéressant, ajoutent les auteurs, de noter ce fait que, près de trente-cin({ ans après le chancre (impossible de préciser davantage, les souvenirs du malade étant un peu effacés), et malgré un traitement régulieret annuel, il soit possible d’observer des lésions papulo-érosives aussi riches en tréponèmes, et par conséquent très contagieuses. On sait que les syphilides papulo-érosives du scrotum peuvent être récidivantes, très tardives, et l’un de nous a déjà signalé des cas semblables survenus après quatorze ans et même dix-huit ans de syphilis. Mais nous croyons qu’une aussi longue persistance des accidents du type secondaire a été très exceptionnellement observée, et ce cas nous a paru digne d’être présenté à la Société. 11 démontre que la pullulation des tréponèmes dans certaines conditions favorables peut se réveiller au cours des phases les plus avancées de la syphilis. »