‹ Syrie, Liban et Palestine, géographie administrative, statistique, descriptive et raisonnéeChapitre 97 sur 190 · SANDJAQ DE MA* AN · texte numérisé non relu

SANDJAQ DE MA* AN

Caza de Sait. — Ce caza, qui louche au caza d'Adjloùn, est, comme lui, formé de belles forêts du Djèhèl Adjloûn sur une étendue à peu près égale.

Autres cazas, — Dans les trois autres cazas on rencontre beaucoup d'acacias, soit en bosquets, soit en groupes ou bien isolés. On récolte avec grand soin la gomme exsudée par ces

32(i VILAYET DE SYRIE

arbres ; c'eslla véritable gomme arabique. Quoique le commerce français lire aujourd'hui en grand ses approvisionnements du Sénégal, où Vacacia senegalensis forme de vastes forêts, la gomme de Vacacia vera^ fournie exclusivement par les vilayets du Hèdjâz, de Syrie et de Bagdad, reste toujours préférée à jusie titre.

Salines. — La seule saline exploitée régulièrement dans le vilayet de Syrie est celle de Djèroud, située dans le caza de Nabk, dépendant du mèrkèz-sandjaq de Damas, à 66 kil. nord-est de cette ville, sur la route des caravanes, et à 70 kil. sud-ouest de Qariyètéïn, village très commerçant du sandjaq de Hamah, où cette même route aboutit en s'embranchant sur celle de Homs à Tadmor (Palmyre), et de là à Déîr, sur TEuphrate. Cette saline consiste en un marais salant d'environ 12 kil. sur 2*^,500, en contre-bas de tous les points environnants, et formant ainsi un récipient naturel où toutes les eaux pluviales viennent se réunir. Le sol argileux et salifère conserve et salure ces eaux jusqu'au moment des fortes chaleurs, époque à laquelle elles s'évaporent en laissant une couche de sel d'une épaisseur de 7 à 10 centimètres vers le centre du marais. La formation de ce sel ne se fait pas par cristaux, comme celle du sel marin et celui des sources salées; elle se produit par couches superposées d'un sel fin et blanc, mais d'un goût amer. En juin, leur épaisseur est devenue assez forte pour supporter les hommes et les chameaux ; c'est alors que l'on procède à l'extraction du sel, qui est enlevé par couches successives. Après l'avoir laissé sécher deux à trois jours, on l'emmagasine dans les deux dépôts de la saline qui peuvent en contenir chacun 200.000 kilos.

Le sel de Djèroud entre pour une très faible part dans l'alimentation des populations à cause de son amertume. Il est employé surtout à certains usages en boulangerie et pour saler les peaux. Les divers centres de la consommation de ce sel sont la ville de Damas et ses environs, le Djêbèl Qalmoùn et les villages au delà, jusqu'à Homs et Hamah.

C'est à radministralion de la dette publique qu'est confiée, comme on le sait, l'exploitation des salines de la Turquie. D'après cette administration, les recettes et dépenses et moyennes annuelles de la saline de Djèroud sont, comme suit :

Recettes brutes 137.500 piastres

Frais d'exploitation, etc. . 53.700

Recette NETTE . . . 83.800 piastres

D'autres salines, fort intéressantes, celles de Yèzrèb^ se trouvent comprises dans les dépendances actuelles du vilayetde Syrie. Ces salines importantes sont situées dans le bddiyètèch-Chdm (désert de Syrie), à 250 kil. est-sud-est de Bosra èski-Châm^ nahié du caza de Dèra'â (sandjaq du Haourân), et à 250 kil. est-nord-est de Ma^ân, chef-lieu du caza de Ma'ân (sandjaq de Ma'ân récemment remanié et annexé au vilayet de Syrie). Elles se composent de deux oasis occupées chacune par un village, au pied de collines volcaniques, derniers contreforts de la chaîne du Djébél Haourân. On compte, dans l'un de ces villages nommé Kiaf^ 50 maisons et, dans l'autre nommé Etre, 30. La population du premier est d'environ 250 hab., et celle du second d'environ 150, soit en tout 400 habitants, sur lesquels 100 à 120 hommes aptes au service militaire.

Quoique Teau potable s'y trouve partout et qu'il suffise de creuser à 3 ou 4 mètres de profondeur sur le penchant des collines pour se la procurer en abondance, la contrée n'est presque pas cultivée, car les terrains, à l'exception de ceux où se trouvent les salines, sont tous sablonneux. D'ailleurs, les récoltes seraient sans doute pillées parles tribus nomades. La végétation des oasis se borne donc à de beaux et nombreux groupes de palmiers et d*ifs qui forment, avec quelques tomates et des oignons blancs, à peu près l'unique culture locale.

Les habitants des villages de Kiaf et d'Étré ont jusqu'à présent exploité à leur profit les salines de Yèzrèb, divisées en deux exploitations tout à fait primitives. Ceux de Kiaf possèdent trois

328 VILAYET DE SYHIE

salines, nommées Elm-Djivdz ou Sbèha^ Mazotik ou Gouèrî Chenàm^ et H-^Aqiq. Celte dernière est un étang de 8 à 900 m. de superficie, situé à 13 kil. environ vers le sud; il est alimenté par une source salée. L'évaporation des eaux et la cristallisation du sel ont lieu dès le mois de mai. A cause de Téloignement de cette saline, les habitants de Kiaf se contentent de transporter au village une partie de ce sel et détruisent le reste. Pour la même raison, ils ont abandonné Tan dernier la saline d'Èlm-Djivâz.

Quant à celle de Mazouk située à proximité de leur village dans une plaine argileuse, voici comment ils l'exploitent :

Ils creusent des puits de 1°,50 environ de diamètre sur 1™,30 de profondeur qui se remplissent jusqu'aux bords en deux jours. Auprès de ces puits, ils établissent dans la terre argileuse des bassins d'environ 4 m. carrés sur 15 centimètres de profondeur, dans lesquels ils versent Teau des puits salants, qui, Tété, s'évapore en cinq à six jours et, l'hiver en quinze à vingt jours, laissant une couche de sel de 2 centimètres d'épaisseur.

A Être, les habitants n'ont qu'une seule saline, fi 109 m. du village, d'où ils peuvent la surveiller constamment. La formation du sel s'y opère suivant le même mode d'exploitation qu'à celle de Mazouk, mais la production est quadruple : l'eau des puits salants, dont la saturation est beaucoup plus forte, laisse dans les bassins, après son évaporation, une couche de sel épaisse d'environ 8 centimètres.

