‹ Syrie, Liban et Palestine, géographie administrative, statistique, descriptive et raisonnéeChapitre 78 sur 190 · GAZAS DU MUTÉSARRIFLIK DU LIBAN · texte numérisé non relu

GAZAS DU MUTÉSARRIFLIK DU LIBAN

GAZA DU CHOUF

— Le caza du Chouf est situé au sud du mutésarriflik du Liban. Il est limité : au nord, par la ville de Beyrouth, chef-lieu du vilayel de même nom, ville enclavée dans le Liban, el par les cazas du Mètn et de Zahlèh; à Test, par le vilayet de Syrie; au sud, par le caza de Djèzztn, el, à l'ouest, par la Méditerranée.

Superficie. — La superficie totale du caza de Chouf est d'environ 1.097 kil. carrés.

Division administrative. — 11 est divisé administrativement en un qasaba ou mêrkéz^ qui est Bu^aqlin, chef-lieu du caza et résidence d'été du caïmakam et du ckéïkh ^aqqàl (chef des initiés) des druzes ydzbèkiyc% et en 12 nahiés, qui sont : le bas Gharb^ le Kharroûb, le haut Arqoub^ VArqoub sud et VArqoub nord, le haut Gharb nord et le haut Gharb sud; le Djourd sudel le Djourd nordy Ménâsif^ et enfin Chèhdr. — On compte en tout dans le caza du Chouf 210 villes, bourgs et villages.

Dans ce caza, se trouvent enclavés Béït ed-Din(ldL maison de la religion), qu'on nomme communément Btèddin^ résidence d'été du mutésarri/y gouverneur du Liban, ainsi que Ba'abda^ où s'installent les bureaux du gouvernement pour l'hiver ; le gouverneur général passe cette saison à Beyrouth, où il est logé

aux frais de la province. Dans ce naiême caza, se trouve aussi compris Déir el-Çamar^ ancienne résidence des émirs druzes, aujourd'hui formant un mudiriyèh relevant directement du mutésarrif A\x Liban.

Population. — La population totale du caza du Chouf est de 95.936 hab., comme suit :

Musulmans sunnites 8.972 hab.

— chiites (moutéouâl!) . . 1.044

Syriens orthodoxes 9.000

Protestanfs 600

Druzes 40.140

Total. . 95.936 hab.

Chefs-lieux du Liban. — Avant de parler des chefslieux du caza du Chouf, résidences du càimakam^ sous-gouverneur de ce district, peut-être convient-il mieux de citer en premier lieu Beit êd-Din et Ba^abda^ les deux chefs-lieux du mutésarriflîk qui se trouvent enclavés dans ce caza, comme on vient de le dire.

!• — Béït ed-Dîn. — Béit ed-Din, plus couramment 5/^ûWm, résidence d'été du gouverneur du Liban, doit être considérée comme le chef-lieu de toute la Montagne; c'est le siège officiel du gouvernement libanais. Là, se trouve le palais du fameux émir Béchir Ghéhâb^ qui, durant plus de trente ans, gouverna la Montagne en maître, passant chez les chrétiens pour maronite et pour druze chez les druzes, sans s'expliquer lui-même sur ce point souvent controversé. On raconte à ce sujet une anecdote assez « suggestive » ; la voici, puisée chez Gérard de Nerval, qui la tenait d'un Père Lazariste :

Un druze et un maronite, faisant route ensemble, s'étaient demandé : a Mais quelle est donc la religion de notre émir'i »

î236 MUTÉSARRIFUK DU LIBAN

— 11 est druze, disait TuQ; il est chrétien, disait Taulre. Un moutéouâli qui passait est choisi pour arbitre et n'hésite pas à répondre : « Il est turc. » — Ces braves gens, plus irrésolus quejamais, convinrent d aller chez Vémir lui demander de les mettre d'accord. L'émir Béc/iir les recul fort bien, et, une fois au courant de leur querelle : « Voilà, dit-il, des gens bien curieux! Qu'on leur tranche la tête à tous les trois ! » 11 est très vrai d'ailleurs que le palais de lVm?> Bèchir^ à Béït ed-Dîn, contenait, tout comme celui de Fakhr ed-Dîn, à Déïr el-Qamar,une église, une mosquée et un khalouè (temple druze),

C'est dans cet ancien palais de l'émir Béchir, brillamment restauré par Wassa pacha, et où subsistent encore intacts les riches lambris du harèm et leurs belles peintures, que sont distribués, autour des appartements splendides du gouverneur du Liban, les bureaux des divers services qui font partie de son administration (voir p. 208). C'est aussi dans ce palais que siègent, en été, le conseil central administratif visé par l'art, 2 des règlements organiques, ainsi que les tribunaux. Il y a à Béït ed-Dln une église maronite, un bureau télégraphique dans les dépendances de la direction des postes et télégraphes du Liban, et une petite garnison de 150 gendarmes, tant à pied qu'à cheval. Ce nombre de gendarmes est sensiblement réduit durant la saison d'hiver, lorsque les bureaux sont transférés à Ba'abda.

Béït ed-Dîn est à 900 m. d'altitude au-dessus du niveau de la mer Méditerranée et à 27 kil. sud-est de Beyrouth. Une bonne route carrossable relie le palais à celte ville. Le village de Béït ed-Dln est habité par une petite population chrétienne, sédentaire, d'environ 370 âmes, chiffre qui est presque doublé pendant l'été. Cette localité est alimentée d'eau par un canal qui arrose ses propriétés, celles de Déïr el-Qamar et de plusieurs autres localités voisines.

2"* — Bâ^abdâ. — La résidence d'hiver des bureaux du gouvernement du Liban est à Ba^abda^ village situé à 9 kil. sud delà ville de Beyrouth, avec laquelle il communique par une chaussée carrossable. Le palais du gouvernement, bâti sur une colline

pittoresque, domine les alentours et ressenible à un château du moyen âge, La vue n est bornée d'aucun côté et s'étend partout au loin sur de magnifiques paysages. Le village lui-même, dont les jolies maisons blanches s'aperçoivent d'une très grande distance, fait un charmant effet dans le cadre de verdure qui l'entoure. Il est habité par des maronites.

Malgré cet aspect romantique, Ba*abda (choisi pour résidence d'hiver par Rustèm pacha qui avait fait commencer les travaux de construction du palais, continués et totalement achevés par son successeur Wassa pacha) n'est pas plus que les autres localités de la montagne un séjour habitable durant rhiver.

Aussi, l'administration et ses bureaux sont-ils seuls installés à Ba*abda. Quant au mutésarrif du Liban, il est autorisé à occuper à Beyrouth avec sa famille une habitation de son choix dont le loyer est à la charge de l'administration libanaise. Les honneurs correspondant à son grade de t'ézir lui sont rendus parles soins du gouvernement général du vilayet de Beyrouth. Le gouverneur du Liban se rend tous les jours à Ba'abda en voiture; la durée de ce trajet n'est que d'une heure. Le séjour à Beyrouth dure cinq à six mois, suivant la température. Dès que les beaux jours sont revenus, les bureaux de l'administration se vident, Ba'abda devient désert, le service officiel se transporte tout entier à Béït ed-Dîn et le gouverneur de la Montagne reprend de nouveau pour six à sept mois ses appartements princiers dans l'ancien palais de l'émir Béchir.

Chefs-lieux du caza du G h ouf. — Ce caza a aussi deux chefs-lieu qui sont Ba^aqlin et Chouéifài :

r — Ba^aqlin, chef-lieu officiel du caza du Chouf, résidence d'été du caimakam^ sous-gouverneur de ce caza, et du cheikh 'aqqâi (chef des hauts initiés) des druzes yâzbèkiyèhy est le siège des divers services administratifs, des tribunaux du caza, de la station postale et télégraphique, etc. Il est situé dans le nahié de Ménâsif, à 2 kil. environ au sud de Béït ed-Dln, et à plus de 1000 m. d'altitude.

238 MUTÉSARRIFLIK DU LIBAN

Population. — Sa population, comprise dans le chiflFre de la population du caza du Ghouf, est de 5.000 hab. , comme suit :

Maronites 500 hab.

Druzes 4.500

Total. . . 5.000 hab.

Le nombre des contribuables, à Ba^aqlin, est de 790, dont 664 druzes et 126 maronites.

Cette ville est alimentée avec de l'eau de la fontaine de Sêmkani qu'on y amène par une conduite en fonte. Les maronites ont une église et les druzes ont un khaloué à Ba^aqlin.

2"* — Chodéïfat. — Chouéifât^ résidence du cdimakam^ sousgouverneur du caza du Ghouf et siège administralif de ce caza pendant la saison d'hiver, est considérée comme la plus grande ville du Liban après Zahlèh. Sa population, comprise dans le chiffre de la population du caza, est de 9.000 hab., comme suit :

Maronites 3.000 hab.

Syriens orthodoxes 1 .000

Druzes 5.000

Total. . . 9.000 hab.

Choucifât est située à 8 kil. environ au sud de Beyrouth, sur la route de Déïr el-Qamar et de Béït ed-Dîn, devant la grande plaine plantée d'oliviers qui porte son nom Sahrat éch-Chouéïfût (voir p. 220). Durant la saison d'été, les chaleurs sont fortes et rendent le séjour de celte ville désagréable, car elle n'est pas à plus de 200 m. au-dessus du niveau de la Méditerranée. Elle est suffisamment alimentée d'eau par quelques fontaines. La principale occupation de ses habitants est la fabrication de l'huile d'olive, objet d'une exportation considérable dans les vilayets de Beyrouth et de Syrie, où la provenance de Chouéïfât est réputée comme supérieure à toutes les autres huiles d'olive. Il y a 15 pressoirs établis dans la ville.

Ecoles. — Les établissements scolaires du caza du Ghouf comprennent Tenseignement^supérieur spécial , l'e&seignement secondaire et renseignement primaire ou élémentaire. Ils se composent :

1 0 — De H 8 khaloué^ qui ont été comptés pour 236 parce qu'ils sont fréquentés séparément par 5.900 initiés étudiants, maîtres et 'aqqâl (savants ou initiés des grades supérieurs), et par 2.360 femmes et jeunes filles, initiées de tous grades;

2« — De 2 collèges, où 200 jeunes garçons reçoivent un enseignement secondaire ;

3** — En6n, de 94 écoles primaires fréquentées par 7.570 enfants, dont 6.430 garçons, et 1250 filles, comme suit :

COMMUNAUTÉS

ÉTABLISSEMENTS SCOLAIRES

Écoles primaires, annexes de 17

MnaalniABB \ mosquées, dans le nahié du

Rbarroûb

Écoles primaires (garçons), dans i les divers nahiés, excepté Mé-

MaroniteB } nâsif

lÉcoles primaires (filles), dans les divers nahiés, excepté Ménâsif .

