SIXIÈME CLAUSE
Poisons septiques et putréfions»
Cest dans cette dernière dasse ^ M« Ocfila pUceies animaux Te* nimeux, tels qnc les serpens et vipères, les scorpion», les araignées, les abeilles et la guêpe , etc. , dont la morsure, ou la piqûre est accompa|piée d^accidens plus ou moins grares.
M. Orfila présente les résultau des nombreuses expériences de Fontana , de Paulet , du professeur Manglli , et autres , sur la mor« sure et le venin des vipères. U pite, a.c^ sujet, les exemples les plus remarquables, et il en déduit des observations importantes. Il
Sassc ensuite à la piqûre du scorpion , des arai^ées , de TabdUe et e la guêpe, etc., en relatant principalement, .dans tout ce <{u*il en. dit, le travail trés-étendu dç M. Amoreux, sur les insectes venimeux, Enfin • après avoir exposé et examiné chacun des moyens proposés jusqn'à-présent comme spécijHques contre la morsure ou la piqûre des animaux vonimenx , M. Orfik indiqne'la marche que doit tmvr* Thomme de l'art ,- appelé pour des ca^de cette nature.
{j^ote du Traducteur, )
P0180HS XJXlUkVX. 597
I. LeveDiD delà vipère est unliquide jaune, que contlenneut y^^ deux vésicules placées dans la bouche de l'animal Ces vési- ^ ^» ''p*"*cnles communiquent par un tube avec les dents en-forme de crochets, qui sont creuses , et se terminent par une petite cavité. A l'instant où la vipère mord , les vésicules sont comprimées, elle poison, forcé de passer à travers les dents, I'aillit dans la blessure. Celte conformation de la bouche de a vipère fut en partie observée par Redi , naturaliste italien , et ses découvertes furent complétées et confirmées par les expériences et les observations de Francini* , de Tys- «on * , de Mead • et de Fontana.
C'est ce suc vénéneux qui produit les effets funestes de la morsure de la vipère ; car si l'on enlève à l'animal ses vésicules , ou qu'on empêche le liquide de jaillir dans la plaie , la morsure ne fait aucun mal. Si l'on introduit ce suc dans des blessures faites par des instrnmens aigus , il produit des ef^ fets aussi nuisibles que lorsqu'il j est porté par l'animal luimême. Mead indiqua quelques - unes des propriétés de ce liquide ; mais Fontana est le premier qui Fait soumis à l'analyse chimique , en sacrifiant à ses expériences plusieurs centaines de vipères ; car chaque vésicule contient à peine audelà d'une goutte de suc.
Ce suc est jaune et insipide 5 maïs lorsqu'on l'applique sur la langue , il l'engourdit. Vu au microscope , il a une apparence huileuse ; cependant il se mêle faqlement à l'eau : il n'altère point les couleurs bleues végétales.
Lorsqu'on l'expose à l'air , la partie aqueuse s'évapore Kemmbi» peu-à-peu , et il reste une substance brune jaunâtre , qui a * ** îapparence de la gomme arabique. Dans cet état , il est visaueux entre les dents comme la gomme. Il se dissout aisément «lans l'eau, mais il n'est pas sduble dans l'alcool , qui le précipite de sa dissolution aqoeusesousformedepoudre blanche. Les acides et les alcalis n'ont pas beaucoup d'action sur ce . suc. Il ne s'unit ni aux huiles volatiles ni au sulfure de potasse. Chauffé y il fond y mais il se bonrsoufBe , et ne s'enflamme que lorsqu'il est devenunoir. Cespropriétés, analogues àcellesde la gomme, indiquent la nature gommeuse de ce suc vénéneux.
« New Abridg. of the Phil* Trans. II » S. • PWLTr«B^Vol.XIf.
' Jd€aâ p on poisons , p. 35«
598 PARTIES DfiS ÀI^IUAUX.
l:* ontana fit une lou^ue suite d'expériences sur le venin desséché de la vipère ; il en fit de semblables sur la gamme ara* bique , et il obtint les mêmes rêsuilats.
Diaprés les observations du docteur Russel*, il y a lieu de croire que les sucs vénéneux des autres serpen$ ressemblent par leurs propriétés à, celui de la vipère.
Cette ressemblance frappante entre les gommes et le poison de la vipère , substances qui produisent l'une et l'autre , $ur les corps vivans , des effets si opposés, prouve combien nous sommes encore loin de connaître leur nature chimique compUqnée. Cest par son mélange avec le sang que le poison de la vipère , et celui des serpens en général y est le plus funeste. Pris dans Testomac , il tue si la quantité est considérable. Fontana a reconnu que les effets pernicieux de ce poison sont en raison de sa quantité , comparée à celle du sang. Il s'ensuit , que le danger diminue en proportion de la grandeur de Tanimal. Des petits oiseaux y et des quadrupèdes meurent aussitôt qu'ils ont été mordus par une vipère; mais il est rare que cette morsure soit fatale k un homme bien constitué*/.
Ammoniaque Ou a proposé TammonUque comme Tanlidote de la mortomXa'nii- sore dc la vipère. L'emploi en fut recommandé çn consér '^^^' quence de Ijji théorie du docteur Mead, qui soutenait que le poison était de nature acide. Les, essais nombreux que fit f ontana ^ur ce médicament lui firent perdre toute sa célébrité; mais le docteur Ramsay la remis en vogue, en le pré*
* Dans SOS expériences irés-muUîpliées sur ]a morsure et le venin de la vipëre, Fontana reconnut, et crut pouvoir établir en fait»
gram.
que o,ooo53 de ce venin introduit dans un muscle, suffit pour tuer un moineau ; qo^il en f^ut six foi^ davantage pour faire périr un pigeon j et en considérant la grandeur et le poids , Footana calcula
gram. geun.
qu'il en faudrait environ Ojick) pour tuer un homme , et 0,637 pour faire mourir un bœuf. Fontana s'était assuré , de pluai , i{ae les véû-
gram.
cules de la.'vip^rc ne contiennent qu'environ 0,106 de venin, qui fié peut être l'puisé qu'après plusieurs morsures. Il résulterait de ces éYaluaiions, que rbomme pQMrrait recevoir la mor$ttr( de plo- ^ic^^s vipères, sans en mourir,
Cependant, malgré cette cooséanence déduite des calculs de Fontana, d'après ses eipériences, M-.Poulfil a établi, dans. un memoire ayant pour litre: Observations sur la f^ipèrcde Fontainebleau, publié en i8o5 , qu'une seule moraure de ce reptile « qni, dans cette localité, est rcspccc vipera berus^ peut devenir mortelle pour l'homme, malgré, TasscrUon de Fontana. ( J^ote dm Tradmçtçur, }
AIR DANS XJL VESSIE NATATOIRE DES POISSOITS. SqQ
coDisanC comme spécifique d*uQ effet assuré contre la iiior* sure du serpent à sonnettes '.
a. Le venin de Fabeille et de la guêpe est aussi uo liquide venm contenu dans une peûte vésicule, et qui, Forcé de passer ^4 j,î*Jiy^'' a travers le tube creux de raiguiUon, jaillit dans la blessure^* Ce poison y d'après les expériences de Fontana , a beaucoup de ressemblance avec celui de la vipère. Le venin de Tabeille se dessèche beaucoup plus lentement par son exposition à Tair que celui de la guêpe.
