‹ Systeme de chimie. Traduit de l'anglais sur la 5. éd. (de 1817) (volume 2)Chapitre 130 sur 228 · Les calculs des goutteux · texte numérisé non relu

Les calculs des goutteux

L'examen de ces différentes substances fournira autant de sujets pour les sections suivantes.

SECTION PREMIÈRE

Des Os , Coquilles , et Croûtes.

0?f entend, par os, ces substances dures, solides, bien con- 0s cequec<es{< nues, auxquelles les corps des animaux doivent leur consistance, leur forme et leur force, et qui constituent, dans les plus gros animaux, la charpente ou espèce de fondement sur lequel tout le reste est bâti. Dans l'homme, dans les quadrupèdes et dans beaucoup d'autres animaux , les os sont situés au-dessous des autres parties, de sorte qu'à peine y en a - 1 • il qui soient exposés à la vue ; mais les testacéa

et les limaçons ont le corps recouvert d'une enveloppe dure, évidemment indispensable à leur conservation. Comme ces enveloppes , connues sous le nom de coquilles , sont indubitablement de nature osseuse, je les comprendrai dans cette section. Par cette même raison , il ne conviendrait pas d'en exclure les coquilles d'œufs, et ces couvertures de certains animaux, connues sous le nom de croûtes, tels que le homard, par exemple, qu'on distingue par le nom de crustacés. Les substances solides qui appartiennent à la classe de corps ordinairement désignés par la dénomination de zoophytes, peuvent également bien être comprises dans cette section; mais comme ces différentes substances , quoiqu'appartenant au même genre, se distinguent néanmoins par des propriétés particulières, je traiterai séparément de chacune d'elles. I. Os.

Propriété!. Les os sont la partie la plus solide des animaux. Leur contexture est quelquefois dense, et d'autres fois elle est cellulaire et poreuse, suivant la situation de l'os. Les os sont blancs, d'une structure lamelleuse ; ils ne sont pas susceptibles d'être ramollis ni rendus flexibles par la chaleur. Leur pesanteur spécifique varie dans différentes parties. Elle est, pour les dents des enfans, de 2,o833 *, et de 2,2727 pour les dents des adultes. On doit avoir su de tout temps, sans doute, que les os sont combustibles, et que lorsqu'ils sont suffisamment brûlés, ils laissent une substance blanche poreuse qui est insipide, qui absorbe l'eau et conserve la forme du corps Histoir». osseux. La nature de cette substance embarrassa beaucoup les chimistes des premiers temps. Beccher observa, qu'étant exposée à une très-forte chaleur, elle éprouvait une sorte de fusion et prenait une apparence analogue à celle de la porcelaine. On la considéra depuis comme une terre particulière, à laquelle on avait donné le nom de terre animale ou terre des os. Quelques chimistes supposèrent que cette terre n'était autre chose que la chaux ; mais la différence entre ces deux substances était trop bien marquée pour que cette opinion pût prévaloir. On savait depuis long-temps que les os bouillis dans l'eau fournissent une substance gélatineuse ; on s'en était même servi pour la préparation de la colle - forte. Il était donc évident qu'ils contenaient de la gélatine. On avait observé de plus,

* Pcpys , Fox on the teeth, p. 99.

OS, COQUILLES ET CROUTES. 5ot

que tous les acides avaient la propriété de ramollir les os en dissolvant leurs principes terreux et gélatineux, et qu'alors ils ressemblaient au cartilage. Ces faits , qui doivent avoir été connus à une époque très-reculée , suffirent pour fournir aux chimistes quelques données sur la détermination des parties constituantes des os.

Schéele,dans sa dissertation sur le spath fluor, publiée en 1771 , annonça que la partie terreuse des os est le phosphate de chaux1 . Cette découverte fut le premier et le plus grand pas fait vers la connaissance chimique de la composition des os. Berniard, Bouillon, et Rouelle y ajoutèrent depuis de nouveaux faits -, mais c'est à Hatchett a , à Fourcroj' et Yauquelin 3, et à Berzeiius4, que nous devons les recherches les plus exactes qu'on ait publiées jusqu'ici sur les os des animaux , et les analyses les plus complètes de ces substances.

