ATR. DANS LA. VESSIE NATATOIRE DES POISSONS. 5(JC
conisaat comme spécifique d'un effet assuré contre la morsure du serpent à sonnettes '.
2. Le venin de l'abeille et de la guêpe est aussi un liquide venin contenu dans une petite vésicule, et qui, forcé de passer dede1)al7l'l^eet à travers le tube creux de l'aiguillon, jaillit dans la blessure2.
Ce poison , d'après les expériences de Fontaua , a beaucoup de ressemblance avec celui de la vipère. Le venin de l'abeille se dessèche beaucoup plus lentement par son exposition à l'air que celui de la guêpe.
3. Le venin du scorpion ressemble aussi à celui de la Du scorpion. vipère. Sa saveur est brûlante et acre, ainsi que celle du
venin de l'abeille et de la guêpe.
4- H n'a point été fait d'expériences exactes sur le venin Des araignées; des araignées; maison peut suffisamment juger de sa virulence, par la rapidité avec laquelle ces animaux tuent leur proie et s'entredétruisent 3.
SECTION XXIV
De l'Air contenu dans la vessie natatoire des poissons.
Beaucoup de poissons sont munis, dans l'intérieur de leur corps, d'une vessie remplie de gaz, qu'on suppose devoir leur servir à monter et à descendre dans l'eau. On présume qu'ils dilatent cet air lorsqu'ils veulent s'élever dans l'eau, et qu'ils le compriment pour y plonger. Il est un peu douteux, que ce soit bien en effet ainsi, que les poissons à vessie natatoire, s'aident de l'air qu'elle contient. Les pois- Histoire, sons affectent, pour la plupart, une profondeur particulière à laquelle ils se tiennent presque toujours. Ainsi le poisson de forme applatie, vit habituellement au fond de la mer, sans jamais revenir à la surface, tandis que c'est à la surface que d'autres se montrent constamment. Il paraît d'après les expériences de Biot,que lorsqu'un poisson est subitement retiré d'une grande profondeur de la mer vers
1 Phil. Mag. XVII , 123. On peut trouver dans les Transac'ioDS américaines , vol. III, p. 100, un mémoire très-intéressant du docteur Smith Rarion , sur les différeas remèdes appliqués à la morsure du serpent à sonnettes.
2 Curious aocount of the structure of the sting , by D.r Ilooke ta bis Micrographie.
3 Mcdd, on Poisons, p. 5^.
ia surface , l'air de sa vessie natatoire se gonfle tellement qu'il ne peut plus s'abaisser dans l'eau; il arrive même souvent alors que cette vessie, trop distendue par l'air qui y est renfermé, se rompt; que l'air se répandant dans l'estomac , le retourne par la force de son extrême dilatation , et le chasse ainsi avijc la membrane de la vessie dans l'œsophage, ou dans la bouche du poisson. L'air, dont ces vessies natatoires sont remplies, fut examiné, pour la première fois, par Priestley, en 1774- H résulte de ses observations qu'il varie dans sa nature Ce fut la vessie natatoire du rouget qu'il examina ; il trouva d'abord que l'air qui la remplissait était l'azote ; mais il en obtint ensuite un mélange de gaz oxigène et azote *. Fourcroy , qui lit long-temps après des recherches sur la nature de l'air contenu dans la vessie natatoire de la carpe , le reconnut pour être de l'azote presque pur ; et d'autres chimistes obtinrent des résultats semblables ; mais il n'avait point encore été fait de recherches aussi importantes et d'analyse aussi complète de cette espèce d'air , que celles dont s'est occupé Biot, pendant son séjour à Yviza et Formentera, deux îles situées au sud de Mayorque et Minorque. Il avait été chargé par le Gouvernement français de prolonger la méridienne de France jusqu'aux îles Baléares, et il profita du loisir que pouvait lui laisser ce travail pour examiner l'air des vessies natatoires des différentes espèces de poissons qui se pèchent dans les environs de ces îles. À son retour dans ces îles dans le second voyage qu'il y lit, il répéta ses expériences avec M. Laroche, naturaliste, qui venait d'être adjoint à la commission chargée de la prolongation de la méridienne, et les résultats qu il avait précédemment obtenus se trouvèrent confirmés a.