3. Le venin du scorpion ressemble aussi à celui de la do scorpion. vipère. Sa saveur est brûlante et acre, ainsi que celle du
venin de Tabeilie et de la guêpe.
4. Il n'a point été fait d'expériences exaaes sur le venin dm «niga^: des araignées; mais on peut sufUsamment juger de sa virulence, par la rapidité avec laquelle ces animaux tuent leur
proie et s'entredetruisent *.
SECTION XXIV
J)e PAir contenu dans la vessie natatoire des poissons.
Beaucoup de poissons sont munis, dans l'intérieur de lenr corps, d'une vessie remplie de gaz, qu'on suppose devoir leur servir à monter et à descendre dans l'eau. Oit
f)résume qu'ils dilatent cet air lorsqu'ils veulent s'élever dans 'ean , et qu'ils le compriment pour y plonger. Il est un peu douteux, que ce soit bien en effet ainsi, que les poissons à vessie natatoire, s'aident de l'air qu'elle contient. Les pois- HUtoire. sons affectent, pour la plupart, une profondeur particulière à laquelle ils se tiennent presque' toujours. Ainsi le poisson de forme applatie , vit habituellement au fond de la mer, sans jamais revenir à la snrface, tandis que c'est à la surface que d'autres se montrent constamment. Il paraît d'après les expériences de Biot, que lorsqu'un poissooc e^ subitement retiré d'une grande profondeur de la mer vers
* Phil. Mag. XVU , iî5. On peut trourcr dans les Transactions Américàioes , toI. 111 , p. 100, an mémoire trésHntëressant du docteur Smiih BarloQ , sur Les diflférens remèdes appli(|iiés à la morsore do Serpent à sonneties.
• Curious acronnl of the structure of ihe slin^ , by D.' Hookc in bis Micrographta.
' • Mcad , on Poibônis , p. S;.
6oO PARTIS! DSS ANIMAUX.
la surface , l'air de sa vessie natatoire se gonfle tellement quil ne peut plus s'abaisser dans Teau; il arrive même souvent alors que cette vessie ^ trop distendue par Fair qui y est i^nfermé, se rompt; que l'air se répandant dans Testomac^ le retoui^ne par la force de son extrême dilatation , et le chasse ainsi avec ta membrane de la vessie dans l'œsophage, ou dans la bouche du poisson. L'air, dont ces vessies natatoires sont remplies, fut examiné, pour la première fois, par Prieslley, en I774* I' résulte de ses observations qu'il varie dans sa nature. Ce fut la vessie natatoire du rouget qu'il examina; il trouva d'abord qqe l'air qui la remplissait était l'azote ; mais il en obtint ensuite un mélange de gaz oxisène et azote *• Fourcroy , qui fit long-temps après des recherches sur la nature de l'air contenu dans la vessie natatoire de la carpe, k reconnut pour être de l'azote presque pur ; et d'autres chimistes obtinrent des résultats semblables ; mais il n'avait point encore été fait de recherches aussi importantes et d'analyse aussi complète de 'cette espèce d'air , que celles dont s est occupé Biot, pendant son séjour à Yviza et Formentera, deux îles situées au sud de Mayorque et Minorque. Il avait été chargé par le Gouvernement irançais de prolonger la méridienne 4e France jusau'aux îles Baléares, et il profita du loisir que pouvait lui laisser ce travail pour examiner l'air des vessies natatoires des différentes espèces de pois* sous qui se pèchent dans les environs de ces îles. A son retour aans ces iles dans le second voyage qu'il y fit, il répéta ses expériences avec M. Laroche, naturaliste, qui venait d'être adjoint à la commission chargée de la prolongation de la méridienne, et les résultats qu'il avait précédemment obtenus se trouvèrent confirmés *.
Expérieactt ^'*^^ recoquut que l'air des vessies natatoires est un œé- <£ Eiut lange des gai azote et oxinène, dans des proportions très-variables. Il n'y put découvrir de traces d'hydrogène, et l'acide carbonique n'y existait pas en quantité sensible. La proportioo du gaz oxicène, variant beaucoup aussi, était quelquefois trèspetite, etaautres fois elle constituait la presque totalité du gaz. L'air des vessies de ceux des poissons qui vivent près de lasu^
' Prîestley on Air, II, J62.
• Mémoires de Biot , iosërcs daos les mémoires d'Arrueîl , I» aSa^
AIR DAHS LA TISSIB NATATOI&S X>KS POISSONS. 6ot
face de la mer, était celui qui contenait le moins de gaz oxigène, et c'était dans Tair des vessies des poissons pris a de grandes profondenrs qu'il s'jr en trouvait le plus. La table qui suit présente la proportion d'oxigcne,dans loo parties de l'air des vessies natatoires dans les différens poissons soumis à l'examen.
Noms det poistont. Fr«porUon d'oxigènc.
Mugil cepfaalns {Linné) Quantité insensible.
Ditto Dilto,
Hnrœnophis belena {Lacépèdc) Très-peu.
Sparusannukiri8(Zi/in^) femelle. I 0^09
Ditto , maie ...• 0,08
{Spams sargus (£i>ut^) femelle . . 0,09
Ditto, mâle . 0,20
Holocentrus marinus (Lacépèclé). o, 1 3
Labrus tordus [Linné) 0,16
Spams melanurus [Linné) o,ao
Labrus turdus ( /^ar. Linné ). . . . o,i4
Scidena nigra, femelle 0,27
Ditto, maie l o,a5
Labrus turdus [Linné) femelle. o,a4
Ditto , maie o, 28
Sparus denlex [Linné) femelle. o,4o
Sphjrrœa sfe\.[Lacépède) o,44
Sparus argenteus o,5o
Sparns erjthrinus beaucoup.
