DE LA CRISTALLISATION
molécules des corps sont douées dune certaine polarité en vertu de laquelle elles attirent une partie d'une autre molécule, dont elles repoussent les autres parties. Au moyen de cette polarité , on pourrait bien concevoir la régularité de cristallisation ; mais cette cristallisation est elle-même inexplicable.
11 est remarquable que les cristaux affectent non-seulement des ligures régulières, mais que toujours ils sont terminés par des surfaces planes. Il est en effet très-rare qu'on observe dans ces corps des surfaces courbes ; et lorsque cela arrive, les cristaux présentent toujours des preuves non équivoques d'imperfection ; mais comment se faire une idée de cette tendance constante des molécules dont les cristaux sont composés, à s'arranger de manière à présenter toujours des surfaces planes, si l'on ne considère pas ces molécules elles-mêmes comme étant' des figures régulières terminées par des surfaces planes ?
5. Si la figure des cristaux dépend de celle de leurs molécules intégrantes et de la manière dont elles se combinent , on peut raisonnablement supposer que les mêmes molécules, lorsqu'elles sont mises en pleine liberté de se mouvoir, se trouveront toujours assujéties au même mode de combinaison ; et que , par conséquent , les cristaux de chaque corps en particulier, seront toujours les mêmes. Les formes di- Ton» verses que prennent les cristaux d'un même corps sont sou- leVo!îo^me00t vent très-nombreuses et très-différentes les unes des autres. pr>miti?«. C'est ainsi qu'on a reconnu que le carbonate de chaux n'avait pas moins de quarante formes différentes de cristallisation. Le fluate de chaux en présente huit, et le sulfate de chaux à-peu-près un nombre égal.
Mais ces circonstances ne sont pas aussi inconsistantes avec la régularité du mode de cristallisation , qu'elles peuvent le paraître d'abord. Romé de Lisle a fait voir que chaque corps susceptible de cristalliser , a une forme particulière qu'il affecte le plus ordinairement, ou au moins dont il se rapproche le plus souvent. Il a été démontré par Bergman, que cette forme primitive, ainsi que la appelée Hatiy , reste très-souvent cachée dans ceux-là même des cristaux qui semblent s'en éloigner le plus *, et Haûy a prouvé que tous les cristaux ont celte forme primitive , ou au-moins qu'Us la contiennent comme noyau dans leur intérieur ; car
l4* SOLIDES.
on peut l'extraire de tous les cristaux par une division mécanique faite avec adresse et précaution.
Ilaiiy étant ainsi parvenu à obtenir un prisme hexaèdre régulier de spath calcaire, ou chauxx carbonatée, qu'il avait détaché d'un groupe de cristaux de la même espèce , il observa qu'une petite portion du cristal manquait, et que la fracture présentait une surface très-lisse. Fig. i .
Soit a b c defghle cristal; la fracture laisse à découvert le trapèze psu /, incliné obliquement et faisant un angle de i35° avec l'un et l'autre résidu a bc sphde la base, et celui tue f à\x pan i nef. Observant que le segment p s u t i n , ainsi séparé du cristal , avait pour sommet * n , une des arêtes de la base abc ni h Tlu prisme, il essaya de détacher un segment semblable de la partie à laquelle l'arête voisine c n correspondait. Il se servit à cet elfet d'une lame de couteau dirigée, à laide d'un marteau, sous le même degré d'obliquité que le trapèze ps ut, mais il ne put y réussir; cependant en faisant la même tentative sur l'arête contigùe 3 c, il parvint à détacher un autre segment exactement semblable au premier , et ayant pour son sommet l'arête bc. Il ne put produire aucun effet sur l'arête contigùe a b\ mais il obtint, ea opérant sur celle suivante a h, une coupe semblable aux deux autres. Enfin, il trouva la même résistance à la division dans la sixième arête h *. Il lit alors les mêmes tentatives sur l'autre base du prisme defgkr, et trouva que les arêtes qui se prêtaient à des coupes semblables aux précédentes n'étaient pas celles e f,d r,gk, correspondantes aux arêtes de la base opposée, mais bien les arêtes intermédiaires d e,hr,gf. Le trapèze lq y v représente la section du segment qui avait k r pour son sommet. Cette section était évidemment parallèle à celle p s u t, et les quatre autres sections étaient aussi parallèles deux à deux. Ces sections étaient, sans doute , les joints naturels des couches du cristal ; et il réussissait aisément à en obtenir d'autres parallèle*
DE LA CRISTALLISATION. l43
aux premières ; mais il ne lui fut pas possible de diviser le cristal dans aucune autre direction. Il détacha de cette manière des couches Tune après l'autre , approchant toujours de plus en plus de l'axe du prisme, jusqu'à ce qu'enfin les bases ayant totalement disparu, le prisme se trouva changé
dans le solide OX (fig. 2), terminé par douze pentagones parallèles deux à deux , dont ceux des extrémités , c'est-à-dire, ASRIO, IGEDO, B A O D C , d'une part ; et ceux B FKNPQ, MNPXU, ZQPXY de l'autre, étaient les résultats de la division mécanique, et avaient leurs sommets communs O, P, situés à la naissance des bases du prisme original; M les six autres pentagones latéraux B S UX Y, Z Y RI G , etc. , étaient les résidus de ces six pans du prisme original.