Expériences ^ot reconnut que l'air des vessies natatoires est un méde Biot. lange des gaz azote et oxigène, dans des proportions très-variables. Il n'y put découvrir de traces d'hydrogène, et l'acide carbonique n'y existait pas en quantité sensible. La proportion du gaz oxigène, variant beaucoup aussi, était quelquefois trèspetite, et d'autres fois elle constituait la presque totalité du gaz. L'air des vessies de ceux des poissons qui vivent près de lasui-
» Pricsttcy on Air, II, 462.
« Mémoires de Biot , insères dans les mémoires d'Arcucil , I, i5*i U II, 487.
AIR DANS LA. VESSIE NATATOIRE DES POISSONS. 6oi
face de la mer, était celui qui contenait le moins de gaz oxigène, et c'était dans l'air des vessies des poissons pris à de grandes profondeurs qu'il s'y en trouvait le plus. La table qui suit présente la proportion d'oxigène, dans ioo parties de l'air des vessiesnaiatoii es dans lesdifférenspoissonssoumisà l'examen.
Noms des poiisonj i'roportion d'oxigène.
Mu^il cepbalus [Linné) Quantité insensible.
Ditto Ditto.
Murœnopbis helena (Lacépcde) Très-peu.
i>panisannularis(Z.m/ze)femelle. o>°9
Ditto, mâle 0,08
Sparus sargus [Linné) femelle . . 0,09
Ditto, mâle 0,20
Holocentiusmarinus(Zaceyi?èflfe). 0,1 2
Labrus turdus ( Linné) 0,16
Sparus melanurus ( Linné) ..... o, 20
Labrus turdus ( Var. Linné )... . 0,24
Scicena nigra, femelle 0,27
Ditto, mâle o,25
Labrus turdus [Linné) femelle. 0,24
Ditto , mâle o, 28
Sparus dentex (Linné ) femelle. o,4o
Sphyrœa spe t. [Lacépcde) o,44
Sparus argenteus o,5o
Sparus erythrinus beaucoup.
Holycentrus gigas 0^9
Gadus merluccius (Linné) °i79
Trygla lj ra ( Linné) 0,87
La profondeur à laquelle le poisson a été pris , augmente graduellement avec la proportion d'oxigène , depuis le commencement jusqu'à la fin de la table. Le dernier poisson dont il est fait mention , le trygla lyra , se prend toujours à une très-grande profondeur. Les expériences de Laroche confirment l'exactitude de ces faits intéressans. La proportion moyenne d'oxigène fourni par tous les poissons pris à une profondeur excédaut 5o mètres, était de 0,70; tandis que la quantité moyenne d'oxigène que donne le poisson pris à des profondeurs moindres était de 0,29. La pureté supérieure de l'air des vessies natatoires des poissons pris à de grandes profondeurs, ne peut être attribuée à un plus grand degré de pureté dans l'air de l'eau de la mer , à ces profondeurs; car l'air de l'eau de nier prise à une grande profondeur 7 contenait
6o2 PAKTIES CES ANIMAUX.
0,260 d'oxigènc , tandis qu'il y en avait davantage dans Pair de cette eau , à la surface.
C'est un fait très - remarquable , que l'air , dans la vessie natatoire des poissons pris près de la surface de la mer , ne contienne presque que de l'azote pur ; mais ce fait s'observe aussi relativement aux poissons d'eau douce. Ainsi Biot trouva dans l'air de la vessie natatoire d'une carpe , o,o3 d'oxigène , tandis que dans celui de la vessie natatoire d'une tanche , la proportion était de 0,16 ; et Geoffroy et Vauquelin reconnurent qu'il existait o,o5 de ce principe dans l'air des vessies natatoires des brochets, des loches et des perches. Humboldt a aussi trouvé très-peu d'oxigène dans l'air de la vessie natatoire du gymnotus electricus.
SECTION XXV
De la Sueur.
Il s'émet continuellement de la peau , une matière invisible, qui a été distinguée par le nom de transpiration. Lavoisier et Séguin ont fait plusieurs expériences pour reconnaître quelle en peut être la quantité. Cruickshanks * a essayé d'en déterminer la nature ; Thénard a soumis cette humeur à un examen chimique2-, et elle a été l'objet de quelques expériences par Berzelius.