Holycentms gigas 0,69
Gadus merluccius ( Linné) o, 79
Trygla lyra ( Linné) 0,87
La profondeur à laquelle le poisson a été pris , augmente graduellement avec la proportion d'oxigène , depuis le commencement jusqu'à la fin de la table. Le dernier poisson dont il est fait mention , le trygla lyra , se prend toujours i une très-grande profondeur. Les expériences de Laroche confirment l'exactitude de ces faits intéressans. La proportion moyenne d'oxigène fourni par tous les poissons pris à une
Erofondeur excédant 5o mètres , était de 0,70 ; tandis ^ue i quantité moyenne d'oxigène que donne le poisson pris à des profondeurs moindres était de 0,^9. La pureté supérieure de l'air des vessies natatoires des poissons pris à de grandes profondeurs, ne peut être attribuée à un plus grand degré de pureté dans l'air de l'eau de la mer , à ces profondeurs; car l'air de l'eau de mer prise à une grande profondeur ^ contenait
z.Eaa.
6oî PARTIES DES ANIMAUX.
0,265 d oxigène , tandis qu'il y eu avait davantage dans l'air de cette eau , à la surface.
C'est, un fait très - remarquable , que l'air , dans la vessie natatoire des poissons pris prés de la surface de la mer , ne contienne presque que de l'azote pur ; mais ce fait s'observe aussi relativement aux poissons d'eau douce* Ainsi Biot trouva dans l'air de la vessie natatoire d'une carpe , o,o3 d'oxigène , tandis que dans celui de la vessie natatoire d'une tanche , la proportion était de 0,16 ; et Geoffroy et Vau« quelin reconnurent qu'il existait 0,o5 de ce principe dans l'air des vessies^ natatoire des brochets , des loches et des perches. Humboldt a aussi trouvé très*peo d'oxigène dans i air de la vessie natatoire du gymnotus electricus.
SECTION XXV
' De la Sueur,
Il s'émet continuellement de la peau , une matière invisible, qui a été distinguée par le nom de transpiration, Lavoisier et Séguin ont fait plusieurs expériences pour reconnaître quelle en peut être la quantité. Cruickshanks ' a essayé d'en déterminer la nature ; Thénard a soumis cette humeur à un examen chimique' -, et elle a été l'objet de quelques expériences par Berzelius.
I . Cruickshanks avant mis sa main dans ub vaisseau de verre dont il luta Torifice à son poignet au moy^n d^uae vessie, la surface intérieure du vaisseau s'obscurcit par degrés, et elfe se tapissa de gouttelettes d'eau , qui s'écoulèrent au fond du vase. En tenant sa main de cette manière pendant
(ram.
une heure, Cruikshanks recueillit i,943 d'un liquide qui avait toutes les propriétés de leau pure'. Lorsqu'il répéta la même expérience à 9 heures du soir , le thermomèti^ cen-
friun,
tigrade étant à 170, il ne put rassembler que 0,777 ; ce qui , pour les deux résultats, donne une quantité moyenne de
(ram.
i,3t>o. Mais. ou peut raisonnablement supposer qne la trans-
■ Crnickshanks , on insensible Perspiration.
* Ann. (leChiro. LIX. 363.
', On iu&ensible l^erspiraûoo , p. 68.
SUEUR. 6o9
piratloç par ia main est moiodre qne celle qui a lieu par le
frein.
Irooc du corps. En prenant donc i,943 par heure, poixt terme moyenjetenadniettant avec Cruicksbanks,que la main ehi à la surface du corps * «iC^o, la transpiration serait,
gram. Idlog.
par heure , de i i6,58o , et dans a4 heures , de ^^ygS , ce quî^est presque le double du résultat moyen obtenu par Lavoisier et Séguin , si toutefois levalution par Cruickshanks , du rapport entre la surface de la main et celle du corps n'est pas erronée.
Cruicksbankà répéta de nouveau Texpérience après avoir
gran.
pris beaucoup d'exercice, et il recueillit dans une heure b,io8 d'eau '. Il trouva aussi que cette vapeur aqueuse traversait sans diilQculté son bas ; qu'elle se faisait jour a travers un
{;ant de peau de chamois , et même qu'elle passait à travers e cuir de sa botte , quoique beaucoup moins abondamment que lorsque la jambe^ n'était pas ainsi recouverte*.
Il n'est pas difficile de voir pourquoi la quantité de vapeur aqueuse diminue avec le froid. Lorsque la surface du corps est exposée à une température froide , la capacité des vais* seaux cutanés est moindre., et par conséquent la quantité qui coule par eux doit diminuer.
D'un autre côté, lorsque la température est de beaucoup augmentée , soit par l'exposition à une atmosphère chaude , aoitpar un exercice violent, la vapeur traospirée augmente Don-seulement en quantité , noais même elle se manifeste sous la forme d'un liquide. Ce Uquide est connu sous le nom de s^eur. On ne sait pas encore comment la sueur est produite ; mais son importance , et ia très-grande utilité dont elle est à l'animal , sont bien connues. Aussitôt qu'elle paraît à la surr face de la peau , elle commence à s'évaporer. Mais sa con^versii^ en vapeur exige de la chaleur ; il y a , en conscr quence , absorption d'une partie de celle de l'animal , dont la température est ainsi abaissée. C'est par cette raison, que les animaux peuvent supporter pendant quelque temps, sans en être incommodés , une température beaucoup plus élevée qu'on n'aurait pu le supposer.
» On inseusîble Pcrspiralion^ p.
Soeur.
6a4 PARTIES DES AiriMAVX.
On coonait les expériences de Tillet^ et celles plus déci* sives encore de Fordyce et de ses collaborateurs. Ces physiciens restèrent pendant un temps considérable dans une température supérieure à celle de l'eau bouillante* •. Gvboae. ^' Outre Teau, on ne saurait douter qu'il n'y ait aussi émission de carbone par les pores de la peau; mais dans ouel état? C'est ce que les expériences faites jusqu'ici ne nous aonnent pas sufîisaipment les moyens de décider. Cruicksbanks reconnut que l'air du vase de verre , dans lequel il avait tenu sa main et son pied enfermés pendant une heure, contenait du gaz acide carbonique; car la bougie brûlait obscurément dans ce gaz, et il troublait l'eau de chaux' ; et M. Jurine trouva, que l'air qui restait pendant quelque temps en contact avec la peau , consistait presque entièrement en gaz acide carbonique '. On peut tirer la même conclusion des expériences dlngenhonsz et de Milly '. Trousset a observé qu'il s'était séparé de Tair en grande quantité du corps d'un de ses malades pendant qu'il était dans le bain ^.