Dans les deux exploitations, au fur et à mesure de l'extraction du sel, après l'avoir laissé sécher sur place durant quelques heures, on le transporte au village à dos d'ànes ou de chameaux (les deux oasis possèdent ensemble 70 chameaux), et on l'emmagasine entre quatre murs de terre hauts de 2 m., sans toiture et sans porte. Le sel est jeté par-dessus les murs ; au moment de la vente on l'en retire par une petite ouverlure de 60 centimètres carrés ménagée à hauteur de bras. En hiver, on abrite ces dépôts contre la pluie au moyen d'un toit en troncs d'ifs recouverts déterre tassée, formant terrasse, comme il est presque

partout d'usage en Syrie ; mais ces dépôts demeurent sans porte, ce luxe n'existant pas môme pour les maisons qui sont en terre battue et sans étage.

Cependant, à une autre époque, Tarchiteclure a été plus en honneur dans ces localités, car on y remarque des restes de constructions en pierres basaltiques bien taillées, et sur les-hauteurs de Kiaf on voit les ruines d'un château-fort.

On estime la production du sel des salines de Yèzrèb à 10 ou 12.000 charges de chameaux par an, soit 2.500.000 à 3.000.000 de kilos. Cette production, actuellement limitée par le manque de bras, pourrait être beaucoup plus considérable. Le sel de Yèzrèb est très recherché dansleHaourân ainsi qu'à Damas, dans toute la Syrie et les contrées environnantes, où on le paie 8 à 10 piastres (1^%80 à 2^^30) de plus par ^an/ar(env. 100 kg.) que le sel de Benghazi et celui de Phocée. Le revenu annuel de la vente du sel de Yèzrèb est évalué à 200.000 piastres, soit env, 46.000 fr. On croit que, au bout de quelques années d'exploitation régulière, le chiffre de ce revenu pourrait être élevé à 800.000 piastres, soit env. 184.000 fr.

L'annexion récente du sandjaq de Ma*ân à la Syrie, en nécessitant le séjour de garnisons de l'armée active àKarak, nouveau chef-lieu de ce sandjaq, ainsi qu'à Ma'ân et à Tafilèh, chefs-lieux de cazas, rendra facile la protection permanente de ces salines et leur exploitation rationnelle au profit de l'État. Aussi est-il question de confier leur gestion aux soins de l'administration de la dette publique, déjà chargée de celle des autres salines de la Turquie, au mieux des intérêts généraux.

Tabacs. — La culture du tabac est très répandue dans le vilayet de Syrie. Ses principaux centres sont les sandjaq de Damas, de Ilamah et surtout du Haourân où elle se fait sur une grande échelle dans les cazas de Qonéïtra, du Djèbèl Haourân (montagne des Druzes), et d'Adjloûn.

On cultive deux variétés de tabacs dans la plaine de Damas : le Hasan-kiêf et le tabac du Liban. La qualité du premier est médiocre. Ce tabac a la feuille longue et étroite, de couleur

blonde très claire et sans arôme. La régie l'achète aux cultivateurs à raison de 2 piastres Toqqe, soit env. 35 centimes le kilo, et le mélange dans de faibles proportions avec le tabac du Liban pour en faire sa cinquième qualité qu'elle débite à 5 piastres l'oqqe, soit env. 90 centimes le kilo. L'excédent de cette opération, c'est-à-dire la plus grande partie du Basan-kièf acheté aux cultivateurs par la régie, est revendu par elle à des Juifs polonais établis dans le pays; ceux-ci en font du tabac à priser. Il existe des pépinières de tabac Hasan-kièf à Rafr- Sousa, village de la banlieue de Damas.

La qualité du tabac du Liban n'est pas la même dans tous les terrains, mais il conserve partout la propriété de pétiller quand on l'allume, à cause du nitrate de potasse qu'il emprunte au sol, comme la bourrache et plusieurs autres plantes dites nitreuses. Les cultivateurs de la plaine de Damas achètent leurs plants directement aux pépiniéristes du mont Liban qui s'occupent exclusivement de la culture de cette variété de tabac, tandis que dans les pépinières du vilayet de Syrie on ne cultive que le Hasan-kièf. Le tabac du Liban, d'ailleurs, perd beaucoup de sa valeur lorsqu'il est cultivé en plaine, ce que l'on attribue aux arrosages indispensables durant les chaleurs de l'été. En effet, à Hasbèyây à Râchèyâ^ où l'on peut, comme au mont Liban, cultiver ce même tabac dans des terrains feldspathiques et sans arroser, il acquiert des qualités qui le classent au premier rang des tabacs cultivés en Syrie.

La régie coïntéressée des tabacs avait enregistré, en 1892, un total de 16.069 kg. de feuilles, dont 12.494 kg. achetés par elle à raison de 2^,15 le kilo, pour la somme totale de 268 livres turques (env. 6.175 fr). Ces chiffres de récolte et d'achats portaient sur la culture de la variété Ha^an-kièf dans la plaine de Damas.

En 1893, la même administration semble avoir abandonné pour sa fabrication la variété Hasan-kièf et avoir adopté celle dite « du Liban » , seule cultivée dans les montagnes du Haourân où elle a été introduite par les Druzes. En effet, son enregistrement ne mentionne pour ladite année que l'achat fait par elle,

dans le sandjaq du Haourân, de 32.800 kg. à raison de 3%71 le kilo, pour la somme totale de 121 .688 piastres.

Mais les achats de la régie ne peuvent donner aucune idée du chiffre réel de la récolte de feuilles de tabacs divers dans le vilayet de Syrie, et notamment dans les montagnes du Haourân, où son contrôle est tout à fait impuissant sur les Druzes. Il se fait dans tout ce vilayet, et surtout à Damas, un commerce de contrebande très actif, dont les prix de vente sont bien supérieurs aux prix d'achat si peu rémunérateurs imposés par la régie. On ne peut en réalité estimer à moins de 300.000 oqqe de feuilles la récolte annuelle moyenne de tabac du vilayet de Syrie, ce qui représente, à raison d'un prix minimum de 5 piastres Toqqe, en y ajoutant les achats de la régie comme un faible appoint, une valeur totale d'environ 374.000 fr.

Eaux minérales. — Les eaux minérales du vilayet de Syrie se trouvent, du moins celles que Ton connaît, dans le sandjaq du Haourân.

On cite dans le mèrkèz-caza de ce sandjaq, au chef-lieu même^ à Ghéïkh-Sa'ad, une source tiède où la tradition assure que se baignait le saint homme Job.

Près de là, àMzèrib^ dans Tétang poissonneux au milieu duquel est située Tîle où s'élève ce village, rendez- vous des pèlerins qui vont à La Mekke, jaillissent des sources minérales renommées.