Les os se composent principalement, de sels terreux , de f^l^esgraisse , de gélatine , et de cartilage.

1. Pour obtenir les sels terreux il faut ou calciner l'os j.seisten-eax jusqu'au blanc, ou le faire macérer pendant assez long-temps dans des acides. Dans le premier cas , les sels restent à l'état d'une substance blanche cassante -, dans le second , ils sont dissous , et peuvent être ensuite séparés de la dissolution par des précipitans convenables. Ces sels terreux sont au nombre de quatre ; i°. Le phosphate de chaux , qui les constitue pour la plus grande partie. i°. Le carbonate de chaux. 3°. Le phosphate de magnésie , que Fourcroy et Vauquelin ont découvert dans les os de tous les animaux inférieurs qu'ils examinèrent , mais dont ils ne purent jamais reconnaître la présence dans les os de l'homme ; cependant Berzeiius annonce <jne ce phosphate y existe aussi. 4°« Le sulfate de chaux , que Hatchett y a trouvé en très-petite portion, et qui se forme, suivant Berzeiius , pendant la calcination.

Pour évaluer les proportions de ces substances, on peut faire dissoudre des os calcinés dans l'acide nitrique ou dans l'acide hydrochlorique. Pendant la dissolution il se dégage du gaz acide carbonique5. Si lorsqu'elle est opérée, on verse dans

1 Cette découverte appartenait à l'assesseur Gahn du Fablun , rpai «ependant ne l'annonça jamais lui-même.

» Phil. Trans. 1709" 3 Ann. de Chim. XLVII, 244.

4 Afhandlingar , ï, jgS.

* Hatchett, Phil. Trans. 1799, p. 327.

la liqueur de l'ammoniaque pure , le phosphate de chaux et le phosphate de magnésie se précipitent à l'état d'une poudre fine qui se dissout facilement et sans effervescence dans les acides nitrique ethydrochlorique. Le nitrate de barite produit ensuite dans cette dissolution un petit précipité insoluble dans l'acide hydrochlorique , et qui consiste par conséquent dans du sulfate de barite. Son poids indique la quantité d'acide sulfurique qui se trouve dans les os, d'où l'on peut estimer la quantité de sulfate de chaux qu'ils contiennent *. Le carbonate d'ammoniaque précipite le carbonate de chaux pur ". Hatchett reconnut ces trois principes constituans dans tous les os de quadrupèdes et de poissons qu'il examina. Le carbonate excède à peine les 0,20 du phosphate, et la proportion du sulfate est encore plus petite. Comme celle du phosphate de chaux varie, non-seulement dans différens animaux, mais encore dans des os divers du même animal, et de plus dans le même os selon l'âge, on ne peut l'exprimer en nombres d'une manière précise. Ce fut par une méthode trèssimple que Fourcroy et Vauquelin parvinrent à découvrir le phosphate de magnésie, et à en estimer la quantité. Ils traitèrent les os , préalablement calcinés et réduits en pondre , avec une quantité égale en poids d'acide sulfurique , et ils laissèrent macérer le mélange pendant cinq ou six jours. Alors, il fut étendu d'eau, édnlcoré et filtré. On ajouta au liquide filtré de l'ammoniaque en excès , qui précipita un mélange de phosphate de chaux et de phosphate ammoniaco-magnésien. lis firent bouillir ce précipité dans de la potasse, qui décomposa le sel magnésien , et laissa un mélange de magnésie et de phosphate de chaux. En traitant ce mélange par de l'acide acétique bouillant, la magnésie fut dissoute , et laissa le phosphate de chaux. L'acétate de magnésie fut décomposé par le carbonate de soude-, et le carbonate de magnésie ainsi obtenu se dissout en entier daus l'acide sulfurique s.

2. La proportion de graisse que les os contiennent varie beaucoup. En les cassant en petits morceaux , et en les faisant bouillir pendant quelque temps dans l'eau , Proust en obtint la graisse , qui vint nager à la surface du liquide. Le

1 Hatchell, Pliil. Trans. 1799, p. 827.

■ llnd.

