NAHIÉS
Damas .
Ba'aibèk.
Mo*allaqa Qatana .
Hasbèyà.
Ràchèyà.
Nabk. .
Douma .
Djébèl DjènlD.
Hamah .
Homs. .
Hamidiyèb.
Sélimiyèh
Chélkh-Sa'ad QoDéîtra. .
Basr èi-HarIr Dèn'à . .
[Souélda. .
Qotéir. — lki-Q^poBl«.
Bosra . . .
'ikirèh— Sa]«h— Ckokba^ Ubitèk— Silkkad—lètyàè\ — Onii — Sl^B.
AdjloÛQ .... Irbid .... Adjloûn . . .
IV /Karak M*'A« NTafilèh .
"* *^ )Ma*àD .
Ich.-l. : KarakfSalt. .
4 Saodjaq
Karak Tafilèh Ma'àa Sait .
22 Cazas
18 Nahiés
VILLES, VILL\GES, etc.
par
CAZAS
par SANDJAQ
1119 Tilles, TiUages, etc.
Division militaire. — Damas, chef-lieu du vilayet de Syrie, est le quartier général du 5" ordou (corps d'armée) dont la circonscription embrasse les vilayets de Syrie, d'Alèp, de Beyrouth, d'Adana et le mutésarriflik de Jérusalem. Comme tous les autres corps d'armée ottomans , — à l'exception du T' or-
dou formé de la garde impériale, — le 5*^ ordou, commandé par un muchtr (maréchal), se compose de 2 firqa (divisions) commandés par un fériq (général de division), et son effectif totnl sur un pied de paix est de 16.416 hommes.
Le muchir commandant en chef ce corps d'armée est assisté d'un élat-major, d'un conseil d'administration d'un conseil de guerre et d'une commission de fortifications, siégeant à Damas.
Autorités. — L'auforilé administrative du vilayet de Syrie est exercée par un vali (gouverneur général) de qui relèvent les trois mutésairif, gouverneurs des sandjaq de Hamah^ du Haourân et de Ma'dn\ les caïmârXrezw, sous-gouverneurs des cazas^ et les mudir, directeurs des nahiés.
Le vali est assisté par un conseil administratif composé, sous sa présidence : du naïô, juge et cadi\ du mu/ti, directeur des services du culte , du dêftèrdar, directeur général de la comptabilité du vilayet; du mèktoubdji, secrétaire général, et de six autres membres appartenant aux diverses communautés et élus par elles. Les patriarches et autres chefs religieux siègent de droit à ce conseil supérieur. — Ils sont également membres du conseil des anciens, tous élus par leurs communautés respectives pour assister le vali en ce qui concerne les affaires purement locales.
Les autorifés religieuses sont : pour les musulmans, le mufii^ les ndib^ cadi et imâm; et certains chélkh^ pour les chiites (moutéouâlî, persans, etc.).
Pour les non-musulmans^ ce sont : les patriarches grec uni et grec orthodoxe, les évoques grecs orthodoxes d'Émése (Homs) et de Amath (Hamah); l'évêque syrien jacobile de Hamah; Tévêque grec uni de Panéas ou Césarée de Philippe (Baniâs); les chefs des missions catholiques;
Pour les Israélites : les khâkhdm ou rabbins;
Pour les protestants : les ministres des diverses sectes, etc.
Seuls, les druzes ne semblent relever d'aucune autorité religieuse, bien qu'ils professent une croyance, singulier compromis, comme on le voit un peu plus loin, entre le culte du khalife
falimite d'Egypte, Hakèm bi-amri 41âh, et des pratiques qui rappellent certains rites de la franc-maçonnerie.
Services administratifs. — Au chef-lieu du vilayet fonctionnent les principaux services publics suivants, institués également, dans la mesure des besoins locaux, aux chefs-lieux des sandjaq et des cazas.