1. Cruickshanks ayant mis sa main dans un vaisseau de verre dont il luta l'orifice à son poignet au moyen d'une vessie, la surface intérieure du vaisseau s'obscurcit par degrés, et elle se tapissa de gouttelettes d'eau , qui s'écoulèrent au fond du vase. En tenant sa main de cette manière pendant
une heure , Cruikshanks recueillit i,<)43 d'un liquide qui avait toutes les propriétés de l'eau pure3. Lorsqu'il répéta la même expérience à 9 heures du soir , le thermomètre cen-
gram.
tigrade étant à 170, il ne put rassembler que 0,777 '■> ce T8* > pour les deux résultats, donne une quantité moyenne de
eram.
i,3(>o. Mais on peut raisonnablement supposer que la trans-
1 Crmckshariks-, on insensible PerspircçUon,
» Ai. 11. -le r.liim. LIX, 2fi3.
3 On insensible Perspiration , p. C8.
STJEFR. Co3
piration par la main est moindre que celle qui a lieu par le
gram.
tronc du corps. En prenant donc i,9^j3 par heure, pour ternie moven; et en admettant avec Crnicksbanks,que la main est à la surface du corps * *i!6o, la transpiration serait,
gram. kilog.
par heure , de î i6,58o , et dans ^4 heures , de 2,^98 , ce qui est presque le double du résvdtat moyen obtenu par Lavoisier et Séguin, si toutefois l'évalution par Cruickshanks , du rapport entre la surface de la main et celle du corps u'cst pas erronée.
Cruickshanks répéta de nouveau l'expérience après avoir
pris beaucoup d'exercice, et il recueillit dans une heure 0,108 d'eau '. Il trouva aussi que cette vapeur aqueuse traversait sans difficulté son bas; quelle se faisait jour à travers un gant de peau de chamois , et même qu'elle passait à travers le cuir de sa botte , quoique beaucoup moins abondamment que lorsque la jambe n'était pas ainsi recouverte*.
Il n'est pas difficile de voir pourquoi la quantité de vapeur aqueuse diminue avec le froid. Lorsque la surface du corps est exposée aune température froide , la capacité des vaisseaux cutanés est moindre , et par conséquent la quantité qui coule par eux doit diminuer.
D'un autre coté, lorsque la température est de beaucoup augmentée , soit par l'exposition à une atmosphère chaude , soit par un exercice violent, la vapeur transpirée augmente non-seulement en quantité , mais même elle se manifeste sous la forme d'un liquide. Ce liquide est connu sous le nom de sueur. On ne sait pas encore comment la sueur est produite ; mais sou importance , et la très-grande utilité dont elle est à l'animal , sont bien connues. Aussitôt qu'elle parait à !a surface de la peau , elle commence à s'évaporer. Mais sa conversion en vapeur exige de la chaleur ; il y a , en conséquence , absorption d'une partie de celle de l'animal , dont la température est ainsi abaissée. C'est par cette raison, que les animaux peuvent supporter pendant quelque temps, sans eu être incommodés , une température beaucoup plus élevée qu'on n'aurait pu le supposer.
1 On insensible Perspirati^n , p
» liid. p 02.
Sueur.
6o4 PARTIES DES ANIMAUX.
On connaît les expériences de Tillet, et celles plus décisives encore de Fordyce et de ses collaborateurs. Ces physiciens restèrent pendant un temps considérable dans une température supérieure à celle de l'eau bouillante. ». carbone. 2* Outre l'eau j on ne saurait douter qu'il n'y ait aussi émission de carbone par les pores de la peau ; mais dans quel état? C'estceque les expériences faites jusqu'ici ne nous donnent pas suffisamment les moyens de décider. Cruickshanks reconnut que l'air du vase de verre , dans lequel il avait tenu sa main et son pied enfermés pendant une heure, contenait du gaz acide carbonique; car la bougie brûlait obscurément dans ce gaz, et il troublait l'eau de chaux" ; et. M. Jurine trouva, que l'air qui restait pendant quelque temps en contact avec la peau , consistait presque entièrement en gaz acide carbonique x. On peut tirer la même conclusion des expériences d lngenhonsz et de Milly 3. Trousset a observé qu'il s'était séparé de l'air en grande quantité du corps d'un de ses malades pendant qu'il était dans le bain 4.