Écoles primaires (garçons) excepté \ , dans le nahié de Ménâsif. . . .

'^Écoles primaires (filles), excepté ( dans le nahié de Ménâsif . . . .

Byxieu orthodoxet.p^'" primaires jgarçoD») . . . .

Protestants iCollège à Soua el-Gharb

Khaloué dans divers nahiés (garçons)

^Khalouè dans divers nabiés (femmes et filles)

^Collège à Alélb (médrèsèh èd-daoudiyèb)

Grées unis

Drnses

Totaux

NOMBRE D^iCOLBS

Total des élèves.

ÉLÈVES

OARÇONS

FILLES

11 D'y a rien à dire d'intéressant au sujet de ces écoles, si ce n'est que le collège druze d'Aléïh, l'unique école de ce genre

qui existe au monde, a été fondée en 1861 par Daoud pacha premier miitésarrif d\i Liban, qui lui a donné le nom de médrésèh èd'daoudhjèh, collège de Daoud, el qui Ta placé sous le contrôle et la surveillance ducaïmakam du Chouf. C'est, comme tous les collèges, mais d'une façon plus exclusive, un internat. Il est spécialement réservé aux druzes. Outre les matières qui composent le programme d'un enseignement secondaire complet, on y étudie le français et le turc, langues qui ne sont pas enseignées dans les lihalonè où les études se font en langue arabe.

On enseigne également le français et Tarabe au collège protestant de Souq el-Gharb, mais les études se font spécialement en anglais et le turc n'est pas obligatoire.

Lieux remarcjuables. — Parmi les localités remarquables du caza du Chouf, on doit citer les bourgs de Souq eUGharb, d'Aléïb, ceux de Beutètèr, Bhamdoûn, Rochméya, Mahallèqat èd-Damoûr, etc., comme suit :

l'' Mahallèqat èd-Damoûr. — Est situé au bord de lamer, à 18 kil. sud de Beyrouth et à 10 kil. environ ouest de Béït ed-Dln, localité des plus importantes du mutésarriflik du Liban et du caza du Chouf au point de vue administratif el sous le rapport de la production agricole. Le )vihr ed-D amour (ancien Tamyras) arrose les environs de toutes ces villes el les fertilise. Les plantations de mûriers et d'oliviers de cette région sont les plus belles du Liban. C'est près de Mahallèqat ed-Damoûr, au milieu de ses mûriers et de ses champs de canne à sucre, comptés au nombre des cultures les plus renommées, que Daoud pacha projetait la construction d'un pont en fer, de 35 m. d'ouverture, pour relier ce village à Béït ed-Dîn, dans rintention de créer un port libanais qui aurait desservi directement le centre administratif de la xMontagne. La population de Mahallèqat ed-Damoûr n'est que de 1000 hab., presque tous cultivateurs.

STATISTIQUE DESCRIPTIVF-: 241

2« Aïn-Anâb. — Aïn-Anab (fontaine de la jujube), 1res fréquenté pour les sources d*eau limpide qui serpentent à travers sesjardins fruitiers, possède 3 moulins,? pressoirs pour Thuile d'olive et 2 pressoirs pour le halaoua (on dit hélva à Gonslantinople), sorte de nougat dont ce village s'est fait une spécialité.

3« Aléïh; 4<> Souq el-Gharb; 5« Beumèkin. — Aléïh, chef-lieu de nahié, le bourg voisin nommé Souq el- Gharb, autre chef-lieu de nahié, et le village de Beumèkin [mâr Girios) qui les sépare sont trois centres de villégiature des plus recherchés. Tous les riches habitants de Beyrouth et beaucoup d'étrangers y vont passer la saison d'été. Aléïh est situé à 13 kil. sud-est de Beyrouth et relié à la route de Beyrouth-Damas-Haourân par une bonne route carrossable. L'altitude de ce bourg (890 m.) est la même que celle de Souq el- Gharb. C'est une station postale et télégraphique. On y trouve 5 hôtels pourlogerlesétrangers. Sa population estde 2.500 hab., dont 1000 maronites, 540 grecs unis, 400 syriens orthodoxes et 560 druzes. Souq el-Gharb a la même importance, mais sa population n'est que de 2.000 hab., dont 1200 grecs orthodoxes et 800 druzes. Beumèkin n'a qu'un hôtel pour les étrangers et son importance est en toutes choses moindre que celle des deux bourgs entre lesquels il est situé. Sa principale attraction est le couvent de Saint-Georges {mâr Érinav), appartenant aux religieux grecs catholiques de l'ordre des A/épins.

6"* Aïnâb. — A 2 kil. environ au sud de Souq el-Gharb, on rencontre le village d'AïNAB dont le climat salubre et l'excellente eau sont vantés. Près de ce village se trouve un moulin, à partir duquel la route se dirige sur Déïr el-Qamar en traversant le dfisr el'Qadi {pont du juge); là sont trois autres moulins.

7** Abéïh. — En prenant la direction opposée, on arrive au bout de vingt minutes au bourg d' Abéïh où Ton jouit d'une très belle vue et de tous les autres avantages naturels dont sont dotés les bourgs et villages précités. Ace sujet, un dicton courtdansle

242 MUTÉSARRIFLIK DU LIBAN

pays : « D'Abéih à Aléïh^ dAléih à Abéïhy même climat^ m,ême vue^ mêmes terrains, mêmes productions , »

Contribuables. — Les contribuables du caza du Chouf sont au nombre de 23.983, comnae suit :

Musulmans chiites(moutéouâllj 261

Maronites 7.217

Grecs unis 1.827

Syriens orthodoxes 2.250

Protestants 150

Druzes 10.095

Total . . . 23.983 hab.

Impôts. — Les impositions du caza du Chouf montent en tout à la somme de 1.050.000 piastres (=241. 500 fr.) par an.

CAZA DU MÈTN

. — Le caza du Mètn forme, avec celui de Kësrouân, la partie centrale du mulésarriflik du Liban. Il est limité : au nord, par le caza de Kësrouân; à Test, par le vilayet de Syrie et le caza de Zahlèh; au sud, par le caza du Chouf, et, à Touest, par la ville de Beyrouth et la Méditerranée.

Superficie. — Sa superficie totale est de 866 kil. carrés.

Division administrative. — 11 est divisé administrai!vement en 6 nahiés, qui sont : le Mètn nord et le haut Mètn^ Baskintay Qâtha^a^ Chouâïr et le Sa/ièl (plaine au bord de la mer).

On y compte en tout 1 78 bourgs et villages.

Population du caza. — Sa population totale est de 92.792 hab., comme suit :

Musulmans chiites(moutéouâll) 1 .590

Maronites 56.380

Grecs unis 6.752

Latins 14

Grecs orthodoxes 18.112

Protestants 68

Druzes 9.608

Total . . 92.792 hab.

Chefs-lieux. — Le caza du Mëln a trois chefs-lieux qui sont : Djédéïdèh^ Broumana, Bétt-MérL

1"* — Djédeïdèh — village et résidence d'hiver du caïmalcam, sous-gouverneur du caza du Mèln — est situé au sud-ouest de ce caza, à 3 kil. environ du bord de la mer et à peu près à la même distance au nord-est de la ville de Beyrouth par une bonne route carrossable. La population de cette localité, comprise dans le chiffre de la population du caza, est de 750 hab., dont 500 maronites, 70 grecs unis et 180 syriens orthodoxes.

A cinq minutes de Djédeïdèh se trouvent les carrières d*où sont extraites les pierres pour la construction du port de Beyrouth et de ses dépendances. Avant la concession de cette entreprise, ces carrières n'avaient été exploitées que pour la fabrication de la chaux grasse. Un certain nombre de fours servant à cette fabrication avaient été établis par les habitants du village sur remplacement actuel des carrières. Les environs sont tout à fait dénudés du côté de l'est; montagnes, ravins et collines sont à peine couverts çà et là de quelques ronces poussiéreuses; du côté du sud-ouest, entre Djédeïdèh et la ville de Beyrouth, on ne voit que des mûriers tout le long de la route. Djédeïdèh, comme tous les autres villages maritimes du caza du Mètn, n'a pas un très bon climat; outre cela, ses eaux ont une mauvaise réputation; sa fontaine, dit-on, est malsaine, et

le torrent du nahr el-Maoul (rivière de la mort) qui court auprès des maisons du village, ayant un jour débordé, les emporta toutes, ainsi que des troupeaux de brebis qui paissaient aux alentours et quantité d'arbres de toute essence qui n'ont jamais été remplacés. En somme, cette résidence est triste et son unique agrément est la proximité de Beyrouth.

2« — Broumana. — Broumana, résidence d'été du caïmakam, occupe au contraire le site le plus charmant et remplacement le plus salubre du caza du Mètn, à 10 kil. est de la ville de Beyrouth, à laquelle le relie une route carrossable, et k 730 m. d'altitude. De cette hauteur, relativement faible, si on la compare à celle des montagnes qui forment au sud-est et au nord-est le fond du tableau, ou voit cependant au loin, dans les profondes vallées qui viennent se réunir au pied de ces montagnes, vaguement apparaître dans la pénombre, sous le couvert des pins d'un vert sombre et vigoureux, resplendir aux vifs rayons du soleil, sur tous les versants, sur tous les plateaux, des centaines de villages, de hameaux aux maisons blanches. Plus loin encore et toujours plus loin, les hautes cimes s'étagent; ici, c'est tout un district montagneux, le nahié à'el'Gharb^ appartenant au caza voisin; là, c'est celui d'<^V-iV^/n ; au-dessus s'élèvent, bornant l'horizon au nord-est, le Djébêl Sannm et le Djêbél Kénisi^M, à près de 3.000 m. d'altitude. Vers l'ouest, s'abaisse le nahié à'ès-Sahèl (la plaine maritime) avec la route de Broumana à Beyrouth, longue de près de 18 kil. (i4S700 de Beyrouth à Béït-Méri et 2^700 de Béït-Méri à Broumana), longueur qui peut donner une idée du relief mouvementé des terrains, puisque la distance franchie par cette voie « carrossable » n'est à vol d'oiseau que de 10 kil.

