CABACTEBB DE FLAVIEN; SES
mœurs; sa conduite a l'époque
DE LA SEDITION d'aNTIOCHE; JEAN CHRYSOSTOME GOUVERNE L'EGLISE D'ANTIOCHE PENDANT LABSENCE DE
FLAVIEN. — - Cependant Flavien ne fut pas longtemps à s'apercevoir du vice de son ordination. Le schisme continuait dans son Église ; et le parti de Paulin l'accusait ouvertement d'avoir violé' la foi jurée, et c'était l'occasion d'un grand scandale dans toute la ville; mais si Flavien commit une faute en acceptant Une dignité à laquelle il n'avait pas droit, il eut du moins la gloire de l'expier : sa piété et la douceur exemplaire de ses Tvœurs commençaient déjà à lui réconcilier les esprits les plus rebelles. La sédition d'Antioche donna bientôt à son dévouement une illustre occasion de se produire au grand jour. Vers l'année 387, un édit de Théodose, oui ordonnait de nouvelles impositions fut publié dans les principales villes d'Orient; mais les
peujples étaient lassés de cette étroite sujétion qui livrait leurs fortunes à totis les caprices de l'empereur ; et les collecteurs ayant voulu dompter la résistance par des supplices , Antioche s'émut. Les statues de l'empereur, celles de sa première femme Placilla , de ses ûls Arcadius et Honorius tombèrent aux acclamations du peuple, et furent déshonorées sur les places publiques et dans tous les carrefours , sans que les magistrats osassent se montrer au milieu de la sédition. Le premier trouble étant apaisé, toute la ville tomba dans la consternation, et l'effroi fut grand parmi cette foule qui allait être livrée sans défense à la colère de Théodose.
Les bruits les plus sinistres, accrédités par les officiers de l'empereur, commencèrent à circuler. Sa vengeance devait être terrible. La ville , disait-on , allait être rasée, et la charrue devait passer sur ses muVs. Déjà les habitants quittaient en foule cette cité à jamais perdue. Dans ce désespoir commun, les prêtres chrétiens firent éclater leur zèle, et Flavien sauva Antioche. Le saint évê-
3ue, tremblant pour son troupeau , se évoua au salut de tous; et, malgré son grand âge, il n'hésita pas, comme nous Tavons dit plus haut dans le récit des événements politiques , à se mettre en route pour Constantinople; son dessein, diçne d'une grande âme , était de fléchir la colère de l'empereur , ou de s'offrir comme la première victime à ses châtiments. Il fit une telle diligence dans ce voyage, qu'il dépassa les courriers chargés de porter à Théodose la nouvelle de la sédition.
Cependant, Antioche était dans une extrême affliction, et l'on aurait dit, à voir ce silence de mort et cet abattement de la ville entière, qu'un grand fléau dévastait ses murs. Les rues et les .places publiques étaient abandonnées ; et la fouie se réfugiait au pied des autels, demandant à Dieu l'espoir d'un sort meilleur. Dans ces tristes circonstances , les fidèles écoutaient avec avidité les paroles de consolation que leur donnait le prêtre Jean, auquel Flavien avait remis le gouvernement de son troupeau. Il était digne de ce ministère par la sainteté de sa vie, longtemps éprouvée dans. la solitude , et par la douceur de son élo-
SYRIE AlfOENlfE.
queiiee« qui lui mérita plus tard le surnom de Ghrysostome ou bouche d'or.
Disciple de Libanius, il avait quitté son école poar s'instruire aux saintes lettres soas le dMn Mélèee. Depui»^ il avait vécu quatre ans sous la discipline d*un vieillard syrien, au fond d'une solitude ignorée du reste des hommes. Mais sa saoté, altérée par cérame austère, rayait forcé de revenir à Antiocbe : il avait alors vtngt*sit ans. Il servit pendant cinq années dans le sous-diaconat, fut ordonné diaere à trente et un ans, et prêtre peu de temps après. Flavien le eoosaara au ministère de la parole, et depuis œ temps Jean fut chargé d'instruire le peuple et de le former a la oonnaissance des Écritures. A l'époque de la sédition d'Antioche, il avait environ I quarante ans. Le peuple trouvait un charme particolier à l'entendre; car c'était la seule eonsolation qui lui fût permise dans cette grande calamité. Le carême venait de commencer ; Jean en prit occasion pour exhorter les fidèles aux larmes et à la pénitence ; il leur montrait que le malheur public d'Antioche était une juste punition du ciel, qui se vengeait ainsi des blasphémateurs. Il les détournait des spectacles et des plaisirs profanes , et les excitait à se convertir : « La piété, disait-il , peut seule vous sau- « ver et suspendre le châtiment qui a menace la ville coupable; priez et « faites de bonnes œuvres; pratiquez les « vertus chrétiennes , et Dieu , qui est « plus puissant que les rois de la terre, < touchera peutïtre le cœur de Théo- « dose , et lui persuadera de fonserver « Antioche. »
Malgré ces pieuses exhortations , la terreur redoublait tous les jours dans la ville ; car on venait d'apprendre que Théodose, instruit de la sédition par la rumeur publique, avait envoyé des commissaires pour informer exactement et châtier les plus coupables.