* Ann. dcCbim. XLVII,a47.

05, COQUILLES ET CROUTES. 5o3

poids s'en élevait , suivant lui , aux o,a5 de celui des os employés '. Cette proportion parait excessive ; on ne peut guère en rendre raison qu'en supposant que la graisse retenait encore de l'eau.

3. On sépare la gélatine par les mêmes moyens que la 3. Géutine. graisse , c'est-à-dire en cassant les os en petits morceaux , et en les faisant bouillir pendant assez long-temps dans l'eau. Ce liquide dissout la gélatine , et en prend lui-même suffisamment le caractère par la concentration. C'est par cette raison que les os sont d'un emploi si avantageux pour la confection des tablettes de bouillon dont la base est la gélatine concrète , et aussi pour la préparation de la colle-forte. Par ce procédé, Proust obtint des os pulvérisés environ les 0,10 de leur poids de gélatine. Ce chimiste célèbre s'est donné bien de la peine pour convaincre de l'avantage de l'emploi des os pulvérisés dans la préparation des soupes et bouillons. Cadet de Vaux a publié une suite d'expériences dont l'objet est de prouver que les os ainsi réduits en poudre , fournissent autant de bonne soupe qu'une quantité de viapde égale à 5 fois leur poids*. Mais le docteur Young ayant répété cette expérience, il n'en obtint pas ces résultats invraisemblables3.

4- Lorsqu'on a séparé des os leur gélatine en les faisant 4. Cartilage. bouillir dans l'eau, et leurs sels terreux eu les faisant macérer dans des acides étendus, ce qui reste est une substance molle, blanche, élastique, conservant la forme des os, et connue sous le nom de cartilage. Il paraît , d'après les expériences de Hatchett , que cette matière a les propriétés de lalbumine coagulée. Comme cette substance , elle devient cassante , et demi-transparente par la dessication; elle se dissout facilement dans l'acide nitrique chaud, et se convertit en gélatine par l'action de l'acide nitrique étendu ; car elle est alors soluble dans l'eau chaude : elle se prend en gelée par le refroidissement , et l'ammoniaque la dissout en se colorant en orangé foncé. Comme l'albumine coagulée . cette matière forme un savon animal avec les alcalis fixes4. Berzelius a

1 Journ. de Phys. LU, i5^.

■ Journ. de Chim. IV, 95. Journ. of the royal inslit. II , iS.

3 lbid. p. l5.

* Phil. Traas. 1800.

trouvé que son poids s'élève aux o,3i environ , du poids total de l'os.

Cette substance cartilagineuse est la portion de l'os qui a été formée la première. De là résulte la mollesse de ces parties dans les jeunes animaux. Le phosphate de chaux se dépose ensuite par cbgrés, et donne à l'os la solidité nécessaire. Ce sont la graisse et la gélatine , et sur-tout la première de ces substances, qui rendent l'os assez fort et assez dur pour résister ; car quand on les lui enlève , il devient cassant Les proportions relatives du phosphate de chaux et du cartilage , varient beaucoup dans les différens os et dans les animaux divers.

Merat-Guillot publia, en 1800, une analyse comparative des os d'un grand nombre d'animaux '.Mais Berzeliusa trouvé que ces résultats étaient entièrement inexacts; les différences qui existent entre la composition des os de divers animaux , sont beaucoup plus petites que celles indiquées par la table de Merat-Guillot. Celle qui suit présente la composition des os humains calcinés, d'après l'analyse de Berzelius.

Phosphate de chaux 8 1 ,9

Fluate de chaux 3,o

Chaux 1 0,0

Phosphate de magnésie 1,1

Sou«le 2,0

Acide carbonique 2,0

100 parties d'os frais sont réduites par la calcination à 63 parties.

D'après l'analyse de Fourcroy et Vauquelin, les os de bœuf sont composés de

Gélatine solide. 5 1,0

Phosphate de magnésie i,3

ioo,o3.

« An..!. CVm. XXXIV, y.

» Gehlcn's lourn. Second Séries, III, ï.

» Ann. de Chim. XLVII, a58.