La population de Broumana, comprise dans le chifTre de la population du caza, est de 2.600 hab., dont 900 maronites, 500 syriens orthodoxes et 1200 druzes.

3** — Béït-Méri, situé sur la même route à 2.700 m. de Broumana et sur le même versant couvert d'un grand bois de pins, n'a pas une situation moins belle ni moins saine. On y voit mieux serpenter dans tous les sens, à travers les pins, les

riches planlatioQs de mûriers elles jardins d'agrément qui entourentles magnaneries, les mille et mille lacets de la route qui, malgré leur grand nombre, n'ont pas permis, en certains endroits^ d'éviter quelques pentes un peu raides. La population de Béït-Méri, bourg qu'on peut presque confondre avec Broumana, se compose des mêmes éléments, comme suit :

Maronites 400 hab.

Syriens orthodoxes 100

Druzes 1.500

Total. . . 2.000 hab.

A quelques minutes au sud de cet agréable bourg, on rencontre le monastère maronite appelé Déir el-Qala' at (le couvent fortifié) à 670 m. d'altitude, à l'extrémité de la crête d'une montagne qui domine la gorge du nahr Beyrouth, De la terrasse du couvent, la vue est admirable. A l'intérieur de cet édifice et aux alentours, on a rassemblé beaucoup de restes d'antiquités intéressants, parmi lesquels plusieurs beaux sarcophages. On voit encore, auprès de ce monastère, les fondations d'un temple antique mesurant 32 m. de longueur sur 16 de largeur. Quelques fragments des colonnes du portique sont restés debout, et l'on a retrouvé une inscription semblant indiquer que ces restes sont ceux d'un temple do Jupiter. On l'attribue pourtant, sur les lieux, au dieu de la danse, d'après la lecture suivante, évidemment très fautive : Jovi Baal MarcodL

Cette région tout entière est couverte d'un grand nombre de bois de pins, se rencontrant bien plus fréquemment dans le caza du Mètn que dans celui de Kèsrouân, où se trouvent également de nombreuses contrées bien boisées. Aussi ces deux cazas, du moins dans leurs parties montagneuses, peuvent-ils être re-gardés comme les deux séjours les plus sains du Liban.

Écoles. — On compte dans le caza du Mètn 232 écoles à trois degrés d'enseignement : 62 sont supérieures et 1 spé-

246 MUTÉSARMFLIK DU LIBAN

ciale; sur ce nombre de 63, il y en a 32 fréquentées par 2.550 hommes et jeunes garçons et 31 par 1860 femmes et jeunes filles. Les établissements secondaires sont au nombre de 3, fréquentés par 430 garçons, et 166 écoles primaires reçoivent 9.000 enfants, dont 6.200 garçons et 2.800 filles. Soit en tout 13.840 élèves, dont 9.180 garçons et 4.660 filles, comme suit :

COMMUNAUTÉS

ÉTABLISSEMENTS SCOLAIRES

Greoi iinii

m*„.«i„«- Écoles primaires (garçons), 1 au

MDinlmani } ^^^^ \^^^^ ^^ ^ ^», Mètn nord.

Collège (école libanaise Saint-Joseph), an village de Qomët-

, Chahouàn

MATonitet {Écoles primaires de garçons dans

. les 6 nahiés

Écoles primaires de filles, dans

les 6 nahiés

Collège à Âïn el-Âlak, près de

Bèkfaya

Écoles primaires de garçons dans

les 6 nahiés

Écoles primaires de filles dans

les 6 nahiés

École spéciale (orphelinat agri-

T 4.. „ l cole) a Broumaua

^***"" ^Collège (Notre-Dame de Lourdes)

. à Salima

Écoles primaires de garçons dans

Syrien! orthodoxet.)Écofe8 primaires' dé fi'llei *dani

^ les 6 nahiés

(Khalouè pour études et tenaes

mystiques (hommes)

Khalouè pour études et tenues Tw,..^. J mystiques (femmes)

*^^*®* \Khalouè pour écoles

de garçons

Khalouè pour écoles primaires de filles)^

pnmaires

Totaux . . . .

Total dbs élèvss. .

NOMBRE

d'écolrs

ÉLÈVES

OARCONS

FILLB8

Le collège maronite de Qornèl-ChabouâD, qui porte le nom à* école-internat libanaise de Saint-Joseph, est sous le patronage de Tévèque maronite de Chypre. L'enseignement se-

condaire complet y est donné conformément au programme des établissements français similaires. On y étudie Tarabe, le français et plusieurs autres langues vivantes.

Il en est de môme au collège des RR. PP. capucins du village de Salima, connu sous le nom à' école-internat de Notre-Dame de Lourdes^ où Tétude des langues française, arabe et italienne, est obligatoire. La musique, le dessin, etc., y sont enseignés.

La colonie agricole (orphelinat) de Rroumana est sous la direction des filles de la Charité ou sœurs de Saint-Vincent de Paul. On y emploie des professeurs spéciaux laïques.

Chez les grecs unis, àTécole (infernat) de Aïn el-Alak, renseignement est donné en grec, en français et en arabe.

Relativement au nombre réel des khalouè de la communauté druze, mêmes observations que dans les chapitres précédents, c'est-à-dire que les 31 khalouè A\x caza du Mèln, comme tous ceux du Liban, ont été comptés quatre fois parce qu'ils servent successivement et à chaque changement de destination, d'une façon exclusive, aux études et tenues mystiques des initiés, puis des initiées, puis aux écoles primaires de garçons, et enfin aux écoles primaires de filles.

Plusieurs écoles primaires mixtes des communautés maronite, grecque unie et grecque orthodoxe, ont été comptées deux fois^ d'abord pour les classes de filles qui sont séparées, bien que se donnant dans le même édifice.

Localités remarq[uables. — Il existe dans le caza du Mètn tant de localités remarquables — surtout au point de vue pittoresque ou pour leurs belles cultures de mûriers, leurs bois de pins, l'agrément ou la salubrité de leur séjour et autres avantages, soit naturels, soit dus au travail des habitants — qu'il serait trop long de les énumérer. On doit cependant en citer ici plusieurs, dignes d'intérêt à divers titres.

Kafk-Ciiima, Hadèth, el-Rordj, Qasmiyèh, entre autres, sont des villages agricoles situés aux environs de Beyrouth dans la région des oliviers, des eaux courantes et des sources renommées.

i'^Kafr-Chima. — Au sud de Beyrouth et au nord deChouéïfât, possède de beaux jardius abondamment arrosés, 2 moulins, 6 pressoirs à huile; ses habitants s'occupent aussi de Télève de nombreux troupeaux de chèvres, et, durant Thiver, ils exploitent, outre ces deux moulins, 9 autres moulins sur le grand torrent du Ouàdi-Ghadir^ qui pdisse à 5 minutes du village pour aller se jeter dans la Méditerranée.

2*» Hadèth. — Bourg de 2.100 hab. au nord de.Kafr-Chima dont 1700 maronites, iOO grecs unis et 300 syriens orthodoxes, est situé à 2 kil. nord de Kafr-Chima et n'est pas moins bien partagé; il est alimenté par 2 sources d'excellente eau. entouré d'oliviers et muni de 5 pressoirs à huile et d'une noria (roue hydraulique élévatoire). Une bonne route carrossable le relie directement à Beyrouth, et, d'autre part, il communique par un embranchement également carrossable avec le chemin de fer « Beyrouth-Damas-Haourân ». Hadèth, résidence du mudir, directeur du nahié de Sahèl (plaine au bord de la mer), est un séjour un peu chaud durant l'été; sa température est celle de Beyrouth; il n'est qu'à 150 m. d'altitude. Les maronites y ont 2 églises, et les deux communautés grecques, catholique et orthodoxe, se partagent les deux autres.

3** el-Bordj. — A 1650 m. nord-ouest de Hadèth, possède de vastes et belles plantations d'oliviers et de mûriers, 2 magnaneries, 6 pressoirs à huile et une noria; à 350 m. plus au nord, sur le même embranchement qui relie toutes ces localités voisines, au kilomètre 5 de la voie ferrée, le petit village de Chiyâh (Ézéchiel) possède 4 autres pressoirs à huile.

4* QLasmiyèh. — A ce même kilomètre 5, point d'intersection où l'embranchement aboutit, se trouve un autre village, Qdsmiyèhy but de promenade et de rendez- vous des habitants de Beyrouth, lieu de sépulture de deux gouverneurs duLiban : Franco pacha et Wassa pacha.

C'est dans les terrains de èl-Bordj et aux environs que sont les carrières de pierres poreuses et sablonneuses servant à bâtir les maisons de la ville de Beyrouth.

5" Antélias. — Bourg situé au bord de la mer sur la roule de Bèkfaya à Beyroulh, à 8 kil. environ au nord de celle ville, mérilerail d'être cité, même s'il n'avait de remarquable que sa fabrique de papier, la seule qui existe dans toute cette partie de la Turquie d'Asie qui fut aulrefois la Phénicie, la Judée et la Syrie. Il possède, outre cela, d'autres avantages et agréments qui attirent sur sa plage, dans ses nombreux vergers et parmi les plantations de mûriers qui l'enrichissent, une grande affluence de visiteurs. Ce bourg de 1500 hab., presque tous maronites, est pourtant une des rares localités libanaises insalubres, mais cela n'empêche pas la foule de venir chaque jour de Beyrouth s'y promener à travers ses charmants paysages et admirer sa jolie église du temps des Croisades, nommée aussi Antélias^ du nom du prophète Élie.

6"* Debâyéh. — On va se reposer ensuite, à 20 minutes plus loin, dans une autre petite localité maritime nommée Debâyéh, où se trouvent 1 hôtel, 7 cafés, une jolie église maronite qui vient d'être construite tout récemment, et enfin l'usine et la machine élévatoire qui fournissent à la ville de Beyrouth les eaux du nahr el-Kèlb (rivière du chien, ancien Lycus), Cette entreprise, créée par un ingénieur français, M. Thévenin, appartient aujourd'hui à une compagnie anglaise. On voit là les bassins, réservoirs et filtres, oti se reposent et se purifient les eaux de la rivière avant de passer dans la conduite en tuyaux de fonte posée le long de la plage, sous le sable. Malheureusement ces eaux, fortement chauffées en roule par le soleil, arrivent à Beyroulh plus que tièdes.