Oumm Qéïs ou Mqès^ l'ancienne Gadara^ est située à 5 kil. environ de la rivière Chériyat èl-Mandoûr, le Yarmouk des Hébreux et le Hieromax des Grecs, sur les bords duquel se trouve Hamméh où sont les sources thermales sulfureuses à^Amatha, dont la renommée n'est pas moins grande chez les Arabes qu'elle ne l'était chez les Romains. On y voit encore des restes considérables de thermes bâtis sous la domination romaine; ce sont de grandes salles voûtées, construites en beaux blocs de basalte. Les sources principales qui donnent leurs eaux à ces bains sont celles d'A'm Oumm-Sélim; Aïn èl-Djèrâb et Aïn èr-Riyâh. Leur température moyenne est d'environ 55** centigrades. On les dit très salutaires.

Dans le caza d'Adjloûn, à Djèr'ach, l'antique Gerasa, on voit aussi des restes d'anciens thermes, mais les sources qui les alimentaient ont disparu.

Parmi les sources thermales non utilisées qui se jettent dans le lac de Tibériade, sur la rive opposée aux cazas de Chéïkh- Sa*ad et de Qonéïlra, AI. Anderson cite celle de Hammam-Emrnaiis^ h (jT cenligrades ; M. Lortet, Ain èt-Thabigah^ à 32 centigrades, et M. Barrois cite celle d'Arn èt-Tinèh^ à 25° centigrades. Ils ne disent rien de leur minéralisation.

Agriculture. — Au point de vue agricole, le vilayet de Syrie se divise naturellement en trois régions principales.

La première comprend les plaines de Hamah, de Homs, de Damas et du Haourân. Les plaines de Hamah et de Homs sont circonscrites à Touest parles versants orientaux du mont Liban

et arrosées parT'A^î (Oronle). L'Anti-Liban borne la plaine de Damas et celle du Haourân où coulent trois importants cours d'eaux : le Bârada, le Zeitdni et le Jourdain^ avec leurs innombrables petits affluents. Cette première région, d'une altitude moyenne d'environ 700 m. par rapport au niveau de la Méditerranée, se caractérise par la fécondité naturelle de son sol. Son altitude corrige Tardeur de la température et la rend éminemment favorable à la culture des céréales^ des plantes légumineuses, des fourrages artificiels, de la betterave, de la pomme de terre, etc., etc. La culture de l'oranger, du citronnier, du cédratier et autres hespéridées, y donne de très beaux résultats, mais dans des enceintes abritées. C'est ainsi que dans les cours des maisons de Damas, qui renferment presque toutes deux ou trois de ces arbres, beaucoup atteignent à d'énormes dimensions et donnent jusqu'à 4 et 6.000 oqqe de fruits par an chacun. Une particularité spéciale à cette région est la différence de température entre le jour et la nuit, qui va jusqu'à 10** centigrades et souvent plus.

La seconde région s'étend aux riches plaines de Ba^albèk et de Béqâ'a ul-'Aziz(la Bèqqa), situées entre les versants d'est du mont Liban et ceux d'ouest de l'Anli-Liban, et aux cazas de

Hasbèyâ et de Ràchèyâ, sur le Djèbèl Ché'ikh. Les plaines de Ba'albèkel de la Béqd'a diffèrent peu de celle de Damas sous le rapport de la constitution du sol et de sa fertilité, mais leur altitude plus considérable (800 m. en moyenne) en rend le climat plus froid; les hivers sont relativement assez rigoureux; les neiges qui tombent en abondance se maintiennent durant trois mois de suite sur la terre; aussi la culture des céréales s'y fait-elle sans Taide des irrigations. C'est la véritable région de la vigne vinifère, des céréales, de la betterave saccharifère et des plantes industrielles du Nord.

Les deux cazas de Hasbèyâ et deRâchèyâ diffèrent de ces deux zones par des terres moins productives et des hivers plus durs.

Enfin la troisième région se compose de la vallée du Jourdain qui ne s'élève au-dessus du niveau de la mer Méditerranée qu'à partir du bahr èl-Houlèh (ancien lacMérom)en amont, jusqu'aux sources de ce tleuve, et se trouve beaucoup au-dessous dans presque tout le reste du parcours. Cette profondeur de la vallée du Jourdain [él-Gkor) est la principale cause de la température presque invariable qui y règne. L'hiver y est inconnu et la chaleur dépasse parfois + 55° centigrades. C'est la région de la canne à sucre, de l'indigotier, des épices. Le Jourdain, dont les méandres se multiplient à l'infini, donne h toute la vallée d'^/- Ghor une extrême fécondité et en fait une des contrées les plus productives.

La plaine de Damas, qui fait partie de la première de ces trois régions, est partagée entre trois cazas : Damas ^ Doumdel Ouadi ul'Adjèm.

Le mèrkèz-caza de Damas ne comprend que la seule ville de Damas {Châm-i Chéri f) avec les jardins d'alentour {èl-Ghoûtha^ 29 villages) et une partie de la plaine {él-Mèrdj, 25 villages). Ou y cultive l'abricotier et toutes sortes d'arbres fruitiers qui donnent lieu à un grand commerce de pâtes de fruits, de confitures, de fruits confits et de fruits frais et secs; l'olivier, le chanvre et les légumes.

Dans le caza de Douma, on compte 416.038 deunum déterres arables cultivées et 417.160 dans le caza de Ouadi ul-Âdjèm,

soil ensemble env. 76.600 hectares. La terre arable est formée d'alluvioDs; sa consistance est faible; elle est siliceuse avec prédominance du calcaire, exempte de cailloux, facile à travailler, perméable à Teau et de bonne fertilité, convenanl mieux à Torge qu'au blé.

La valeur d'un terrain s'établit, en Syrie, d'après la quantité d'eau dont peut disposer le cultivateur, car, les pluies ne commençant qu'en décembre et cessant totalement dès les premiers jours de mars, si durant cet intervalle de temps elles ne tombent pas en assez grande quantité, ce qui arrive souvent, les blés, les orges, semés sur des terrains manquant d'eau, ne peuvent atteindre tout leur développement. Dans ce cas, la récolte manque; il faut donc prévoir cet aléa et en tenir compte dans l'estimation du prix du terrain arable.

Sur cette base, les terres sont classées en trois catégories, dont la valeur moyenne est établie comme suit :

1 "catégorie: 350 piastres le rf^wnwm, soit env. 880 fr. l'hectare, 2° 175 — — 440— —

Dans la première catégorie sont rangées les terres naturellement riches qui peuvent être irriguées; à la seconde appartiennent celles de fertilité médiocre, dans la formation desquelles domine l'élément calcaire, mais qui peuvent être irriguées; la troisième comprend tous les terrains riches ou pauvres manquant d'eau pour les irrigations.