OS, COQUILLES ET CROUTES. 5oo

Cette composition des os de bœuf est, suivant l'analyse de Berzelius , de

Cartilage 33,30

Phosphate de chaux 55,35

Fluate de chaux 3,oo

Carbonate de chaux 3,85

Phosphate de magnésie 2,o5

Soude, avec un peu d'hydrochlo-

rate de soude 2,45

Fourcroy et Vauquelin obtinrent des os calcinés de chevaux , de moutons , de poulets et de poissons environ les o,33 de leur poids de phosphate de magnésie.

L'émail des dents est le seul des os examinés jusqu'à pré- Ema;i. sent , qui soit entièrement dépourvu de cartilage. Lorsqu'on fait macérer dans des acides étendus la râpure d'os , il ne reste que le carlilage qui n'a pas été dissous ; mais Hatcbott avant traité de la même manière la râpure d'émail des dents, le tout fut dissous sans laisser de résidu". Selon Fourcroy et Vauquelin , l'émail des dents est composé de

Phosphate de chaux ....... 72,9

Gélatine et eau 27,1

Mais l'analyse la plus complète des dents est celle faite par M. Pepys, et ses résultats s'accordent parfaitement avec ceux de Hatchett. L'émail des dents est formé, suivant lui , de

Phosphate *le chaux. 78

Carbonate de chaux. 6

Eau et perte 16

Berzelius ne put cependant trouver deux pour cent de matière combustible dans l'émail de la dent 5.

* Djur kemien , II , 128.

» Phil. Trans. 1790, p. 3a8.

3 Mëm. de l'Inst.. il, a8f.

* Fox on the teeth , p. 96.

* YieM' of animal Chemistry, p. 58.

5o6 PARTIES DES ANIMAUX.

D'après l'analyse de Pepys, on voit que la dent est composée ainsi qu'il suit ' :

Analyse de la dent.

Cartilage

Racines

de la dent.

Dent

des adultes.

Première

dent

des enfans.

Perte

Il résulte de cette analyse , que la dent contient plus de phosphate et moins de cartilage que l'os , et l'émail plus de phosphate que la dent.

Os fossiles. Hatchett fit aussi des recherches sur les os fossiles du rocher de Gibraltar. Il trouva qu'ils consistent dans du phosphate de chaux sans cartilage ou partie animale molle. Leurs interstices étaient remplis de carbonate de chaux ; de sorte qu'ils ressemblent parfaitement à des os brûlés. Ils doivent donc, alors, avoir subi l'action de quelque agent étranger-, car la putréfaction, ou le séjour dans la terre, ne détruisent pas promptement la partie cartilagineuse des os. Hatchett mît dans de l'acide hydrochlorique un humérus humain , pris à Hythe, dans le comtéde Kent, et qu'on disait provenir d'un tombeau saxon ; il trouva que le résidu cartilagineux était à-peu-près aussi abondant que dans un os d'homme mort depuis peu de temps. D'après les expériences de Morichini2, de Klaproth 3 , et de Fourcroy et Vauquelin 4, il

• Fox on tlic teeth , p ç)6.

» Phil. Mag. XXIII.afiS.

3 Gelilon's'journ. III, 6*5.

4 Pliil. Mac. XXV, i65.

OS, COQUILLES ET CROUTES. 5o<J

paraît que l'ivoire fossile et les dents des animaux contiennent souvent une portion de finale de chaux. Morichini et Gay-Lussac cherchèrent à prouver que ce sel existait même dans l'ivoire nouveau , et que l'émail des dents en était presqu'enîièrement composé x. Mais les expériences de VVnllaston, de Brande * , de Fourcroy et Vauquelin 3 démontrent qu'il n'existe aucune portion d'acide fluorique dans ces substances quand elles sont nouvelles. Cependant Berzelius a annoncé qu'il avait séparé de dents fraîches , les o,o3 de fluate de chaux , et qu'il en avait reconnu aussi dans les os, à peuprès dans la même proportion. Il assure même qu'il s'en trouve daus l'urine4; et comme ses expériences paraissent avoir été faites avec le plus grand soin , il est probable que les résultats qu'il en a obtenus sont exacts5.

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