Ces localités intéressantes sont surtout encombrées d'amateurs de beautés naturelles, pendant les quatre mois d*élé où la rareté des eaux courantes, alors desséchées parle soleil, donne quelque chose de plus merveilleux à la belle cascade formée près de là par le nahr el-Kèlb, large de 5 m. à cet endroit, en se précipitant vers son embouchure d'une hauteur de 7 m.

V Bèkfaya. — On révère à Bèkfaya, dans la chapelle des RR. PP. Jésuites, une image miraculeuse de la Sainte Vierge connue sous le nom de « Notre-Dame de la Délivrance de Bèkfaya '>.

250 MUTÉSARHIFLIK DU LIBAN

On accourt de toutes parts la solliciter, et les murs de la chapelle sont couverts d'ex-voto, témoignage de la reconnaissance de ceux qu'elle a exaucés. Cette image a été apportée de Rome, il y a soixante-dix ans, par les Pères de la Compagnie de Jésus. Bèkfaya est la résidence du mudir, directeur du nahié de Qâtha'a, après avoir été quelque temps celle du caimakam, sousgouverneur du caza du Mètn. C'est une station télégraphique et postale, située à 18 kil. nord-est de Beyrouth, et reliée à cette ville par une roule carrossable de 27 kil., passant parÂntéliâs et traversant le nahr el-Kèlb. Comme toutes les routes carrossables du Liban, celle-ci forme de nombreux lacets, car il lui faut gravir de fortes rampes et descendre des pentes non moins raides. Bèkfaya est à 950 m. d'altitude; celle d'un bois de pins très voisin, promenade favorite de ses habitants, est de 1150 m. ; tout cela explique suffisamment une longueur qui parait d'abord excessive. De même, la distance de Bèkfaya àèl-Mètn n'est que de 5 kil., et la route carrossable qui relie ces deux localités a 13^,900 de longueur.

La colonie européenne de Beyrouth se plaît à passer les quatre mois de la saison d'été à Bèkfaya. Le climat de cette petite ville est excellent. Elle est abondamment alimentée de très bonne eau par cinq sources. Sa population se compose de 7.000 hab.; soit 4.000 maronites, 1800 grecs orthodoxes et 1200 grecs unis. Les premiers ont 2 églises; chacune des deux autres communautés en possède une. Les habitants sont pour la plupart tisserands ou vignerons. Les vignes de Bèkfaya donnent des raisins très doux, recherchés pour la table. On en fait aussi des vins liquoreux.

8"" Béït-Chébâb. — De même qu'Antéliâs a le monopole de fabrication du papier, Béït-Chébâb a celui de la fonte des métaux. C'est dans cette ville, située dans la vallée, au nord de Bèkfaya, à 20 minutes de distance environ, que se fabriquent les cloches de toutes les églises du Liban, de la Syrie et des pays circonvoisins. Celte fonderie, Tunique qui soit dans tous les vilayets du sud et de l'est de la Turquie d'Asie, ne se borne pas à la spécialité des cloches. On y fabrique aussi un grand nombre

d'ustensiles et d'objels de loules sortes en fer. Autrefois, pour se procurer ce métal, la fonderie de Béït-Chébàb l'extrayait du minerai lire des nombreuses mines de fer des environs, mais elle achète aujourd'hui le fer venant de l'étranger, qui lui coûte moins cher. On fabrique aussi dans cette ville des étoffes dites dima, dont des quantités considérables sont exportées h Chypre, en Anatolie et même à Constantinople. La consommation locale absorbe un troisième produit de Tindustrie de Béïl-Chébâb : les briques et les tuiles, à peu près semblables à celles des briqueteries et tuileries d'Europe. Contrairement à l'usage général du Liban, beaucoup de maisons de cette ville sont couvertes en tuiles.

La population de Béïl-Chébâb est de 6.700 hab., presque tous maronites. Malgré sa proximité de Bèkfaya, celle ville n'a pas une température aussi douce; ii y fait très chaud durant l'été, étant entourée de montagnes qui s'élèvent au-dessus.

9"* Hammana. — Village assez important situé à l'extrême sud et à Test du caza du Mètn, possède des filatures de soie renommées.

On compte dans le caza du Mèln environ 3.950 tours ou bassines.

Il y a dans ce caza 2 mosquées, 31 khaloué^ 44 couvents et 174 églises.

Les impôts payés annuellement dans le caza du Mètn montent à 725.000 piastres (env. 166.750 fr.). Le nombre des contribuables est de 22.360, comme suit :

Musulmans sunnites 67

— chiites 398

Maronites 13.260

Grecs unis 1.688

Syriens orthodoxes 4.528

Protestants 17

Druzes 2.402

Total ... 22.360

CAZA DE KÈSROUÂN

Orientation; Limites. — Le caza de Kèsrouân est silué dans la région centrale du mulésarriflik du Liban. Il est limité: au nord, par le caza de Batroûn ; à Test, par le vilayet de Syrie; au sud, par le caza du Mètn, et, h Touesl, par la Méditerranée.

Superficie. — Sa superficie lotale est de 1300 kil. carrés.

Division administrative. — Il esl divisé administrât!vement en un qasaba^ qui esl G/iazir, et en iO nahiés, qui sont : Djébdil eskèlè'Si (le port de Djébâïl), Mtméïtra, haut Djéôdily Djourd'Djèbâ'il^ Ghoiistha^ Zonq, Djèroud-Kèsrouân^ Fetoiih^ Djouni et Chèmsthdr.

On y compte en tout 226 villes, bourgs, villages et hameaux.

Population du caza. — Sa population totale esl de 79.455 hab. comme suit :

Musulmans sunnites 748 bab.

— chiites 6.800

Maronites 68.600

Grecs unis 1.148

Arméniens culliuiiques 30

Syriens unis. , 30

Latins 55

Syriens orthodoxes 2. 044

Total. . . 79.455 hab.

Chefs-lieux. — Le caza de Kèsrouân a deux chefs-lieux qui sont : Ghazir et Djouni.

1** — GhazÎr, la plus grande ville du caza de Kèsrouân, est resté Tunique chef-lieu du caza jusqu'au mois d'août 1891 .

A celle dale, le petil porlde Dpuni (Palae-Byblos), où le sous-gouverneur avail établi déjà depuis longtemps sa résidence d'hiver, ayaal conamencé à prendre une plus grande împorlance, il fui élevé au rang de second chef-lieu. A cet effel, un séraï (palais) y fui bâli par ordre de Wassa pacha, gouverneur du Liban, pour les divers services publics et le sous-gouverneur; mais le qasaba ne fut pas abandonné loul à fait et demeure encore actuellement la résidence d'été de Tadministration locale.

La population totale de Ghazir, comprise dans le chiffre de la population ducaza de Kèsrouân, est de 8.000 hab., tous maro* Dites.

Cette ville est reliée au port de Djount par une bonne roule carrossable et n'en est distante que d'environ 4 kil. Située sur un coteau, elle n'est qu'à 300 m. d'altitude; aussi la tem* pérature n'y est-elle pas aussi fraîche qu'on pourrait le désirer pour une résidence d'été. Mais les eaux courantes n'y sont pas rares; la ville est alimentée par plusieurs sources abondantes dont Tune fait tourner les six moulins de Ghaztr, été comme hiver. Une autre, la principale, court à travers de magnifiques plantations de mûriers et sert de promenade favorite. Une troisième passe à Idéïdèh, à 2 kil. de là, et fournit en passant la force motrice nécessaire aux quatre moulins de ce village. On dit, il est vrai , que toutes ces eaux, malgré leur saveur agréable et leur limpidité, sont malsaines et qu'elles donnent la fièvre. Peut-être attribue-l-on aux eaux de Ghazîr une insalubrité qui tient à toute autre cause locale.

2® — Djouni. — Quoi qu'il en soit, le choix de Djounî pour second chef-lieu du caza ou résidence d'hiver du caïmakam ne manque pas d'autres raisons justificatives. Ce petit port^ sûr et commode, situé au fond d'une baie assez vaste, où les bâtiments voiliers de fort tonnage et même quelquefois les bateaux à vapeur cherchent et trouvent un abri contre la tempête, ne demande que des travaux d'agrandissement embrassant toute la baie, pour devenir ce port libanais de premier ordre, rêvé par tous les gouverneurs de la Montagne. Déjà, comme Zahlèh, Djouni peut, en ce qui concerne le Liban, passer pour un

254 MUTÉSARRIFUK DU LIBAN

important entrepôt de marchandises locales; c'est surtout le magasin attitré des céréales. Tous les villages des cazas environnants viennent s'y approvisionner. Depuis 1891, cette petite ville s'est déjà bien agrandie ; on n'y comptait alors que 350 maisons et 2.500 hab.; aujourd'hui on y compte 936 maisons, soit un nombre d'environ 4.500 hab., tous maronites.

En résumé, Djount est Téchelle maritime la plus importante du Liban, et constitue le principal point d'observation des divers abris de mer que présentent les côtes accidentées de ce territoire privilégié ; c'est enfin un excellent poste de surveillance pour le commerce d'exportation et d'importation du Liban.

Outre le cdimakam du caza, le mudir du nahié et le patriarche maronite d'Antioche ont leur résidence à Djounî. Cette petite ville, entourée de beaux jardins fruitiers et maraîchers, arrosés par quarante norias (machines irriga(oires), de filatures importantes (environ 2.000 bassines), de carrières de pierre tendre très recherchée pour encadrement de portes et fenêtres, fait un grand commerce de blés d'Anatolie. Il y existe 300 boutiques et magasins. Les administrations des postes et télégraphes, de la dette publique, de la régie coïntéressée des tabacs et de la douane y ont des agences.

Le 34*" de latitude nord passe par Djounî. Le bourg est relié à Beyrouth par une route directe et carrossable, d'environ 20 kil.; la durée du trajet entre ces deux villes est de deux heures en voiture. Le tracé de la route des tramways à vapeur Saïda- Beyrouth-Tripoli côtoie toute la baie de Djounî.

Jusqu'à aujourd'hui» le mouvement maritime de ce petit port, fréquenté seulement par les pavillons ottoman et hiérosolymitain et ne recevant que des bâtiments de faible tonnage, est de minime importance; sa moyenne est de 451 voiliers, jaugeant 8.572 tonnes.