Certains terrains placés dans des circonstances exceptionnelles, très favorables, tels que de petits champs appartenant à des villages riches et populeux, sont vivement recherchés par les fellahs qui ont réalisé des économies et qui veulent cultiver ces champs à leur propre compte. La valeur d'un deunum de ces terrains peut s'élever jusqu'à 1200 piastres, soit env. 3.000 fr. Thectare.

Le système de culture en usage consiste dans un assolement triennal qui se résume comme suit :

1" sole 2« sole.

3« sole

l'o ANNÔB

Blé, orge, pois chiche, etc.

Maïs, sésame, coton, etc.

Jachère.

2« ANNÉB

Maïs, cotou, sésame, etc.

Jachère.

Blé, orge, yesce,etc.

3* ANiNÉB

Jachère.

Blé, orge , gesse, etc.

Mais, coton, sésame, etc.

En Télat actuel des ressources agricoles du pays, ce système est considéré par les agronomes comme assez bien combiné au point de vue de Tallernance. Il est rationnel, et il s'imposera à Tagriculteur tant que les cours d'eau ne seront pas canalisés convenablement, de façon à lui fournir toute l'eau dont il a besoin pour ses cultures d'été.

Actuellement, le revenu brut do la terre peut être estimé à 15,5 pour 100 de la valeur foncière. Le capital engagé dans des opérations agricoles en Syrie donne un revenu net de 9 pour 100. Le revenu brut étant de 15,5 pour 100, la part des bénéfices de la main-d'œuvre et autres facteurs delà production agricole est donc de 6,5 pour 100 du revenu total. Ces résultats, très satisfaisants pour le simple particulier, le sont beaucoup moins au point de vue de l'agriculture nationale, car il résulte du système d'assolement adopté, bien que rationnel en l'état présent, qu'un tiers des terres arables reste improductif chaque année, tandis qu'un autre tiers est employé bien moins fructueusement qu'il ne serait désirable, et que la production du dernier tiers restant la môme est, pour d'autres causes, au-dessous de ce qu'on serait en droit d'espérer. Ainsi le revenu brut actuel des terres arables, réparti sur la totalité de ces terres, est en réalité dix fois au-dessous de ce que produit l'agriculture sur une égale quantité de terres arables dans les pays où elle est mieux pratiquée. Ce fâcheux état de choses serait facilement amélioré par la canalisation des cours d'eau, l'emploi d'instruments perfectionnés, une fumure plus judicieuse des terres, la culture de produits agricolesd'un revenu brut élevé, etc., qui feraient plus que décupler la production totale et augmenteraient en même temps sa valeur. Ces réformes, dont les deux principaux facteurs sont déjà adoptés en principe et mis en pratique dans plus d'une

localité, seraient le crédit agricole et Tinstruction donnée aux agriculteurs, tout en ne modifiant pas très sensiblement le chiffre suffisamment rémunérateur de l'intérêt du capital employé en exploitations agricoles, qui sera toujours d'environ 9 pour 100, augmentera le revenu net to{al de ce capital en proportion même de Taugmentation énorme de la richesse nationale et de celle du Trésor public.

Orges. — Deux variétés d'orge sont cultivées dans la plaine de Damas : l'orge arabi et l'orge ronmi. La première variété demande une terre dont la consistance ne soit pas trop légère, qui soit riche et puisse être abondamment arrosée; son grain est beaucoup plus farineux que celui de l'orge roumi; trois mesures d'orge arabi pèsent autant que quatre d'orge roumi. Peu abondante, la paille de l'orge arabi est tendre et plaît aux bestiaux. La moyenne du prix de cette orge sur le marché de Damas est de 12p,50 (= 2^%87) le kilé de Constantinople (37 litres).

La variété roumi se contente d'une terre légère, peu fertile, mais elle exige d'abondantes irrigations durant tout le cours de sa végétation, son grain est léger, peu farineux, mais plus productif qus celui de ïarabi. Sa paille est longue, abondante et grossière. Le prix moyen du Ailé (37 litres) d'orge roumi^ à Damas, est de 8^,25 (= ^^89).

La culture principale des cazas de Douma et de Ouadi ul'Adjém, c'est-à-dire de la plaine de Damas, est celle de ces deux orges, préférablement à celle du blé qui n'occupe que 25 à 30 pour lOO des terrains consacrés aux céréales d'hiver. La raison de cette préférence est la proximité de la ville de Damas, qui consomme des quantités d'orge considérables, soit pour la nourriture des chevaux de race qu'on élève dans la ville même, soit pour celle des bêtes de somme qui transportent ses produits d'exportation et les articles importés du dehors.

Blé. — Le blé cultivé dans la plaine de Damas se nomme bélédi; c'est, comme ce nom l'indique, une variété locale. Il est tendre et très farineux, mais sa farine n'est pas très blanche. La plante atteint, en proportion de la fertilité des terrains et de

Tabondance des irrigations, de 1",20 à 1",50 de hauteur. Un kiléà^ ce blé vaut à Damas de 19 à 24 piastres, soit env. IS^^Sô rhectolitre en moyenne. Le poids de ce môme ktlé de blé bélèdi étant de 30 kilos, le prix moyen des 100 kilos ressort à 16^'*,48, soit env. 164^^80 la tonne. La paille de ce blé, quoique moins tendre que celle de l'orge arabi, est préférée par les fellahs. Toutefois, c'est dans les constructions qu'on l'utilise le plus pour rendre liant le mortier. La charge de chameau de 150 à 200 oqqe de cette paille vaut en moyenne de 19 à 28 piastres ; la même charge de paille d'orge vaut 5 piastres de plus.

Le blé et l'orge sont semés sur jachère, préparée par cinq labours successifs, le premier après l'enlèvement des plantes industrielles et le second en décembre pour faire profiter la terre des pluies. En mars de l'année suivante on donne un labour transversal aux deux premiers ; dans le même sens que ceux-ci, un quatrième labour a lieu en juin ; enfin le dernier est effectué à la fin d'octobre. Ensuite on herse, puis en novembre on sème. Ces labours donnés à la jachère suppriment complètement les mauvaises herbes et rendent tout binage inutile. Avant le dernier, on porte en septembre, soit pour l'orge ou pour le blé, du fumier que Ton étend jusqu'en octobre ; on l'enfouit d'un coup de charrue en novembre au moment même de semer.