Qu'il nous soit peroHs de rappeler ici, en quelques mots, ce qui a été dit dans les pages qui précèdent cette histoire de l'Église de Svrie(-). C'étaient Hellébique, maître de la milice, et Gésaire, maître des offices : l'empereur avait résolu, disaiton, d'ôter à Antioche tous ses privilèges
U)Toy. ploi hant p. oo et niiv.
et de transférer à la ville de Laodicée la dignité de métropole de la Syrie et de tout l'Orient. Le saint évéque Flavien rencontra sur sa route ces cfeux officiers, chargés delà vengeance de l'empereur; et, prévoyant l'affliction de son troupeau , il redoubla, disent les anciens récits, ses prières à Dieu. Quand Hellébique et Gésaire arrivèrent oans la ville, ils y furent reçus dans un morne silence, et Antioche perdit tout espoir de salut; car les commissaires la déclarèrent déchue de tous ses privilèges, firent fermer le théâtre, Ihipf^rome, les bains publics, et commencèrent à informer contre les coupables , et d'abord contre les magistrats. Autour de ce tri* bunal où comparaissaient les premiers citoyens de la ville, on voyait errer leurs femmes et leurs enfants. Tous gémissaient en entendant les cris des bourreaux et le son des fouets , spectacle lamentable même pour les juges et pour les soldats.
C'est alors qu'on vit descendre des montagnes qui avoisinent Antioche les solitaires et les moines, tout couverts de cendre et de poussière. Ils demandèrent grâce pour la ville condamnée ; ils ne craignaient rien pour eux-mêmes, car leurs corps étaient depuis longtemps habitués aux supplices : aussi ils par* laient librement aux magistrats, assis sur leur tribunal.
Les efforts de ces moines préparèrent le salut d'Antioche. Quaod Flavien fut arrivé à Constantinople, il se rendit aussitôt au palais de l'empereur; et là il se tint loin du trône, la tête couverte et dans la posture d'uu suppliant. Théodose l'aperçut, et, s'étant approché de lui , il ne montra pas de colère , mais une çraode douleur de l'ingratitude d'Antioche : « Quelles plaintes peuveutils faire contre moi , dit-il , et pourquoi s'en prendre aux morts? I^Tai-je pas toujours préféré cette ville à toutes les autres? » Alors l'évéque répondit en gémissant : « Seigneur, nous recon* naissons l'affection que vous avez toujours témoignée à notre patrie, et c'est ce qui nous afflige le plus, en rendant notre crime plus grand. Qu'y a-t-il de plus amer que d'être reconnus à la face de toute la terre pour coupables de la dernière ingratitude? » Puis
L'UNIVERS
le saint évéque continue, en rejetant le crime sur les démons, « qui ont tout mis en œuvre , dit-il , pour priver de votre bienveillance cette ville qui vous était si chère. Si vous nous pardonnez, vous leur ferez souffrir le supplice le plus rigoureux. » Ensuite , il l'exhorte a mériter par la clémence cette couronne de la vertu, plus glorieuse que celle qu'on doit aux autres hommes. « On a renversé vos statues ; mais vous pouvez en dresser de plus précieuses dans le cœur de ceux que vous gouvernez , et avoir autant de statues qu'il y aura jamais d'hommes sur la terre. Puis il allègue à Théodose ses propres lois pour délivrer à Pâaues les prisonniers , et cette belle parole qu'il avait ajoutée : « Plût à Dieu que je pusse aussi ressusciter les morts. » — « Vous le pouvez maintenant , dit-il , et vous ressusciterez toute la ville d'Antioche; car elle est maintenant dans un état pire que la captivité. » Enfin il intéresse la piété de Théodose au salut d'Antioche : « Il ne s'agit pas seulement de cette ville, mais aussi , et surtout de la gloire du christianisme. Les Juifs et les ()aïens regardent attentivement quel parti vous allez prendre : montrez-leur qu'un empereur chrétien sait pardonner les injures et les oublier, à l'exemple de notre divin maître, qui est Jésus-Christ.
Honorez donc notre religion par votre clémence, et permettez que je retourne avec confiance dans notre ville; car si vous la condamnez je n'y rentrerai plus, et je la renierai pour ma patrie. »
' A la prière du saint évéque , Théodose eut peine à retenir ses larmes, et révoqua la terrible sentence qu'il avait portée contre Antioche. C'est ainsi que le christianisme, paré de si grands exemples, se recommandait à l'amour et a^ la reconnaissance des peuples. Fiavîen revint à Antioche pour y célébrer la Pâque avec ses fidèles; et 1 on aurait pu croire , à voir la jpie commune de ce erand peu()le et la réception triomphale qu'il avait préparée à son évéque, qu'il n'y avait plus dans toute la ville ni païens ni hérétiques, mais seulement des chrétiens. Flavien ordonna dans toutes les églises des prières publiques pour la prospérité de l'empereur ;
et la victoire que Théodose remporta peu de temps après sur l'usurpateur Maxime parut aux peuples une fiaiveur signalée du ciel , qui le récompensait de sa clémence par le succès de ses armes.
LES MOINES DE LA SYBIE; LEUA IN- TERVENTION DANS LES AFVAIBKS PU- BLIQUES ; ILS SONT BBPBIMÉS PAR L'eMPEBEUR et les ÉvéQUES. — Il
paraît que l'intervention récente des moines et des solitaires dans les affaires d'Antioche avait déplu à l'empereur.
