CAZA DE GAZA
Orientation. Limites. — Le caza de Gaza est situé au sud-ouest du mutésarriflik de Qouds-i Chèrîf. Il est limité au nord par le caza de Jaffa; à Test par le caza de èl-Khalil (Hébron); au sud par une ligne idéale qui le sépare de TÉgypte à partir du qalaat èl-Arich en se dirigeant sur qala'at él-A qaba et à l'ouest par la mer Méditerranée.
le. — Sa superficie totale eât de 12.400 kilomètres carrés.
Division administrative. — Le caza de Gaza n'a pas de nabîé ; on y compte 91 villes et villages.
Autorités. — Il est administré par un caïmakam, sousgouverneur, assisté du conseil administratif réglementaire.
Population. — Sa population totale est de 62.474 habitants^ comme suit :
Musulmans 61.688 hab.
Catholiques 21
Chrétiens non unis 765
ms MÈRKÈZ-LIVA DE QOUDS-I CHÈRIF
Le caza de Gaza n'ayant pas de routes carrossables, n'a pas eu jusqu'à présent de prestataires. Cette situation va changer dès que la route de Gaza à Hébron par Bèït Djibrîn (dont Texéculion doit avoir lieu prochainement), entrera en cours de construction.
Chef-lieu : Gaza. — Gaza, chef-lieu du caza, résidence officielle du caïmakam, et siège de l'administration, des tribunaux, etc., station postale et télégraphique, etc., est située par 31"* 30' de latitude et 32** 8' de longitude est du méridien de Paris, à 60 kil. sud de Jaffa, à 75 kil. sud-ouest de Jérusalem, à 64 kil. ouest de H-Khalil èr-Rahmân (Hébron) et à 4 kil. environ à Test de son port êl-Minèh (la marine), sur la Méditerranée, dans la riche plaine de Sèphèla, au-dessus de laquelle cette yiUe s'élève au sommet d'une petite coUine (ait. : 55 m.).
Population. — Sa population, comprise dans le chiffre ci-dessus de celle du Caza est de 20.750 habitants, comme suit :
Musulmans 19.964 hab.
Catholiques latins 21
Grecs orthodoxes 700
Protestants 60
Coptes non unis 5
Total .... 20.750 hab.
Gaza, sans importauce aujourd'hui, était une ville illustre des Philistins, du temps de leur domination sur le peuple d'Israël. Elle fut célèbre alors par les exploits de Samson, juge d'Israël, <i qui enleva ses portes avec leurs poteaux et leurs serrures et les emporta jusqu'au sommet de la montagne qui regarde Hébron ». Dans cette môme ville, Samson mourut vingt ans plus tard, vaincu parla trahison de Dalila, en « s'ensevelissant sous les ruines du temple de Dagon avec tous les
princes des Philistins et environ trois mille personnes de Tun et de l'autre sexe venues dans ce temple pour jouir de son humiliation ».
On trouve à Gaza beaucoup d'antiquités, mais surtout de nombreux restes des premiers siècles chrétiens, de Tépoque byzantine et des Croisades. M. Clermont-Ganneau a communiqué, le 29 avril 1893, à l'Académie des Inscriptions et Belles- Lettres, trente inscriptions grecques qu'il avait recueillies dans cette ville en 1870 et 1874. Ce sont des épitaphes chrétiennes dont les dates, très précises, par années, mois et quantièmes du mois, suivant Tère spéciale de Gaza, lui ont permis, grâce aux concordances données avec les années de Tindiction byzantine, d'établir définitivement le véritable point de départ de cette ère sur lequel on n'était pas d'accord et de le fixer au 28 octobre de l'an 61 avant J.-C.
Quelques-unes de ces inscriptions étant datées d'une autre ère, celle d'Ascalon, non moins controversée, M. Clermont- Ganneau a pu également, par le même procédé comparatif, fixer le point de départ de l'ère d'Ascalon au 28 octobre de Tan 105 av. J.-C.