Or , il est évident que le gaz acide carbonique , dont la présence se manifestait pendant TexpériencedeCJruickshanks n'existait pas préalablement dans le vase de verre ; il avait donc du , ou avoir été transrais tout formé à travers la peau , ou s'être produit pendant l'expérience, par l'absorption du ga2 oxigène, et l'émission qui s'en était suivie, du gaz acide carbonique. Les expériences de M. Jurine rendent la
1)remière de ces hypothèses inadmissible ; car il trouva que a quantité d'air en contact avec la peau n'augmentait pas. 0 faut par conséquent que la présence du gaz acide carbonique soit due ou à l'émission du carbone , qui forme du saz acide carbonique en se combinant avec le gaz oxigène de rair,ou à l'absorption du gaz oxigène, et à l'émission subséquente degaz acide carbonique; précisément de la même manière, et pour la même raison, queces substances sont émises par les poumons. La dernière de ces suppositions est la plus probable; mais les expériences faites jusqti'à présent ne nous suffisent pas pour décider la question.
Juuieûfl'!^^ 3. Indépendamment de Teau et du carbone , on du gaz acide carbonique, il s'échappe aussi de la peau une substance
* On insensible Perspiration , p. 70 et 81.
* Encycl. méd. 1| 5i5.
» Ibid, p. 5ii.
* Aon, de CWm. XLV, 73.
sviirm. 6o5
particolière , odorante. On sait que chaque animal a une odeur qui lui est propre. Le chien découvre son maître,. et même en 5Uit au loin la trace , par le flaire. Un chien, qu'on avait enchaîné pendant quelques heures après que son maître fut parti pour tin voyage de quelques centaines de lieues , suivit si bien ses traces à i'odenr , qu'il le retrouva le troisième jour au milieu d'une foule '. Mais il est inutile de multiplier des exemples d'un fait aussi notoire. Or, cette odeur est nécessairement due k quelque matière particulière qui s'exhale continuellement ; et cette matière doit différer un peu soit en quantité, soit dans quelqu'autre propriété , puisque nous voyons que c'est par elle que le chien distingue facilement Findividu. Les expé« riences de Cniickshanks prouvent , jusqu'à un certain point , que cette matière est une substance huileuse , ou dumoins qu'une substance huileuse sort par la peau. Il porta à plusieurs reprises , nuit et jour , pendant un mois , et dans le temps le fins chaud de Tété , le même gilet de laine tricoté. Au nout [e ce temps il trouva toujours qu'une matière huileuse , sous forme de larmes noires , s'était accumulée en quantités considérables sur le poil de la surface intérieure du gilet. En frot* tant cette matière sur le papier, elle le rend transparent et ferme comme le fait la graisse. Elle brûle avec nn^ flamme blanche , et laisse un résidu charbonneux '.
4- Berthollet observa que la transpiration est acide , et il 4. un «ddt: en conclut que l'acide dont la présence se manifeste est t'acide phosphorique * ; mais cette opinion n'est appuyée d'aucune preuve. L'acide que Tbénard obtint était l'acide acétique ; snais Berzelius a rendu probable que le véritable acide de la sueur est l'acide lactique, et que dans les expériei\ces de Tbénard , l'acide acétique s'était formé anx dépens de l'acide lactique. Berzelius évapora à siccité, dans un verre de montre , quelques gouttes de sueur. Le résidu jaunâtre avait au microscope toute l'apparence d'un n:>élange ordinaire d'hydrochlorates de potasse et de sonde , avec acide lactique, lactate de soude et sa matière animale qui l'accompagne-, il rougissait le tournesol et se dissolvait dans l'alcool \
* CruicVâhiitiks , on ioscosible Çerspîralion , p. 93.
» Ibid' p. 91. ^
' Il remarqua qu*an papier bleu appliqué à un membre afifecté d*un paroxisme gOatteax aerenait toujours ron^e. Jburn. de Phys. XXVUI , 075. 4 Annals of Philosophy, II, 41S.
'SéB ]>ARTt£S DfiS ÀRIMAVt.
5. MMièr« 5* ^ petite qiuaitké de matière animtte , dont Tk^«rd «nim«i«. reconnut la présence dans la matière traospirée, avait des propriétés qui k portèrent à la considérer coânne étaut de nature gélatineuse.
Fourcroy et Vauquelio se sont assurés que l'espèce de gale qui se rassemble sur les peaux des cheraax , coosistfe princtpalement dans du phosphate de chaut, et même que •quelquefois il y est mêlé avec de Turée.
Telles sont les parties constituantes de la matière frans' pirée. Quoiqu'il n'ait pas éfé fait d'analyse directe de la sueur, il y a cependant lieu de croire que sa composition est la même.
SECTION XXVI
De l* Urine.
His:oir«. AucuNE substauce animale n'a plus attiré l'attention que l'urine , sous le double rapport de sa connexion présumée avec diverses maladies , et des produits très-remarquables qu'on en obtient. Boyie, et les antres chimistes contemporains , furent portés à examiner particulièrement ce liquide, par la découverte qu'ils firent d'une méthode pour en extraire du phosphore. Boerhaave, Haller, Haupt , Margraff, Pott/ Rouelle^ Proust et Klaproth, ont successivement apporte des perfectionnemens au procédé au moyen duquel on retirait des sels phosphoriques de l'urine , et leurs travaux ont ajouté quelque chose à ce que nous connaissions déjà sor les pria* cipes coqstituans de ces sels. Schéele y découvrit ett outre plusieurs substances nouvelles , dont on n'y avait pas soupçonné ta présence. Cruickshanks nous adonné un mémoire très-intéressaot sur l'urine ^ dans la seconde édkion du Diabète de Rollo. Fourcroy et.Vauquelin en ont publié une analyse très-complète ; et Proust en a fait connaître une antre, non moins intéressante , dans laquelle il dénote l'existence de plusieurs substances, qui avaient jusqu'alors échappé aux recherches des chimistes. Mais l'analyse la plus exacte qui ait été faite de l'urine est celle de Berxelius *.
PropritUi. L'urine nouvellement sortie du corps, diffère beaucoup, dans son apparence, suivant Tétat de l'individu et le moment
♦ Djur Kcmicn, Il , 3-8.
oà n ta rend* Ed général , Ttiriiie cTane personne en bonne santé est un fi^oide de conleiir légèrement ambrée , d'une odeur aroroatraue , analogue à celle des violettes , et d'une sa veur amère desagréable. Sa pesanteur spécifique rarîe, selon Cmîckshank , de i,oo5 à i,o'i3 *. Par le refroidissement de rorifie,rodeur aromatique se change en une antre bien connue sous le nom Codeur urinense, A cette odeur en succède, au bout de deux ou trois jours, une autre, qui a beaucoup de ressemblance avec celle du lait aigri. Celle-ci disparaît a son tour , et est remplacée par une odeur alcaline fétide.