Il existe aux environs de Ghaztr et de Djounî plusieurs couvents remarquables, parmi lesquels il faut citer le monastère arménien de mdr Intanios-kachbaon ou couvent de Saint- Antoine, aujourd'hui habité parles Pères Capucins, et le couvent de mâr Elias ou du prophète Elie, où demeurent des reli-

STATISTIQFJE DESCRIPTIVE 255

gieuses maronites rigoureusement cloîtrées. Le nombre des églises, à Ghaztr, est de 6, dont 4 aux maronites, une aux Pères Capucins et une aux Pères Jésuites.

Les contribuables du caza de Kèsrouân sont au nombre de IlOOy tous maronites.

Écoles. - Il y a, dans le caza de Kèsrouân, 75 établissements scolaires, dont? où un enseignement supérieur et spécial est donné à 183 séminaristes et novices et à 190 jeunes filles orphelines; 3 internats, dans lesquels 410 garçons reçoivent une instruction secondaire, et 65 écoles primaires ou élémentaires fréquentées par 4.560 garçons et 1220 filles; soit en tout 6.565 élèves, dont 5.155 garçons et 1410 filles, comme suit :

COMMUNAUTES

ÉTABLISSEMENTS SCOLAIRES

Maialmaiii.

rÉcoles primaires^ annexes de .] mosquées : 1 à Ghazlr et 10 à

f Muuéitra

Collège Saint-Louis à Ghazir . . .

es à Ghousllia, à el-Fe-

près de Djouui

/Collège Sa ISémiuairei 1 touh et

Maronites t Écoles priuiairps de garçons dans

j , tous les uahiéa

/Écoles primaires de filles dan8 V tous les nahiés

Arménîenioatholiq.l Séminaire a Bzomm^r

Syrien! unis — à Ghoustba

/Noviciat de Jésuites a Gbazir. . .

iColonie agricole (orphelinat), à \ Zouq-MiKflïl

LaUdi .'Collèges à Âuloûra et a Djébàïl .

jccoles primaires de garçons à

f , Ghazir

'v École primaire de filles a Ghazir.

/ — — de garçons dans

1 divers nahîés

Syrien! orthodoxes. jg^^ig^ primaires dé 'fines* dans

( divers nahiés

Totaux 75

Total des Alêvbs.

NOMBRE

d'écoles

ÉLÈVES

GARÇ0.18

FILLES

i.OOO

256 MUTÉSARRIFLIK DU LIBAN

Les Irois séminaires maronites, contenant chacun 25 élèves, sont lous trois sous le patronage du patriarche de cette communauté. Celui du village deGhouslhaporlelenomde Am- Ouarqa\ celui du village de el-Fetouh est appelé mâr Aida eUFeinuh\ le troisième, près de Djounî, se nomme Krèyèm. Les éludes y sont, comme dans toutes les écoles de la Syrie, de la Judée et du Liban, dirigées et inspectées régulièrement par les missionnaires latins et sont les mêmes dans chacun de ces trois établissements. Outre les matières religieuses qui font l'objet spécial de l'enseignement, on y étudie à fond le latin, le grec, l'arabe, le syriaque, le français et d'autres langues tant vivantes que mortes.

Le collège de Saint-Louis, à Ghazîr, a été fondé en octobre 1880 par le choréiêque maronite Louis Zouaïn. L'enseignement secondaire y est donné par dix professeurs et basé sur les langues arabe et française. On y enseigne aussi plusieurs autres langues vivantes. Le prix moyen de la pension annuelle y est de 200 francs.

Les séminaires des Arméniens catholiques et des Syriens unis à Bzommâr et à Ghoustha ont chacun 30 élèves, instruits par des prêtres de leurs communautés respectives et régulièrement inspectés par les missionnaires latins. Les trois langues obligatoires sont, chez les Arméniens catholiques, l'arménien, l'arabe et le français; et chez les Syriens unis, l'arabe, le français et le syriaque. Celte dernière langue est liturgique.

Antoûra. — Quelques Pères Jésuites, échoués sur la côte du Liban vers 1660 et recueillis par les maronites des environs de Beyrouth, fondèrent, au commencement du xviii* siècle, le collège de Saint-Joseph qui a rendu célèbre le nom d'Antoûra^ hameau situé à l'entrée de la montagne dans le voisinage de Zouqet de Djoûnl, à 16 kil. environ de Beyrouth, à 300 m. d'altitude, au milieu de plantations de mûriers et d'orangers.

Les temps malheureux que l'on avait alors à traverser ne permirent pas le développement de cette œuvre, et, lorsque, plus tard, les Lazaristes (prêtres de la Mission de Saint-Vincent

STATISTIQUE DESCfUPTIVE 257

de Paul) furent substitués aux Jésuites dans la direction des missions en Syrie et au Liban, ils ne trouvèrent pas d'abord Foccasion favorable de rétablir le collège. Ce ne fut qu'en 1833 qu'ils commencèrent à ouvrir une école à Anloûra; mais, dès Tannée suivante, ils songeaient à l'établissement d'une grande maison d'éducation dont la construction fut commencée en 1837. La môme année, 17 élèves purent y être reçus. On en comptait 60 en 1854, et déjà, en 1862. le chiffre des admissions s'élevait à près de 200.

Depuis lors, le succès du collège de Saint-Joseph d'Antoûra n'a pas cessé de s'affirmer de plus en plus. On y vient de toute la Syrie, de Chypre et de Jérusalem, de S'- Jean d'Acre et de Césarée de Cappadoce (vilayet d'Angora), et môme d'Egypte. L'accroissement du nombre des élèves, qui s'est élevé en certaines de ces dernières années à plus de 300, a nécessité de nouvelles constructions plus vastes.

Actuellement, on compte à Saint-Joseph d'Antoûra 275 élèves. L'enseignement du français et de l'arabe se donne à tous sans exception ; il est la base des études. L'établissement comprend, dans son programme, outre une classe préparatoire, toutes les classes de l'enseignement secondaire français et huit classes d'arabe, dont plusieurs sectionnées en deux divisions. L'étude du turc et de l'anglais est facultative. Les langues classiques sont enseignées, mais les leçons, quoique assez suivies, ne sont pas obligatoires.

Aux cours des sciences enseignées dans les établissements similaires de France, on a adjoint, à Autoûra, des cours de comptabilité, de tenue des livres et de droit commercial, très assidûment suivis par les élèves. Il existe aussi, à ce collège, plusieurs cours de dessin, de calligraphie française et arabe et de musique vocale et instrumentale. Les professeurs chargés des cours et des classes sont au nombre d'environ 25, pour la plupart Français et missionnaires, et quelques-uns Syriens.

Le collège de Saint-Pierre, à Djébâïl, n'a que 35 élèves. Son programme d'études est semblable à celui des autres établissements secondaires du Liban.

258 MUTÉSARRIFLIK DU LIBAN

Comme partout, les écoles de la communauté grecque orthodoxe se font remarquer par leur bonne tenue et Tassiduité des élèves.

Nahiés et villes principales. — Les nahiés et les villes ou bourgs principaux du caza de Kèsrouân qui méritent d'êlre cités sont les suivants :

1® Djébâïl(Z?y6to), — dont le nom phénicien, cité dans la Sainte Écriture, était Gébal. Ses habitants, les 6riddi/^^, d'après le texte sacré, étaient habiles à travailler la pierre et experts dans la construction des navires. La ville de Gébal reçut plus tard le nom de Byblus ou Byblos et devint célèbre par ses fêtes à' Adonis (en phénicien Adon^ qui signifie Seigneur), divinité locale, symbole de la force génératrice du printemps. Cicéron lui donne pour épouse Astarlé, déesse sidonienne, mais les mylhographes grecs Tassocienl toujours àBaaltis (Aphrodite), divinité protectrice de Berytus (Beyrouth) dont il eut la nymphe de même nom, appelée aussi Béroé.

Lorsque les croisés prirent, en H 03 cette ville déjà bien déchue, elle était appelée Giblèt, Le sultan éyyoubite Salahed-Dîn (Saladin) la reprit en 1188 et lui rendit son nom actuel de Djébâïl, formé par les premiers conquérants arabes musulmans du nom phénicien Gf^dâj/(Djébâl).

Djébâïl, conquis avec toutes les autres possessions des derniers sullans égyptiens, en 1517, est aujourd'hui le chef-lieu de Djébâïl èskélé'Si et la résidence du mudir qui dirige l'administration des 74 bourgs et villages formant ses dépendances directes. C'est un petit port ne possédant plus que 1000 hab., dont 30 musulmans, 650 maronites et 320 grecs orthodoxes. Les premiers y ont une mosquée et chacune des deux autres communautés y a une église. On voit encore à Djébâïl le port que les Romains y avaient construit, et on rencontre au bazar beaucoup de débris de colonnes et de fragments d'antiquités d'époques diverses. Le bourg n'étant alimenté d'eau qu'au moyen de pluies, une société indigène s'est formée pour amener

l'eau du na//r Ibrahim (ancien fleuve Adonis), dont Tembouchure n'est qu'à 3 kil. au sud de Djébâïl.

Une bonne route carrossable conduit de Djébaïl à Beyrouth en huit heures, et de Djébaïl à Batroûn en quatre heures. Les distances en ligne directe sont pour le premier de ces deux trajets, env. 32 kil. ; et pour le second, env. 18 kil. Le tramway en cours de construction raccourcira de beaucoup la durée de ces deux parcours.

Le trafic maritime de Djébâïl (importation d'Anatolie et de Jaffa) a été, en 1893 et 1894, comme suit :

kiU

Blé 10.000 49 530

Orge » 13.600

Farine 12.300 29.500

oqqe

Oignons » 80.500

pièces

citrofs': ::;:;: : : : î 30.000 93.950

Soit, pour les blés et farines, un mouvement d'environ 1600 tonnes en 1893, contre env. 6.700 tonnes de blés^ orges et farines, en 1894, plus 102 tonnes d'oignons en cette dernière année.

