‹ Syrie, Liban et Palestine, géographie administrative, statistique, descriptive et raisonnéeChapitre 102 sur 190 · CO > C · texte numérisé non relu

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La profondeur du lac de Tibérîade ne dépasse pas un maximum de 47 m. Son altilude est de 208 m. au-dessous du niveau de la Méditerranée et de 192 m. au-dessus du niveau de la mer Morte. La température élevée de ses eaux (15** centigrades à partir de 20 jusqu'à 30 m. de profondeur) s'explique par sa latitude méridionale, son altitude et le déversement continu dans ce lac de nombreuses sources thermales, dont les principales (citées plus haut, page 331) sont à 25% 32 et 62^ centigrades.

La mer Morte ou lac Asphaltite, dont le nom actuel est bahr Loûi {mer de Lolh), appartient à deux grandes circonscriptions administratives. Le mutèsarriflik de Çouch-i C^m/ (Jérusalem) en contient la moitié, àTouest; l'autre moitié, à Test, fait partie du sandjaq de Ma'ân, qui dépendait du vilayet du Hèdjâz avant 1893, date à laquelle il a été incorporé au vilayet de Syrie et augmenté du caza de Sait, jusque-là dépendant du sandjaq du Haouràn. Ce lac, si célèbre dans la Bible, reçoit les eaux du Jourdain à son extrémité nord, à 32 kil. est de Jérusalem. Son altitude est à 394 m. au-dessous du niveau de la Méditerranée; sa profondeur, constatée par sept son dages, n'est que de 100 m. dans toute la partie sud, sur environ 1.000 kil. carrés, espace où Ton suppose que s'élevaient Sodome et les autres villes de la Pentapole. On assure même que les ruines des villes en question ont été vues au fond des eaux de la mer Morte. Dans les parties médianes, la profondeur du lac varie de 200 à 300 et 400 m., et la moyenne est de 300 m. Au nord, près des rives du lac et de l'embouchure du Jourdain, des profondeurs de 100 m. sont de nouveau constatées par trois sondages. La longueur de la mer Morte, du nord au sud, est d'environ 80 kil. ; sa largeur, de l'estàl'ouesl, varie de 7 à 12 et 24 kil., et la moyenne en est de 18 kil.

D'après un pèlerin français qui a visité la Terre Sainte en 1893, et qui s'est baigné dans la mer Morte, rien n'est moins vrai, rien n'est plus fantastique que ces descriptions suivant lesquelles on s'attend àde suffocantes odeurs de soufre et de bitume, à des eaux noires et « visiblement huileuses, entourées de montagnes escarpées portant les marques de la foudre ». En

réalité, les eaux claires et limpides de la mer Morte forment une belle et vaste nappe bleue dans un superbe paysage, éminemment pittoresque, où rien de ce qui fait la beauté grandiose ne manque. Ses eaux sont pesantes; il n'est pas aisé d'y plonger; leur saveur semble d'abord pareille à celle de toutes les eaux salées ; mais elles laissent un arrière-goût d'une amertume excessive et d'une grande ténacité. Si l'on s'y baigne, leur température plus basse que l'air ambiant parait fraîche et agréable ; il faut se garder d'y plonger la tête, à cause de leur puissante vertu purgative, qui se manifeste presque instantanément. 11 est cependant assez difficile de maintenir la tête hors de Teau. Comme on le sait, l'asphalte, nommé aussi bitume de Judée, kharabèh de Sodome, baume de momie, etc., est une sorte de bitume solide, noir, à cassure vitreuse, qu'on employait en Egypte à la momiOcation. On le trouve en abondance aux bords du lac Asphaltite ou mer Morte, et sur les collines environnantes. Sur ces collines se rencontrent aussi des couches de soufre cristallisé, disposées en grandes nappes horizontales épaisses de deux à trois centimètres alternant avec des couches de terre. Les eaux du lac laissent aussi sur leurs rives d'abondants dépôts de sel.