I. L'urine rougit le papier de tournesol, et contient par contient conséquent un acWe. On a généralement considéré cet acide «^ acide» comme étant l'acide pbosphorique ; Thénard assure que c'est Tacide acétique * ; mais Berzelius a fait voir que c'est Tacide lactique '*
a. Si l'on verse une dissolution d*ammonîaque dans de i»ho$phat« Turine nouvellement rendue , il se précipite une poudre blan- *** ^*'**' che qui a tes propriétés du phosphate de chaux. Ce fut Schéele qui reconnot le premier la présence de cette substance dans I*ttrirte ♦• Le phosphate de chaux est évidemment tenu «n dissoMdn par l'acide acétique. Schéele assure que c'est dans l'urine du malade que ce sel est le plus abondant. Ber- tbolleta remarqué, que l'uriue de^ goutteux était plus acide ^ue celle des personnes en bonne santé. La proportion ordinaire de phosphate de chaux , dans l'urine des personnes Wen portantes , est , selon Cruickshanks , d'environ les 0,00 1 1 du poids de l'urine *.
ié En ekaminatit le phosphate de chaux précipité' de Tu- phcphate irme, ou le trouve mêlé d'un peu de magnésie ; ce qui est du , <î«"^*s°«"*^ainsi ^^ Foorcroy et Vauquelin s'en sont assurés , à un peu de pbosphate de magnésie que l'urine contient , et qui est décomposé par l'alcali ou la chaux employés pour précipiter • lephosphate de chaux *.
^ LeD.*' Henry annonce n^aToir jamais trouve la nesantear spéeiilifue derurine, plus élcYëeqnc i,oao. Annals of Philosophy, 1, 28.
• Arq. de GtttfD.LlX, ^G^.
' Annals of Phîl«aopbY» U y i\Q, «
4 Schéele,!, aoS.
• Pha. Maff.11,341.
< Aon. deChim. XXXI, 66. La mène découverU fut faite antérieurement par le docteur Wollastoa. Hb examinatioa of calculi. Piàil. Trans. 1797.
6o8 PAETIIS DSS ARIM AVX.
4* Berzelias nous appretfd que dans Turine , il se troore VD peu de fluate de chaux mêlé avec le phosphate de chaux. Après avoir fait ud mélange des pbospaates de l'urine avec un poids égal d'acide suifurique , il exposa aux vapeurs de ce mélange , un morceau de verre préparé pour la gravure : le verre fut sensiblement corrodé , ce qui était un indice de développement d'acide fluorique '.
suifaïf 5. Liirine contient aussi une proportion notable d'acide ^'^t^.^^ suifurique uni et k la potasse et à la soude; c'est ce dont s'assura Berzelius. Si après avoir addulé de l'urine avec de l'acide nitrique, pour que les phosphates ne soient pas précipités , on mêle alors cette urine avec de rbydrochiorate de barite. il se produit un précipité abondant de sulfate de barite. Ce précipité étant séparé par le filtre, et l'urine claire sursaturée avec de l'ammoniaque, les phosphates se déposent et entraînent avec eux une quantité additionnelle de sulfate de barite*.
kdè» 6« Oo trouve aussi , suivant Proust , de l'acide carbonique
^■'***>»^~* dans l'urine , et c'est sa séparation qui donne lieu à l'écume
Î[ii accompagne l'évaporation de l'urine '. D'un autre côté , ourcroy et Yauquebn pensent que cet acide se forme pendant l'évaporation, par la décomposition de l'urée. Les observations de Proust confirment celtes faites antérieurement par Priestley et Percival. et elles se trouvent d'accord avec les expériences de Vogel. Ce chimiste ayant placé sous le récî* pient de la machine pneumatique un appareil , dont faisait partie un flacon dans lequel il avait introduit une certaine quantité d'urine fraîche de boisson , il se dégagea, lorsque le vide fut fait, une très-grande quantité de huilés d'air. Cet air > en traversant de l'eau de^ chaux finit par la rendre laiteuse, et
il se déposa du carbonate de chaux ; ce qui indique que l'air qui s'était dégagé était du gaz acide carbonique ^. juid« nnqa; Lorsque l'urine fraîchement évacuée refroidit, elle dépose souvent un précipité de brique , que Schéele reconnut être le premier aes cristaux d'acide urique. Toute urine contient cet acide, même lorsqu'il ne se forme pas de prédpité apparent par son refroidissement ; car si Ton évapore aux o,oo56 de son poids une assez grande quantité d'urine claire et frai-
■ Annals orPhilosonhy, Tl,/i\6. * Ibid P. 4'7» » Aon. de Chim. XXXVI, a6o. < W.Xail, 71.
tJAIlf£k
che, il se précipite une poudre tré^-fioe qui s'attache en par* tie, très-fortementaux parois du vase. On peut dissoudre cette, portion dans de la potasse caustique, et la précipiter de nouveau par lacide acétique. £ile manifeste toutes les propriétés de l'acide urique ' -, et le fait est, que le précipité qui se dépose ordinairement lorsque Turine se refroidit, est principalement composé de phosphate de chaux et d acide urique. On peut le dissoudre dans Tacide nitrique étendu. En chauffant la dissolution et en Tévaporant à siccité , elle acquiert une belle couleur rose , si Facîde urique est présent '. La proportion de l'acide urique ^ dans Turine, varie considérablement. U cristallise en petits prismes rouges y en partie à la surface de Furine, lorsqu'après lavoir mêlée avec de Tacide nitrique, on expose le mélange à l'air. En effet, les expé* riences du docteur Egan nous apprennent que, par le mélange de tous les acides avec Turine, il se dépose de Tacide urique en cristaux ^.
o. Dans les fièvres intermittentes^ et surtout dans les ma- AbicW iadies du foie , Turine lai$se déposer un, sédimeot abondant »»*<^<i"** de couleur rouge de brique , qiû contient Tacide rosacique de Proust.
9. Si l'on évapore de J'urine fraîche en consistance de Aci(f« sirop, et qu'on. y verse alors de l'acide hydrocbloricme, il ^«»'«^^•• se forme un précipité , qui parait avoir les propriétés de l'a* . cide benzoïque. Schéele est le premier .qui découvrit la présence de cet acide dans rûrine. Il févappra k siccité, en sé- Eara la partie saline , et appliqua la chaleur au résidu. L'acide enzoïque se sublima , et fut trouvé cristallisé dans le récipient Ce furent Fourcroy et Vauqiielin qui proposèrent les premiers cette méthode \ On peut, parce moven^ obtenir l'acide benzoïque en très-grandes quantités de ruripe des chevaux et des vaches , où cet acide est beaucoup {Jhs abondant que dans Vurine humaine , qui n'en contient que de 0,001 à ç,oooi ** Proust assure que l'acide obtenu par leprocédé de Schéele, n*e&t pas l'acide benzoïque *, que c'est.un butre acide qui a des propriétés semblables, mais qui en diffère par cette circonstance,
■ Scheel«, 1 , lo*.
* CrnickshaDks.