Or, il est évident que le gaz acide carbonique, dont la présence se manifestait pendant l'expérience de Cruickshanks n'existait pas préalablement dans le vase de verre ; il avait donc dû , ou avoir été transmis tout formé à travers la peau , ou s'être produit pendant l'expérience , par l'absorption du gaz oxigène , et l'émission qui s'en était suivie , du gaz acide carbonique. Les expériences de M. Jurine rendent la première de ces hypothèses inadmissible ; car il trouva que la quantité d'air en contact avec la peau n'augmentait pas. Il faut par conséquent que la présence du gaz acide carbonique soit due ou à l'émission du carbone , qui forme du gaz acide carbonique en se combinant avec le gaz oxigène de l'air, ou à l'absorption du gaz oxigène, et à l'émission subséquente de gaz acide carbonique; précisément de la même manière, et pour la même raison, que ces substances sont émises par les poumons. La dernière de ces suppositions est la plus probable; mais les expériences faites jusqu'à présent ne nous suffisent pas pour décider la question.
* hùueusl !ere 3. Indépendamment de l'eau et du carbone , ou du gaz acide carbonique, il s'échappe aussi de la peau une substance
1 On insensible Perspiration , p. ^oct8i.
* Encycl. rae'd. I, 5i5.
3 Ibid. p. 5 ii.
* Ann. de Chira. XLV, y3.
sueuk. 6o5
particulière , odorante. On sait que chaque animal a une odeur qui lui est propre. Le chien découvre son maître, et même en suit au loin la trace , par le flaire. Un chien, qu'on avait enchaîné pendant quelques heures après que son maître fut parti pour un voyage de quelques centaines de lieues , suivit si bien ses traces à l'odeur , qu'il le retrouva le troisième jour au milieu d'une foule1. Mais il est inutile de multiplier des exemples d'un fait aussi notoire. Or, cette odeur est nécessairement due à quelque matière particulière qui s'exhale continuellement ; et cette matière doit différer un peu soit en quantité, soit dans quelqu'autre propriété, puisque nous voyons que c'est par elle que le chien distingue facilement l'individu. Les expériences de Cruickshanks prouvent, jusqu'à un certain point , que cette matière est une substance huileuse , ou du-moins qu'une substance huileuse sort par la peau. Il pouta à plusieurs reprises , nuit et jour, pendant an mois , et dans le temps le plui chaud de l'été , le même gilet de laine tricoté. Au bout de ce temps il trouva toujours qu'une matière huileuse , sous forme de larmes noires, s'était accumulée en quantités considérables sur le poil de la surface intérieure du gilet. En frottant cette matière sur le papier, elle le rend transparent et ferme comme le fait la graisse. Elle brûle avec une flamme blanche , et laisse un résidu charbonneux2.
4» Berthollet observa que la transpiration est acide , et il 4. un acide. çn conclut que l'acide dont la présence se manifeste est l'acide phosphorique 3 ; mais cette opinion n'est appuvée d'aucune preuve. L'acide que Thénard obtint était l'àcidè acétique jj mais Berzelius a rendu probable que le véritable acide de la sueur est l'acide lactique, et que dans les expériences de Thénard , l'acide acétique s'était formé aux dépens de l'acide lactique. Berzelius évapora à siccité, dans un verre de montre , quelques gouttes de sueur. Le résidu jaunâtre avait au microscope toute l'apparence d'un mélange ordinaire d'hvdrochlorates de potasse et de soude, avec acide lactique, lactate de soude et sa matière animale qui l'accompagne; il rougissait le tournesol et se dissolvait dans l'alcool 4.
' Cruickshanks, on insensible Perspiration , p. 93.
* Ibid. p. cp.
' 11 remarqua qu'un papier bleu appliqué à un membre affecté d'un paroxisme goutteux devenait toujours rouge. Journ. de Phys. XXV1I1 , 275. * Annals of Piulosophy, II, 4i5.
[iiuiale.
GoG PARTIES DES ANIMAUX.
5. Matière 5. La petite quantité de matière animale , dont Thénard reconnut la présence dans ia matière transpirée, avait des propriétés qui le portèrent à la considérer comme étant de nature gélatineuse.