Routes ; Chemins. — Les routes et chemins du vilayet de Syrie consistent dans la route de Lataqiyèh à Ilamâ et Homs ; la route de Tripoli à Homs ; celle de Beyrouth à Damas, remplacée par un chemin de fer suivant le même parcours et prolongée jusqu'à Mzérib dans le sandjaq du Haourân; en un chemin de fer en projet de construction, de S*-Jean dWcre et de Haïfa à Damas par le sandjaq du Haouràn ; et en une ligne concédée et en ce moment en construction, de Damas à Birédjik par Uoms, Hamâ et Alèp. La ligne de Damas à Mzérib a été inaugurée en grande pompe le 22 juillet 1894. 11 n'y a rien à ajouter ici à ce qui a été déjà dit sur ces roules et chemins de fer au vilayet de Beyrouth (pages 40, 42, 43), sinon que leur construction se poursuit avec une grande activité et qu'ils ne tarderont pas à être livrés à l'exploitation, soit sur

la totalité de leur parcours, soit dans leurs sections les plus importantes, comme il vient d'être dit pour la ligne de Damas à Mzérib.

Transports. — On doit cependant, à propos des chemins de 1er qui vont mettre le Haouràn en communication directe et rapide avec Damas^ Beyrouth, S*-Jean d'Acre et Haïfa, ajouter ici quelques mots à ce qui a été déjà dit (p. 332 et suiv.) au sujet des transports de céréales de ce sandjaq si important au point de vue de la production agricole et du commerce des blés.

Ainsi qu'il est dit page 332, l'exportation actuelle des céréales du sandjaq du Haouràn, dirigée soit sur Damas, soit sur Zahlèh, à destination de Beyrouth, soit enfin sur S'-Jean d'Acre, ne s'élève pas à moins de 189.000 tonnes de blé, orge, maïs et autres grains. Les blés durs du Haouràn, très recherchés en Turquie et à l'étranger, forment la majeure partie de cette exportation, où ils figurent pour la presque lotalitédela production annuelle, qui est de 159.567 tonnes de blé, d'une valeur commerciale de près de 29 millions de francs, mais ne valant sur place que 75^', 97 la tonne, soit en totalité un peu plus de 12 millions de francs.

Cette énorme moins-value est due à la difficulté et, par suite, à la cherté des transports, dont les prix sont encore actuellement comme suit :

PIASTRES FHANCS

fp.

Du Haouràn à Damas (la tonne). 231 p. 25, soit en fr. 53,18

— Znhlèh. . 308 p. 33 . . . . 70,91

— S'-Jeau d'Acre . 462 p. 50 . . . .97,25

Or, la valeur sur place de la tonne de blé étant de 75^%97, on voit qu'elle se réduit, déduction faite du prix de transport, à 22^',79 pour le producteur qui expédie son blé à Damas,

et à S^^Oô pour celui qui le dirige sur Zahlèh et la plaine de la Béqâ*a. Quant à l'expéditeur sur S*-Jean d'Acre, il doit payer au chamelier 30^^40 de plus que son blé ne vaut sur place. Or, ce dernier port est précisément le principal centre des achats de blé du Haourân, qui s'y élèvent chaque année à 110.270 tonnes environ. Il est donc bien évident que ce prix de transport n'est exigé par les chameliers que pour obliger les producteurs, qui ne peuvent se passer d'eux, à leur céder la moitié des bénéfices. Très probablement ce partage même est illusoire, car le chamelier, qui devient l'associé du producteur, peut très bien vendre le blé à S'-Jean d'Acre 180 fr. la tonne, sa valeur commerciale en Turquie, et ne tenir compte au cultivateur que de sa valeur sur place, soit : part du producteur, 38 francs ; part du chamelier, 142 Trancs.

Quoi qu'il en soit, par le moyen du chemin de fer de Saint- Jean-d'Acre à Damas, les agriculteurs haourànl n'auront bientôt plus à payer pour le transport de leurs blés, à raison de OMO par tonne et par kilomètre, qu'environ 10 francs par tonne pour tout le trajet, qui est en moyenne de 130 kil. du lieu de production au port de chargement pour l'étranger et les îles de l'Archipel. Pour la même somme, ils pourront aussi, s'ils le veulent, aller s'entendre directement avec l'acheteur. Par cette même ligne ou par celle de Beyrouth à Damas avec embranchement sur Mzérib [C héikh-Sa^ ad) et passage à Zahlèh {Mo' allaqa)^ ils pourront jouir proportionnellement des mêmes avantages et sortir enfin d'une situation désastreuse pour entrer dans une voie des plus favorables aux progrès de l'agriculture et à la prospérité de toute la Syrie.