» Phil. Mag. XXn!,398.
^ Ann. de Ciiikii. XXXÏ ,. 6». ^ jhid. p. 63.
6ïO PARTISS DIS kVÎUkVX.
que Tacide nitrique le décompose , tandis que Faction de cet acide sur I*ïicide bentoïqoe se borne a le blanchir '. Aibonifl* '^* Lorsqu'on verse dans l'urine une infusion de tannin, «tfiéUtiM. on obtient ub prédpité blanc ^ ayant les propriétés de U combinaison de tannin et d'aUmroine. L'urine contient donc de Talbumine ou de la gélatine. On avait bien soupçonné dans l'urine la présence de ces substances, mais ce fut Se* guin qui la ^montra le premier , et qui découvrit la méthode ci-dessus indiquée ponr les y reconnaître. Leur quantité dans l'urine saine est très-petite , souvent même elle n'est pas sensible. Gmicskshanks trouva que le précipité fourni par le tannin, dans l'urine saine,s*élevait aux 0,0041 du poids de l'urine 'î dans un grand nombre de maladies ces matières s'y trouvent en beaucoup plus grande ouantrté. L'urine des faydropiqaei contient souvent assez d'alknnine pour qu'elle secoagnle, non-seulement par l'addition d'acides, mais même pr l'application de la chaleur '. Il y a aussi , dans tous les cas de digestion altérée , augmentation dans l'urine de la partie albumineuse. Cette circonstance offre une des marques dis* tinctives les plus remarquables et les plus importantes entre l'urine des personnes bien et mal portantes ^. vréê. II. En évaporant l'urine à un feu doux en consistance d'un sirop épais , eHe acquiert une couleur brune foncée, et exbaie une odeur ammoniacale fétide ; par le refroidissement , elle se prend en une masse de cristaux , composés de tous les principes de l'urine. Si l'on verse , par intervalles sur cette masse, fusqu'à quatre fois son poids d'alcool, e( qu'on expose le tout k une douce chaleur, il s'en dissout la plus grande partie. On décanfé alors l'alcool , qui est devenu de couleur brune, et on le distille dans une comoeau bain de sable, Jusqu'à ce que le mélange ait bouilli pendait quelque temps , et cra'il ait acquis la consistance de sirop' rendant ce temps l'atoool a passé en totalité , et h matière cristallise par le refroidissement en lames quadranpilaires qui se croisent. Cette substance constitue Purée, qui forme les o,o3 de l'urine , pourvu que U partie aqueuse ait été enlevée. C'est cette substance qui caractérise l'urine , qui I2
• Ann.dcChîm. XXXVI, anS.
« Phil. Mag. Il , a43.
* Cfuickfthaok», ibid. . ilfi.
' < Fourcroy et Vaii<{ticUo» Aan. de Chim. XXXI» Çt'
URIKE* 6tl
constitae ce qu'elle est , et i laquelle so&t dus sa saveur, son odeur, et la plupart des phénomèoes très-singuliers qu'elle présente.
On peut. en découvrir la présence en évaporant Furine jusqu'à consistance de sirop, et en y versant alors de Facide nitrique concentré. 11 se précipite sur4e-cliamp un grand nombre de cristaux blancs éclatans, sous forme de lames, qui ressemblent beaucoup à Tacide borique cristallisé. Ces cristauxsont l'urée à l'état de combinaison avec l'acidenitrique.
La quantité d'urée varie coasidérablement dans des urines difTéreutes. Dans celle évacuée presqu'immédiatement après le repas on en trouve fort peu, et k peine peut^on en découvrir dans celle rendue pendant le paroxysme d'affections histériques.
la. bi l'on évapore lentement l'urine )ttsqu*en consistance Hydrocbiont» de sirop, il se rassemble à sa surface beaucoup de cristaux. ^* *''"*^*' Ces cristaux ont les propriétés de Tfaydrochlorate de soude. L'urine contient donc deceseL On sait que rbydrodilorate de soude cristallise en cubes -, mais celui obtenu de l'urine est tous la forme d'octaèdres. C'est à l'action de l'urée qu'il faut attribuer cette singulière modification de forme "^^ U est connu depuis longtemps qu'en saturant l'urine d'bydrochlorate de soude , ce sel cristallise en octaèdres réguliers.
1 3. Le résida salin qui reste après que Purée a été sépa* Pbo^ph«ttt rée, au moyen de l'alcool , de l'urine cristallisée , est flooinu^ïrdîr^iai'* Sous le nom de sel fusible d'urine y et de sel microcosmique. U a été proposé par les chimistes différentes méthodes pour Tobteoir, depuis Boerbaave qui, le preotf^r, publia un procédé, jusqu'à Rouelle et Cnaubies, qui y substituèrent celui que je viens de décrire. Si l'on dissout cette masse cristalline dans une suffisante quantité d'eau cbaude, et qu'on abandonne la liqueur à la cristallisation spontanée datis un vase fermé , il s'y dépose peu-à-peu des iH'isteiux de deux espèces. Les cristaux qui se trouvent le pli^ aH-dessous affectent la forme de prismes rbomboïdaux comprimés; les cristaux an-dessus, au contraire , ont cette de tables rectangulaires. On peut les séparer aisément les uns des autres en les tenant pendant quelque temps exposés à uu.air sec. Les tables rectangulaires s'effleurissent , et tombent en poussière , mais
* Fottfcroy cl Vatiquclia»
6l2 PARTIES DES ANIMAUX.
les prismes rhomboïdaux restent' sans avoir éprouvé d'altération.
En examinant ces sels , on leur reconnaît les propriéiés de phosphates. Les prismes rhomboïdaux sont composés de phosphate d'ammoniaque , uni à un peu de phosphate de soude : les tables rectangulaires , au contraire , sont du phosphate de soude uni à une petite quantité de phospbte d'ammoniaque ; Turine contient donc du phosphate de soude ^t.du phosphate d'ammoniaque.