Fourcroy et Vauquelin se sont assurés que l'espèce de gale qui se rassemble sur les peaux des chevaux , consiste principalement dans du phosphate de chaux , et même que quelquefois il y est mêlé avec de l'urée.
Telles sont les parties constituantes de la matière transpirée. Quoiqu'il n'ait pas été fait d'analyse directe de la sueur, il y a cependant lieu de croire que sa composition est la même.
SECTION XXVI
De l'Urine.
h;s oire. Aucune substance animale n'a plus attiré l'attention que l'urine , sous le double rapport de sa connexion présumée avec diverses maladies , et des produits très-remarquables qu'on en obtient. Boyle, et les autres chimistes contemporains , furent portés à examiner particulièrement ce liquide, par la découverte qu'ils firent dune méthode pour en extraire du phosphore. Boerhaave, lialler, Huupt , Margraff , Pott , Rouelle, Proust et Klaproth, ont successivement apporté des perfectionnemens au procédé au moyen duquel on retirait des sels phosphoriques de l'urine , et leurs travaux ont ajouté quelque chose à ce que nous connaissions déjà sur les principes constituans de ces sels. Schéele y découvrit en outre plusieurs substances nouvelles , dont on n'y avait pas soupçonné la présence. Cruickshanks nous a donné un mémoire très-inléressant sur l'urine , dans la seconde édition du Diabète de Rollo. Fourcroy et Vauquelin en ont publié une analyse très-complète ; et Proust en a fait connaître une autre, non moins intéressante , dans laquelle il dénote l'existence de plusieurs substances, qui avaient jusqu'alors échappé aux recherches des chimistes. Mais l'analyse la plus exacte qui ait été faite de l'urine est celle de Berzelius *. PnrKtés.- L'urine nouvellement sortie du corps, diffère beaucoup, dans son apparence, suivant l'état de l'individu et le moment
* Djitr Keinicn, II , a^8.
où il la rend. En général , l'urine d'une personne en bonne santé est un liquide de couleur légèrement ambrée , d'une odeur aromatique , analogue à celle des violettes , et d'une saveuramère désagréable. Sa pesanteur spécifique varie, selon Crnickshanks , de i,oo5 à i,o3o x. Par le refroidissement de l'urine, l'odeur aromatique se change en une autre bien connue sous le nom d'odeur urineuse. A cette odeur en succède, au bout de deux ou trois jours, une autre, qui a beaucoup de ressemblance avec celle du lait aigri. Celle-ci disparaît à son tour, et est remplacée par une odeur alcaline fétide.
1. L'urine rougit le papier de tournesol, et contient par contient conséquent un acide. On a généralement considéré cet acide u" ACiùlicomme étant l'acide phosphorique ; Thénard assure que c'est l'acide acétique * ; mais Berzelius a fait voir que c'est l'acide lactique 3.
2. Si l'on verse une dissolution d'ammoTiiaque dans de Phosphate l'urine nouvellement rendue , il se précipite une poudre blan- de cn1""' che qui a les propriétés du phosphate de chaux. Ce fut Schéeleqni reconnut le premier la présence de cette substance
dans l'urine *. Le phosphate de chaux est évidemment tenu en dissolution par l'acide acétique. Schéele assure que c'est dans l'urine du malade que ce sel est le plus abondant. Bertholleta remarqué, que l'urine des goutteux était plus acide que celle des personnes en bonne santé. La proportion ordinaire de phosphate de chaux , dans l'urine des personnes bien portantes, est, selon Cruickshanks, d'environ les 0,001 1 du poids de l'urine 5.
6. En examinant le phosphate de chaux précipité de Tu- phosphate rine, on le trouve mêlé d'un peu de magnésie ; ce qui est dû , '' ainsi que Fourcroy et Vauquelin s'en sont assurés , à un peu de phosphate de magnésie que l'urine contient, et qui est décomposé par l'alcali ou la chaux employés pour précipiter le phosphate de chaux 6.
■ Le D.r Henry annonce n'avoir jamais trouvé la pesanteur spécifique del'urine, plus élevée que 1,020. Annals of Philosophy, 1, 28.
* Ann. de Chim. LIX, 269.
3 Annals of Philesopliy, II, ^16.
* Schéele, 1 , 208.