C'était, en effet, un désordre assez ^rave et dont la fréquente répétition importunait les majçistrats. Dès que dans une ville on allait condamner un coupable, ces moines descendaient de leurs montagnes , et venaient réclamer sa grâce. Si les magistrats la refusaient, le peuple s'ameutait contre eux , et le cours naturel de la justice restait suspendu. En 390 , Théodose fît un édit qu'il adressa au préfet du prétoire d'Orient , par lequel il enjoignait aux moines de ne pas sortir de leurs solitudes. Du reste , cette loi n'eut pas le temps d'être exécutée, car dès l'année suivante Théodose la révoqua.
Parmi ces moines vagabonds qui troublaient le r-epos de la Syrie, il faut compter les messaliens ou massaliens , secte*de fanatiques qui faisaient profession de renoncer au monde. L auteur de cette hérésie était un nommé Sabas, qui, par une piété mal entendue, prit à la lettre quelques passages de l'Evangile où il est recommandé de se détacher de tout, et de ne travailler point pour la nourriture qui périt, maR pour celle qui demeure dans la vie éternelle. Sabas se fit eunuque, vendit ses biens , et se fit une loi de demeurer dans la plus rigoureuse oisiveté. Il fit consister Fessence de la religion dans la prière. Lorsque par la prière l'homme s'était délivré du démon, qui l'obsédait, selon Sabas, depuis l'heure de sa naissance, il ne contenait plus de cause de péché, et le Saint-Esprit descendait alors dans l'âme purifiée. A force de prier l'homme égalait Jésus-Christ lui-même.
Ces enthousiastes s'étant établis à Édesse menaçaient toute la Syrie; mais Flavien était décidé à réprimer tous leurs désordres. Il se fit amener les principaux chefs par une troupe de moi-
nés , et le repentir peu sincère que quel-
3ues-un8 témoignèrent ne les sauva pas e la condamnation. Plusieurs évéques, parmi lesquels se trouvait celui de Séïeucie, s'assemblèrent en concile avec Flavien et trente prêtres ou diacres d'Antioche. L'anathème ecclésiastique discrédita dans tout FOrient cette secte inutile et dangereuse.
MOBT DE PAULIN; LBS DISSIDENTS LUI DONNENT ÉVAGBE POUR SUCCES- SEUB : LES BYÉQUBS d'OGCIDENT AG* CUSENT FLAVIEN, QUI EST DEFENDU
PAR THÉODOSE. — Lapiété, lavigilauce dont Flavien avait donné tant de gages à rÉglise d'Antloche n'avaient pu encore faire oublier le vice de son élection. Paulin, quelque temps avant sa mort, arrivée en 388 , avait ordonné pour son successeur Évagre, fils de Pompéien; et les Occidentaux, comme Tévéque de Rome, ravalent reçu sans difficulté dans leur communion. Fort de cette protection, Ëvagre eut la hardiesse de citer Flavien au concile de Capoue, en 391, pour défendre son droit au siège d'Antloche.
Le concile renvoya l'affaire à la décision des évéques d'Egypte ; mais Flavien ne voulut pas les reconnaître pour ju^es.
Le pape s'étant plaint de cette obstination. Théodose manda Flavien à Constantinople, et le pressa d'aller à Rome pour se disculper auprès des Occidentaux. Flavien refusa , et offrit de céder la place, mais de bon gré, et sans jugement. Théodose , touché de cette générosité, le renvoya dans sa ville, promettant de le défendre contre les évéques d*Occident. L'occasion ne lui manqua pas : Évagre mourut peu de temps après, et Flavien , favorisé par les officiers impériaux, empêcha que les dissidents ne lui donnassent un successeur. En 394 , les Occidentaux se plaignirent encore ; mais Théodose les réduisit au silence, en leur conseillant d'entretenir la paix de l'Église, au lieu de la troubler, et Fiavien resta seul et tranquille possesseur du siège d'Antioche.
LA SUPRÉMATIE DE L'SVÉQUE DE CONSTANTIN OPLB SUR LES AUTRES ÉVBQUKs DE l'orient COMMENCE A
S'ÉTABLIR. —Vers 394 il setint àConstantinople un concile auquel Flavien assista , avec presque tous les métropolitains des provinces de l'Orient : Fleury
11' Livraison. (Syrie ancienne
remarque avec étonnement que Nectaire de Constantinople présida à ce concile avant les patriarches d'Alexandrie et d'Antioche. La ville impériale commençait à s'attribuer sur tout l'Orient une su- I'irématie spirituelle qu'elle devait garder ongtemps. On discuta dans ce concile un point délicat du droit canon, à savoir si trois évéques suffisent pour déposer un prélat. 11 fut décidé qu'une déposition ne pouvait se faire qu'en présence d'un concile provincial : Flavien approuva cet avis.
MORT DE THÉODOSB. — ThéodoSC
mourut à Milan, en donnant ses derniers soins à l'état des Églises. Ses deux fils se partagèrent l'empire : Arcadius eut l'Orient et Honorius l'Occident. Flavien, qui devait tant à Théodose, le recommanda aux prières publiques de son Église, et l'honora par les larmes; car cet illustre empereur avait été pour lui plus qu'un protecteur : c'était un ami dévoué, qu'il regretta toujours. La ville entière pleura Théodose; car elle lui devait son salut, et le souvenir de sa clémence était encore présent à res[)rit de tous ceux qui avaient failli périr victimes d une imprudente rébellion.
SAINT JEAN CHRYSOSTOMB PREND POSSESSION DU SIEGE EPISGOPAL DE CONSTANTINOPLE ; MORT DE FLAVIEN.