1° — Conseil de l'instruction publique,
2** — Direction du cadastre et de l'impôt,
3* — Bureau de recensement,
4*" — Municipalité,
5° — Chambre de commerce,
e"* — Direction des travaux publics,
T — Caisse d'épargne,
8' — Direction des mines et forêts^
9" — Imprimerie centrale du vilayet, lO^" — Direction de l'administration de la dette publique, ir — — — de la régie des tabacs,
12* — — — générale des postes
et télégraphes, 13» — Office sanitaire.
Corps consulaire. — Le corps consulaire siégeant à Damas se compose du consul général de Perse; des consuls d'Allemagne, d'Angleterre, d'Autriche, de France et de Russie; des vice-consuls d'Italie et des Pays-Bas ; des agents consulaires de Grèce, des États-Unis d'Amérique et de Portugal.
Tribunaux. — Au chef-lieu du vilayet et dans chaque chef-lieu de sandjaq ou de caza, il y a des tribunaux civils, criminels et correctionnels, tant de droit moderne (bêddïét) que de droit musulman {chérit). Les premiers ressortissent au ministère de la justice et les seconds au chéïkh ul-islama (ministère du culte).
Postes et télégraphes — La direction générale des
postes et télégraphes a établi dans le vilayet de Syrie 14 stations télégraphiques, dont une de service international (langues turque et française) qui est à Damas. Les autres, de service intérieur (langues turque et arabe), sont : Hasbèyà, Râchèyâ, Nabk, Hamab, Homs, Hamidiyëh, Mzèrib, Qonéïtra, Basr èl-Harir, Mésihâ, Mèzrân, Souéïda et Sait.
Population du vilayet. — La population sédentaire du vilayet de Syrie est évaluée à 955.680 hab.^ comme suit :
( ottomans, Arabes, Syrieiis, etc. . 559.484}
Mnsnlmans ] Tchèrkès 5.045 [ 585.219 hab.
( Chiites (moutéouâlt, persans, etc.) 20.690 )
I f Latins 3.700
l Catholiques Maron^^^^^^ ;;:::::: ; ; l^^,] > 100.582
Chrétien. ( Syriens unis 22.571
( Syriens orthodoxes 138.081
Non unis ) Arméniens 1.100 ^ ^^^ ^49 -
j Arméniens protestants 6.025
( Syriens jacobites 18.843
Israélites 5.880 —
Drnzes 100.450 —
Total oéniRAL. . . . 955.680 hab.
Ce chiffre de population sera réparti plus loin par communautés dans les 4 sandjaq et les 22 cazas, aux chapitres respec* tifs de ces divisions administratives.
Mœurs; usages; coutumes, etc. — r — Les musulmans SUNNITES, c'est-à-dire orthodoxes, se composent^ dans le vilayet de Syrie, d'un certain nombre de Turcs ottomans, pour la plupart militaires ou fonctionnaires civils, d'Arabes fixes et nomades, de Syriens, de Kurdes, de Turkomans, etc., et enfin d'un petit nombre de Tchèrkès (Circassiens) immigrés en Syrie, où le gouvernement leur a donné des terres à cultiver, à la suite de la dernière guerre turco-russe, comme il l'avait déjà fait après la guerre de Crimée, et avec le même succès. Les Tchérkès^ en Turquie, sont d'excellentes populations rurales et des soldats facilement disciplinés. La garde impériale en compte beaucoup parmi ses plus belles et ses meilleures troupes.
Les mœurs el usages de ces différentes races, dont la réunion forme, en Syrie, la communauté musulmane sunnite, n'ont rien de particulier qui mérite d'être signalé. Toutefois, la description succincte de Thabilalion et du costume d'un fellah ou cultivateur syrien ne sera peut-être pas sans intérêt.