Dans la môme séance, M. Clermont-Ganneau a donné la description de deux églises construites à Gaza par les croisés avec des matériaux antiques. A Tappui de cette inscription, il a mis sous les yeux des académiciens de nombreux dessins, plans et aquarelles. La plus grande de ces églises, converties en mosquées^ ainsi que cinq autres églises plus anciennes, édifiées par l'impératrice Eudoxie, femme d'Arcadius (395-404) sur remplacement de temples païens détruits par cet empereur, est extrêmement intéressante pour l'histoire de l'architecture des croisés; c'est une église à trois nefs, avec nef centrale surélevée et formée de deux ordres de piliers superposés.
Sur une des colonnes antiques employées à l'intérieur, M. Clermont-Ganneau a découvert, à plus de 7 m. au-dessus du sol, un curieux bas-relief représentaut le chandelier h sept branches, symbole hébraïque bien connu. Au-dessous est gravée une inscription bilingue (grec et hébreu) contenant une
670 MÈRKÈZ-LIVA DE QOUDS-I CHÈRIF
dédicace à Ananias, fils de Jacob. La colonne sur laquelle se trouvent ce bas-relief et cette inscription est surnionlée d'an beau chapiteau corinthien. M. Clermont-Ganneau pense qu'elle a dû appartenir à quelque riche synagogue d'Alexandrie ou de Césarée d'où elle a pu être apportée par mer à Gaza. Il résulte en effet, de textes anciens cités par le savant, que de nombreuses colonnes antiques ont été transportées par mer à Gaza de divers points de la Méditerranée, sur Tordre de plusieurs empereurs byzantins, pour servir à l'édification des basiliques de celte ville.
De même que Ton attribue généralement aux Génois toutes les vieilles tours riveraines du Bosphore et de la mer Noire, pour la plupart byzantines ou turques, ainsi Ton se plaît, en Terre Sainte, à rapporter à l'impératrice Hélène, mère du grand Constantin, la construction de toutes les anciennes églises (vers Tannée 327). On lui attribue donc, à Gaza, les deux églises des Croisés citées d'après M. Clermont-Ganneau, dont la première porte aujourd'hui le nom de Djâmi' Kèbir. et l'autre, située dans le quartier de Sèdjayèh^ porte le nom de Djdmi Aboû 'l-'Osmdn. C'est également à cette impératrice qu'on fait honneur des anciennes basiliques d'Eudoxie, affectées actuellement, dans cette même ville, au culte musulman.
Une nouvelle mosquée a été élevée à Gaza par Sultan Abd ul-Mèdjid, père du sultan régnant, près du tombeau du négociant Hâchèm, ancêtre du prophète Mohammed. Ce tombeau a été en mêniie temps érigé en un magnifique mausolée {ttirbè) formant l'annexe principale de la mosquée, dans les dépendances de laquelle sont aussi un mèdrhsè (faculté de théologie et de droit musulmans), et un imdrèt (hôtellerie gratuite pour les étudiants pauvres et autres).
Outre ces mosquées, les monuments musulmans de Gaza consistent en neuf mèsdjid (oratoires), dix turbè^ quatre fUkè (couvents de derviches) et deux hammam (bains publics). La communauté grecque-orthodoxe possède une église où Toffice divin et toutes les cérémonies religieuses se font en langue arabe.
STATISTIQUE DESCRIPTIVE G7i
Les catholiques latins ont une petite chapelle et les protestants un oratoire.
Ecoles. — Voir au tableau spécial, page 563.
Armée. — 11 y a à Gaza un dépôt de réservistes [rèdif).
Police. — Deux bataillons de rè(/// tiennent garnison en divers lieux du caza. Chacun de ces bataillons est commandé par sonôm-WcA/(chefde bataillon). Vingt-cinq réservistes et tout le corps d'officiers sont en permanence à Gaza pour la garde du dépôt.
Gendarmerie. — La gendarmerie, chargée de faire la police, de maintenir Tordre public et de percevoir les impôts, se compose d'un détachement de 38 gendarmes (20 cavaliers et 18 fantassins). Sauf quelques sommes qui restent dues par des contribuables insolvables, il n'y a pas d'arriéré de contributions.
Les (( Ourbân ». — Les Arabes nomades eux-mêmes ne font aucune difficulté pour payer les dîmes et autres impôts quand les percepteurs se présentent pour les encaisser sur les marchés du caza, où ces bédouins viennent vendre leurs grains, leurs bestiaux, leur beurre et autres denrées.
Le difficile serait de les rencontrer chez eux, bien qu*ils soient en effet propriétaires de champs très productifs, les plus fertiles du caza, après la plaine de Sèphèla^ sans égale, et la plaine de Saron (caza de Jaffa). Mais hors le temps des semailles et de la récolle, les qualre tribus tout entières parcourent avec leurs troupeaux les pâlurages libres du grand désert. Le nom collectif de ces bédouins est celui de leur tribu principale : Les Ottrbân. Les trois autres sont les Tèrârhin, 'Azazmèh et Djibardt. Ces qualre tribus sont subdivisées en vingt grandes familles, représentant plus de 100.000 âmes, tant hommes que femmes, sans compter les innombrables en fants et adolescents des deux sexes.
(172 MKRKÈZ LIVA DE QOUDS-I CHÉRIF
Leur principale occupation est de labourer, ensemencer les champs qu'ils possèdent dans le caza de Gaza et ceux qu'il leur plaîl de posséder temporairement partout ailleurs, dans les contrées sans habitants qu'ils parcourent avec leurs troupeaux, et d'en faire la récolle et le commerce. Quant à ceux du caza de Gaza qui figurent au cadastre, ils paient la dîme à première réclamalion comme il est dit ci-dessus. Ils expédient leurs céréales par la voie de Gaza. Ils font en outre Télève et le commerce de chameaux, de moutons et d'ânes^ mais ils ne vendent point de chevaux ni de juments àTétranger, bien qu'ils en élèvent, et ne vendent même de juments à leurs compatriotes et coreligionnaires qu'à la condition d'en avoir deux pouliches.
Ils habitent toujours sous des tentes en poil de chameau ou en crin, en quelque endroit qu'ils se trouvent. Leurs mœurs sont très simples; ils sont doux et obéissants en général, mais il se rencontre quelquefois parmi eux des voleurs que les circonstances poussent à Tassassinat. Ces criminels sont punis suivant la loi du chèr'i que les Ourbdn reconnaissent pour règle en toutes choses. Ils sont musulmans du rite chdfèH.
Comme on le voit plus haut, les Ourbdn nomades ne figurent pas au tableau général de la population du mutésarridik de Qouds-i Chèrîf, pas plus qu'à celui de la population du caza de Gaza. On ne pouvait les y comprendre faute de données plus ou moins approximatives. Le chiffre de 100.000 âmes ci-dessus énoncé n'est qu'une estimation faite à minima par le fisc, mais ne reposant sur rien de précis.
Population fixe. — De môme que les nomades, la presque totalité de la population fixe de la ville et du caza de Gaza est musulmane. Le très petit nombre d'habitants non musulmans est tout entier enfermé au chef-lieu. Ce n'est pas sans une certaine salisfaclion orgueilleuse que les membres de la majorité constatent ce fait, en répétant le dicton populaire : L'ombre même d'un infidèle ne tombe jamais sur notre sol. Néanmoins tous les habitants de la ville de Gaza vivent entre eux en parfaite fraternité. 11 serait du reste impossible à un étranger de les
distinguer les uns des autres. Tous parlent la même langue : l'arabe. Leurs noms sont les mêmes; musulmans ou chrétiens s'appellent : Abdiillah, Said, Sélinij etc. ^ les femmes grecques elles-mêmes portent des noms tels que Souliana^ Gulsoi/m, etc. 11 n'y a point de différence dans les costumes : tous, hommes et femmes, à quelque communauté qu'ils appartiennent, sont vêtus de longues robes tombant sur les talons, par dessus lesquelles les hommes portent un ample 'abd de feutre ; tous ont pour coiffure le khfiyèh (châle léger de soie à longues houppes mêlées de fil d'or), maintenu par \ikdl (corde en poils de chameau, tressée en couronne) ou bien le /'è-3 entouré d'un sdreq de mousseline; les pieds sont nus dans des pâpoûdj de maroquin rouge ou jaune. Toutes les femmes sont voilées, musulmanes ou non. Les mœurs et coutumes sont chez tous également semblables. Les unions se font presque toujours entre parents. Le père de la jeune fille, en la mariant, reçoit de l'époux de 20 à 100 livres turques (460 à 2.300 fr.) à titre de bèdf^li mihir ou rançon de virginité, et il la dote, en retour, d'un modeste trousseau. Au chef-lieu, aussi bien que dans tout le caza, le visage, les mains et les pieds, la poitrine des femmes sont tatoués. Dans certaines familles aisées de la ville, elles portent des bijoux enrichis de pierres précieuses, mais pour la plupart elles se bornent à des parures de filigrane d'argent, quelquefois d or, du reste très artistiques. Les femmes de fèlldh (ruraux) portent comme leurs maris, une chemise longue en coton bleu pour unique vêtement. Leurs bijoux consistent en khalkhal d'argent, bracelets qui tintent mélodieusement autourde leur bras etdes chevilles de leurs pieds, à chacun de leurs mouvements. De plus les femmes et filles des nomades portent au nez des anneaux d'argent.
Climat. — Gaza est environnée de jardins d'orangers, de vignes et d'oliviers. Des vents d'ouest soufflant delà Méditerranée entretiennent la fraîcheur due à Tabondance de sources limpides et à la pureté de l'air. Le séjour de cette ville et de ses environs est très agréable et très sain; jusqu'à présent la contrée tout entière était demeurée indemne de toute maladie pernicieuse.
67() MftRKÈZ-LIVA DE QOUDS-1 CHÈRIF
devint célèbre par la prise de Yarche cralliancey les plaies secrètes dont tous ses habitants furent frappés en punition et qui les obligèrent à renvoyer l'arche avec des présents figurant en or les maladies qui les avaient affligés et les rats qui avaient ravagé les cinq principautés à'Azot^ Gaza^ Ascalcm^ Geth et Accaron, Vingt ans plus tard, sous le juge Samuel, la bataille de Masphalh délivra pour toujours les Israélites du joug des Philistins (I /?om-, v, vi, vu).
Le tombeau de Samuel, juge d'Israël, se trouve à Nèhi SamouL^ l'ancien Ramath Maspha ou Mizpèh de Josué (mèrkèzliva de Jérusalem) qui avait été le lieu de sa demeure, à 10 kil. nord-ouest de Jérusalem (ait. 895 m.).
A 6 kil. nord-ouest d'Esdoûd, au bord de la mer, la population musulmane se rend en pèlerinage, tous les ans, au tombeau du Prophète Jonas {Nèbi Younès).
Deux cimetières voisins de Gaza renferment les sépultures des bdchi'bozouq (volontaires; littéralement u tètes fêlées) albanais et des cavaliers tripolitains qui, d'après Y Histoire de F empire ottoman par Djèvdèt Pacha, ayant voulu s'opposer à la marche du général Bonaparte par Gaza dont les habitants ne lui avaient montré aucune hostilité, furent culbutés rapidement et tués jusqu'au dernier. On rencontre encore dans le caza des descendants de ces bdchi-bozouq d'Albanie et de ces cavaliers havarèh de Tripoli de Barbarie. A son retour de Saint-Jean d'Acre, le général Bonaparte passa une seconde fois par Gaza et y laissa dix canons qui sont restés jusqu'aujourd'hui dans cette ville.