! Pbil. Mae. II,2Jt.
6 Ann. de Chim. XXXI, 66. La même découverte fut faite ante'-
rieurement par le docteur Wollaston. His examinatiou of calculi, Phil. Trans. 1797.
i« magoekio.
6o8 PARTIES DES ANIMAUX.
4- Berzelius nous apprend que dans l'urine , il se trouve un peu de fluate de chaux mêlé avec le phosphate de chaux. Après avoir fait un mélange des phosphates de l'urine avec un poids égal d'acide sulfurique , il exposa aux vapeurs de ce mélange , un morceau de verre préparé pour la gravure : le verre lut sensiblement corrodé , ce qui était un indice de développement d'acide fluorique *.
Sulfate 5. L'urine contient aussi une proportion notable d'acide
ep»°Ôude.e "sulfurique uni et à la potasse et à la soude-, c'est ce dont s'assura Berzelius. Si après avoir acidulé de l'urine avec de l'acide nitrique , pour que les phosphates ne soient pas précipités, on mêle alors cette urine avec de l'hydrochlorate de barite, il se produit un précipité abondant de sulfate de barite. Ce précipité étant séparé par le filtre, et l'urine claire sursaturée avec de l'ammoniaque, les phosphates se déposent et entraînent avec eux une quantité additionnelle de sulfate de barite a.
Acide 6. On trouve aussi, suivant Proust , de l'acide carbonique
carbonique. <]ans l'urjne ? et c'est sa séparation qui donne lieu à l'écume qui accompagne l'évaporation de l'urine 3. D'un autre côté , Fourcroy et Vauquelin pensent que cet acide se forme pendant l'évaporation , par la décomposition de l'urée. Les observations de Proust confirment celles faites antérieurement par Priestley et Percival, et elles se trouvent d'accord avec les expériences de Vogel. Ce chimiste ayant placé sous le récipient de la machine pneumatique un appareil , dont faisait partie un flacon dans lequel il avait introduit une certaine quantité d'urine fraîche de boisson , il se dégagea, lorsque le vide fut fait, une très-grande quantité de bulles d'air. Cet air en traversant de l'eau de chaux finit par la rendre laiteuse, et il se déposa du carbonate de chaux; ce qui indique que lair qui s'était dégagé était du gaz acide carbonique +.
Acide uriqne. Lorsque l'urine fraîchement évacuée refroidit, elle dépose souvent un précipité de brique , que Schéele reconnut être le premier des cristaux d'acide urique. Toute urine contient cet acide, même lorsqu'il ne se forme pas de précipité apparent par son refroidissement; car si l'on évapore aux o,oo5G de son poids une assez grande quantité d'urine claire et fraî-
■ An nais orPhilosophy, Il , ^16. * Ibid. p. ^i']. 3 Ann. de Chim. XXXVI, 2O0. < Id.XClll, 71.
UKINE. O09
clic, il se précipite une poudre très-fine qui s'attache en partie, très-fortement aux parois du vase. On peut dissoudre cette portion dans de la potasse caustique, et la précipiter de nouveau par l'acide acétique. Elle manifeste toutes les propriétés de l'acide urique ' ; et le fait est , que le précipité qui se dépose ordinairement lorsque l'urine se refroidit, est principalement composé de phosphate de chaux et d'acide urique. On peut le dissoudre dans l'acide nitrique étendu. Eu chauffant la dissolution et en l'évaporant à siccité , elle acquiert une belle couleur rose , si l'acide urique est présent 2. La proportion de l'acide urique, dans l'urine, varie considérablement. Il cristallise en petits prismes rouges , en partie à la surface de l'urine, lorsqu'aprés l'avoir mêlée avec de l'acide nitrique, on expose le mélange à l'air. En effet, les expériences du docteur Egan nous apprennent que, par le mélange de tous les acides avec l'urine, il se dépose de l'acide urique en cristaux 3.
8. Dans les lièvres intermittentes , et surtout dans les ma- Af.i(!e ladies du foie , l'urine laisse déposer un sédiment abondant r°saciHuede couleur rouge de brique , qui contient l'acide rosacique de Proust.
g. Si l'on évapore de l'urine fraîche en consistance de SfAdt sirop , et qu'on y verse alors de l'acide hydrochlorique, il bentoi*ue' se forme un précipité, qui parait avoir les propriétés de l'acide benzoïque. Schéele est le premier qui découvrit la présence de cet acide dans l'urine. Il l'évapora à siccité, en sépara la partie saline , et appliqua la chaleur au résidu. L'acide benzoïque se sublima , et fut trouvé cristallisé dans le récipient. Ce furent Fourcroy et Vauquelin qui proposèrent les premiers cette méthode *. On peut, par ce moyen, obtenir l'acide benzoïque en très-grandes quantités de l'urine des chevaux et des vaches , où cet acide est beaucoup plus abondant que dans l'urine humaine , qui n'en contient que de 0,001 à 0,0001 5. Proust assure quefacide obtenu par leprocédé de Schéele, n'est pas l'acide benzoïque -, que c'est un autre acide qui a des propriétés semblables, mais qui en diffère par cette circonstance,
1 Schoele , 1 , 207.
a Crnickshanks.
s Pliil. Mag. XXIII, 298.
* Ann. deChitti. XXXI, G2. ! Ibid. p. G3.
6 10 rARTIES DES ANIMAUX.
que l'acide nitrique le décompose, tandis que l'action de cet acide sur l'acide benzoïque se borne à le blanchir *. /illumine l °' Lorsqu'on verse dans l'urine une infusion de tannin, «gélatine: on obtient un précipité blanc, ayant les propriétés de la combinaison de tannin et d'albumine. L'uriue contient donc de l'albumine ou de la gélatine. On avait bien soupçonné dans l'urine la présence de ces substances, mais ce fut Seguin qui la démontra le premier , et qui découvrit la méthode ci-dessus indiquée pour les y reconnaître. Leur quantité dans l'urine saine est très-petite , souvent même elle n'est pas sensible. Cruicsksliauks trouva que le précipité fourni par le tannin, dans l'urine saine, s'élevait aux 0,0041 du poids de l'urine2; dans un grand nombre de maladies ces matières s'y trouvent en beaucoup plus grande quantité. L'urine des hydropiques contient souvent assez d'albumine pour qu'elle se coagule, non-seulement par l'addition d'acides, mais même par l'application de la chaleur 3. Il y a aussi , dans tous les cas de digestion altérée , augmentation dans l'urine de la partie albuiuineuse. Cette circonstance offre une des marques instinctives les plus remarquables et les plus importantes entre l'urine des personnes bien et mal portantes 4. tké». il. En évaporant l'urine à un feu doux en consistance d'un sirop épais , elle acquiert une couleur brune foncée , et exhale une odeur ammoniacale fétide; par le refroidissement , elle se prend en une masse de cristaux, composés de tous les principes de l'urine. Si l'on verse , par intervalles sur cette masse, jusqu'à quatre fois son poids d'alcool, et qu'on expose le tout à une douce chaleur, il s'en dissout la plus grande partie. On décante alors l'alcool , qui est devenu de couleur brune, et on le distille dans une cornue au bain de sable, jusqu'à ce que le mélange ait bouilli pendant quelque temps , et qu'il ait acquis la consistance de sirop. Peudant ce temps l'alcool a passé, en totalité , et la matière cristallise par le refroidissement en lames quadrangulaires qui se croisent. Cette substance constitue l'urée, qui forme les o,o3 de l'urine , pourvu que la partie aqueuse ait été miîevée. C'est cette substance qui caractérise l'urine, qui îa
' Ann.deChim. XXXVI, 2-3.
» ri.il. Mag. JI , 243.
3 Cruickshanks, ibld. . 248.
* lourcroy et Vauquelin, Arîn. de Cliim. XXXI, 61.
urinéi Gu
constitue ce qu'elle est , et à laquelle sont dus sa saveur, sou odeur, et la plupart des phénomènes très-singuliers qu'elle présente.
On peut en découvrir la présence en évaporant l'urine jusqu'à consistance de sirop, et en y versant alors de l'acide nitrique concentré. Il se précipite sur-le-champ un grand nombre de cristaux blancs éclatans, sous forme de lames, qui ressemblent beaucoup à l'acide borique cristallisé. Ces cristaux sont l'urée à l'état de combinaison avec l'acide nitrique.