Les maisons des fellahs syriens, soit musulmans, soit chrétiens, sont les mêmes, à l'exception d'un mur qui souvent, chez les premiers, sépare la cour principale, où se tiennent les femmes, d'une petite cour d'entrée réservée pour le sélâmleuq, et que les visiteurs ne dépassent pas. Chez les seconds, tout le monde est reçu partout. Ces maisons n'ont qii'un rez-de-chaussée assez bas, de forme carrée, au-dessus duquel règne une terrasse. On accède à ce rez-de-chaussée par la cour, où l'on trouve à droite le poulailler, en face de soi une étable pour le cheval, les bœufs, les chèvres et les moutons. A gauche, se trouvent deux chambres un peu élevées au-dessus du sol; les murs en sont blanchis à la chaux ; un divan ou sofa, quelques nattes, en forment tout l'ameublement. Dans la plus grande, le mattre de la maison reçoit ses amis; c'est d'ordinaire une salle ouverte, assez vaste. Les nattes elles couvertures, qui servent au coucher de toute la famille, sont relevées et roulées chaque matin et rangées sur des étagères pratiquées dans les murs, auxquels sont aussi accrochés les robes, les voiles et autres vêtements. Tel est Taspect général de l'une de ces demeures du fellah syrien.
Dans certaines de ces maisons, au milieu même de la chambre à coucher sont construits des greniers d'environ 3 m. de haut sur 1 m. de côté, dans lesquels on dépose les céréales pour les vendre au détail. C'est par le haut qu'on les remplit de blé, de fèves, etc. ; et des ouvertures rondes sont pratiquées près du sol pour retirer les quantités de grains nécessaires au fur el à mesure de la vente.
Chaque habitant, dans la plupart des villages, possède des bestiaux qu'on voit tous les jours sortir de très bon matin sous la conduite d'un seul berger, chargé de les mener tous ensemble aux pâturages. A la fin du jour, ils reviennent seuls, par petits troupeaux séparés, à leurs domiciles respectifs.
Des irrigations ont lieu régulièrement en Syrie, au moyen de canaux qui traversent les villages en passant au travers des jardins et des champs, entre lesquels Teau est distribuée proportionnellement . Chacun arrose ses jardins à jour et à heure fixe, et celui qui se trouve n'avoir pas besoin d'eau est libre de vendre sa part au voisin, à l'heure et pour une faible somme. Mais il arrive parfois que quelqu'un fait subir une légère déviation à l'eau destinée à un autre et s'en approprie ainsi une bonne partie; le cultivaieur lésé ne tarde pas à s'en apercevoir à la faible quantité qu'il reçoit. De là naissent des cris, des disputes, souvent même des rixes sanglantes.
Le fellah des environs de Damas porte un coslume pittoresque, qui semblerait luxueux si l'on ne connaissait l'excessif bon marché des étoffes en Syrie, du moins sur place. Ce costume, dont le prix total ne dépasse pas 320 piastres, soit env. 73 fr., comprend : un éntârij sorte de blouse très courte en soie pourpre ; un ^ahd de feutre rouge et blanc, à dessins jaunes et bleus; une chemise de soie et coton mélangés et un caleçon de même étoffe ; un chalvâr^ ou large culotte en toile de coton fine et blanche? des yèmèni de maroquin jaune, pour proléger ses chaussettes de soie écrue, et enfin pour sa coiffure un fez rouge h pus/cul de soie, floche bleue, entouré d'un sâreuq de mousseline blanche. Il ne faut pas oublier la ceinture de taffetas cramoisi roulée eu plusieurs tours sur ses reins et sur son ventre, par précaution contre les fraîcheurs subites, dont les suites sont à craindre sous les climats chauds.
Quant à la femme fellah des environs de Damas, son costume n'a jamais été vu d'aucun autre homme que de son mari, si ce n'est à TExpositionde Vienne, en 1 873, sur un mannequin ad hoc. 11 n'a de remarquable que la surabondance, le goût délicat et les qualités artistiques des bijoux, qui seront décrits plus loin, au chapitre des industries de Damas.