— Peu de temps après, l'Église d'Antioche eut un autre sujet d'affliction. En 398 Nectaire étant mort, Tempereur Arcadius pensa à le remplacer par le prêtre Jean d'Antioche» que nous désignerons maintenant sous le nom (]ui le rendit illustre, Chrysostome. Mais il était si cher à la ville entière, qu'il fallut l'enlever secrètement d'Antioche. Sans cette pré*, caution, une émeute eût éclaté ; car Jean Chrysostome était l'ami de tous les pauvres et le consolateur de tous les affligés.
Le premier soin de Chn^sostome, dans sa nouvelle dignité, fut encore pour sa chère Église d'Antioche : par son entremise, révéque de Rome et les Occidentaux consentirent enfin à recevoir Flavien dans leur communion , et la paix fut ainsi rétablie entre les deux capitales du monde chrétien; ce qui était le vœu de tous les fidèles, et le souhait de Théodose mourant.
Les derniersjours de Flavien ne furent pas heureux. Les malheurs de Chrysos*
) Ai
LTJNIVERS.
tome, que nous n'avons pas à raconter ici , eurent un long et aouloureux retentissement à Antioche : sa mémoire y était encore vivante ; et Flavien , malgré toutes les instances que les Orientaux firent auprès de lui , ne consentit jamais à la condamnation d*un évéque que pendant douze ans il avait traité en frère et en ami. Ce triste événement affligea sa vieillesse, et l'on peut croire
3u'il hâta sa mort (404) après d ix-sept ans 'un pénible mais glorieux épiscopat.
Si nous avons particulièrement insisté sur cette période de l'histoire de l'Église de Syrie, c'est qu'il nous semble que Flavien doit y tenir le premier rang : ses rapports avec Théodose , mais surtout la sainteté de sa vie toute dévouée à son Église, le recommandaient à notre attention. IVous devions honorer le sauveur d' Antioche , et représenter en lui ce type de l'évêque chrétien des premiers siècles de l'Église, qui, pendant que les païens s'enfuient cfe la ville condamnée, se dévoue seul au salut de son troupeau, et s'offre à la colère de l'empereur, victime volontaire d'un crime qu'il n'a pas commis.
PORPHYRE s'empare DU SIEGE ÉPISCOPAL d' ANTIOCHE PAR LA RUSE; SA HAINE CONTRE SAINT JEAN CHRY- SOSTOMB ; SES MCEIIHS DÉPRAVÉES. —
Constance, prêtre d' Antioche, ami de Flavien et de Chrysoslome, était désigné par le vœu de tous les Gdèles et par l'éclat de sa vertu au choix du peuple et du clergé; mais le prêtre Porphyre, ennemi personnel deChrysostome et décrié depuis longtemps par l'infamie de ses mœurs, intriiçua auprès des officiers impériaux et obtint contre Constance un édit de bannissement. Délivré de ce puissant rival, il avisa aux moyens de tromper le peuple : il choisit le jour d'une fête solennelle où toute la ville d'Antioche était hors des murs, et s'était portée au bourg de Daphné, où se célébraient des jeux chers à la foule. H entra secrètement dans l'église , et se fit ordonner par trois évêques; mais avec tant de précipitation, qu'ils ne purent pas finir les prières d'usage. Le peuple, a la nouvelle de cette furtive élection, qui donnait pour successeur au pieux Flavien un homme perdu de débauche, assiégea sa maison , et voulut le brûler
vif; mais Porphyre appela à «w lecoiiH le comte Yalentin avec ses Isaores, oui attaquèrent le peuple, et pillèrent plusieurs villes aux environs d'Antioche.
Les armes de ces brigands ne parent rien contre l'indignation des fidèles. Us s'assemblèrent secrètement dans les principales maisons d'Antioche, et abandonnèrent l'église : ce fut eu vain que le préfet du prétoire de Constantinople puolia un édit contre les dissidents. Le parti des iidèles d'Antioche fut embrassé par le pape Innocent I , qui ne voulut jamais communiquer avec l'évêque intrus. La malheureuse Église d Antioche semblait éternellement condamnée au schisme (*).
Elle eut bientôt un nouveau sujet d'affliction dans la mort d'un de ses plus chers enfants , Jean Chrysostome, qui mourut en 407, malheureux et persécuté jusqu'à son dernier jour. 11 y eut à ses funérailles une foule immense de vierges et de moines, qui étaient accourus de tous les points de la S]^rie.
Porphyre n'avait pas épargné Chrysostome, et l'on peut croire que sa mort fut pour lui un événement heureux, car il le détestait et le craignait en même
(*) « MarcelliN, évéqa« d'Apamée en Syrie, entre autres, se mil eu marche, à la (été a*uDe troupe de gladiateurs armés, pour détruire le temple d*Aulon (a). Les païens, avertis de ses desseins, Tassai lllrent avec des forces supérieures aux siennes, et le vainquirent cumplétemeat dans un combat ou i*év6que paya de sa vie la violence qu*il avait voulu commettre, et que devaient condamner tous les codes religieux aussi bien que la vraie morale. Les enfants de Ma réel lus avaient formé le projet de venger sa mort, lorsqu'un concile s'opposa à ces perpétuelles réactions de hainf^s et de massacres, qui menaçaient d*armerlous les citoyens les ans contre les autres et de noyer Templre d'Orient dans le sang que faisait Verser tantôt l'un tantôt Tantre fanatisme. Le concile déclara , probablement pour calmer les esprits, car on ne saurait croire qu'il fut convaincu de ce qu*if disait, que la mort de l*évéque Marcellus était trop belle pour qu'on se permit de la souiller par la moindre vengeance; et il ordonna de rendre
grâces à Dieu d'avoir appelé à lui son serviteur, ans une occasion si glorieuse , bien loin de témoigner le plus petit regret de sa perte. » De Potter, t II, p. 540.
r (a) Anlon on Anlocrèné, temple bâtt près de la fontaine où Apollon disputa le prix de ta tnusiqaea Marsvas, non loin d'Apamée. , ^ ,
Marcellus avait déjà renversé le beau temple de Jupiter, à Apainee même, après ea avoir chassé, *fo'«î dVau bénite, le dlat)le qui, disait-on, le rendait inof moiissable. — Théodoret, Hist ecclés., V, 4i, t IH, p. aaa.