La quantité d'urée varie considérablement dans des urines différentes. Dans celle évacuée presqu'imraédiatement après le repas on en trouve fort peu, et à peine peut-on en découvrir dans celle rendue pendant le paroxysme d'affections histériques.
12. Si l'on évapore lentement l'urine jusqu'en consistance Hrdrcchiorate de sirop, il se rassemble à sa surface beaucoup de cristaux. dc SJLdtt- Ces cristaux ont les propriétés de l'hydrochlorate de soude. L'urine contient donc de ce sel. On sait que l'hydrochlorate de soude cristallise en cubes ; mais celui obtenu de l'urine est sous la forme d'octaèdres. C'est à l'action de l'urée qu'il faut attribuer cette singulière modification de forme*. Il est connu depuis long-temps qu'en saturant l'urine d'hydrochlorate de soude , ce sel cristallise en octaèdres réguliers.
i3. Le résidu salin qui reste après que l'urée a été sépa- pi,:> rée, au moyen de l'alcool , de l'urine cristallisée , est connu êld« sous le nom de sel fusible d'urine , et de sel microcosmique. Il a été proposé par les chimistes différentes méthodes pour l'obtenir, depuis Boerhaave qui, le premier, publia un procédé, jusqu'à Rouelle et Chaulnes, qui y substituèrent celui que je viens de décrire. Si l'on dissout cette masse cristalline dans une suffisante quantité d'eau chaude, et qu'on abandonne la liqueur à la cristallisation spontanée dans un vase fermé , il s'y dépose peu-à-peu des cristaux de deux espèces. Les cristaux qui se trouvent le plus au-dessous affectent la forme de prismes rhomboïdaux comprimés-, les cristaux au-dessus, au contraire, ont celle de tables rectangulaires. On peut les séparer aisément les uns des autres en les tenant pendant quelque temps exposés à uu air sec. Les tables rectangulaires s'effleurissent , et tombent en poussière, mais
* Fourcroy et Vauquelio.
6l2 PARTIES DES ANUIAUX.
les prismes rhomboïdaux restent sans avoir éprouvé daïtération.
En examinant ces sels , on leur reconnaît les propriétés de phosphates. Les prismes rhomboïdaux sont composés de phosphate d'ammoniaque , uni à un peu de phosphate de soude : les tables rectangulaires , au contraire , sont du phosphate de soude uni à une petite quantité de phosphate d'ammoniaque; l'urine contient donc du phosphate de soude et du phosphate d'ammoniaque.
Hydrochiorate x 4- Lorsqu'on évapore l'urine avec précaution , il s'y deaammoniaque. p0se SOuvent parmi les autres sels un petit nombre de cristaux cubiques , qui ont les propriétés d'hydrochlorate d'ammoniaque. Or , la forme ordinaire des cristaux d'hydrochlorate d'ammoniaque est l'octaèdre. Le changement de sa forme dans l'urine , est aussi produit par l'urée. On obtient ce "sel en plus grande quantité lorsqu'on distille les cristaux d'urée provenant de la dissolution alcoolique *. «oufre. l$' Lorsqu'on fait bouillir de l'urine dans une bassine d'ar-
gent , le vase noircit ; et si la quantité d'urine est assez grande, il se détache du vaisseau de petites feuilles de sulfure d'argent; donc l'urine contient du soufre. Ce soufre s'exhale avec l'acide carbonique lorsque l'urine se putréfie; car les vapeurs qui se séparent de l'urine dans cet éfat, font paraître les caractères tracés sur du papier avec de la dissolution d'acétate de plomb, en noircissant ce papier3.
•16. Le nuage qui se manisfeste lorsque l'urine refroidit, et qu'on peut toujours remarquer en plus ou moins grande quantité dans l'urine, est le mucus de la vessie ; on le sépare par le filtre. Ce mucus facilite le dépôt de cristaux d'acide «rique; de sorte que lorsqu'il arrive qu'il est retenu dans la vessie, il y peut faire fonctions de noyau pour la formation de calcul.
L'urine de l'homme dans l'état de santé, est composée, suivant Berzelius, sur iooo parties, savoir :
* Fourcroy et Vanqnclin.
» Proust, Ann. de CUiin. XXXVI, *58.