Si le confortable et le luxe sont bannis de la demeure du fel^ lah^ il n'en est pas de même des habitations des familles riches. La division en deux corps de logis distincts y accentue davantage la séparation du sélâmleuç, oh sont les appartements des
hommes, et de ïodaliç ou harem^ consacré exclusivement aux femmes et où le maître de la maison lui-même ne se permet pas de pénétrer lorsqu'il s'y trouve des dames étrangères à sa famille. Le séldmleuq^ seule partie de la maison musulmane où soient reçus les visiteurs, est meublé seulement de sofas bas, posés à demeure tout le long des murs. Les rideaux elles portières, les teintures de soie, les tapisseries, les peintures décoratives, curieux paysages et arabesques ingénieusement compliquées, dont sont ornés les plafonds, et de vastes niches sculptées en stalactites, tout cela est opulent sans doute, mais sobre etmème assez sévère. On sent que là n'est pas le véritable luxe de cette grande et belle habitation, et Ton devine que ce luxe oriental qui fait tant rêvera été réservé à cette autre moitié mystérieuse, dont l'entrée reste hermétiquement fermée : le harem.
En effet, c'est là que les dames de Damas laissent sans crainte à découvert leurs charmants visages, tantôt abritées dans leurs jardins sous l'ombrage de berceaux de jasmins odorants, de sombres allées d'orangers arrondis en fraîches voûtes; tantôt couchées sur de larges et moelleux sofas, dans leurs salons pavés de mosaïques, où murmurent des jets d'eau vive au milieu de bassins de marbre et de porphyre, loin des regards qui les astreignent à des voiles gênants.
Là, parmi les flots de satin, de velours, de gazes lamées, striées, fleurettées d'or et d'argent, les splendides orfèvreries, les clairs miroirs étincelants, entourées des meubles et des bijoux les plus précieux, rien ne trouble leur quiétude.
Simple autant que somptueux, le costume de la dame de Damas consiste en un fistdn^ sorte de blouse longue, et en un chalvâr, large caleçon, tous deux de salin aux vives couleurs. Le fistârij fermé au cou par une broche en filigrane d'or, et à la ceinture par une cordelière de soie à glands d'or et houppes de cordonnet, descend un peu au-dessous du jarret; ses manches quand le bras se lève, laissent apercevoir de riches bracelets. Le càalvâr tombe eu plis souples et lourds sur les pieds nus. En guise de chaussures, quand la dame de Damas désire faire quelques pas dans ses appartements et dans ses jardins, elle passe
sur ses pieds nus les brides de cuir brodées d'or de ses hauts nâleuriy sabots en bois précieux, santal odorant ou sombre ébène incrusté de nacre, d'ivoire et d'argent.
Pour coiffure, elle pose sur ses cheveux une mousseline claire, rattachée autour du front par un anilik^ couronne élastique, ruban d'or composé de chaînons carrés enfilés sur une cordelette de soie^ qui se ferme par devant au moyen d'un cliquet soudé sous une riche ferronnière, pièce principale d'une parure complète.
Tout ce luxe oriental, artistique et de bon aloi, qui fait encore aujourd'hui de Damas, Homs, Hamah et autres grandes villes de Syrie, de rares joyaux, commence malheureusement depuis bien des années à s'entremêler de commodes d'acajou, de pendules et de vases de fleurs artificielles recouverts de globes de verre, comme chez les bourgeois du Marais, ainsi que le faisaient déjà douloureusement remarquer Théophile Gautier, Gérard de Nerval et autres amis sincères du beau, il y a trente et quarante ans. Peu à peu, le bon goût s'efface, le bon marché cède au bas prix, l'architecture banale installe ses hautes maisons uniformes partout, et les magasins de confection (ont florès d'un bout du monde à l'autre. On ne saurait donc trop se hâter de constater ce qui reste encore des beautés prêtes à s'évanouir.
Il n'y a rien à ajouter ici à ce qui a déjà été dit au sujet des mœurs, usages, coutumes, etc., des Arabes musulmans, soit plus ou moins sédentaires, soit franchement nomades ou bédéni (bédouins), aux chapitres des vilayets de Bagdad, de Bassorah, d'Alep, etc.
2» — Les AnABBS chrétiens, syriens unis ou jacobites, etc., n'ont rien aujourd'hui qui les distingue des musulmans. A Damas, toutefois, avant 1860, ils ne pouvaient porter autour du terboucà (fez rouge, coiffure générale des habitants de la Syrie), qu'un sdreuq de couleur noire ou brune; le vert et le blanc étant alors exclusivement réservés aux musulmans.