Montagnes. — Le vilayel de Syrie, essentiellement montagneux à l'ouest et au sud, est limité à l'ouest par le djèbèl Libndn ou mont Liban. A l'est de cette chaîne de montagnes, s'étend du nord au sud l'Anti-Liban [djèbèl éch- Charqï) aboutissant au mont Hermon [djèbèl èch-Cheikh)^ d'où partent des prolongements qui, à l'est du Jourdain^ se dirigent

du nord au sud jusqu'à la péninsule du Sinaï, et du nordouest au sud-esl, à travers les sandjaq de Damas et du Haouràn et le grand désert de Syrie [bddiyèt èch-Châm)^ jusqu'à rexlrémité sud-ouest de TArabie, où ils se perdent dans les sables.

Les principaux sommets de ces chaînes de montagnes et de collines sont, dans le mèrkèz-sandjaq de Damas : V Anti-Liban proprement dit, aujourd'hui djébél èch-Charqi (2670 m. d'altitude au-dessus du niveau de la Méditerranée) qui, du nord-est au sud-ouest, circonscrit, à l'est, les plaines des cazas de Ba^albèk et de liéqd''a til-^Aziz (la Bèqqa) et, à l'ouest, celles des cazas de Nabk et de Damas; et le mont Hermon^ aujourd'hui djébèl èch- Cheikh (2.860 m. d' altitude au-dessus du niveau de la Méditerranée), où le Jourdain prend ses sources et qui circonscrit, à l'est, les cazas deRâchèyâetd6Hâsbëyâet,àrouest,lesplainesdeDa^ mas etducazadeQonéïtra (sandjaq du Haourân).

Dans le prolongement de celte chaîne qui s'étend du nord au sud, à partir du djébél êch-Chéikh ou mont Ue7inon, à l'est de la vallée du Jourdain^ jusqu'à la péninsule du mont Sinaï^ à travers les sandjaq du Haourân et de Ma'ân, on peut citer le d)Vbèl ^Adjloûn, dans le caza de même nom; la colline de Kardk (1000 m. d'altitude) dans le sandjaq de Ma*ân, et, dans ce même sandjaq, le djébèl Nébi Haroun (1330 m.), non loin de Ma*ân et des ruines de Pétra; c'est l'ancien mont Hor.

Le prolongement partant du même point dans la direction des déserts de Syrie et de l'Arabie, vers le sud-est, n'est, à l'exception du d/'èbèl Haourân ou djébél Z)rWvi (altitudes 1780m.), qu'une suite de collines aboutissant, près des salines de Yèzrèb, au djébél Chatmnar, dont on ignore l'altitude et même l'orientation précise. Cette lacune sera facilement comblée lorsque les salines de Yèzrèb seront exploitées régulièrement pour le compte de TÉlat.

Productions industrielles. — Les principales industries du vilayet de Syrie sont : la fabrication des étoffes de soie, or, argent et coton pour habillement et ameublement, qui peu-

vent êire classées en trois groupes, sous les dénominations de qouthnou, dladja et dima\ celles des toiles pour fentes, vêlemenls, literie, etc.; des ceintures de laine, de soie, de coton, etc. ; des kéfiyè, coiffures des Arabes et des Syriens, sorle de foulards de soie, or et argent; de coton et soie, etc.; des 'aôrf et machlah\ la sellerie; la fabrication des maroquins, des cuirs et peaux rouges et jaunes pour bottes et pantoufles, etc. ; la cordonnerie; les armes à feu portatives et les armes blanches; les savonneries; les huileries; la meunerie; la confiserie; la pâtisserie ; la parfumerie ; la corderie; la chaudronnerie; Forfèvrerie; la bijouterie ; Tébénisterie; la broderie des châles et la passementerie; la fabrication des tapis, des châles, et beaucoup d'autres encore dont Ténumération serait trop longue. Ces produits ont été admirés et ont reçu de hautes et nombreuses récompenses à toutes les Expositions universelles auxquelles la Turquie a coopéré en Europe et en Amérique, notamment à celles de Londres, de Paris, de Vienne, de Philadelphie et de Chicago.

Parmi les divers centres de ces industries en Syrie, viennent en première ligne, pour les soieries, Damas, Hamâ et Iloms ; pour les tapis, les armes et les cuivres travaillés, Damas; pour la sellerie, Damas, Homs et Hamâ; pour la corderie, les savonneries, la confiserie, la parfumerie, l'orfèvrerie, la bijouterie, la teinturerie, les châles, les maroquins, la cordonnerie, etc., Damas d'abord, puis, avec moins de perfection, Homs et Hamâ. Toutes les villos de quelque importance et même un grand nombre de bourgs, de villages et de campements de nomades, excellent dans ces mêmes industries, surtout celle des tapis, et plus d'un hameau produit des poteries qui rivalisent avec celles qui nous restent de l'antiquité; telles, par exemple, les poteries en terre blanchâtre, à grain fin et doux, de Damas, de Hâsbèyà et de Râchèyà, aussi pures et gracieuses de forme que les plus belles amphores des potiers de TAttique.

Tissus divers. — Quant aux tissus, il suffira d'une des-

criplion sommaire des types des trois groupes énoncés page 364. Ces étoffes, d'un goût si parfait, si artistique, joignent au charmant aspect qui les caractérise, à la richesse et à l'harmonie de leurs vives et éclatantes couleurs, le mérite, aujourd'hui si rare, de la solidité de ces mêmes couleurs et de la longue durée du tissu, pour ainsi dire inusable.

Le çoulhnou esl une étoffe à trame de soie et chaîne en coton, à raies de toutes nuances, tantôt hsses, tantôt agrémentées de fleurettes d'or, d'argent, ou bien simplement de soie jaune ou blanche. Son aspect est des plus riches, et ses couleurs variées sont disposées avec tant de grâce que l'œil, loin d'êlre offensé par leur franche opposition, est doucement caressé de cette chaude harmonie. Il se fait dans tout l'Orient un grand commerce de celte étoffe qui peut être employée avanlag(?usement aussi bien en robes de chambre, en ènidin^ et en toute sorte de vêtements de dames, qu'en rideaux, couvertures de sofas, de fauteuils et toute espèce d'ameublement. La production moyenne acluelle du qouthnoit à Damas n'est plus estimée qu'à 2OO0OOO pièces environ par an. La pièce de 6 m. de long sur une largeur de 70 centimètres se vend sur place de 1 5 à 26 fr., et celle de môme largeur sur une longueur de 1™,50 vaut de 5 à 10 fr. On peut évaluer le chiffre total du revenu de cette production à 5 millions de francs environ par an.

Vdladja de Syrie est, comme le qouthnou, une étoffe à trame de soie et chaîne en coton; elle est à mille raies nuancées et souvent moirées, de toutes couleurs. On ne l'emploie guère que pour habillement, mais elle ferait un charmant effet en ameublement. La pièce est de 5™, 50 à 6°, 50 sur une largeur de 50 à 52 centimètres. Son prix varie, suivant sa quahté, de 6 à 18fr. La valeur totale des 195.000 pièces produites en année moyenne à Damas peut s'estimer au chiffre approximatif de 2 millions de francs.

Le dima est encore une étoffe rayée de toutes couleurs, mais à trame et chaîne de coton Blé. Elle sert aussi bien pour ameublement que pour habillement. La production moyenne de la ville de Damas est d'environ400.000 pièces de 5'°,50à6™,50 sur

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50 à 52 centimètres, du prix de 3 fr. ; soit, en tout, 1.200.000 fr.

Ces trois sortes constituent la fabrication courante, indispensable aux besoins de la consommation locale et de Texporlation de la ville de Damas en Turquie. La consommation locale est évaluée à 3 7o de qouthnou^ 6 Vo à'dladja et 20 Vo de dimay soit un peu plus de 500.000 fr. Tout le reste est exporté à Bagdad, à Constantinople, dans les vilayets voisins et en Egypte. Cette exportation représente une valeur totale d'environ 7.700.000 fr.

De leur côté, Iloms et Hamà produisent ensemble des tissus de mêmes sortes et autres en coton, soie et coton, soie, soie et or, laine, laine et or, laine et soie, etc., dont la valeur totale est estimée à 12 millions de francs. Un peu plus de la moitié de ces divers articles, notamment de grand luxe [''aba laine et or, soie et or; kèfiyè soie et or ou argent; machlah soie et or ou argent, etc.), sont consommés dans ces deux villes manufaclurières, surtout à Homs, dont les habitants sont en majorité riches et jaloux de montrer leur fortune.

Le nombre des métiers et des ouvriers employés à la fabrication de ces tissus et vêtements et des serviettes ouvrées, linges de bain, draps de lit, etc., à Damas, Hamâ et Homs, est comme suit :

à Damas Hamâ.

Homs

Totaux. . .

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