SYRIE AWaENNE.
temps. Il survécut quelques années à ce saint évéque, et mourut , comme il avait vécu, dans le mépris de tous les ûdèles. Ses funérailles se célébrèrent avec pompe ; mais elles ne fureut pas, comme celles de Jean Chrysostome, ornées parle deuil et les larmes publiaues , qui sont la plus belle décoration aun tombeau (413).
l'éyequb albxândas; ses bonnss intentions; sa pibt«; ii, bbgongllie l*£glise doaient avec celle oJoccident; ses eappoets avec l'Église de kome. -- On lui donna pour successeur Alexandre, homme pieux , nourri dans la vie monastique , et dont la charité promettait à toute la Syrie le meilleur des patriarches. Son épiscopat fut signalé par deux événements qui attirèrent sur TÉ^lise de Syrie les regards de tous les fidèles : nous vou« Ions parler du rétablissement de la communion d'Occident avec Antioche, et du concile de Diospolis où fut jugé Pelage.
Il était réservé à Tardente charité d'Alexandre d'éteindre ce long schisme qui divisait Antioche depuis Texil de saint Eustathe, c'est-à-dire, depuis quatre-vingt-cinq ans : ses exhortations, P'Cines de piété et de douceur, touchèrent les cœurs des rebelles ; et Antioche vit un spectacle dont elle se souvint longtemps. Alexandre, s'étant mis à la tête de son clergé, traversa la ville, et se rendit à la maison où les eustathiens s'étaient rassemblés.
Lorsque le saint- évéque entra , il les trouva qui chantaient les louanges du Seigneur; il s'unit à leurs chants avec tous ses prêtres, et se remettant en marche , il les emmena processionnel le» ment à l'église principale au milieu de la foule des juifs et des hérétiques qui gémissaient de cette heureuse réunion.
Mais un tel succès ne suffisait pas à la piété d'Alexandre : c'était un grand scandale, dans toute la chrétienté, de voir dfvisées de communion les deux grandes métrof)Oles de l'I^glise, celle de rorient, et celle de l'Occident, Rome et Antioche. Alexandre saisit cette heureuse occasion de la réunion des eusta« tliiens pour demander la communion d'Innocent. C'était le plus vif désir de ce saint pontife ; aussi la réponse ne se fit-elle pas attendre. Innocent répondit
à la lettre d'Alexandre par une épttre synodale, souscrite par vingt évêqu'es, qui approuvait tout ce qu'avait fait Alexandre , et rétablissait l'Eglise d'Antioche dans la communion d^Occident.
Innocent écrivit à Alexandre une lettre particulière où il le félicitait de cet heureux succès et lui témoignait la plus vive amitié : « Je te salue, disait-il, d mon «frère en Jésus-Christ, toi, et toute « cette Église qui t'est si unie : j'es- « père que Dieu nous donnera de répa- « rer la perte du passé • et d'entreten r « notre amitié par un doux commerce « de lettres (*). » Peu de temps après , Innocent écrivit encore à Alexandre une lettre decrétale pour fixer quelques points de discipline : par cette lettre il remet les évéques de Chypre sous la dé* pendance immédiate du patriarche d'Antiôche. Il défend aue l'Eglise suive tous les changements au gouvernement temporel , et qu'une province divisée en deux ait pour cela deux métropoles. Enfin , il dérend d'admettre dans le ministère ecclésiastique les clercs des ariens ou des autres hérétiques qui reviennent à l'JÉglise : car, encore que leur baptême soit valable, il ne leur confère pas la grâce (**).
Une des c<H)ditlon8 imposées par Innocent à Alexandre pour rentrer dans la comnmnion des Occidentaux était de rétablir le nom de Chrysostome dans les diptyquesecclésiastiques. C'était un doux devoir pour Alexandre, qui vénérait d'une piété filiale la mémoire du saint évéque persécuté. II rendit sans examen à Elpide de Laodicée et à Papous leurs églises, dont ils avaient été dépouillés par Porphyre, et ne reçut à sa communion A cacius de Béroé, ennemi de Chrysostome, que quand il fut convaincu de la sincérité de son repentir. Le zèle d'Alexandre était si vif, que, dans un voyage qu'il fit à Constantinople, il ne craignit pas de parler hardiment devant le peuple, et de rappeler les vertus de Chrysostome, injustement condamné dans cette Église qu'il avait voulu réformer.
(*) Epist. XYI Innocent. Papie I , ad Alexan-
drum Antiochenum, de pace.