Dans le Haourân plus particulièrement, et de là peu à peu dans les autres sandjaq, l'usage du kèfiyè tend à prévaloir. Le kèflyè est un grand foulard de soie à gros grains, frangé de
longues cordeletles terminées par des houppes, des nœuds et des glands d'or. Pour le maintenir, on serre autour du front, en forme de couronne, un aqâl, corde en poils de chameaux roux, avec des nœuds en crins noirs enrichis de fils d'or.
y — Les Druzes forment environ un neuvième de Ja population du vilayet de Syrie et sont maintenant les principaux habitants du sandjaq du Haourân, où l'on n'en compte pas moins de 55.000. On sait qu'ils ont eu longtemps la prépondérance sur toutes les autres communautés dans les régions du Liban et du littoral de la Phénicie et de la Palestine. C'est à leurs émirs et surtout au célèbre Fakhr ed-Dîn que sont dus les principaux établissements des villes et les améliorations des campagnes de ces régions. 11 est vrai que ce même Fakhr ed-Dîn est aussi l'auteur delà ruine de tous les ports de la contrée, qu'il a comblés par crainte des Turcs. Ces mesures de précaution n'ont pas empêché les Druzes d'être refoulés dans les montagnes par Ahmed-Pacha-Djèzzâr, vers la fin du siècle dernier.
En 1861, le nombre des Druzes s'est considérablement augmenté dans le Haourân, i^diV suite d'une immigration de ceux du Liban. C'est alors que le Djèbèl Haourân a pris chez les habitants du sandjaq le nom de Djébèl Druzi.
On reconnaît les Druzes des montagnes à la bande de feutre blanc roulée en tâdj (couronne orientale) autour de leur fez ou tarbouch de forme haute et droite. Ils sont chaussés de tchâreuq à épaisses semelles de feutre blanc, commodes pour la marche en pays montagneux. Leur vêtement consiste en un entari de soie noire entièrement fermé par une ceinture de feutre blanc et ne laissant point apercevoir le linge. Par-dessus, ils portent un 'abâ à courtes manches en feutre, à larges raies noires et blanches. Bien que très paisiblement occupés d'agriculture, depuis qu'ils ne sont plus mêlés aux chrétiens et aux musulmans, ils n'ont pas cessé de porter le pâla, riche cimeterre pendu à leur cou, le petit couteau passé à leur ceinture et le terrible bâltha^ hache à lame d'acier en forme de croissant, au lourd manche de frêne, retenu au poignet par une corde de soie garnie de glands et de houppes.
Le costume de la femme druze est entièrement noir à l'exception des tchdreuq de maroquin rouge qui la chaussent et de ses bijoux d'arp^ent dont le plus remarquable est le tantour. C'est une corne d'orfèvrerie posée sur le haut du front et qui sert à fixer à sa pointe un voile épais et noir que la femme druze ne quitte jamais. Dans la maison, ce voile pend par derrière; au dehors, il est ramené par devant et tenu strictement fermé avec les mains.
