‹ Système de chimie (volume 3)Chapitre 19 sur 149 · Amidon (Tavoine · texte numérisé non relu

Amidon (Tavoine

On retire en Angleterre cette substance trè^nutriUve de

k balle de l'avoine par un procédé analogue à celui employé

pour^la préparation de l'amidon ordinaire. On sépare , au

moyen dnn tamis , la balle de l'avoine de sa farine ou du

tnun. Cette balle retient encore une proportion considérable

de Qia^e farineuse. On la mêle avec de l'eau, et on la laisse

amsi pendant quelques jours, jusqu'à ce que l'eau devienne

Iqgéremeot sure. On jette alors le tout sur un tamis. U passe à

trarers une eau laiteuse, f^i toute Ja, balle reste. L'eau , ainsi

obtenue, est chargée d'uie matière amilacée oui se déppse

promptement. On décante la liqueur sure, et Ion ajoute en*

viron quantité égale d'eau fraîche. Ce mélange , lorsqu'on le

fait boaillir, forme un objet d'aliment très -nourrissant, et

la portîcin^'ean^sure qui reste encore unie à l'amidon donne

à toute la masse une acidité asréable.

Cest une chose remarquable que l'avidité avec laquelle les ooch<His avalent l'eatt-des amiuonniers, malgré la grande quantité d'acide qu'elle contient , de même que l'eau encore plus sure de l'amidon d'avoine. (Jes eaux les engraissent*

SECTION XVIII. De FIndigo.

Ox retire celte substance , précieuse par sa matière colo- TTLme , l'un des objets capitaux de manufactures d'Amériqu^ des feuiUes de dirférentes espèces de plantes. Cette matière

9$ PARTIES COKSTIÏUAirtES DES PLAlTtES.

coloraote la plus belle est, dit-oo, celle fournie, mais en plus petite quantité , par Xindigofera argentea , ou indigo sauvage. On l'obtient aussi de Vindigofera disperma ou indigo guatimala , ainsi oue de Xindigofera tinctoria ou indigo franc : et quoique 1 indigo^ dans cette dernière plaute , soit inférieur en qualité à celui qu^on peut extraire des autres espèces, les Colons la préfèrent , parce que c'est elle qui en fournit en plus grande quantité ^ Pi^pmtioii; G^t à Labat qu'on doit la première description exacte dft mode de préparation de l'indigo provenant de ces plantes * ; et quoiqu'il ait été fait , depuis , quelques améliorations dans sa fabrication , la manière de les cultiver est encore la même. Dans les Indes occidentales on sème les graines au mois de mars dans des tranchées distantes d'environ 3o centimètres l'une de l'antre. La plante ne tarde pas à entrer en fleur, et elle est bonne à couper au mois de mai. On j fait souvent

3uatre coupes de la même plante dans l'année, tandif que ans l'Amérique méridionale , on n'en obtient jamais plus de deux , et même assez ordinairement qu'une seule , la plante n'y étant bonne à couper pour la première fois qu'au bout de six mois. Le produit diminue continuellement après la

I première coupe , de sorte qu'il est nécessaire de renouveler esjplaQtes, de graine, tous les ans.

on coupe les plantes avec des faucilles , et on les dispose par couches dans une grande cuve d'environ 1 48 décimètres carrés, faite en maçonnerie ou en bois, et appelée trempoire. On remplit cette cuve avec les plantes, jusqu'aux 0.76 de sa capacité; on y ajoute de l'eau , jusqu'à ce qu'il y en ait de 100 à 1^5 millimètres au-dessus des couches : les plantes sont maintenues dans cette position au moyen de planches chargées de poids qui les recouvrent et les pressent, afin d'éviter qu'elles ne nottent. Les plantes ainsi disposées dans la cuve , y entrent en fermentation , et ce procédé exige la plus grande attention *, car si on les laisse fermenter trop long-temps , la matière colorante s'altère , et si on retire l'eau trop tôt , on perd beaucoup d'indigo. La température la plus convenable pour cette fermentation est , suivant

' KdTvard^s Hislory of the westlndies, II, 37$ j et Berlhollet » i:iëm. delà Terat. H, 3n.