Les semailles se font à la main, à raison de 8 à 9 kilé (env. 333 litres) par hectare pour le blé et un peu plus pour l'orge. Les semeurs sont très inhabiles; ils sèment à petite volée et ne savent pas profiter du veni pour éparpiller les grains également sur toute la surface du champ. Douze jours après les semailles commencent les arrosages qui sont continués par intervalles de neuf à quinze jours, sauf durant les grandes pluies de janvier et février jusqu'au 15 ou 20 avril, époque de la moisson. Le système d'irrigation est d'une grande simplicité. On divise le terrain en autant de carrés nommés maskabè qu'il contient de fois 100 m.; les quatre faces de ces maskabè sont endiguées au moyen de planches, opération où excellent les cultivateurs ara-

bes, puis on arrose successivement chaque carré par submersion.

Le rendement moyen de Torge dans les terrains de la première catégorie est de 57 hectolilres et demi à l'hectare, soit plus de 17,26 pour 1 ; il est de 47 hectolitres à l'hectare, soit env. 14,26 pour 1, dans les terrains de la deuxième catégorie. Quant aux terrains de la troisième catégorie, qui ne peuvent être irrigués, leur rendement varie suivant la plus ou moins grande quantité de plaies et l'époque où tombent ces pluies.

Moisson. — Le temps de la moisson de l'orge commence, dans la plaine de Damas, vers le 20 avril, comme il vient d'être dit; celle du blé a lieu dix jours plus tard. La moisson est faite par des hommes et des femmes, à l'exclusion des enfants qui sont exempts de ce travail.

Deux systèmes y sont employés ; l'un consiste à engager des journaliers payés à raison de 6 piastres {= l'',38) par homme et 2p,50 (= 0''",57) par femme, avec nourriture, et de 8 piastres (= lfr,84) par homme et 5 piastres (= r%i5) par femme, sans nourriture; le second système consiste à s'entendre avec le chef d'une équipe d'ouvriers, qui prend à forfait la moisson et l'exécution de travaux subséquents, tels que sarclages et binages des cultures d'été.

Les moissonneurs travaillent de neuf à dix heures par jour. Ils se mettent à la besogne vers 5 heures du matin, prennent leur repas à il heures, se reposent jusqu'à 2 heures après midi h cause de la grande chaleur, et reprennent alors leur journée qu'ils terminent le soir vers le coucher du soleil. Quand la moisson est donnée à forfait, le propriétaire se réserve le droit de surveiller les ouvriers afin qu'ils coupent les tiges près de terre et ne laissent point d'épis sur pied, etc. Le moissonneur coupe le blé au moyen d'une sorte de faucille grossièrement façonnée nommée mind/èl et le laisse derrière lui. Un domestique de la ferme le ramasse aussitôt, le dépose au fur et à mesure sur un filet de cordes h mailles très larges, et^ quand ce filet est rempli, il l'enroule de façon que le blé se trouve lié en grosses bottes qu'on charge sur un chameau pour le transporter sur l'aire où

se fera le battage. Un seul ramasseur suffit à six moissonneurs.

Les deux modes de moisson, soit à la journée, soit h la tache, présentent tous deux des inconvénients qui contre-balancent leurs avantages respectifs. Le journalier devient paresseux, mais soigne son travail, tandis que le tâcheron le fait plus vite, mais ne le soigne pas toujours. Toutefois, comme la main-d'œuvre devient de plus en plus rare et, par conséquent, plus chère et plus exigeante, les préférences du propriétaire se trouvent, dans certaines années, du côté du travail à la tâche, qui lui assure une réalisation plus prompte de sa récolte et lui permet ainsi de vaquer à ses autres affaires.

Quoique le prix de la main-d'œuvre soit encore très bas relativement à la plupart des autres pays producteurs, le prix de revient de la moisson est plus élevé que dans ces autres pays, carie moissonneur arabe est inhabile, un peu lourd, et son mindjêl n'est qu'un outil rudimentaire, fort inférieur à la faux et à la faucille. Un journalier arabe coupe à peine 8 ares de blé par jour; il lui faut donc douze jours et demi pour abattre un hectare. Pour douze jours et demi il touche 100 piastres, soit env. 23 fr. Or, un hectare de blé donnant en moyenne lt> hectolitres à 13^35, soit une valeur totale de 213^76, on voit que l'abatage actuel absorbe à lui seul plus d'un dixième du produit brut.

Il semblerait, de prime abord, facile de dégrever la moisson de cette lourde charge en employant la moissonneuse. C'est en effet ce qu'un certain nombre de propriétaires du caza de Béqâ'a ul-^Aziz font avec succès dans la plaine de la Bèqqa (2* région agricole). Le prix de la journée de travail d'une moissonneuse à deux chevaux leur revient à 33 piastres, comme suit :

Nourriture de 4 chevaux 20 piastres

Gages de 2 ouvriers 8 —

Amortissement et frais accessoires

de la machine 5 —

Total : 33 piastres Soit env. : 7f%59,

La moissonneuse coupe, par journée de travail de dix heures, 3 hectares de blé qui, moissonnés h la main, reviennent à 300 piastres, soit env. 69 fr. C'est donc une économie de 20'^',70 par hectare.

Malheureusement, dans toutes les autres parties de la Syrie oîi l'introduction des moissonneuses a été tentée, ou s'est heurté à une foule de difficultés, dont trois, bien qu'en apparence aisées à résoudre, sont, en l'état actuel du pays, à peu près insurmontables. On ne saurait les trancher en peu de temps. En effet, là oîi les céréales exigent des irrigations, les endiguements en planches ou ynaskabè arrêtent le fonctionnement delà machine. En second Heu, les chevaux qu'on y attelle, n'étant pas plus habitués que leurs conducteurs à ce nouveau genre de travail, effrayés du bruit qu'il fait, se cabrent et deviennent bientôt rétifs. Enfin, en cas de rupture d'une pièce essentielle de la machine, on ne peut la remplacer, car il n'en existe aucun dépôt dans le pays. 11 faudrait donc, avant tout, enseigner aux cultivateurs un mode d'irrigation nouveau, former des attelages convenables ainsi que des ouvriers habiles à les conconduire et à manœuvrer la moissonneuse, et créer des dépôts de pièces de rechange. Après cela, il restera encore en Syrie bien des contrées où la moissonneuse ne pourra être employée, par exemple les montagnes du Haourân.

Le mode de dépiquage usité en Syrie est le même que dans toute l'Asie Mineure. Malgré toute sa défectuosité, et bien que la rareté toujours croissante de la main-d'œuvre le rende déplus en plus onéreux, il s'imposera par la force des choses, tant que les grandes batteuses avec locomobile, qui seules répondent aux desiderata de l'agriculture syrienne, ne pourront être employées. Ces batteuses, si efficaces pour la bonne préparation commerciale du blé et de la paille, sont d'un prix beaucoup trop élevé pour un seul propriétaire, et le manque de routes agricoles ne permet pas, à des entrepreneurs auxquels de pareilles opérations procureraient de très grands bénéfices, de parcourir le pays avec une de ces machines pour effectuer successivement de ferme en ferme le battage des moissons.