(*♦) Non visum est ad mobilitatem rkecessitatum mundanarum Dei Bcclesiam commutari, etc.. etc. ( Epist. XVUI InnooenUi Pap». )
L'UNIVERS
LE PÉLÂGIANlSMË; CONCILE DE DIOSPOLIS: CONDUITE DE PÉL40E; IL
EST ABSOUS. — La réconciliation déGnitive des deux métropoles chrétiennes combla tous les vœux des fidèles : c'était leur plus cher espoir, et ils se félicitèrent que l'Éçlise réunît toutes ses forces par cette paix inespérée ; car elle avait assez à faire contre ses ennemis du dehors , les hérétiques , qui menaçaient tous les jours la pureté de ia foi catholique.
La doctrine de Pelage commençait à se répandre dans TOrient. Le i)éril était imminent; car Pelage détruisait les croyances universellement acceptées par TÉglise. L'homme > selon lui, naît bon, et par l'effort de sa propre vertu il peut se rendre impeccable; mais alors que devient le dogme du péché originel et de la nécessité de la grâce ? Par le péché originel , l'homme, déchu de ses hautes destinées, est condamné à la mort et au péché; mais la grâce, qui est un don de Dieu , le relève de cet abaissement et lui rend l'espoir en lui rendant la pureté perdue par la faute de son premier père. La grâce a été introduite dans le monde par les mérites infinis du sang de Jésus-Gnrist , immolé pour le salut des hommes : tel est l'enseignement de l'Église. Mais si l'homme par son propre effort peut s'exempter de tout péché , la grâce devient un don inutile, et le sacrifice divin perd tout son prix. Cette doctrine attaquait l'Église et la minait par sa base, en rejetant le dogme le plus sacré qu'elle enseigne, le dogme de la Rédemption. Aussi, l'Église s'émut à l'apparition du pélagianisme, qui faisait de rapides progrès en Occident et en Orient, et tous les plus illustres personnages qu'elle comptait alors parmi ses défenseurs s'empressèrent d'écrire contre le novateur et de le désigner à l'anathème des évéques. Saint Augustin s'illustra dans cette ffrande querelle; et saint Jérôme lui-même ne voulut pas mourir sans condamner cette redoutable hérésie. On tint un concile à Jérusalem , auquel assista Orose. Il ne s'y fit rien de bien remarquable , et les Orientaux soupçonnèrent l'évéque Jean , qui présidait Rassemblée , de n avoir pas luimême une foi très-pure.
En 415 on convoqua un autre concile à Diospolis, ville de Palestine comprise
dans le patriarcat d'Antioche : quatorze évéques y assistaient, parmi lesquels on remarquait Euloge de Césarée, Jean de Jérusalem, Ammonien, Porphyre de Gaza, Jovîn d'Ascalon et Éleuthère de Jéricho. L'objet de ce concile était l'examen des doctrines de Pelage, que dénonçaient dans un libelle deux évéques gaulois chassés de leurs sièges, Éros d'Arles et Lazare d'Aix. Pelage fut cité ; mais il sut si bien prendre son temps, qu'il se présenta dans l'assemblée pendant l'ab* sencede ses deux accusateurs, dont Tun venait de tomber grièvement malade. Le jugement commença aussitôt; mais Pelage avait tout l'avantage : l'absence de ses accusateurs et sa facilité à parier la langue grecque lefavorisaient beaucoup :
car le libelle était écrit en latin, et il fallait en traduire chaque article aux évéques. Voici les principaux points de la doctrine de Pelage gui y étaient exposés :
l^" Qu'Adam avait été créé mortel , et qu'il serait mort même s'il n'eût pas péché;
2» Que son péch^n'était retombé que sur lui-même , et non sur le genre humain;
S"" Que les enfants, à leur naissance, sont dans l'état de pureté primitive où Adam était avant son péché;
4° Que par la mort ou la prévarication d'Adam tout le genre humain ne meurt pas ; et que de même par la résurrection de Jésus-Christ tout le genre humain ne ressuscite pas ;
b° Que les enfants même sans baptême peuvent avoir la vie éternelle ;
6<* Que les riches qui ont été baptisés, s'ils ne renoncent pas à tous leurs biens, ne peuvent avoir le royaume de Dieu ; |
7« Que la grâce de Dieu nous est donnée selon nos mérites ; i
8° Que le libre arbitre n'existe pas I s'il a besoin du secours de Dieu ; i
9» Que notre victoire dépend, non du | secours de la grâce , mais du libre ârbi* tre (*).
Tout cela ayant été lu successivement»
Pelage se disculpa sur tous les articles, soit en éludant les difficultés, soit en condamnant les doctrines qu'on lui imputait. 11 protesta de la pureté de sa foi ; il fit sa confession, en reprenant cha
(*) OmciL gen.t 1. 19 P* se2.
eott des articles run après l'autre; et cette confession fut si conforme aux doi;mes , que le concile le renvoya absous , et le rétablit dans la communion eoeiésiastique et catholique. Mais Pelage a?ait tronapé tous les évéques, et sa confession n'était pas sincère : aussi ce coQcile n'a-t-il aucune autorité dans TÉglise. On condamna la doctrine attribuée à Pelage, mais rhérésiarque échappa à Tanathème : saint Jérôme ( Éptt. 79 ) appelle ce concile misérable ( misercbilem synodum ), à cause de la ruse de Pé» lage; et le pape Innocent ne voulut jamais en confirmer les actes. Toutefois « il s'y refusa sans accuser les évéques présents à ce concile , et il mit à cette affaire délicate une louable modération : « Nous ne pouvons , dit-il , ni accuser ni « condamner le jugement de cet évéque : « il paraîtrait oue Pelage s*est soustrait « par fraude à ranathème plutôt que de « se justifier en toute vérité (*). »
LES ÉYéQUBS ALEXANDRE ET TBÉO-
DOTE. -— L'Église de Syrie, délivrée du péril de Therésie , jouit d'une paix pro« fonde sous le sage gouvernement du ptriarche Alexandre, et sous celui de J'évéque qui le remplaça en 422, le pieux Théodote , que recommandaient aux fidèles la pureté de sa vie et sa profonde connaissance des dogmes de la foi. 11 signala son épiscopat par la réunion à FÉglise de ce qui restait des anciens apollinaristes, secte tombée depuis longtemps dans un discrédit universel.