Les principales occupations des habitants sont la pèche, la culture du mûrier et celle de la vigne. Aux environs, près du pont sur le nahr Ibrahim^ il y a 3 moulins. On compte dans ce nahié 30 églises e( 2 monastères.

l"" Zouq, — chef-lieu du nahié de môme nom (10 bourgs et villages) et résidence du mudir,est situé à proximité de la mer et à 4 kil. environ au sud de Djount, à 200 m. d'altitude. Ce bourg comprend deux localités voisines: Zoiiç-Mikdïly la plus importante, et Zouq-Mousbah; il en comprenait jadis, dit-on, une troisième : Zouç el'/chardb, qui a été détruite à cause des vices de ses habitants. Jusque vers 1 800, Zouq a conservé le rôle d'entrepositairedu commerce du Liban et de la ville de Damas. C'était alors une ville assez renommée en Syrie, mais, depuis ce temps,

«260 MUTÉSARRIFLIK DU LIBAN

Beyrouth Ta supplantée en toutes choses. On façonne encore aujourd'hui à Zouq des tissus de soie, de soie et coton, brochés, lamés d'or et d'argent, très recherchés et justement estimés. Les habitants s'adonnent aussi beaucoup à la culture du mûrier et de la vigne, ainsi qu'à la fabrication du meilleur raqi ou eaude-vie blanche de raisin du Liban. Cette liqueur est en majeure partie le produit d'une nouvelle distillation de l'eau-de-vie blanche de raisin fabriquée à Zahlèh avec moins de soins, et beaucoup plus forte. On dit, au Liban, araq de Zahlèh pour désigner un raqi très fort et Ton qualifie à' araq zouqi, tout ce qu'il y a de plus iin et de plus délicat.

Zouq est alimenté d'excellente eau par quelques sources qui serpentent et se perdent dans les jardins des environs. Il y a dans ce bourg deux églises paroissiales^ Tune aux maronites et l'autre aux grecs unis, et plusieurs couvents, parmi lesquels il convient de citer èl-Qara, monastère de religieuses maronites appartenant à la famille de Khazèn et qui doit toujours avoir pour aumônier un prêtre de cette même famille ou agréé par elle. Le couvent de Saint-Georges et celui de l'Annonciation, tous deux aux grecs unis, méritent aussi d'être cités, sans oublier le remarquable orphelinat des Filles de la Charité à Zouq Mikâïl.

Le célèbre collège de Saint-Joseph d'Antoûra, aux Pères Lazaristes (prêtres de la Mission de Saint-Vincent de Paul), se trouve aux environs de Zouq.

Près de l'embouchure du nahr elKélb ou fleuve du chien (ancien Lycus), diu sud de Zouq, on remarque un pont de cinq arches en maçonnerie, de 75 m. de longueur, considéré comme un des plus beaux de ce genre construits en Turquie dans ces derniers temps. Il a été élevé en 1891 , du temps de Wassa pacha, par Antoine Kikana, ingénieur du Liban. Ce pont met en communication, d'une rive à l'autre du ?iahr el-Kêlb, les habitants des deux cazas limitrophes du Mètn et de Kèsrouân. Sur les hauts rochers et les falaises d'alentour^ on lit un grand nombre d'inscriptions, datant soit des temps modernes, soit des siècles les plus reculés. La plus récente est un souvenir de l'expédition

française envoyée au Liban et en Syrie par Napoléon III, à la suite des événements de 1860.

3* Kartaba. — Gros bourg maronite de près de 3.000 hab., relève du nahié du haut Djébdil. Son climat est agréable et salubre. Il eiiste dans ce bourg 6 églises maronites et 5 filatures .

4° Afqa. — ancienne Apheca^ où se trouvent les sources principales du nahr Ibrahim (ancien fleuve Adonis)^ au fond d'une grotte qui s'ouvre à pic sur le flanc du rocher et de laquelle on les voit de loin sortir en superbe chule d'eau. Lesmyslères d'Adonis se célébraient là, non loin des temples de Baaltis ou Vénus Aphrodite, qui fut détruit par Constantin le Grand à cause du culte infâme qu'on y rendait à cette idole.

5' Mezra'ah Kafr Débian. — Village relevant du nahié de Djéroud-Kèsrouân, jouit d'une très belle vue et d'un excellent climat(altit., 1500 m.). Près de là se trouve le couvent de religieuses grecques unies de l'Assomption^ construit vers le commencement de ce siècle. Il est remarquable par sa situation pittoresque et le caractère imposant de son architecture monumentale.

6''Méïrouba. — Village maronite au S.-O. de Djaïta, sur le nahr ès-Saliby une des branches du nahr èl-Kèlà et à 1** 20 m. de Mèzra^ah Kafr Débian, Près de Méïrouba abondent des mines de fer et on y rencontre le gros scorpion noir connu aussi à Bagdad.

Le caza de Kèsrouân paie annuellement 525.000 piastres (env. 120.750 fr.) d'impôts.

Le nombre des contribuables est de 19.840, comme suit :

Musulmans sunnites 187 hab.

— chiites (mou téouâll) . . . . 1.700

Maronites 17.150

Grecs unis 287

Arméniens catholiques 3

Syriens unis 2

Grecs orthodoxes 511

Total. . . 19.840 hab.

262 MUTÉSARRIFLIK DU LIBAN

CAZA DE BATROUN

Orientation; Limites. — Le caza de Balroûn est silué dans la partie nord du mutésarriflik du Liban. Il est limité : au nord, par le caza du Kourah dont le nahr el-Djôz (rivière des noix) forme la ligne de démarcation ; à Test, par le vilayel de Syrie ; au sud, par le caza de Rèsrouân, et, à l'ouest, par la Méditerranée.

Superficie. — Sa superficie est de 1520 kii. carrés.

Division administrative. — Il est divisé administratif vement en huit nahiés, qui sont : Batroûn^ Hasroûn, Qanâty Èhdèn^ Bcharrêh^ Zaouyéh^ Tannourin et HèrmiL On y compte un nombre total de 151 villes, bourgs, villages et hameaux.

Population du caza. — Sa population est de 63.568 hab. . comme suit :

Musulmans sunnites 740 hab.

— chiites 4.342

Maronites 53.040

Grecs unis 872

Latins 18

Grecs orthodoxes 4.536

Protestants 10

Total. . . 63.568 hab.

Chef-lieu. — Batroun {Botrys), chef-lieu du caza et du nahié de même nom et résidence officielle du cdimakam (sousgouverneur) et du mudir (directeur), fut fondée, pour servir de forteresse aux Phéniciens contre les envahissements des rois de Damas et les brigandages des montagnards du Liban, par Ithoba'al, qui régna sur Tyr et Sidon (Sour et Saïda) de 897 à 866

avant J.-C. et fui père de Jézabel, femme, d'Achab. Celte ville n'acquit jamais une grande importance, car sa situation n'offre rien de comparable à celle de la plupart des ports voisins, à partir de Tripoli jusqu'à Beyrouth et Saïda. A cet endroit, les contreforts du Liban ne présentent qu'une maigre verdure. C'est seulement à une certaine distance de la ville, au nord-est, le long du cours supérieur du hahr el-DjôZy que Ton commence à rencontrer les moulins et les 54 beaux vignobles dont les produits considérables enrichissent le nahié de Batroûn (44 bourgs et villages).

Population. — La population du bourg de Batroûn, comprise dans la population du caza, est de 2.500 hab., comme suit :

Musulmans sunnites 70 hab.

Maronites 1.200

Syriens orthodoxes 1.230

Total. . . 2.500 hab.

Il y a à Batroûn 1 mosquée et 6 églises, dont 3 aux maronites et 3 aux grecs orthodoxes. On compte dans la ville 178 boutiques, magasins et dépôts. C'est une station postale et télégraphique, reliée par une bonne route carrossable au port de Beyrouth, en passant par Djébâïl et Djoûnl (distance totale au sud, 60 kil.). La route se continue, du côté nord, jusqu'au port de Tripoli (distance totale au nord, 30 kil.). Le tracé du tramway en cours de construction touche à toutes ces localités.

Ecoles. — On compte, dans le caza de Batroûn, 119 établissements scolaires, dont un d'enseignement supérieur avec 60 élèves; 2 secondaires, où sont instruits 250 garçons, et 116 écoles primaires et élémentaires, fréquentées par 6.210 garçons et 1680 filles; soit en totalité 8.200 élèves, dont 6.520 garçons et 1680 filles, comme suit :

MUTÉSARRIFLIK DU LIBAN

COMMUNAUTES

ÉTABLISSEMENTS SCOLAIRES

MusolmanB

Maronitei

Grecs anis

Latins

Grecs orthodoxes.

Écoles primaires de mosquée?,

dout 1 à Uatroûii, 1 à Taonou-

riu, 2 àZaouyëhet l à Hërmil.

Collège à Kafr-llàï

Écoles primaires (garçons) dans

les Dahiés

Écoles primaires (tillesj dans les

oahiés

Écoles primaires de garçons. . .

— — de filles ....

Noviciat à Batroûa

Ecole secondaire (externe) à Ba-

. troûu

Écoles primaires (garçons) dans

les nahiés. excepté ceux de

. Qanàt et Hèrmil

Écoles primaires (ûlles) dans les

nahiés

Écoles primaires (garçons) dans

les nahiés

Écoles primaires (filles) dans les

nnhiés

Écoles primaires : 1 de garçons

à Batroûn et 1 de ûlles

NOMBRB

d'écoles

Totaux

ÉLÈVES

OARÇOKS

PILLEà

Total des élèves

Le collège de Saint-Jean-Maron, à Kafr-Hâï, sous le patronage du patriarche maronite, est ouvert aux élèves appar** tenant à toutes les communautés. Il est effectivement dirigé et régulièrement inspecté par les missionnaires latins. Son programme est celui des établissements similaires français. Les langues que Ton y enseigne sont le latin, le syriaque, Tarabe, le français et l'italien.

La ville de Batroûn est alimentée d'eau potable au moyen de puits, où se rassemblent des sources souterraines, et de citernes, où les eaux pluviales sont emmagasinées. Au centre de cette ville, se trouve un château, reste du moyen âge, et vers le sud, à proximité, on rencontre des grottes sépulcrales où sont renfermés des sarcophages, parmi lesquels il s'en trouve un d'une grande beauté.

Il y a dans le nahié de Batroûn 62 églises et un couvent.