Comme on le sait, les Dru/es sont les sectateurs du khalife fatimite d'Egypte et de Syrie, Hakèm bi-amri ^lld/i, dernière incarnation de leur dieu, dont le nom, au ciel, est Aibar. Ils croient à la renaissance dans l'humanité, à la transmigration des âmes dans de nouveaux corps, aux incarnations successives d'un dieu unique. Les âmes s'élèvent par l'étude des mystères; lorsque leur dieu reparaîtra dans une nouvelle et suprême incarnation, les Druzes seront établis dans toutes les royautés, propriétés et aul res biens de la terre en proportion des mérites qu'ils auront acquis par cette étude, et les autres peuples leur seront soumis. Cette religion a été prêchée dans le monde entier, disent-ils, du temps de Hakèm ; son prophète Hamza a envoyé des missionnaires dans tous les lies les plus éloignées. Us parlent de leurs coreligionnaires d'Europe, du Djèbèl ès-Scozia (Ecosse), et l'on dit même que les missionnaires anglais ont plus d'une fois profité de cette circonstance pour leur persuader que le rite maçonnique écossais était particulier à l'Angleterre et acquérir ainsi de l'influence sur eux. C'est dans un ordre d'idées analogue qu'auront probablement été fondées, en France, les loges des Druzes réunis, des commandeurs du Liban^ etc. Ils se prétendent d'ailleurs descendants deschevahers des croisades et portent, comme les Templiers, une pierre noire taillée en forme d'animal, comme signe de reconnaissance; et de même qu'on avait accusé les Templiers d'adorer cette pierre qu'ils nommaient hohomèt^ on a aussi accusé les Druzes d'adorer leur horse. Les Druzes ont en vénération l'acacia, l'arbre d'Hiram; ils se plaisent à en ombrager leurs maisons et les écoles où leurs mystères sont enseignés, et les jeunes filles initiées à ces mystères plan-
tent, le jour de leurs fiançailles, avec leur jeune compagnon {réfiq)^ un petit acacia qui grandira avec leur affection mutuelle et leur science mystique.
La caractéristique générale du costume syrien, soit chez les musulmans, soit chez les chrétiens de tous les rites, comme chez les Druzes, riches ou pauvres, consiste dans une grande abondance de bijoux, toujours éminemment artistiques, quelle que soit leur valeur intrinsèque, le plus souvent assez minime, car la matière en est ordinairement l'argent travaillé en filigrane ou niellé. Les armes sont presque toujours magnifiquement ornées. Les costumes de travail sont de longues chemises de coton d'un épais et fort tissu, de couleur blanche ou bleue. A la ville, toutes les femmes musulmanes sont rigoureusement voilées; leur voile est formé de deux parties : Tune est large et retombe en arrière, c'est le habarah égyptien; l'autre, plus étroite, est maintenue à la hauteur des yeux et fixée sur le visage par deux cordons noués derrière la tête. C'est une sorte de masque en broderie à jour très fine, ou bien en tissu de crin noir. La chemise bleue, plus spéciale à la femme fellah et aux femmes bèdèvi (bédouines), se nomme mlayèh.
On rencontre encore dans les bazars de Damas des femmes musulmanes chaussées de larges bottes de maroquin jaune, fort incommodes et disgracieuses, dont l'usage leur était jadis exclusivement réservé et les distinguait de toutes les femmes des autres communautés. Cet usage tend à disparaître entièrement, et l'on peut considérer dès à présent les bottines parisiennes comme la chaussure normale de toutes les Syriennes.
Le fellah syrien est très sobre. Un moukre (muletier, chamelier, conducteur de caravanes) se contente pendant plusieurs jours d'un peu de pain, de lait et de riz. Le fond de l'alimentation locale se compose de ces trois substances, que l'on varie en y ajoutant, à l'occasion, des œufs, des fèves, des pastèques, des figues, etc. Le pain, généralement de qualité médiocre, est en forme de galettes rondes et minces, mal cuites, nommées en arabe tènnouri; elles sont molles et humides, avec un petit goût aigrelet.
Chez les familles aisées, la cuisine, plus compliquée, associe fréquemment des substances que l'art culinaire en Europe se garderait bien de rapprocher. C'esl ainsi que le lait caillé est souvent mêlé à la soupe que les musulmans préparent de façons très variées, et à des salades de concombres et de gousses d'ail. Les poivres rouges et noirs sont employés à hautes doses dans la plupart des mets. Le mouton et le poulet sont la base des rôtis, dont la cuisson est trop souvent négligée. Le pildf^ plat favori des Arabes, se compose de riz cuit d'une façon particulière et garni de petits morceaux de poulet ou de mouton. Le koubbéj autre plat aimé des Syriens qui s'en régalent le dimanche, se fait de blé concassé mêlé de viande pilée et de pignon de pin. La dinde et le canard sont réputés immondes et le gibier ne saurait compter comme un sérieux appoint, parce qu'il est mal saigné, quoique le chasseur musulman lui coupe la tête, aussitôt tué.
Outre toutes les espèces de salades connues en Europe, les tables syriennes préconisent le concombre cru, très recherché pour cet usage dans tout l'Orient; les desserts, de la plus grande beauté, sont composés de fruits succulents du pays : régimes de bananes et de dattes, frais cueillis; oranges, pêches, abricots, figues, raisins, grenades, prunes ; melons et pastèques, etc., précieux secours pour l'alimentation des plus pauvres habitants comme des plus riches.
La seule boisson généralement adoptée est l'eau, de qualité excellente; mais les chrétiens et les Israélites fabriquent à leur propre usage les meilleurs vins de FOrient. Le raqi^ sorte d'eaude-vie de dattes aromatisée de gomme de lentisque [mastiq) et d'autres liqueurs alcooliques, auxquelles on se plaît, en cas d'indisposition plus ou moins grave, à attribuer des vertus merveilleuses curatives, sont quelquefois employées copieusement sans distinction de communautés. Dans les localités quelquefois favorisées d'un peu de neige l'hiver, les fellahs en ramassent bien proprement dans un plat creux une certaine quantité et s'en composent une boisson délicieuse en y mêlant du raisiné.
L'usage de prendre le repas àTancienne mode orientale n'est pas abandonné en Syrie. Les hommes et les femmes mangent
séparément, ces dernières toujours dans le harem. Chaque service est apporté sur un grand plateau de laiton bien poli, sem* blable à un grand bouclier rond, autour duquel les convives sont assis sur des coussins ou de petits tabourets très bas. Il n'y a point de couteaux, de cuillers ni de fourcheltes durant le repas proprement dit; les viandes, soit bouillies, soit rôties, sont arlistement désarticulées en un clin d'œil par les convives rendus fort habiles par une longue habitude. A la fin du repas, des sorbets ou chèrbèt sont apportés, et des cuillers de nacre, d'écaille de tortue, d'ivoire, d'ébène, de santal et autres matières précieuses, sont alors distribuées à chacun pour puiser la liqueur sucrée et les fruits variés qu'elle contient. On peut encore assister à de semblables repas, et même être invité à y prendre part autour d'un de ces plateaux de cuivre jaune qui peuvent donner place à plus de vingt personnes, chez de grands personnages musulmans à Gonstanlinople, dans le mois de ramazan; mais ce n'est plus guère qu'en Syrie, dans quelque rue retirée de Damas, ou dans le Haourân, qu'on voit en tout temps et publiquement les Arabes prendre à la main dans le plat commun le riz et la viande et en former des boulettes avant de les manger. C'est à Damas que se fabriquent encore en grand les plateaux de laiton, nommés sofra (table), d'où certains tapis très luxueux ont pris le nom de sofrali à cause de leur rosace centrale qui indique la place où ces plateaux doivent être servis.
En Syrie, les bains publics ou hammam sont encore, comme jadis en tout pays musulman, des centres de réunion et de conversation. Certains jours et certaines heures de la journée y sont réservés aux hommes. Ces établissements sont analogues, pour les dispositions architecturales et autres, à ceux de Constantinople et à ceux déjà décrits au chapitre du vilayet de Brousse *. Seulement^ comme tous les autres édifices de Damas, ancienne capitale des khalifes jE'méi;! (Oméyyades) dont le faste n'a plus été égalé, ces hammam sont pour la plupart des édifices remarquables.
On a conservé comme l'acte le plus élémentaire de la civilité,
(1) Voir ; Eaux minérales, Turquie d'Asie, tome IV, page 29.
à Damas et généralement en Syrie, sauf de bien rares exceptions, Tusage, aboli à Constanlinople, d'offrir la pipe [tchibouq)^ le narghilèh elle café.
Ecoles. — Ou compte dans le vilayet de Syrie 4. 363 établissements scolaires, dont*861 d'enseignement supérieur, 44 secondaires et 3.458 primaires ou élémentaires, fréquentés par 74.770 élèves, dont 64.937 garçons et 9.833 filles, comme suit :
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