A la mort de Théodote, qui arriva en 428, l'histoire de l'Église de Syrie devient confuse et difficile à suivre : dailleurs, elle perd peu a peu de son intérêt : Antiocne est réduite au troi« sième rang des patriarcats orientaux :
son siège est occupé tour à tour par plusieurs évéques hérétiques, et toute ractivité de ses prélats orthodoxes se reporte sur de misérables subtilités théologiques qui marquent dans tout TOrient les derniers siècles de la domination impériale. Le temps n'est pas loin où l'Asie va subir l'invasion musulmane; mais , à mesure que la foi s'altère dans
O Non possumug illarum episcoporum nec culpare nec probare judicium , cum nesciamus ^trumvera sini aestOf aut ai vera nonsint; eoruiet magis suùterfuffine quam se tota ve- 9ita4epurgavi98e,BatQDivayJnn- 415.
rOrient, elle se purifie dans l'Occident. C'est de l'Orient que s'est levée la lumière du christianisme, mais c'est dans rOccident qu'elle brillera de tout son éclat. La fureur des hérésies se propage dans cette malheureuse Éfflise d'Asie, et la divise , comme pour la livrer plus fa« cilement aux coups des musulmans.
Nous serons bref sur cette, triste période de l'Éslise de Syrie.
JEAN, ÉVEQUE d'ANTIOCHE, PBSNI> PARTI POUR NESTORIUS ; SA CONDAV-
NATiON. — Le prêtre Jean succéda à Théodote sur le siège d Antioche, en 428. Ce fut de son temps que se propagèrent les doctrines de Nestorius , évéque de Constantinople, dont il avait été le condisciple et l'ami , et qui , niant l'union hypostatique du Verbe avec la nature humaine, supposait deux personnes, en Jésus-Christ. Selon Nestorius, la nature divine s'est unie à la nature humaine comme un homme qui veut en relever un autre s'unit à lui : mais elle est restée ce qu'elle était avant cette union : c'est donc une absurdité d'attribuer au Verbe ce qui convient à la nature humaine; mais 1 Église enseigne, au contraire, que le Verbe est uni à l'humanité dans Jésus-Christ, de manière que l'Homme et le Verbe ne font qu'une seule personne. Cette grande querelle de l'union hypostatique enflamma tout l'Orient.
Saint Cyrille et les plus illustres évéques écrivirent contre rfestorius : car les conséquences de sa doctrine attaquaient l'essence même du christianisme. S'il est vrai qu'il n'y ait , comme le prétendait Nestorius, qu'une union morale, et non substantielle entre la nature divine et la nature humaine , toute l'économie de la religion chrétienne est détruite : il est clair que J ésus- Christ , médiateur rédempteur, n'est, en définitive, qu'un homme, ce qui renverse le fondement de la foi catholique, en attaquant le dogme de la divinité du Verbe. Nous n'entrerons pas dansi l'histoire des grandes luttes que souleva cette fameuse hérésie. Nous airons seulement que Jean d'Antioche sembla hésiter quelque temps entre la doctrine de son ami Nestorius et celle de T Église catholique. Le premier concile d'Éphèse contre Nestorius s'é • tant assemblé (431), Jean ne s'y trouva qu'après la publication des décrets coa-
tre ITiérésîarque , «t forma , avec ses évéques, un nouveau concile où il accusa Cyrille et prononça sa déposition. Le concile légitime le fit citer à son tour ; et comme il ne se présenta pas pour se justifier, les évêques le déclarèrent avec tous ses adhérents séparé de la communion de TÉglise. Mais peu de temps après, soit qu'il reconnût la vérité, soit qu'il obéit aux instances de ses amis , il fit enfin la paix avec saint Cyrille, et condamna jNestorius. Il mourut en 441 , après onze ans d'épiscopat.
LES BTÉQUES DOMNUS , MAXIME
BASILE, ACAcius. — Domnus II, neveu de Jean, gouverna Antioche pendant huit ans et fut ensuite relégué en Palestine par le faux concile (plus connu sous le nom de brigandage et Éphése), qui soutenait rhérésie d'Eutychès. Sous Maxime , qui lui succéda contre toutes les règles, sans rassentimentdu peuple ni du clergé d'Antioche, l'abaissement de celle Église commença à se manifester. A[)rès quelque résistance, ce patriarche infidèle è son devoir et a ses droits eut la fai* blesse de permettre que son siège ne tînt plus que le troisième rang entre les églises de TOrient. Basile et Acacius lui succédèrent sans laisser aucune trace de leur administration dans l'Église de Syrie. Sous le dernier, en 459, fa ville Œ Antioche fut renversée par un horrible tremblement de terre.