* His acconQt deuileo by D.' Lewis , in r^euman^s Chcmistrr»

LeUood , celle d'einriron 2<^ ceotîgr. L'eau devient bientôt epaqae, et prend une couleur verte; il s'exhale une odeur ma ressemble à celle de rammoniaque^ et il se dégage des taDes d'acide carbonique '• Lorsque la fermentation a contmué d'avoir lieu pendant asses long-temps, on fait couler la liaueor dans une seconde cuve placée au-dessous delà pre« mière. La capacité de cette cuve, appelée batterie, est ordi'» nairement d'environ m décimètres carrés sur 4i de pro« fondeur. On y agite la liqueur pendant i5 ou ao minutes, an moyen de leviers, barres ou traverses, mus par une ma** chine, jusffu'àce qu'il commence à s'en séparer de légers flocons qui donnent à la liqueur un aspect caillé. On ajoute alors une certaine quantité d'eau de chaux, et on laisse déposer les flocons bleus. L'em{^i de Teau de chaux parall nécessaire pour prévenir la putréfaction , qui autrement pourrait amre à la matière colorante; et, suivant Leblond , cette eau de cbaux absorbe l'acide carbonique qui existait dau le liquide, et qui s'opposait à la séparation de l'indigo. Où iécante l'eau, et l'on met la matière colorante dans de fcûi&iacs de toile serrée, où on la laisse égoûter; aprcs çQoi 00 vile ces sacs dans de p^ts caissons carrés , dana lesoueb on U fait sécher à l'ombre *•

Les Indes occidentales et rAmérique ont pendait long« temps approvisionné 1 Europe d'indigo; mais dans ces derniers temps on en a introduit la fabrication daus llndostan , et elle y a été dirigée avec tant de succès , lone désormais ce pays pourra en fournir à tous les marchés de l'Europe '.

Les feuilles de Xindigofera donnent avec l'eau chaude une iafusioB .verdâtre, dont on peut précipiter une poudre verte; mais cette poudre , à moins qu'on ne la fasse fermenter, n'a ni la couleur, ni les propriétés de l'indigo, et ne ressemble en rien à cette substance. Leblond assure que le contact de fair est nécessaire à la fermentation de l'indigo ; cependant les preuves qu'il donne à l'appui de cette assertion ne sont pas suffisantes. La séparation d'acide carbonique démontre assez que des décompositions chimiques ont lieu pendant U fermentation; m^is nous ignorons de quelle nature elles sont.

• J<mni. de Pbjs. XXXVIir, 141.

• EdwarvTs Hûttory of the tvest Ifidîet. II , 378. f TeonanCs Indian récréations. II» \i%.

lY. 7

^ PARTIES COTrSTlTUAHTBS DfiS VLJLVttS.

Vindigofera n'est pas le seul genre de plantes oui dondé rindigo. Le docteur Roxburg attira le premier 1 attention des fabricans sur le nerium tinctorum , arbre trés-^commiin dans riadostan , dont les feuilles peuvent fournir de l'indigo en grande quantité. Son procédé, pour l'en extraire, est plus expéditif. Il consiste à faire macérer les feuilles dans une chaudière de cuivre pleine d'eau, maintenue a la tem« pérature de 7 !<> centigrades, jusqu'à ce qu'elles prennent une teinte jaunâtre , et que la liqueur devienne d'une couleur verte foncée. On décante alors le liquide, on l'agite k la manière ordinaire , et l'on précipite l'indigo par l'eau de cbaux^

On peut aussi obtenir l'indigo de V isatis tinctoria , pastel ouguêde et vouède, plante cultivée assez communément dans plusieurs parties de la France, et qui se trouve dans les bois eo Angleterre *. Aussitôt qu'elle est parvenue à sa maturité, on la coupe , on la lave, et on la fait promptetnent sécher au soleil; on la broie ensuite au moulin, on eu forme des tas, et on la laisse fermenter pendant une ouinzaine de jours ; alors on la mélange bien, et ou la met en ooules qu'on entasse en piles, et ou'on expose au vent et au soleQ. Dans cet état , ces boulea s'échauffent et exhalent une odeur putride ammoniacale. On excite, si cela est nécessaire, la fermentation, en arrosant les boules avec de l'eau. Quand elle a été suffisamment coa*tinuée, on laisse tomber le pastel en une poudre grossiéi^, et c'est dans cet état qu'on le vend dans le commerce pour la temture. Plusieurs chimistes ont extrait de l'indigo da pastel , en le traitant à-peu^prés de la même manière que l'indigofera. Justi fut un de ceux qui en obtint le premier '. Borih publia un mémoire .sur ce sujet, en 1764 ^ Kulen* camp en donna un autre en i^55*, et il en parut un troisième d'Edel, en 1756^. U a été publié en Allemagne plu* sieurs expériences sur ce sujets.

Chevred , en faisant digérer du pastel dans de l'alcool ,

■ Baocroft 00 permaneot coloars, p. 4^3.

* On croit qite c^est avec celte plante que les anciens Bretons se tefgnnient le corps pour se rendre fornùdaDles à leurs ennemis.

' Schreber*8 Samnilung,en. 1 , 68.

* In the Halle Ncwspapcr.

