OUVRIERS
Les qualités dominantes et tout à fait caractérisques des tissus syriens de toutes sortes sont la richesse, Téclat et l'harmonie des couleurs, la solidité de celles-ci, le bon goût et Foriginalité des dessins et la longue durée des étoffes, sans en excepter les plus légères. Malgré tant de sérieux avantages, la production est diminuée au moins des deux tiers depuis Tinvasion des produits
européens à très bas prix, grossièrement similaires; mais elle tend à se relever, car on commence à s'apercevoir un peu partout que le bas prix est tout le contraire du bon marché.
* Abâ, etc. — Outre les ^abâ et les machlah qui sont, comme on le sait, des espèces de manteaux ou pardessus très amples, généralement à fond noir et en laine, poil de chèvre {iiftik) ou de chameau, ou bien en soie de couleurs vives pour Tété, avec larges bandes tissues d'or et broderies, le vilayet de Syrie fabrique d'autres pièces d'habillement très remarquables par leurélégance simple et riche. On a beaucoup remarqué, aux Expositions universelles, les robes de chambre d'été dites lïbàdh et ^arakè, en coton pur et en soie et coton, entièrement piquées à la main à tout petits points serrés formant des séries de dessins variés, d'un goût pur et délicat. Ce genre de confection est une spécialité syrienne. Une robe de chambre de ce genre, chefd'œuvre de patience, vaut, à Damas, prix moyen, 250 piastres, (env. 57 fr.). Un magnifique machlah ou tiftik noir, avec large bande d'or lissue, brodé et damassé, vaut, à Iloms, env. 500 piastres (env. 115 fr.).
Châles. — Les châles de coton, de soie et coton, de soie, et même de soie et or filé très fin, sont principalement fabriqués à Damas. Les plus communs, larges d'un mètre sur 2 m. de long, destinés à servir de ceintures, sortent des manufactures de Homs et de Hamâ; ce sont des imitations très réussies des châles indiens et persans. Mais les châles de soie et de soie et or de Damas sont des produits originaux, bien supérieurs aux plus exactes reproductions des cachemires de Tlnde, auxquels, du reste, ils ne ressemblent nullement : tissus, dessins, couleurs, tout, excepté le nom de châle, est absolument différent.
Tapis, feutres brodés, pèrdé, etc. — On peut ranger les lapis de Syrie en deux principales catégories : les sofrali ou grands lapis d'appartement et les sirali ou tapis rayés
pour toute destination. On fait aussi en Syrie beaucoup de tapis de petite et de moyenne grandeur pour la prière. On pourrait assimiler peut-être aux tapis les portières brodées d'or et d'argent, les draps noirs ornés de grands bouquets de fleurs en application, encadrés d'ornements en soutaches, et tous les autres articles qui, sous le nom générique de pèrdè (rideaux), sont également employés en Orient pour rideaux, stores et portières. Les tapis sirali de Damas ont pour type un tapis à six couleurs éclatantes, disposées en mille raies étroites: blanc, violet, noir, vert, rouge et jaune, coûtant de 300 à 400 piastres la pièce (79 à 92 fr.). Les sofrali sont généralement à cinq couleurs : bleu, vert, jaune et orange sur un fond sombre. Une rosace en occupe le centre pour marquer, dit-on, la place du sofra, grand plateau de laiton qui sert de table à manger et donne son nom au lapis. C'est encore un des articles principaux de la chaudronnerie de Damas, centre des fabriques de sofra de toute la Turquie.
Parmi les différentes sortes de pèn/è, Tune des plus intéressantes est celle de drap noir brodé en application et soutache. Ce pèrdè était naguère encore Tunique fermeture de la tente des vizirs et de leur cabinet ministériel; le premier venu pouvait soulever plus ou moins discrètement ce rideau, qui masque souvent aujourd'hui une porte soigneusement fermée, mais absente alors. Si le ministre lui semblait d'humeur accueillante, le solliciteur entrait sans plus de façons.
Confiserie, etc. — Les confitures, fruits confits et autres produits de l'art du confiseur, en Turquie, ont de nombreuses et excellentes qualités, et seulement un défaut, mais ce défaut unique est capital : ils se présentent sous des dehors négligés qni n'ont rien d'appétissant. Les pâtes de prunes, d'abricots, de coings, par exemple, ressemblent à des rouleaux de papier d'emballage; ce n'est pas sans effort qu'on prend sur soi d'y goûter. Il est vrai que, une fois la connaissance faite, on y revient volontiers, mais combien ne s'y risquent pas ! Il n'en est pas ainsi des fruits confits de Damas. Beaux par eux-mêmes et bien
STATISTIQUE DESCRIPTIVE 3ft9
parés, élincelants sous leur cuirasse de sucre candi comme s'ils s'étaient roulés dans une fine poussière de diamant, ils prennent place sur table au rang le plus distingué. Le gourmet admire ces pêches engageantes, ces énormes abricots, ces prunes incomparables, et tous ces beaux fruits qui trouvent difficilement leurs pareils en Europe.
Armes. — Sans rester au-dessous des meilleurs produits des bons armuriers des autres pays, les armes à feu portatives des fabriques de Damas et autres grandes villes syriennes ne leur sont point, en général, supérieures quant à la partie essentielle, c'est-à-dire quant à ce qui concerne laportéede ces armes, 'a justesse de leur tir et autres qualités purement techniques. Mais tout en possédant ces mêmes qualités à un titre à peu près égal, les armes à feu portatives de Damas surpassent de beaucoup toutes les autres par l'excellence des matériaux employés, ainsi que par la richesse et l'incomparable perfection de l'ornementation. Sous ce rapport, elles ne le cèdent en rien aux armes blanches de même origine, à la fois sans égales pour la bonté de la lame, pour la beauté de la poignée et du fourreau, r4es dernières peuvent être comparées, comme armes, aux vieilles lames espagnoles, et, comme travail artistique, aux chefsd'œuvre des Florentins delà Renaissance.
Bijouterie. — D'ailleurs, la bijouterie syrienne, surtout pour le filigrane d'or et d'argent, est encore aujourd'hui sans rivale; seuls quelques ouvrages des bijoutiers portugais ont pu, aux expositions universelles, concourir honorablement avec les siens. Pour donner une idée bien faible du goût délicat et des hautes qualités artistiques qui distinguent Vès?2d/ (corporation) des qouyoïimdji (orfèvres) de Damas, il suffira de décrire ici deux parures exposées à Vienne en 1873.
La première, complément obligé du costume d'apparat d'une femme fellah^ c'est-à-dire d'une simple paysanne du vilayet de Syrie, se composait d'abord d'un thas-tèpèUk^ sorte de mitre orientale qui recouvrait de son enveloppe d'argent le fès posé
pour toute deslinatioD. On fait aussi en Syrie beaucoup de tapis de petite et de moyenne grandeur pour la prière. On pourrait assimiler peut-être aux lapis les portières brodées d'or et d'argent, les draps noirs ornés de grands bouquets de fleurs en application, encadrés d'ornements en soutaches, et tous les autres articles qui, sous le nom générique de pèrdè (rideaux), sont également employés en Orient pour rideaux, stores et portières. Les tapis sirali de Damas ont pour type un tapis à six couleurs éclatantes, disposées en mille raies étroites: blanc, violet, noir, vert, rouge et jaune, coûtant de 300 à 400 piastres la pièce (79 à 92 fr.). Les sofrali sont généralement à cinq couleurs : bleu, vert, jaune et orange sur un fond sombre. Une rosace en occupe le centre pour marquer, dit-on, la place du so/ra, grand plateau de laiton qui sert de table à manger et donne son nom au tapis. C'est encore un des articles principaux de la chaudronnerie de Damas, centre des fabriques de sofra de toute la Turquie.
Parmi les différentes sortes de pèrdè, Tune des plus intéressantes est celle de drap noir brodé en application et soutache. Ce pèrdè était naguère encore Tunique fermeture de la tente des vizirs et de leur cabinet ministériel ; le premier venu pouvait soulever plus ou moins discrètement ce rideau, qui masque souvent aujourd'hui une porte soigneusement fermée, mais absente alors. Si le ministre lui semblait d'humeur accueillante, le solliciteur entrait sans plus de façons.
Confiserie, etc. — Les confitures, fruits confits et autres produits de l'art du confiseur, en Turquie, ont de nombreuses et excellentes qualités, et seulement un défaut, mais ce défaut unique est capital : ils se présentent sous des dehors négligés qni n'ont rien d'appétissant. Les pâtes de prunes, d'abricots, de coings, par exemple, ressemblent à des rouleaux de papier d'emballage; ce n'est pas sans efTorl qu'on prend sur soi d'y goûter. Il est vrai que, une fois la connaissance faite, on y revient volontiers, mais combien ne s'y risquent pas ! Il n'en est pas ainsi des fruits confits de Damas. Beaux par eux-mêmes et bien
parés, étincelants sous leur cuirasse de sucre candi comme s'ils s'étaient roulés dans une fine poussière de diamant, ils prennent place sur table au rang le plus distingué. Le gourmet admire ces pêches engageantes, ces énormes abricots, ces prunes incomparables, et tous ces beaux fruits qui trouvent difficilement leurs pareils en Europe.
Armes. — Sans rester au-dessous des meilleurs produits des bons armuriers des autres pays, les armes à feu portatives des fabriques de Damas et autres grandes villes syriennes ne leur sont point, en général, supérieures quant à la partie essentielle, c'est-à-dire quant à ce qui concerne la portée de ces armes, 'a justesse de leur tir et autres qualités purement techniques. Mais tout en possédant ces mêmes qualités à un titre à peu près égal, les armes à feu portatives de Damas surpassent de beaucoup toutes les autres par l'excellence des matériaux employés, ainsi que par la richesse et l'incomparable perfection de l'ornementation. Sous ce rapport, elles ne le cèdent en rien aux armes blanches de même origine, à la fois sans égales pour la bonté de la lame, pour la beauté de la poignée et du fourreau, r4es dernières peuvent être comparées, comme armes, aux vieilles lames espagnoles, et, comme travail artistique, aux chefsd'œuvre des Florentins delà Renaissance.
Bijouterie. — D'ailleurs, la bijouterie syrienne, surtout pour le filigrane d'or et d'argent, est encore aujourd'hui sans rivale; seuls quelques ouvrages des bijoutiers portugais ont pu, aux expositions universelles, concourir honorablement avec les siens. Pour donner une idée bien faible du goût délicat et des hautes qualités artistiques qui distinguent Yèsndf (corporation) des qouyoumdji (orfèvres) de Damas, il suffira de décrire ici deux parures exposées à Vienne en 1873.
La première, complément obligé du costume d'apparat d'une femme fellah^ c'est-à-dire d'une simple paysanne du vilayet de Syrie, se composait d'abord d'un thas-tèpèlik^ sorte de mitre orientale qui recouvrait de son enveloppe d'argent le fès posé
sur les cheveux dénoués; de charmants détails de gravure s'y déroulaient et s'y enlaçaient en un fouillis inextricable d'élégants feuillages et de purs rinceaux, et de mignonnes fleurettes de fiHgrane d'argent s'entr'ouvraient mystérieusement à l'ombre deslobesroses des oreilles. Plus bas, un collier de boules d'argent creuses, travaillées à jour et ornées de reliefs, s'arrondissait sur la poitrine autour de Touverture de Yèntdrî de qoiithnou. Un tchap-râz, lourde agrafe d'argent niellé, gravé, sur laquelle étaient espacés, à égale distance, cinq hauts-reliefs travaillés à jour et en repoussé, ciselés et dorés par places, fermait la ceinture en tresses de soie pourpre mêlée de fils d'or; du bord inférieur de cette plaque oblongue, pendaient à des anneaux des chaînettes d'argent terminées à chaque bout par de minces croissants d'or qui s'entre-choquaient au moindre mouvement.
La seconde, destinée aux dames de Damas, consistait en un ânliq^ ruban tissu d'or, formant autour du front un diadème terminé par une riche ferronnière. Cette pièce principale était accompagnée de bracelets, d'une broche, d'une boucle de ceinture, de boucles d'oreilles et de bagues. Le motif général de cette parure, toute en filigrane d'or, était un bouquet de roses, les unes épanouies^ les autres en boutons, enfouies sous leurs feuillages dentelés.
A cette même exposition figurait un tantour de femme druze. Cette corne d'argent, qui se pose sur le front et sert à rattacher le voile, était creuse et revêtue extérieurement d'incrustations d'or, mêlant leurs damasquinures aux ciselures du fond, courant sur des fleurs et des feuillages repoussés en bas-relief. De chaque côté du tantour étaient accrochées par deux anneaux d'argent deux grandes rosaces de filigrane d'argent semées de demi-boules d'or travaillées à jour et gravées en relief. Du bas de ces rosaces pendaient sur les épaules deux longs glands formés de chaînettes d'argent terminées par des sequins.
A hauteur de la ceinture» pour achever la parure de la femme druze, son djoubbè^ sorte de robe, était maintenu à demi ouvert ^dx nvL tchdp-râz d'argent formé de deux palmes indiennes se réunissant par leurs pointes. Quatre demi-boules en haut-relief
et Iravaillées à jour occupaient le milieu de chaque palme. Une garniture de longues chatnettes d'argent où pendaient des piécettes d'or terminait le bas de cette gracieuse parure.
En terminant, il y a lieu de citer encore les savons et les essences de rose de Damas. Ces dernières rivalisent avec celles du mutésarriflik de Qouds-i CA^ny(Jérusalem)eldu vilayetd'Andrinople (Turquie d'Europe), auxquelles la primauté sur toute autre provenance est universellement accordée.
, mesures et monnaies. — Avant de donner un aperçu succinct du mouvement commercial actuel du vilayet de Syrie, il convient d*énumérer les poids et mesures en usage à Damas et dans le Haourân, avec leur valeur en poids et mesures du système métrique, ainsi que les diverses monnaies admises dans les transactions commerciales, leur valeur en piastres turques et le cours moyen du change sur les places de Turquie, d'Angleterre et de France.
Poids. — Plusieurs unités de poids ont cours sur les marchés de Syrie, comme suit :