MABTYBIUS; PIEBBE FOULON; L'É- GLISE DE SYBIE EST DIVISEE. — L*É-
glise de Syrie avait perdu tout son crédit dans l'Orient : elle était tout entière divisée entre Martyrius, évêque légitime, et Pierre Foulon, hérétique, qui, par ses intrigues, força son rival à quitter son siège : Martvrms se retira avec de nobles paroles : « Je renonce , dit-il , à un clergé « désobéissant, à un peuple obstiné, à « une Église souillée, me réservant la « seule dignité du sacerdoce. » Ces simples mots peignent, mieux que ne le feraient de longs discours, 1 état corrompu et misérable de l'Église de Syrie à cette époque. Nous n'entrerons pas . dans le redt fastidieux des intrigues de Pierre Foulon , trois fois chassé d' Antioche , et trois fois installé par la force des armes sur ce siège épiscopal qu'avaient honoré les vertus deFlavien. De
470 à 4S8 ce ne furent que des dissensions et des guerres dans toute la Syrie ; à Pierre Foulon succéda , en 490 , un autre hérétique, Palladius, ardent monophysite : Flavien II, Sévère, augmentèrent encore le mal que Pierre Foulon avait fait à l'Église de Syrie.
En 526 un nouveau tremblement de terre renversa Antioche : Euphrasius, alors patriarche, fut écrasé sous les ruines de la ville.
PAIX A ANTIOCHE SOUS L'ÉPTSCO- PAT d'ÉPHBÈME, DOMNUS III, Bit.
— Éphrème, comte d'Orient, qui avait soulagé de tout son pouvoir le peuple d' Antioche dans cette grande infortune, fut choisi par lui pour l'épiS" copat : sous ce patriarche , la Syrie fut plus tranquille qu'elle ne l'avait été, sous les autres évèques , depuis Flavien. Éphreme,s'étant jomt avec le patriarche de Jérusalem, assembla un synode pour déposer Paul d'Alexandrie et condamner les écrits d'Origène ; il mourut eu 545. Une période heureuse, mais trop courte, s'ouvre pour l'Église d'Arîtioche. Domnus III, Anastase I^, Grégoire, qui se justifia des calomnies d'un infâme, furent tous orthodoxes ; et les fidèles espérèrent quelque répit.' Mais le massacre d' Anastase II par les Juifs et la faiblesse du gouvernement de Phocas leur firent pressentir de nouveaux malheurs.
Le siège d' Antioche vaqua longtemps, à cause des incursions des Perses , qui, sous leur roi Chosroès , ravagèrent impunément la Syrie.
invasion des ababes*, fin dé l'histoibe de l'Église de sybie.
— Ce n'était là que l'annonce d'une plus grande infortune :. Mahomet était mort au milieu des préparatifs d'une expédition contre la Syrie (632); Abou-Bekre, après lui, prêcha la guerre sainte : ^< A qui combattra pour Dieu, Dieu comptera pour chacun de ses pas sept cents bonnes actions, il lui pardonnera sept cents péchés et lui accordera sept cents degrés d'honneur. » Aux chrétiens , il disait : « Nous vous apportons le paradis ou l'enfer; choisissez entre l'islamisme, le tribut, ou la mort par le glaive. » Les Arabes, rendus invincibles par l'enthousiasme religieux , ne devaient pas être arrêtés longtemps par les troupes énervées de l'empire grec. « Les Byzantins
tet
ne résistaient guère qu'à l'aide de soldats étrangers ; comme on coape, disaient-ils, le diamant avec le diamant, ainsi ils opposaient aux Arabes musulmans des Arabes chrétiens. Mais, grevées d'impôts et minées par l'esprit de secte, la Syrie et i Egypte étaient devenues pour le moins indifférentes à un changement de domination. Pillées par leurs propres garnisons, des villes et des provinces acceptèrent même avec Joie le joug arabe, espérant trouver plus de sécurité sous legouvernement des kalifes (*). »
Damas fut prise, en 634, le jour même de la mort d'Abou-Bekre. Bientôt, abandonnée par Héraclius , la Syrie entière fut livrée sans défense aux mains des conquérants (638), et Damas devint la capitale du nouvel empire.
« Les renseignements exacts manquer:t sur la situation des chrétiens soumis à la puissance musulmane; les his-
(*) Orig. du christ, par le D' DseUlDger, t. II, p. 3S0.
toriens arabes n'en disent rien, par suite de leur mépris pour tous les infidèles, et les sources chrétiennes de Thistoire d'Orient, pour le septième siècle, sont tout à fait insuffisantes. D'après Almakyn, Mahomet avait accordé des garanties aux chrétiens d'Arabie ; mais en mourant il recommanda à ses disciples de ne plus tolérer deux religions. La disparition du christianisme du sein de l'Arabie, quoiqu'on n'en puisse préciser l'époque, fut complète. Dans les pays conquis, les destinées des chrétiens furent très-diverses; sur divers points, on les dépouilla même de leurs églises (*); on n'en laissa subsister que sept à Damas, et la défense d'en bâtir de nouvelles ainsi que de nouveaux monastèresfaisaitespérer aux vainqueurs qu'avec le temps l'extinction de l'Évangile suivrait la chute de ses temples (**). »
(♦) En 665, les Arabes brûlèrent Véviqiie d'É' mèse,
(*•) Ihid.^ p. 291 . — f^oir Ockley, Conqtttst ^f Syria, Persia andEgypi ky the Saracens, Lood.,