« Schrt;ber\ SammL VIII, 448. * De Indo Germamico e& Glasto* 7 Saltiér, ScKweigger's Journ. III, 4i7*Geiiiea, ilfid. \\ ini; Vi, ij ctVlII, i36.

et efl evaporatit la dlssobnion, obtint des eraÎDs cristanins blâmes, qui devenaient bleus par degrés, lorsqu ils étaient etposés à l'air, et y prenaient Vaspect ordinaire d'indigo. U ooosidére ces grains blancs comme de Tindigo privé d'oxi* gène. Leur état cristallisé est remarquable'.

Il paraitque la préparation de l'indigo, et son emploi pour Hi^oirt, la teinture, avaient été très-anciennement connus dans l'iude ; mats eo Europe, on ignora son importance, sons ce rapport ^ jusqu'au milieu du seizième siècle, quoiqu'on en eut à l'occasion fait usage pour la teinture *. Il n'est pas même fait mention de cette substance dans le Plictbo^ ouvrage très-célèbre sur la teinture, qui fut publié en Italie en i548. Les Hollandais sont le premier peuple qui ait apporté l'indigo de l'Inde, et

Ïia eo ait fait connaître aux Européens tous les avantages, t même jusque vers le milieu du dix septième siècle, l'usage en était restreint dans différens pays* Il fut prohibe en An^eterre sous le règne d'Elisabeth ; et cette pronibition fat maiutenue jusqu'au règne de Charles II. Il fut aussi ii^eiidu en Saxe. Dans l'édlt on en parle comme d'une sub-» •Uncç corrosiveet on l'appelle nouttiture du diable, Colbert assn/étit les teinturiers français à n'en employer qu*une ccr* tome quantité déterminée '. Dès qu'on eut commencé à en reconnaître généralement l'importance , on le cultiva au Mexique et aux Indes occidentales avec tant de succès qu'on préférait à tout autre Tindigo de ces pays. Mais on a vu depuis un petit nombre d'années l'indigo des Indes orien* taies recouvrer , par suite des recherches éclairées de quelques Anglais, toute sa réputation , et on en apporte actuelle-^ ment dans la Grande-Bretagne des quantités immenses.

L'indigo est utie substance fine, légère, friable ^ d^une l^fopri^iét. couleur bleue foncée. Cette substance est très^compacte, et sa surface varie dans ses nuances , suivant la manière dont efle a été préparée. Ses teintes principales sont cuivrées, violettes et l)leues. L'indigo le plus léger est celui qu'on préfère ; mais il est toujours plus ou moins mélangé avec des substances étrangères, ce qui est du sans doute en partie au peu de soin apporté dans sa préparation , et en partie aux

• Jonm. ae Phjrs. LXVi, 373.

•PKne.lib. 35, c. 6.

' 3ancroft on perinan«Dt coloart \ ci BerthoUet , sur la TeitfUirt.

100 ?ÂRTISS COirSTirVAirTES DIS PLlirTES.

corps que la plante qui contient Tindigo abandonne à Teau; D'après l'analyse qu'en a faite Bergman , à qui nous devons un des traités les plus complets qui aient encore paru sur les propriétés de cette substance, Vindigo le plus pur qu'il ait pu se procurer, était composé de

47 Indigo pur.

12 Gomme»

6 Résine.

22 Terre.

i3 Oxidedefer.

100 * La terre cùnsistait en

10,2 Barite»

10,0 Ckaux.

1,8 Silice. ' •

Mais il est très-probable que la terre varie dans diflerens échantillons ; car Proust a trouvé une quantité considérable de magnésie dans ceux qu'il a examinés '. Il n'y a que les 4^ parties da matière colorante bleue qui méritent le nom d'indigo ; et c^est sur cette portion de matière colorai^te que nous allons fixer notre attention dans cette section.

Chevreul a publié, depuis, le. résultat de ses expériences sujr l'indigo de guatimala ; et elles font voir que l'indigo dtt commerce est une substance encore plus compUquée que ne l'avait reconnu Bergman.

Parties De l'eau chaude mise en digestion sur de l'indigo devint aJ**|î*ÎJjj*J*JJ^ jaune. Ce liquide donna à la distillation de l'ammoniaque, et <*iûaire. laissa précipiter une matière de couleur verdâtre, qui passait au bleu par son exposition à l'air, et qui avait les propriétés de l'indigo. Après la séparation de cette matière, il se précipitait des flocons verts, que Chevreul a appelés matière verle. Cette matière est à peine soluble dans leau, mais elle se dissout dans des lessives alcalines, qui la rendent rougeâtre ; et lorsque l'alcali est saturé par un acide, elle reprend sa couleur Terte; et par la concentration de la liqueur, la matière verte

» Bergman, V, 36.

• Ibil V, 33.

t Piichobon's Joarn. III, 325.

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