Localités remarquables. — Les localités qui méritent le plus d'êlre remarquées sont, dans le caza de Batroûn, en se dirigeant du nord au sud :

lŒhdèn. — Chef-lieu du nahié de môme nom (21 villages). C'est un bourg situé à 1446 m. d'altitude au milieu de bois de pins, de plantations de mûriers, de figuiers et de 84 beaux vignobles, sur le versant et à l'extrémité de l'amphithéâtre de montagnes au fond duquel passe la magnifique vallée du nahr elQadicha (le fleuve saint). Un grand ruisseau coule à l'est, près des maisons du bourg. Plus loin, à l'est, s'élève une chaîne neigeuse et nue ; c'est celle ,du Djèbèl Makhmal (3.063 m.). A l'ouest, on a la mer en vue et l'on aperçoit le port de Tripoli, distant à vol d'oiseau de 35 kil.

La population du bourg d'Èhdèn se compose de 450 familles maronites, soit env. 2.000 a 2.500 hab.

On montre, à Èhdèn, la maison de Yousouf Kèrèm, chef maronite qui eut une certaine célébrité lors des événements de 1860.

V Bcharréh. — Chef-lieu de nahié du même nom (10 villages). 11 est bâti sur une hauteur qui domine la vallée du nahr el'Qadicha^ dans un site très pittoresque. Les pentes sont de tous côtés disposées en terrasses formant des étages successifs et plantées partout de noyers, de figuiers, de mûriers et de peupliers. Les eaux courantes abondent dans la contrée qui est renommée pour sa fertilité et citée parmi les plus salubres.

La population de la vallée de Bcharréh est de 5.000 hab., tous maronites.

C'est dans le voisinage de ce bourg que se trouvent, au sudest, les fameux cèdres du Liban et, à Touest, le couvent de Qanobin, où résidait autrefois le patriarche des maronites.

Il y a, dans le nahié de Bcharréh, 23 églises, 5 couvents, 7 vignobles renommés et une filature de soie comptant 60 tours.

266 MUTÉSARRIFLIK DU LIBAN

Le tabac de ce nahié est en grande réputation, ainsi du reste que celui de tout le caza de Batroûn en général.

3" el-Hermil. — Chef-lieu du nahié de môme nom, où se trouvent en grand nombre de belles cultures et des bois de noyers, est presque entièrement enclavé dans le caza de Ba*albèk, appartenant au sandjak de Damas (vilayet de Syrie). Il est sur le même parallèle que Zghorta. A Test de ce village passe le nahr èl-'Asî (Oronle).

Le caza de Batroûn paie annuellement 565.000 piastres d'impôls, soitenv. 129.950 fr.

Le nombre des contribuables est de 16.720, comme suit :

Musulmans sunnites 185 hab.

— chiites 1.088

Maronites. . . ' 14.095

Grecs unis 218

Syriens orthodoxes 1.134

Total. . . 16.720 hab.

CAZA DE DJÈZZIN

Orientation; Limites. — Le caza de Djèzztn est situé au sud du mutésarriflik du Liban. Il est limité : au nord, par le caza du Chouf ; à Test, par le vilayet de Syrie; au sud, par le vilayet de Beyrouth, et, à l'ouest, par la Méditerranée.

Superficie. — Sa superficie totale est de 223 kil. carrés.

Division administrative. — Il est divisé administrativement en trois nahiés, qui sont : D/èzzin^ et-Tèffdh et Djèbél er-Rihân. On y compte en tout 107 bourgs et villages.

Population. — Sa population totale est de 21.743 hab., comme suit :

Musulmans sunnites 344 hab.

— chiites 2.920

Maronites 11.612

Protestants 15

Druzes 464

Total. . . 21.743 hab.

Chef-lieu. — Djézzin^ chef-lîea du caza de môme nom, unique résidence du cdimakam, (sous-gouverneur), qui Thabile en toute saison, est situé à 830 m. d'altitude, au sud de Beyrouth, de Déïr el-Qamar, de Béït ed-Dtn et de Ba'aqlin,à40 kil. env. de Beyrouth et à 20 kil. env. des trois autres. Djèzztn est à 25 kil. à Test de Saïda, en ligne directe sur le même parallèle, mais la durée du trajet entre ces deux villes est de six heures. Il n'existe pas d'ailleurs de route carrossable conduisant de ces diverses localités à Djèzztn, mais une route projetée qui doit bientôt y conduire consiste en 12 kil. de chaussée aboutissant à Moukhtârah. Un autre bout de chaussée de 8 kil. relie déjà iMoukhtârah à Béït ed-Dîn, et de là à toutes les villes principales du Liban.

La population de la ville de Djèzztn, comprise dans le chiffre delà population du caza, est de 5.000 hab., exclusivement catho^ liques, comme suit :

Maronites 4.000 hab.

Grecs unis 1.000

Total. . . 5.000 hab.

Les habitants de la ville de Djèzztn s'occupent presque tous de sériciculture et de viticulture à la fois, ainsi qu'un grand nombre d'habitants de la plupart des villages du caza. Les environs sont couverts de champs de vignes en pleine prospérité qu'on voit s'agrandir tous les jours. Aux alentours, il existe un

MOTÉSARRIFLIK DU UBAN

bois de noisetiers parmi lesquels plus de 2.000 pieds, si Ton en croyait les gens du pays, seraient certainement âgés de trente siècles!

Il y avait à Djèzztn une mosquée appartenant aux moutéoudli, mais il n'en reste plus que des ruines. On compte dans cette ville 4 églises, dont 3 appartiennent aux maronites et la quatrième aux grecs unis.

Ecoles. — Le caza de Djèzzîn possède en tout 77 établissements scolaires, dont 2 khalouê comptés pour 4 parce qu'ils servent aux études et séances mystiques des initiés et initiées de tous grades séparément ; ils sont fréquentés par 60 hommes et 40 femmes et jeunes filles. Les autres établissements consistent en 3 écoles secondaires, dans lesquels sont instruits 1 60 garçons et 100 filles; et en 70 écoles primaires, où sont reçus 4.600 garçons et 570 filles; soit un total de 5.530 élèves^ dont 4.820 garçons et 710 filles, comme suit :

COMMUNAUTES

ÉTABLISSEMENTS SCOLAIRES

Maialmani ,

Maronites

Écoles primaires anoexes de mosquées, 4 à Djèzzto, 2 à Tëffàh et 2 à Djèbëier-Ribàn

Externats secondaires, l de garçons, 1 de filles, à Djëzzin . . .

Écoles primaires de garçons à Diézztn et à Tëffàh

Écoles primaires de filles à Djëz-

, zln et à Tëffàh

Écoles primaires de garçons à Djëzztnet à lëffàh

Écoles primaires de filles à Djèzzîn et à Tëffàh

Écoles primaires, 1 de garçons et 1 de filles à Djëzzin

Externat secondaire de garçons, à Djëzzin

Khalouè ponr études et tenues mystiques, comptés 2 fois. . . .

Khalouè comptés également pour 4 écoles primaires

Totaux

Total des élèves

NOMBRE

d'écoles

ÉLÈVES

lo

GARÇO.'IS

FILLES

II n'y a lieu à aucune observalion concernant ces écoles.

Les chèvres sont très communes dans le caza de Djèzztn; le nahié de Djèzztn^ se composant de 61 villages dépendant directement du chef-lieu, en possède 30.000 têtes, nourries durant Tété dans les pâturages des montagnes de Djourd-Djèzzin, deNihaetde Rihân; ces troupeaux descendent passer Thi ver dans les plaines de Sahèl-Saïda (vilayel de Beyrouth) et de Iqlim èt-Tèffâh.

Le caza et la ville de Djèzztn sont arrosés et alimentés d'eau potable par une petite rivière nommée nahr Djèzzin qui se jette, après un parcours de 5 à 6 kil., dans le nahr el-Aouèlèh [Bostrenus) dont les eaux alimentent Saïda. A cinq minutes au nord de Djèzzin, cette petite rivière forme une cascade tombant de 40 m. de haut, à l'endroit nommé Chalouf'Djèzzin\ puis dans tout le reste de son parcours elle fait tourner 5 moulins appartenant au chef-lieu du caza.

Parmi les produits du sol de ce caza, le mûrier, Tolivier, le figuier, la vigne, les céréales méritent une mention particulière. Le tabac de Djèzztn est le plus estimé après celui de Batroûn.

Le DjèbH èr-Rihân est couvert de bois, parmi lesquels l'essence qui domine est le chêne. Lepic le plus remarquable de ce nahié montagneux est le Toûmat-Niha^ au sommet duquel se dresse, à 1850 m. d'altitude, le co\x\^n[ di^ Déir- M achmouchi^ d'où l'on jouit d'une vue fort belle et très étendue, surtout du côté du nord; la durée de l'ascension à ce couvent est d'une heure et demie. Près de là se trouve un autre monastère, celui de Déir eUMèzra^ah^ appartenant aux religieux grecs unis de l'ordre du Saint-Sauveur.

Les mines de lignite du caza de Djèzztn, très importantes, s'étendent aussi dans le vilayet de Beyrouth. (Leur description en a été donnée p. 26.)

La ville de Djèzztn et son nahié ont été le théâtre de plusieurs faits historiques sous la domination des croisés italiens et provençaux qui leur donnaient le nom de <( Casai de Gèzin » c'est-à-dire village de Djèzztn. Plus récemment, les émirs dru-

270 MUTÉSARRIFLIK DU LIBAN

zes de la famille de Ma^aD el plus particulièrement le célèbre Fakhr ed-Dîn [Facardin) ont pris à tâche d'embellir cette petite contrée ainsi que la ville et les environs de Saïda, où ils se plaisaient également à résider.

On compte, dans le caza de Djëzzln, y compris le nahié de même nom, déjà cité, un total de 43 églises (dont 20 dans le nahié de et-Téffâh) et de 8 mosquées (dont 2 dans le nahié de et'Tèffâh, 2 dans le Djèbèl er-Rihân et 4 dans les dépendances directes de Djèzzîn).

CAZA DE ZAHLÈH

Orientation; Limites. — Le caza de Zahlèh est situé au sud-est du mutésarriflik du Djèbèl Libnân. Il est limité : au nord et à l'ouest, par le caza du Mètn; et, à Test et au sud, par le vilayet de Syrie.

Superficie. — Sa superficie est de 30 kil. carrés.

administrative. — Ce caza ne se compose en réaliié que d'un qasaba ou ville principale, résidence d'un caimakam (sous-gouverneur) et d'un émir de la famille de Chéhdb qui porte le simple titre de méhkéméh'i béddiét réls-i (président du tribunal de droit moderne). Dans les dépendances du qasaba de Zahlèh, sauf quelques maisons ou fermes isolées, il n'existe point d'autre localité habitée que les deux petits hameaux de Aïn ed-Douk et de Ain el-Mézra^ah sans aucune importance, n'ayant rien à citer que Tagrément de leurs promenades. Ces deux hameaux ne figurent pas sur la liste officielle des villages du Liban.

Population. — La population totale du caza ou qasaba

de Zahlèh, la plus grande ville du mulésarriflik du Djèbêl Lib-nâriy est de 16.674 hab., comme suit :

Musulmans sunnites 144 hab.

— chiites 60

Maronites 2.676

Grecs unis 11.436

Latins 45

Syriens orthodoxes 2.268

Protestants 45

Total. . . 16.674 hab.

Chef-lieu. — Zahlèh, chef-lieu et unique ville du caza de même nom, résidence àucaïma/cam (sous-gouverneur), qui Thabite en toute saison, et de deux évêques, grec uni et grec orthodoxe, est située sur les premiers contreforts du Liban oriental, entre des collines où elle s'étend le long des flancs de deux coteaux parallèles, à 945 m. d'alt. Cette ville a été rebâtie après les événements de 1860, au cours desquels les insurgés l'avaient incendiée, pillée et presque entièrement détruite. A cette époque, c'était déjà une ville nouvelle : des chrétiens, venus de différents poipls des plaines de Syrie, principalement de Ba'albèk,de Ras-Ba'albèk, de Homs et de Hamah, s'y étaient établis pour se placer sous la protection immédiate des émirs catholiques du Liban. Toutefois, ce ne fut d'abord, lors de sa fondation, au commencement du xix« siècle, qu'un village de peu d'importance. Sa position, à proximité de la route de Beyrouth à Damas, ses eaux abondantes, la fertilité des coteaux environnants, son climat sec et salubre, et la facilité pour ses habitants de défendre les hauteurs abruptes par lesquelles on y accède à l'est, du côté de la Syrie, tout concourut à son rapide accroissement. La majorité de la population de Zahlèh, qui se glorifle d'être la plus grande ville catholique de la Turquie d'Asie^ appartient à la communauté grecque unie (voir le tableau ci-dessus). Il existe encore, en souvenir du lieu d'origine de ses premiers habitants, deux partis qui se partagent

272 MUTÉSARRIFLIK DU IJBAN

la considéralion publique, celui des Rdsiyèh et celui des Ba'al-

Le nahr et-Bardâni ,, rivière qui prend sa source dans le Djèbèl Sannîn, fertilise les vignes et les vergers du caza, fait tourner ses 10 moulins, alimente la ville de ses eaux abondantes, douces et saines, et, avant d'aller se jeter dans le nahr el-Litani (ancien fleuve Lita)^ passe entre les deux coteaux aux flancs desquels s'étagent les maisons peintes en bleu des deux faubourgs de la ville, qu'elle sépare, en arrosant de grands et beaux jardins, promenades favorites de leurs habitants. Ces deux faubourgs, réunis par un pont en maçonnerie de 20 m., portent chacun un nom différent qu'explique une légende populaire; l'un, Zahlèh proprement dit, fait venir son nom du mot zèllè^ qui signifie « glisser », parce que, dit-on, cette partie de la ville glissa du haut de la montagne et se sépara ainsi de l'autre faubourg, nommé !QâfMa'a,nomqui vient du mot ya/A^/'^, qui signifie «séparation», en souvenir de cet accident qui ne fut la cause, paraît-il, d'aucun désastre.

Le climat de Zahlèh est renommé pour sa salubrité. On envoie de tous côtés des convalescents en divers endroits du caza pour y séjourner quelque temps et y faire des promenades journalières. Cependant, durant l'hiver, il fait très froid dans la ville; souvent la neige y atteint un mètre de haut.

Il y a, à Zahlèh, 3 monastères et 1 8 églises, dont 1 2 appartiennent aux grecs unis, 3 aux maronites, 2 aux syriens orthodoxes et 1 aux latins; celle-ci est desservie par les RR. PP. Jésuites. Il y a aussi dans cette ville un temple protestant. L'église de Sèyyidèt ên-Nèdjdl (Notre-Dame de la Délivrance), appartenant aux grecs unis, a été bâtie en 1842; c'est un assez bel édifice.

Le nouveau séraï (palais), élevé pour l'administration du gouvernement, à Zahlèh, par ordre de Wassa pacha, est d'une bonne architecture et est placé dans un site admirablement choisi. Vus decetendroit, la ville et ses environs, les promenades, lesjardins, les potagers eux-mêmes, célèbres par leurs choux-fleurs dont la renommée s'élend,àrest, jusqu'à Damas et ne s'arrête, àTouest, qu'à Saïda, Beyrouth et TripoH, offrent un très beau coup d'œil.

Zahlèh est reliée par une bonne route carrossable de 6 kil. à la route de Beyrouth-Damas. Par conséquent, elle se trouve ainsi reliée au chemin de fer qui remplace celte route en suivant le même tracé et se dirige ensuite sur le Haourân par Damas.

Ecoles. — Les musulmans, qui sont en nombre minime à Zahlèh, n'y ont pas d'écoles. Les établissements scolaires de cette ville, qui forme à elle seule un important caza, sont au nombre de 45 en tout et se composent de 9 écoles secondaires, pour la plupart externats, fréquentées par 508 garçons et 200 filles, et de 36 écoles primaires, où sont reçus 1900 garçons et 1470 filles. Soit, au total, 4078 élèves, dont 2408 garçons et 1670 filles, comme suit :

COMMUNAUTÉS

ÉTABLISSEMENTS SCOLAIRES

Mosulmani. .... .j^^fî^« primaires de garçons. . .

r Externats secondaires de garçons.

Grecs nnis )Ecole8 primaires de garçons . . .

( — — de filles

/Externat secondaire de ffarçons .

T^tina ) — — ^® filles . . .

"•*™* ^Ecoles primaires de garçons . . .

( — — de filles

^Collège (internat)

Syriene orthodoxesJEcoles primaires de garçons . . .

^ « — do filles

•n. A^-A *- .(Externats secondaires de garçons.

Protestants j ^^ ÛU^g^ ^ ^

Totaux

Total dbs élèves

MOMBRB

d'écoles

ÉLÈVES

GARÇONS

filles

Les écoles latines de Zahlèh, 1res remarquables, appartiennenl aux RR. PP. Jésuites. Elles sont divisées en deux sections, Tune pour les garçons et Taulre pour les filles. Du reste, à Texceplion des trois externats secondaires des grecs unis, du collège (internat) des grecs orthodoxes, et des trois externats

274 MUTÉSARRIFLIK DU LIBAN

secondaires de la mission prolestante, toutes les écoles de Zahlëh soni mixtes, garçons et filles, instruits séparément. C'est pourquoi elles ont été comptées deux fois.

Production agricole. — La principale et presque Tunique culture du caza de Zahlëh est celle de la vigne qui, nulle part au Liban et en Syrie, n'est plus étendue ni plus prospère et lend sans cesse à se développer encore davantage. Les habitants se livrent avec une sorte de passion à cette culture, qui convient d'ailleurs admirablement à la nature des terrains de cette contrée si riche en minerais de fer; ces terrains se font remarquer par leur couleur d'ocre rouge.

Les vignobles de Zahlëh sont situés sur tous les coteaux qui environnent la ville et plus spécialement du côté du sud, oîi sont les plus renommés.

La production moyenne en vins et spiritueux de ce caza peut être estimée, d'aprës les quantités annuellement enregistrées à l'agence de la dette publique de Mahallëqat, à 35.000 kilos environ de vin et 100.000 kilos environ de raqi ou eau-de-vie.

Les habitants de Zahlëh possèdent beaucoup de terrains dans la plaine de la Beqâ'a (vilayet de Syrie) . C'est là qu'ils cultivent en grand les céréales. Quant aux cultures légumières, fruitières et maraîchères, où ils excellent, ainsi qu'il a été déjà dit (p. 272) en ce qui concerne la spécialité des choux-fleurs, leur place est dans la ville même et son voisinage immédiat, autour des rives du nahr el-Bardàni.

Bestiaux. — On élève un certain nombre de moutons près de Zahlëh, ainsi que sur les propriétés des habitants, dans le voisinage, en Syrie; mais la plupart des troupeaux, dont ce caza fait un grand commerce, viennent du désert.

Commerce. — En effet, la plupart des habitants de Zahlèh ne se bornent pas à cultiver en grand la vigne et les céréales, à fabriquer du vin et du raqi et à élever quelques moutons. Étant presque tous experts dans la profession de moukres (muletiers, chameliers, conducteurs de caravanes), ils font plusieurs

fois par an de lointains voyages au fond du désert de Syrie et dans le Haourân, pour acheter aux tribus des d^t/^y/ (bédouins) de grands et nombreux troupeaux qu'ils conduisent sur tous les marchés principaux de l'intérieur et du littoral, et pour prendre charge, à des conditions léonines, des magnifiques blés des druzes haourdniyéh. Zahlèh est le dépôt central des céréales de toute provenance dans celte région, et c'est de là surtout qu'elles sont expédiées sur les places de Beyrouth et de Damas, en une journée de marche pour Beyrouth et quelques heures de plus pour Damas.

Outre les céréales et les bestiaux, les principaux articles du commerce de Zahlèh sont les raisins frais^ les raisins secs, le vin, l'eau-de-vie ou raqi et les laines. La majeure partie des habitants du Liban et de la plaine de la Béq'âa vient s'y approvisionner.

Industrie. — On fabrique dans ce qasaba beaucoup à'^abâyèh^ sorte de grossières étofies de laine qui trouvent un placement avantageux chez ces mêmes bédévi du désert, auxquels les gens de Zahlèh vont acheter en gros leurs moutons. Une partie des achats se trouve payée à bon compte au moyen de ces étoffes qui servent aux bédévi à faire les tentes sous lesquelles ils demeurent.

CAZA DU KOURAH

; Limites. — Lecaza du Kourahest situé au nord du mutésarriflikàw Liban. Il est limité : au nord, parlesandjak de Tripoli (vilayet de Beyrouth) ; à Test, par le vilayet de Syrie; au sud, par le caza de Batroûn, et, à l'ouest, parla mer Méditerranée.

Page 1