Mais en continuant la division parallèlement aux premières sections , les pentagones latéraux diminuaient continuellement de - hauteur, jusqu'à ce qu'à la tin, les points R , G coïncidant avec les points Y, Z , les points S, R, avec les points U , Y, etc., il ne restait plus rien des pentagones latéraux, mais seulement les triangles YIZ, UXYy etc. (fig. 3.) Enfin, en continuant encore les mêmes sections , ces triangles eux - mêmes finirent par disparaître , et le prisme fut converti dans le rhomboïde ae,
Fig. 2.
Un résultat aussi inattendu porta M. Hauy à faire le même essai sur un plus grand nombre de ces cristaux , et il
s'assura que tous pouvaient être réduits à des rhomboïdes semblables. Il recoouut aussi que les cristaux d autres substances pouvaient être ramenés de la même manière à de certaines formes primitives ; que chacune de ces formes est constante dans les mêmes substances, mais que chaque substance a sa forme particulière qui lui est propre. 11 trouva par exemple , que la forme primitive du fluate de chaux était un octaèdre régulier , celle du sulfate de barite , un prisme droit à bases rhorabes , etc.
Ces formes primitives doivent dépendre de la figure des molécules intégrantes dont ces cristaux se composent, et de la manière dout elles se sont combinées les uues avec les autres. Or, en continuant la division mécanique du cristal par des coupes parallèles à chacune de ses faces , on finira par le réduire à une dimension si petite , qu'il ne contiendra plus qu'une seule molécule intégrante. Conséquemment cette dernière figure du cristal, doit être la dernière figure des molécules intégrantes dont il est composé ; la division mécanique ne peut être, à -la-vérité , poussée aussi loin , mais elle peut être continuée jusqu'à ce qu'il ait été prouvé qu'aucune division subséquente ne peut altérer sa figure ; et ainsi elle peut être prolongée jusqu'à ce que la figure qu'elleproduit soit semblable à celle de ses molécules intégrantes. MoiécuTM Les formes des molécules des corps, autant que l'espé* iroti figure», nence la tait voir, peuvent être réduites, suivant riauy , aux trois suivantes ; savoir :
i. Le parallélépipède, le plus simple des solides, dont les faces sont au nombre de six , et parallèles deux à deux ;
a. Le prisme triangulaire , le plus simple des prismes ;
3. Le tétraèdre, la plus simple des pyramides. Quelque restreint que soit ce nombre de tonnes primitives, on jugera qu'il suffit pleinement pour rendre raison , sans avoir recours à des forces absolues différentes, de toutes les variations daus la cohésion et l'affinité hétérogène, si l'on considère la diversité presqu'infinie de dimension, de proportiou et de densité , dout les molécules des différens corps, quoique de même figure, peuvent être susceptibles.
Ces molécules intégrantes, lorsqu'elles s'unissent pour farmer les cristaux primitifs, ue se joignent pas toujours de la même manière : quelquefois elles s'unissent par leurs faces , et d'autres fois j>ar leurs bords eu laissant des vides consi-
CRISTALLISATION. i45
dérables entre elles; ce qui explique comment les molécules intégrantes, qnoiqu'ay an t h même forme, peuvent composer des cristaux primitifs de figures différentes.
Hauy s'est assuré que les formes primitives des cristaux Forme* sont au nomnre ne six ; savoir :
miii\c*, tu.
1 . Le parallélipipède, qui renferme le cube, le rhomboïde et tous les solides terminés par six faces parallèles deux à deux.