Hydrorhiomt. ^4* Lorsqu'oH évaporc l'urine avec précaution , il s'y dé- AmmoBwqtte. posc souvcnt parmi les autres sels un petit nombre de cristaux cubiques , qui ont les propriétés a hydrochlorate d'ammoniaque. Or , la forme onîinaire des cristaux d'hydrochlorate d'ammoniaque est l'octaèdre. Le changement de sa forme dans l'urine, est aussi produit par l'urée. On obtient ce sd en plus grande quantité lorsqu'on distille les cristaux d'urée provenant de la dissolution aléoolique '. ^„fi.ç, 1 5. Lorsqu'on fait bouillir dé l'urine dans une bassine d'argent, le vase noircit-; et si la quantité d'urine estasse! grande, il ^ détache du vaisseau de petites feuilles de sulfure d'argent; donc l'urine contient du soufre. Ce soufre ■s'exhale avec l'acide carbonique lorsque Tuirine se putréfie; car les vapeurs qui se séparent de l'urine dans cet état, font
f)araitre le^ caractères tracés siir du papier avec de ta disseution d'acétate de plomb^ en noirdssant ce papier*.
i6. Le nuage qui se manisfeste lorsque l'urine -refroidît, et qu'on peut toujours rémarquer en plus ou moins grande t]Qantité dans l'urine, est le mucus de la vessie ; on le sépare |îar le filtre. Ce mùcâs fiidillte le dépôt de cristaux tfacîdc "uriqne; de sorte mie lorsqu'il arrive qu'il est retenu dans la vessie, il y peut faire fçnl:tions de noyau pour la formation tk calctil;
L'urine' de l'bommfe dans l'état de santé, est composée, -suivant Berzelms, sur îooo parties, savoir : *
■ FoarCroy et Vanqiielitt.
» Proust, Ann. tte Chîa. XXXVI, ii5«.
Eau q33,oo b .
XT ' ^ Pârti€i
Urée •.•••«• •4..... 50, l O oomUtuaDte».
Salfale de potasse ,, 3,71
Sulfaîe de soude 3, 16
Phosphate de soude , 2,94
Hjdrochlorate de soude. 4»45
Phosphate d'ammoniaque 1 ,65
Hydrochlorafe d'ammoniaque • 1 ,5o
Acide lactique libre ..•..'i
Lactate d'ammoniaque |
Matière animale , soiuble dans Falcool . • . . > i?) ^ ^ . Urée , qui ne peut être séparée de cette ma- i
tière J
Phosphates terreux, avec trace de floate de
chaux ] ,00
Acide uriqne -, . i,oo
Mucus de la vessie o,3a
Silice o,o5
Aucune substance ne se putréfie plus promptement, ou vnwéhc^on n'exhale une odeur plus désagréable pendant sa décomposi« *^* *"'"*** tîoD spontanée, que Turine; mais les diverses espèces d'urine diffèrent beaucoup entre elles sous ce rapport. Hans auelques-unes, la putréfaction a lieu pres^u'au moment de 1 évacuation; dans d'autres, on aperçoit à*peine aucun changement pendant un certain nombre de jours. Fourcroy et Yauquelin opt reconnu que celte différence dépend de la quantité d'albumine et de gélatine que Turine contient. Lorsque ces substances sont en très-petite proportion dans l'urine , elle reste long-temps sans altération; et au contraire, plus la proportion de gélatine ou d'albumine est grande, plus la
Jmtrèfaction commence promptement La putréfaction de 'urine est donc en quelque sorte un indice de maladie dans la personne qui l'a évacuée; car une surabondance d'albu* mine dans l'urine dénote toujours quelque vice dans les forces digestîves ■.
La putréfaction rapide de l'urine est due , alors , à Faction de l'albumine sur l'urée. On a déjà vu avec quelle facilité cette singtdière substance se décompose, et que les
« Annals of Philosophy, II , /(a3.
• Fourcroy, Anu, de Cbim. XXXI, 6i.
6l4 PARTIES D£S ANIMAUX.
nouveaux produits dans lesquels elle est chaogéc sont h l'ammoniaque, de Tacide carbonique et de Tacide acétique. Aussi , la putréfaction de Turioe s'annoDce-l-elle jwr une odeur ammoniacale. Il s'y dépose des flocons mucilagineux, composés d'une partie de la matière gélatineuse. L'acide lactique est saturé d'ammoniaque, et, en conséquence, le phosphate de chaux est précipite. L'ammoniaque se combine avec le phosphate de magnésie, et forme un sel triple, qm cristallise sur les parois du vase en cristaux blancs, composés de prismes à six pans, terminés par des pyramides hexaèdres. Les acides urique et beozoique sont saturés d'ammoniaque. L'acide acétique et l'acide carbonique, qui sont les nroduils de la décomposition de l'urée , sont aussi saturés d'ammoniaque; et nonobstant la quantité- de cet alcali qui s'exhale , • la production en est si abondante, qu'il en reste encore dans le liqtiide une certaine quandté qui n*a pas été saturée. Ou voit ainsi, que l'urine putréfiée contient prîncipaleinent les substances suivantes, dont la plupart sont les produits de la putréfaction.
Ammoniaque.
Carbonate d'ammoniaque.
Phosphate d'ammoniaque.
Phosphate de magnésie et d'ammoniaque.
Urate d'ammoniaque.
Acétate d'ammoniaque.
Benzoate d'ammoniaque.
Hydrochlorate de soude.
Hydrochlorate d'ammoniaque.
Il faut y ajouter encore la gélatine précipitée et le phosphate de chaux *.
PMHUiioa • I^a distillation de l'urine produit presque tous les mêmes 4f if urine, chaqgemens', car la chaleur de l'eau bouillante suffit pour décomposer l'urée, et pour la convertir en ammoniaque, en acide carbonique et en acide acétique. Aussi, lorsqu'on distille l'urine , pa$se-t4l de l'eau, contenant de l'ammoniaque ea dissolution, et du carbonate d'ammoniaque cristallisé ; ks acides présens dans l'urine sont saturés d'ammoniaque , et la gélatine et le phosphate de chaux sont précipités *•
' Ann. de Chim. 'XXXI, 70. ? UiiéU p, 55,
OKINK. 6]S
TeDes sont les propriétés de l'urine de Hkomme en santé-, cbancrirn.* mais cette excrétion est singulièrement modifiée par la ma- p^*mauall ladie. Les altérations auxauelles elle est alors sujette ont dans tous les temps attiré l'atteotioo des médecins , parce qu'elles indiquent iusqu a un certain point l'état du malade , et les progrés de la maladie. Les changemens les plus remarquables qu'on y a observés % sont ceuz-ci^près.
1 . Dans les maladies infiammatoires l'urine est de cou- jaa«MMiio«. leur rouge, et d'une âcreté particulière, eUe ne dépose pas de sédiment par le repos, mais elle prédpite abondamment par le percUorure de mercure.
a. VesAvtiiXà jaunisse ^ l'urine est d'un jaune orangé, etjauifaM. elle communique la même teinte au linge. L'acide faydrochlorique verait cette urine , ce qui y indique la présence d'un peu de bile
Dans ces cas l'urine contient quelquefois , d'après les expériences deTourcroy et VauqueKn, uiie substance analogue à la matière jaune^ qu'ils obtinrent par l'action de facide nitrique sur la fibre musculaire *.
3. Vers la fin des maladies i^t/^a/nmaft)//;^, l'urine devient Finde abondante et dépose un sédiment rosacé copieux. Ce sédi- ***»**»">•*'<*• ment est composé d'acide rosacique, d'un peu de pbosphate de chaux et d acide urique.