Autres cultures d'hiver. 1"* — Djibdni. — Le djibdni, variété de vesce(i??Wa sativa), cultivée dans toute la Syrie où elle sert à la nourriture des bestiaux et particulièrement à celle des bœufs pour lesquels le bon fourrage qu'elle produit est exclusivement réservé, se sème vers la fin de décembre et au commencement de janvier, à raison de 1 00 oqqe (= 1 28 kilos environ) par hectare, sur des terres médiocres où le blé et Forge viennent mal. Sa culture exige peu de soins. La récolte a lieu vers le 15 avril et donne par hectare un produit moyen de 1000 oqqe {= 1282 kilos environ) de grain et 3.500 oqqe (= 13.848 kilos env.) de fourrage. Les opérations de la décorlication du djibdni sont les mêmes que celles du dépiquage du blé.

V — Kèrsèné. — Le kêrsènè, variété de gesse d'hiver [lathyrus cicera) réussit comme \q djibdni sur des terres médiocres de toute nature. On le sème en ligne vers décembre à raison de 200 oqqe (= 256 kilos) par hectare. La récolte a lieu dans la première quinzaine d'avril. Elle est en moyenne de 2.500 oqqe (=z 3.200 kilos environ) de graine et de 4.000 kilos de bon fourrage par hectare. La graine est exclusivement consacrée à la nourriture des chameaux, après avoir été concassée, à cause de sa grande dureté.

3** — Poischiches. — La culture du pois chiche est d'une grande importance en Syrie, surtout dans la plaine de Damas. Ses produits ne s'exportent pas, mais les populations urbaines en font une telle consommation qu'il n'est pas exagéré de dire qu'après le blé, c'est le pois chiche qui forme la part principale de leur alimentation. On n'en cultive en Syrie qu'une seule variété. On sème vers la fin de novembre à raison do 80 oqqe (=102 kilos) par hectare. Le rendement est de 800 oqqe (= 1 .026 kilos) de grain et de 2.000 oqqe (= 2.565 kilos) d'excellent fourrage.

4° — Fèves et lentilles. — La culture des fèves et des lentilles moins importante que les précédentes, a droit cependant à une mention particulière, car ces graines légumineuses contribuent pour une part notable à l'alimentation des populations urbaines et donnent lieu à des exportations importantes.

La moissonneuse coupe, par journée de Iravail de dix heures, 3 hectares de blé qui, moissonnés à hi main, reviennent à 300 piastres, soit env. 69 fr. C'est donc une économie de 20^70 par hectare.

Malheureusement, dans toutes les aulres parties de la Syrie où l'introduction des moissonneuses a été tentée, ou s'est heurté à une foule de difficultés, dont trois, bien qu'en apparence aisées à résoudre, sont, en l'étal actuel du pays, à peu près insurmontables. On ne saurait les trancher en peu de temps. En effet, là où les céréales exigent des irrigations, les endiguements en planches ou maskabê arrêtent le fonctionnement delà machine, Kn second lieu, les chevaux qu'on y attelle, n'étant pas plus habitués que leurs conducteurs à ce nouveau genre de travail, effrayés du bruitqu'il fait, se cabrent et deviennent bientôt rétifs. Enfin, en cas de rupture d'une pièce essentielle de la machine, on ne peut la remplacer, car il n'en existe aucun dépôt dans le pays. 11 faudrait donc, avant tout, enseigner aux cultivateurs un mode d'irrigation nouveau, former des attelages convenables ainsi que des ouvriers habiles à les conconduire et à manœuvrer la moissonneuse, et créer des dépôts de pièces de rechange. Après cela, il restera encore en Syrie bien des contrées où la moissonneuse ne pourra être employée, par exemple les montagnes du Haourân.

Le mode de dépiquage usité en Syrie est le même que dans toute l'Asie Mineure. Malgré toute sa défectuosité, et bien que la rareté toujours croissante de la main-d'œuvre le rende déplus en plus onéreux, il s'imposera par la force des choses, tant que les grandes batteuses avec locomobile, qui seules répondent aux desiderata de l'agriculture syrienne, ne pourront être employées. Ces batteuses, si efficaces pour la bonne préparation commerciale du blé et de la paille, sont d'un prix beaucoup trop élevé pour un seul propriétaire, et le manque de routes agricoles ne permet pas, à des entrepreneurs auxquels de pareilles opérations procureraient de très grands bénéfices, de parcourir le pays avec une de ces machines pour effectuer successivement de ferme en ferme le battage des moissons.

STA.TISTIQUE DESCRIPTIVE 341

Autres cultures d'hiver. 1** — Djibdni. — Le djibdni, variété de vesce(maa saliva), cultivée dans toute la Syrie où elle sert à la nourriture des bestiaux et particulièrement à celle des bœufs pour lesquels le bon fourrage qu'elle produit est exclusivement réservé, se sème vers la fin de décembre et au commencement de janvier, à raison de i 00 oqqe (= 1 28 kilos environ) par hectare, sur des terres médiocres où le blé et l'orge viennent mal. Sa culture exige peu de soins. La récolte a lieu vers le 15 avril et donne par hectare un produit moyen de 1000 oqqe (= 1282 kilos environ) de grain et 3.500 oqqe {= 13.848 kilos env.) de fourrage. Les opérations de la décorlication du djibâni sont les mêmes que celles du dépiquage du blé.

V — Kèrsènê. — Le kêrsènè, variété de gesse d'hiver [lathyrus cicera) réussit comme \q djibdni sur des ferres médiocres de toute nature. On le sème en ligne vers décembre à raison de 200 oqqe (= 256 kilos) par hectare. La récolte a lieu dans la première quinzaine d'avriL Elle est en moyenne de 2.500 oqqe (= 3.200 kilos environ) de graine et de 4.000 kilos de bon fourrage par hectare. La graine est exclusivement consacrée à la nourriture des chameaux, après avoir été concassée, à cause de sa grande dureté.

3** — Poischiches. — La culture du pois chiche est d'une grande importance en Syrie, surtout dans la plaine de Damas. Ses produits ne s'exportent pas, mais les populations urbaines en font une telle consommation qu'il n'est pas exagéré de dire qu'après le blé, c'est le pois chiche qui forme la part principale de leur alimentation. On n'en cultive en Syrie qu'une seule variété. On sème vers la fin de novembre à raison de 80 oqqe (= 102 kilos) par hectare. Le rendement est de 800 oqqe (= 1 .026 kilos) de grain et de 2.000 oqqe (= 2.565 kilos) d'excellent fourrage.

4® — Fèves et lentilles. — La culture des fèves et des lentilles moins importante que les précédentes, a droit cependant à une mention particulière, car ces graines légumineuses contribuent pour une part notable à l'alimentation des populations urbaines et donnent lieu à des exportations importantes.

Cultures d'été. — l^Maïs. — Les cultures d'été, en Syrie, sont, par ordre d'importance, le maïs, le chanvre, le tabac, le colon, etc.

On cultive, en Syrie, deux variétés de maïs, l'une à ffrain blanc^ l'autre à grain jaune. La culture du maïs à grain jaune est plus générale; sa farine, mélangée à celle du blé, lui communique une légère teinte dorée très appréciée chez les Syriens. On sème les deux variétés en avril sur ligne à 30 centimètres de distance. Cette dislance est soigneusement conservée entre les plants, dans tous les sens, en éclaircissanl le champ quand les jeunes tiges ont atteint 40 centimètres de hauteur. Les pieds arrachés sont donnés comme fourrage vert au bétail. Les champs de mais sont arrosés par intervalles de huit à douze jours et reçoivent, durant tout le cours de la végétation, trois sarclages et trois binages, dont chacunest pratiqué quelques jours après un arrosage. En août, quand les épis femelles sont fécondés, on arrache les épis mâles qu'on fait manger aux bestiaux. Au mois de septembre a lieu la récolte des épis de maïs, après laquelle on lâche dans les champs le gros bétail qui mange la feuille et laisse la tige offerte gratis à qui veut bien l'arracher pour s'en servir comme combustible en hiver. Les deux variétés de maïs atteignent à maturité 1°',60 et 1™,80 de hauteur. Elles rendent par hectare 5.000 oqqe(= 6.414kilos) de grain, valant env. 5.000 piastres (= H 50 fr.)

2"* — Chanvre. — Un certain nombre de villages des environs de Damas trouvent très avantageuse la culture du chanvre commun,moins pratiquée dans les autres parties du mèrkèz-sandjaq etdanslessandjaq de Hamah et du Haourân et tout à fait négligée dans celui du Ma^ân. Les terres consacrées au chanvre dans les villages susdits sont les plus fertiles de la plaine de Damas et les mieux arrosées durant l'été. Elle valent en moyenne 2.000 fr. l'hectare. La culture du chanvre et les opérations du rouissage n'ont rien de particulier; le trillage se fait à la main, et les chênevottes servent au chauffage des fours de la ville de Damas. La filasse provenant de ces villages n'est pas exportée ; c'est à Damas même qu'eUe est transformée en cordages, cordes, cor-

dons, ficelles de tout genre et de toute grosseur, recherchés dans toute la Syrie. Le qantâr de 200 oqqe (— 256 kilos) de cette filasse peignée se vend 1000 piastres (=230 fr.); non peignée, elle ne vaut que 700 piastres [=. 161 fr.) le qantâr. A elle seule, la petite banlieue de Damas tire de la culture du chanvre commun un revenu annuel de 15.000 livres turques, soit env. 345.000 fr.

3** — Coton, — La culture du coton n'a qu'une faible importance relative dans le vilayet de Syrie. On y cultive généralement une variété nommée bèlèdi^ c'est-à-dire d'origine locale, mais qui paraîtrait plutôt être exoliqueetdégénérée. La soie en est courte, lustrée et forte, comme celle delà variété cultivée à Jérusalem. On s'en sert principalement en Syrie pour remplir les matelas et les sofas.

4** Sésame. — On cultive en Syrie deux variétés de sésame : celle à grain blanc et celle à gimn rouge. On les sème à la fin de mars dans des champs qui viennent d'être occupés par une céréale. Le grain étant fort petit, comme on le sait, on le mêle à deux fois son volume de terre fine et sèche, qu'on emprunte aux fourmilières et aux taupinières fort nombreuses. Préalablement aux semis, on prépare le terrain par de profonds labours et on le divise en maskabê (voir p. 336 à la culture des céréales); on Tarrose, puis on le laisse passer huit jours, puis on le sème, on donne un léger coup de charrue pour enfouir le grain^ et l'on passe le rouleau. On sarcle dès que le sésame a 10 centimètres; huit à^ouze jours après on arrose pour la dernière fois. Un second sarclage a heu en mai, et la récolte se fait en juin par arrachage. Les plants arrachés sont liés en bottes qu'on dresse en moyettes pour que les grains mûrissent et que le calice s'ouvre ; on secoue alors les bottes et les grains tombent. Le grain du sésame est largement employé dans toute la Turquie et surtout en Syrie. On en saupoudre, s'il est permis de parler ainsi, différentes sortes de pains et de pâtisseries. On en fait un nougat nommé thahin hâlvasi dans la fabrication duquel entre aussi le tourteau qui reste après la fabrication de l'huile de sésame. Les populations syriennes et généralement tous les Orientaux goûtent beaucoup ce nougat et les autres friandises où entre

le sésame. Toutefois le principal produit relire de ce grain est son huile, très abondante (90 pour 100), qui peut servir à une multitude d'usages dans l'économie domestique. On pourrait aussi se servir des feuilles qui sont mucilagineuses. Le kilé de sésame de 37 litres se vend à Damas de 42 à 50 piastres (Qr^Oô à ^^^50).

50 — Vigne. — La vigne est cultivée avec |succès danstoulela Syrie, mais seulement dans bien peu de régions au point de vue de la production des vins, à laquelle pourtant elle serait éminemment propre par la nature de ses terrains, leur situation favorable et leur fertilité. La plupart des vins qu'elle produit actuellement sont de peu de valeur pour l'exportation. Sous ce rapport, les vins de la plaine de Damas et autres, consommés sur place, n'ont pas d'importance commerciale. C'est seulement jusqu'ici, dans la plaine de la Bèqqa, fi Chtora, dans le caza de Béqâ'a ul-'Aztz, que les résultats obtenus dans la culture de la vigne ont récompensé les efforts des viticulteurs. On y arriva en remplaçant le système dit en cheintre par un système moins long, plus productif, se rapprochant de celui delà vigne sur souche, et en faisant choix des meilleurs cépages, tant indigènes qu'étrangers. Ces résultats suffisent déj^^ à démontrer que Tavenir agricole de la Syrie ne réside pas moins dans la culture de la vigne en vue de la production des vins d'exportation que dans la culture des céréales, et que cette nouvelle production ne sera pas une moindre source de richesse pour le pays.

Le produit actuel des vignes de Chtora est toujours supérieur d'un tiers, en raisin, à celui des vignes en cheintre.

Parmi les cépages indigènes, les viticulteurs de la Béqâ*a ont choisi le cépage blanc à\{sèreini, dont le vin dose de 13*" à 15** au gleucomètre, et le cépage noir dit zéïtouni, plant riche en sucre et donnant les meilleurs vins. Us cultivent aussi plusieurs excellents cépages étrangers qu'ils traitent comme dans leur pays d'origine, à raison de 7 à 8.000 plants par hectare taillés à court bois. Ces plants se comportent très bien à Chtora et donnent de 60 à 80 hectolitres à l'hectare d'un vin fin, solide et qui s'améliore en vieillissant. Malheureusement, on n'a qu'une fai-

ble quantité de ces planls étrangers, mais leurs propriétaires conservent précieusement les moindres sarments provenant dé la taille, dont ils font des pépinières. On cite, parmi ces cépages, le pineau de Bourgogne^ Valicante d'Espagne, ces derniers provenant de plants acclimatés en France, lemuscatel^ etc., etc.

Le système de vinification employé à Chlora est celui de France avec de légères modifications exigées par les influences climatologiques. On y fait de très bons vins de table dosant 1 P à 12** d'alcool, qui s'améliorent en vieillissant sans acquérir toutefois ce haut degré de finesse qui caractérise les meilleurs crus de France et de Hongrie. Après un an de tonneau, les vins de la Béqâ'a sont mis en bouteille, étiquetés et vendus à Beyrouth à raison de 12 fr. la douzaine. Lorsqu'ils ont deux ou trois ans de bouteille, leur prix est double.

Les vignerons de presque tous les autres cazas et sandjaq du vilayet de Syrie se bornent à la production du raisin, en partie consommé sur place, en partie exporté frais ; ils en font sécher d'assez fortes quantités, soit pour la consommation des grandes villes syriennes, soit pour Texporlation en Turquie et à l'étranger. A lui seul, le caza de Sait exporte à Damas et à S*-Jean d'Acre 38.460 kilos de raisins secs, sans préjudice d'une énorme consommation locale à l'état frais.

Blés du Haourân. — Bien que tout ce qui précède s'applique à peu près également à tous les sandjaq du vilayet de Syrie, les blés du Haourân exigent, par leur qualité supérieure et l'extrême abondance de la production de ce sandjaq, une mention toute spéciale.

Si la plaine de Damas peut être appelée le délicieux jardin delaSyrie, le Haourân, plaine ou montagne également fécondes, en est le riche grenier. Son sol convient admirablement à la culture du blé. Dans les cazas d'Ad/loûn et de Oonéitra, le rendement moyen est de 10 pour 1 seulement ; il est de 15 pour 1 dans le DjèbM Druzi (montagne du Haourân) ; dans le caza de Dèra'd^ le blé rend jusqu'à 20 pour 1 ; il en est de même dans la plaine à'èn-Nougra^ et les cultivateurs druzes assurent que,

dans plus d'une autre localité, son rendement atteint souvent 50 pour 1 . Le rendement de l'orge, disent-ils, est trois fois supérieur à celui du blé; mais le maïs rend, selon eux, seulement 100 pour 1 dans leHaourân, tandis que, d'après l'opinion générale, le rendement moyen du maïs, en Turquie, est de 300 pour 1.

Quoi qu'il en soit, la production moyenne des céréales, blé, orge et maïs, est de plus de 25 millions de Mouddy mesure de capacité qui équivaut à 17*, 60, soit env. 4.400.000 hectolitres, qui, à raison de 30 kilos pour 37 litres, équivalent à 356.760 tonnes environ. Les blés du Haourân sont des blés durs qui valent, en moyenne, à Damas et aux poris d'embarquement, 180 fr. la tonne. La part de ces blés dans la production totale en céréales du sandjaq est, en chiffres ronds, de 160.000 tonnes (chiffre approximatif: 159.567.540 kilos).

Une partie de la récolte est consommée sur place, mais elle se compose surtout d'orge et de maïs. Les blés, à l'exception d'une réserve pour les mauvaises années et pour les semailles, sont presque tous exportés : 3.000.000 de moudd sont dirigés sur Damas, où la moitié sert à la consommation de cette ville et l'autre moitié est convertie en farine, à destination de Beyrouth et de l'Éofypte ; 8.500.000 moudd sont expédiés en nature à S*-Jean d'Acre pour l'étranger et les îles de l'Archipel; 200.000 moudd sont vendus à Zahlèh, Mo^aUaqa et autres centres voisins du Liban, et 600.000 autres moudd sont expédiés dans diverses directions. Le blé seul est exporté en grand. Le petit cultivateur le vend et se nourrit de farine d'orge et de maïs. L'orge est, en outre, la principale nourriture du bétail. Les prix moyens sur place sont d'environ 9^,37 l'hectolitre de blé; 5'S62 l'hectolitre d'orge et 4^68 l'hectolitre de maïs; soit, à raison de 30 kilos pour 37 Hlres, 75^97 la tonne de blé, 45'%56 la tonne d'orge et 37^^94 la tonne de maïs.

Durant cinq mois, chaque année, l'exportation des produits du sol du Haourân donne lieu à un mouvement de départ journalier moyen de 6.000 chameaux chargés de 210 kilos chacun, soit ensemble 1.260 000 kilos, ce qui fait ressortir pour

les cinq mois une exportation totale de 189.000 tonnes de blé^ orge, maïs et autres grains. Le prix des transports étant fort élevé, comme on le verra plus loin, le producteur traite le plus souvent à forfait avec le chamelier et lui abandonne, comme prix du transport, la moitié des céréales transportées. De cette façon les agriculteurs du Haourân, déduction faite des divers frais de culture et des impôts divers, ont, pour tout revenu net, à peine un cinquième de la valeur de leur récolte. Fort heureusement, cette situation misérable ne tardera pas à s'améliorer lors de la mise en exploitation très prochaine du chemin de fer de Beyrouth-Damas-Haourân et de celui de S*-Jean d'Acre- Damas avec embranchements sur Naouâ, Bosra et autres points. Le fonctionnement de ces deux lignes forcera sans aucun doute les chameliers à baisser considérablement leur prix, et, si l'on supposait même qu'ils parvinssent, comme cela est arrivé pour les chemins de fer de Smyrne, à soutenir quelque temps la concurrence, le producteur n'en profiterait pas moins.

Dîme des céréales. — La dîme des céréales, calculée sur une moyenne de cinq années, dans l'ensemble du vilayet de Syrie, rapporte 87.537.720 de piastres par an, soit env. 20 millions de francs.

Chacun des quatre sandjaq du vilayet participe dans ce rendement dans la proportion ci-après :

Sandjaq de Damas.

— de Hamah

— du Haourân de Ma* an .

Page 1