‹ Syrie, Liban et Palestine, géographie administrative, statistique, descriptive et raisonnéeChapitre 169 sur 190 · JAFFA · texte numérisé non relu

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MUTÉSARRIFLIR DE JÉRUSALEM

Climat. — Le climat du mulésarriflik de Jérusalem est généralement très salubre, à rexceplion des environs de la x\Ier Morte, où régnent, à certaines époques de Tannée, des fièvres paludéennes, notamment au cours de la saison d*été durant laquelle Faction du soleil sur les matières rejetées en abondance par les eaux produit des émanations délétères.

11 est facile aux pèlerins, touristes et autres voyageurs étrangers d'échapper à ces fièvres en prenant les précautions préliminaires qui leur sont indiquées à Jérusalem, point de départ de leurs excursions.

Deux saisons, Thiver et l'été, se partagent tour à tour cette partie de la Palestine. La saison d'hiver a pour principal caractère des pluies presque incessantes, souvent torrentielles, qui commencent à tomber vers la fin d'octobre ou les premiers jours de novembre pour ne cesser qu'au milieu du mois de mars, et même exceptionnellement, en avril. Elles sont communément amenées par les vents d'ouest, qui régnent alternativement avec ceux du sud, les premiers chargés de fraîcheur et d'humidité, les seconds présageant la sécheresse de la saison d'été. La quantité d'eau tombée varie de 1"',80 à 2", 25. Assez rarement et en certaines années, durant quelques jours des mois de janvier et de février, le sol se couvre d'un ou deux centimètres de neige, bientôt fondue. La glace est un phénomène des plus rares en Palestine, bien qu'on en voie quelquefois à Jérusalem (ait.

580 MUTESARRIFUK DE JERUSALEM

7yom.),àBeil-Djallah (ait. 820m.)el à Belhléeai (ail. 777 m.). Toutefois, la température reste ordinairement, même en ces localités, au-dessus de O*" centigrade et n'y descend jamais audessous de — 3Mans les plus froids hivers. En été, elle s'élève à + 33^ et par exception rare à + 37 et + 39. Dans les vallées, la température est très élevée, mais les extrêmes chaleurs du milieu de Tété sont rafraîchies par la brise qui souffle régulièrement du nord-ouest, en cette saison, de 10 h. du matin à 10 h. du soir.

A Jaffa, la température s'élève en hiver à + 12*" centigrades^ et en été à + 42''. Dans tout le mutésarriflik, le temps est beau, le ciel pur et sans nuage pendant la saison d'été, soit de marsavril à octobre-novembre. Durant la nuit, la rosée est si abondante que les tentes en sont trempées comme d'une forte pluie. A raurore,le temps se refroidit très sensiblement, un brouillard épais s'élève et voile tous les objets, mais le soleil ne tarde pas à le dissiper; sa chaleur, bientôt unie au souffle de la brise qui vient en modérer les ardeurs, sèche et vivifie la contrée en activant sa puissante végétation.

Flore. — Parmi les plantes qui foisonnent sans culture dans les nombreux terrains encore abandonnés à leurs propres forces, on rencontre en abondance plusieurs plantes médicinales d'un très bel aspect, telles que, aux environs de Jérusalem, le pavot dit Papaver JR/ioeas, le Verbascum ThapsuSy le Laminium album et la belle fleur dite Croix de Jérusalem (Lychnis Chalcedonica). Autour de la Mer Morte, on trouve de nombreux spécimens de Salsola^ de Solarium Sodomeum, VAsclepias Syriaca, la rose de Jéricho, le RhamnusNabeca^ etc. Le câprier est commun dans la vallée du Jourdain, ainsi que le Balanitis jEgyptiaca, dont les fruits donnent le baume ou huile de Zachée ou de zak que les marchands de Jéricho vendent aux Européens. C'est une huile épaisse, de couleur jaune, qui s'emploie extérieurement, pour la guérison des plaies et des blessures, et intérieurement, pour celle des maladies do poitrine. Les Arabes tirent un baume semblable des fruits de VElœagnus Angusii-

STATISTIQUE DESCRIPTIVK TiSI

fulhis, qu'ils nomment Zak-koum, C'est, au dire des indigènes, l'ancien baume si célèbre dans l'antiquité et plusieurs fois cité dans la Bible. D'autres disent que ce baume, connu en pharmacie sous les noms divers de baume de La Mecque, de Judée, de Gilead, de Comianlinople, baume égyptien, baume oriental, est une térébenthine tirée de VAmyris opobalsamunij arbre qui croît spontanément en Arabie.

Outre ces plantes médicinales aussi communes en Palestine que la réglisse dans le vilayel d'Alep, et dont on pourrait par conséquent exporter avec un grand profit d'énormes quantités en Europe, on rencontre dans le mutésarriflik de Jérusalem des lérébinthes de proportions gigantesques, de nombreux peupliers au bord des cours d'eau; le chêne croît partout et surtout au nord du sandjak ; on y voit de beaux platanes, des pins, des cyprès; le caroubier, le jujubier, le pistachier y prospèrent. Le palmier croît dans le caza de Jaffa ; quant aux arbres fruitiers, tous sont cultivés avec succès; le bananier réussit parfaitement près des bords de la mer Méditerranée; la vigne produit d'énormes raisins dans le caza de Khalil èr-Rahman (Hébron), où fut autrefois coupée la fameuse grappe rapportée sur un levier au camp des Hébreux par deux de leurs émissaires comme un prodigieux échantillon de la fécondité de la Terre-Promise. Sans égaler tout k fait cette merveille antique, les raisins cultivés actuellement dans les colonies agricoles des Israélites modernes ont quelque droit d'être cités après elle. En effet, si l'on en croit les directeurs de ces établissements modèles, il n'est pas rare d'y récolter des grappes pesant 5 okes (ô'^^^éH) et même plus.

Tous les arbres fruitiers cultivés en Europe prospèrent en Palestine, comme on peut le voir plus loin au tableau de la production agricole ainsi qu'au chapitre spécial de l'agriculture.

Le sycomore, qui fournissait aux anciens Égyptiens des planches très recherchées pour la confection des cercueils royaux, se plaît encore aujourd'hui en Judée.

La flore actuellement connue compte environ 2.500 plantes, mais beaucoup d'autres ont échappé jusqu'ici aux classifications des botanistes.

582 MUTÉSARRIFLIK DE JÉRUSALEM

Faune. — Autrefois, plusieurs animaux féroces complètement disparus aujourd'hui, tels que le lion, le tigre, se montraient quelquefois dans le désert. On ne rencontre plus de nos jours que Tours, l'hyène, le loup, le chacal et quelquefois la panthère. Les autres animaux sauvages sont le cerf, la gazelle, le lièvre, le rat. Les animaux domestiques sont le bœuf, le buffle, le cheval et l'âne, le chameau, la chèvre, et le moulon; le porc en petit nombre. Le pays, quoique montagneux, produit peu de mulets.

Les oiseaux chanteurs sont peu communs, mais le gibier à plumes abonde. Il est toutefois peu varié et ne comprend guère que la caille et la perdrix, divers pigeons, colombes et tourterelles, le geai, la huppe, le héron, l'outarde, l'oie et le canard sauvages, etc. On voit souvent passer par troupes des centaines de cigognes. Le pélican fréquente les eaux du Jourdain. L'hirondelle fait son nid au bord des toits et même à l'intérieur des maisons. Les oiseaux de proie sont l'aigle, le faucon, renommé pour la chasse de la gazelle, exercice favori des chef de tribus arabes; le vautour, le milan, le hibou, la chouette, le corbeau, le choucas, la corneille. Les oiseaux de mer, la mouette, le plongeon sont nombreux sur les côtes de la Méditerranée et à une assez grande distance au large. La population de la bassecour comprend les mêmes oiseaux qu'en Europe : coqs, poules, dindons, pintades, oies canards, etc.

On songe, comme en Afrique et dans le midi de la France, à domestiquer l'autruche, commune dans les déserts de Syrie et d'Arabie qui sont compris dans le sandjak pour une part sans limites bien précises, mais importante.

11 existe en Palestine de nombreux reptiles; les sauriens, les batraciens pullulent. Tous les trous des vieux murs sont remplis de lézards ; le caméléon , le gocko sont communs ; des grenouilles de grandes dimensions coassent au milieu des joncs et des roseaux, au bord de tous les cours d'eau, au fond des mares; la tortue d'eau douce et plusieurs espèces de serpents se rencontrent partout; parmi ceux-ci, au sud du sandjak, le céraste ou vipère cornue d'Egypte habite les confins des cazas de Khalil-

er-Rahman et de Gaza. Le crapaud préserve des insectes nuisibles tous les jardins du pays.

Au nombre des insectes les plus communs on cite le grand scorpion noir de Syrie, dont la piqûre est souvent mortelle; des araignées et des fourmis de formes, de couleurs, de dimensions et de mœurs très variées; des papillons des plus diverses et des plus vives couleurs; plusieurs espèces d'abeilles qui contribuent pour leur part à la richesse du pays, et des sauterelles qui travaillent avec ardeur à sa ruine; d'énormes quantités de ces dernières sont ramassées à leur passage et préparées de toutes sortes de façons. On sale les unes, on sucre les autres, on en pile, on en rôtit, beaucoup sont mangées crues, d'autres sucées comme des crevettes; mais, quelle que soit la préparation culinaire qu'on leur ait fait subir pour les transformer en bonbons, en hors-d'œuvre appétissants, en rôtis, en grillades, en conserves, la foule des amateurs considère tous ces différents produits comme autant de mets délicieux; ils sont d'ailleurs éminemment nutritifs.

Les poissons des ports de JafTa, de Gaza et autres localités maritimes du mutésarriflik de Jérusalem sont les mêmes que ceux de Marseille et autres ports de la mer Méditerranée. La Mer Morte n'est pas poissonneuse. La plupart des cours d'eau qui sortent des nombreuses montagnes de la Judée sont des torrents mis à sec par le soleil pendant toute la durée de l'été. Quant au Jourdain, déjà décrit aux chapitres spéciaux des vilayets de Beyrouth et de Syrie, il y a lieu, pour apprécier la population de ce fleuve, de se reporter à ces chapitres, pages 38 et 352.

Division des terres. — Ainsi qu'il est dit plus haut, page 514 la superficie du sandjak est assez exactement connue en ce qui concerne les cazas de Jérusalem et de Jaffa, mais elle est indécise dans ceux de Gaza et de Khalil èr-Rahman (Hébron) formés en grande partie, du côté du sud, de déserts qu'une ligne idéale sépare seule de ceux de l'Arabie et de l'Egypte. — Cette superficie est d'environ 22.000 kilom. carrés.

Sur ce chiffre total, un dixième seulement, soit 220.000 hec-

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lares, situés pour la majeure partie dans les cazas de Jérusalem ef de JafiFa, représentent les terres cultivées. Environ un cinquième pourrait être mis en culture avec le même succès, mais il reste en friche, soit faute de bras, soit par crainte de manque d'écoulement de la production. Un autre cinquième de la superficie est couvert de bons pâturages, situés plutôt en montagne qu'en plaine, et de quelques bois d'assez beaux arbres, chênes, pins, platanes, cyprès et sauvageons, couronnant de préférence les hauteurs. Tout le reste, c'est-à-dire la moitié des terrains du sandjak, se compose de roches abruptes, de plateaux pierreux et de plaines sablonneuses.

Le tableau ci-dessous indique approximativement, par cazas, la classification des terrains :

CAZAS

TERF

CallJYrS

lAI.NS

caltivables

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