4- Dans les paroxismes fystériques , l'urine coule ordi- Affections nairement avec abondance. Elle est limpide et sans couleur ; hirtcnquo. elle contient beaucoup de sel, mais a peine de l'urée, ou de la gélatine.
5. Berthollet observa que l'urine des goutteux contient coati*. ordinairement beaucoup moins d'acide pbospborique, que celle des personnes en santé. Mais dans le paroxisme de la goutte la proportion d'acide phosphorique y est beaucoup plus considérable qu'à l'ordinaire ; quoiqu'elle ne le soit pas plus que celle qui existe constamment dans l'urine saine ^.
(L Dans une hydropisie générale , l'urine est chargée d'aï- Hjdropiût. bumine ; elle devient laiteuse , ou même elle se coagule par l'exposition à la chaleur , ou au-moins lorsqu'on y mêle des aciaes. Dans l'hydropisie provenant de la maladie du foie ,
' Cruiclubaoks , Phil. Mac. II, ajo.
• Phil. Mag. XXIII, 35 r.
» JouriudcPhys. XXVIII, tjS.
6l6 ^ PARTICS DtS ANIMAUX.
il ne se trcHive point d'albniBine dans l'urine, elle est alors très-peu abondante , fortement colorée , et dépose le sédiment de coulenr rosacée.
Dans certains cas , on a observé que Turinedes femmes est d'une apparence laiteuse , et par l'examen oui en a été fait, on s'est assuré que cette urioe diffère de Turme ordinaire en ce qu'elle contient une proportion notablede matière casense^
Pyspe^. 7. Dans la dyspepsie , l'urine précipite toujours abondamment avec le tannin, et elle se putréne rapidement. R«chitis. S. L'urine des rachjtiques est, suivant certains chimistes, chargée de phosphate de chaux , et selon d'autres , d'oxalate de chanx.
H'patitit. 9. M. Rose s'est assuré cme dans les hépatites (inflammations du foie) chroniques , nirioe ne^^ontient point d'urée** Ce fait remarquable a été confirmé par les expériences da docteur Henri *.
piabètet. Dabs le cas de diabète , l'urine est d^noe saveur sucrée et chromée souvent de matière saccbariiie. On cite un malade diabétique , qui rendait par jour nne quantité d'nrioe con* tenant , d'après tes etpénences de Cruickshanks , 900 gram. de sucré/.
^ Urine Ùurine d autres animaux diffère considérablement de celle
^îôfcViluî»? ^^ rhomme. On doit principalement à Rouelle jeune, les analyses oui ont été faites jusqu'à présent , sur l'unne des quadrupèdes. Les expériences de ce chimiste \ ainsi que celles de Fourcroy , de Vauquelin ,-de Braode et de Cbevreul , nous présentent les faits suivans.
Du çUfevii. !• L'orine du cheval a' une odenr particulière. Si Tanimal a fait beaucoup d'exercice , elle est épaisse et laiteuse : dans d'autres circonstances , elle est transparente ^ mais elle se trouble prodiptement après l'émission. Lorsqu'elle est exposée à Pair , sa surface «e recourre d'une croûte de carbonate de chanx. Elle verdit le sirop de violette , et elle a la consis-
■ Voyet l'analyse d'un échanlillon de celle urine par Caballe. Ann. de Chim. LV, 64.
* Annals of Phylosopbjr, V, *4'*«
»/Aw<. Vl.Sga.
4 Oq peut conaulter une suite d'expériences eomparatÎTes faites par Nicolas , sur Purine dtabctiqne, et l'urine salue, Anii. de Oiiai« XLIV, 39. The Analysis of diabetic unne by Sorg ( Gebkn's Jonm. VI , 9); elpar DupayUeo et Thénard (Aoq. de Ctùai, LIX, 41.]
VRIKC. 617
tance du mucilage. Fourcro^jr et Vauquello recomuirent que cette urine était composée ainsi qu'il suit, savoir :
Carbonate de chaux 0,01 1
Carbonate de soude 0,009
Beuzoate de soude. 0,034
Hjdrochlorate de potasse <>»o09
Urée • 0,007
Eau et mucilage^ 0,9^0
L'urine de cbeval a été analysée par M. Brande ; les sels qu'elle contient sont , suivant lui , savoir :
Carbonate de chaux. Hjdrochlorate de sonde.
Carbonate de soude. BeuDôatede sonde.
Sulfate de soude. Phosphate de chaux.
Ces substances salines s'élèvent aux o^iàS environ' de Furine. Chevreul soumit depuis à un nouvel examen chimique, Turine du cheval, dans la vue spécialement de s'assurer si ellç contenait du phosphate de chaux, ainsi que M. Brande l'avait annoncé, bes expériences conlirraèreut celles de Fourcroy et Vauquetin. (.nevreul ne trouva pas de trace sensible de phosphate de chaux dans cette urine ; mais il reconnut qu'elle contenait de la magnésie et du sulfate de potasse, substances
S ni n'avaient été , ni l'une m l'autre , observées par M. rande '.
On voit , par les dernières expériences de M. Giese , que la quantité de benzoate de soude varie considérablement dans l'urine des chevaux. Il le trouva en abondance dans quelques échantillons , et le précipita facilement par l'acide hydrochlorique. Dans d'autres, il n'en reconnut que très-peu ou point du tout. Comme il ne jput découvrir la présence de îacide benzoïque dans les alimens des chevaux, il en conclut que cet acide se forme dans l'atiimal, et qu'il ne se manifeste que dans les cas de maladies.^. . .
II. L'urine de l'âne fut aussi examinée par M. Brande; j^ y^ cette urine est transparente et tnocilagineuse. Elle verdit le
' M^m. del'Iiwt. II, 43f.
• Ann. de Chim. LXVII, 276.
» Ibià, 3o3
4PbU. Mag.XVII, i5l
€l8 PARTIES DBS AITIMADX.
sirop de violettes, mais il ne s'en sépare pas de carbonate de chaux par le repos. L'arine de Tâoe cootieot , suivant M. BraDde, délurée, plus de phosphate de chaux, oue TuriDe du cheval , du carbonate de soude , du sulfate de soude , de rhydrochlorate de soude , et probablement de Thydrochlorate de potasse. Elle ne contient point d'ammoniaque'. De u T«chc. m. L'urme de vache ressemble beaucoup à celle du cheval. Elle a à-pen-près la même odeur et la même consisuoce mucilagineuse. Elle verdit le sirop de violettes , et dépose une matière gélatineuse. Abandonnée à elle-même , il se forme de petits cristaux i sa surface. Elle est composée , sai* vant Rouelle: