SIXIÈME CLASSE
Poisons septiques et putréfions.
C'est dans cette dernière classe que M. Orfila place les animaux venimeux, tels que les serpens et vipères, les scorpions, les araignées, les abeilles et la guêpe , etc. , dont la morsure ou la piqûre est accompagnée d'accidens plus ou moins graves.
M. Orfila présente les résultats des nomhreuscs expériences de Fontana , de Paulti , du professeur Mangili , et autres , sur In morsure et le venin des vipères. 11 cite, à ce sujet, les exemples les plus remarquables, et il en déduit des observations importantes. Il passe ensuite à la piqûre du scorpion, des araignées, de l'abeille et de In guêpe, etc., en relatant principalement, dans tout ce qu'il en dit, le tntvail très-élendu de M. Amoreus, sur les insectes venimeux. Enfin, après avoir exposé et examiné chacun des moyens proposés jusqu'à-présent comme spécifiques contre la morsure ou la piqûre des animaux venimeux, M. Orfila indique la marche que doit suivre l'homme de l'art, appelé pour des cas de cette nature.
(Note du Traducteur. )
poisons animaux. 597
i. Le venin delà vipère est unliquide jaune, que contiennent Venia deux vésicules placées dans la bouche de l'animal. Ces vési- de 'a vipère. cules communiquent par un tube avec les dents en forme de crochets, qui sont creuses , et se terminent par une petite cavité. A l'instant où la vipère mord , les vésicules sont comprimées , et le poison , forcé de passer à travers les dents , jaillit dans la blessure. Cette conformation de la bouche de la vipère fut en partie observée par Redi , naturaliste italien, et ses découvertes furent complétées et confirmées par les expériences et les observations de Francini1 , de lysson 2, de Mead3 etdeFontana.
C'est ce suc vénéneux qui produit les effets funestes de la morsure de la vipère -, car si l'on enlève à l'animal ses vésicules , ou qu'on empêche le liquide de jaillir dans la plaie , la morsure ne fait aucun mal. Si l'on introduit ce suc dans des blessures faites par des instrumens aigus , il produit des effets aussi nuisibles que lorsqu'il y est porté par l'animal luimême. Mead indiqua quelques - unes des propriétés de ce liquide ; mais Fontana est le premier qui l'ait soumis à l'analyse chimique , en sacrifiant à ses expériences plusieurs centaines de vipères ; car chaque vésicule contient à peine audelà d'une goutte de suc.
Ce suc est jaune et insipide ; mais lorsqu'on l'applique sur la langue, il l'engourdit. Vu au microscope, il a une apparence huileuse ; cependant il se mêle facilement à l'eau : il n'altère point les couleurs bleues végétales.
Lorsqu'on l'expose à l'air , la partie aqueuse s'évapore Ressen,bie peu-à-peu , et il reste une substance brune jaunâtre , qui a » u K°n>mel'apparence de la gomme arabique. Dans cet état , il est visqueux entre les dents comme la gomme. Il se dissoutaisément dans l'eau, mais il n'est pas soluble dans l'alcool , qui le précipite de sa dissolution aqueuse sous forme de poudre blanche. Les acides et les alcalis n'ont pas beaucoup d'action sur ce suc. Ilnes'unit ni aux huiles volatiles ni au sulfure de potasse. Chauffé, il fond, mais il se boursouffle , et ne s'enflamme que lorsqu'il est devenu noir. Ces propriétés, analogues à celles de la gomme, indiquent la nature gommeuse de ce suc vénéneux.
' New Abridg. of the Phil. Trans. II, S. » Phil. Tratis. Vol. XII.
3 Mead , on poisons , p. 35.
proposée comme antidote.
5o,8 PARTIES DES ANIMAUX.
Fontana fit une longue suite d'expériences sur le venin desséché de la vipère ; il en fit de semblables sur la gomme arabique , et il obtint les mêmes résultats.
D'après les observations du docteur Russel , il y a lieu de croire que les sucs vénéneux des autres serpens ressemblent par leurs propriétés à celui de la vipère.
Cette ressemblance frappante entre les gommes et le poison de la vipère , substances qui produisent l'une et l'autre , sur les corps vivans , des effets si opposés, prouve combien nous sommes encore loin de connaître leur nature chimique compliquée. C'est par son mélauge avec le sang que le poison de la vipère, et celui des serpens en général , est le plus funeste. Pris dans l'estomac , il tue si la quantité est considérable. Fontana a reconnu que les effets pernicieux de ce poison sont en raison de sa quantité , comparée à celle du sang. Il s'ensuit , que le danger diminue en proportion de la grandeur de l'animal. Des petits oiseaux , et des quadrupèdes meurent aussitôt qu'ils ont été mordus par une vipère; mais il est rare que cette morsure soit fatale à un homme bien constitué*.
Ou a proposé l'ammoniaque comme l'antidote de la morsure de la vipère. L'emploi en fut recommandé en conséquence de la théorie du docteur Mead, qui soutenait que le poison était de nature acide. Les essais nombreux que fit Fontana sur ce médicament lui firent perdre toute sa célébrité; mais le docteur Ramsay l'a remis en vogue, en le pré-
* Dans ses expériences très-multiplices sur la morsure et le venin de la vipère, Fontana reconnut, et crut pouvoir établir en fait,
que o,ooo53 de ce venin introduit dans un muscle, suffit pour tuer un moineau ; qu'il en faut six fois davantage pour faire périr un pigeon ; et eu considérant la grandeur et le poids, Foulana calcula
gram. gram.
qu'il en faudrait environ 0,1 5q pour tuer un homme , et o,637 pour faire mourir un bœuf. Fontana s'était assuré , de plus , que les vési-
gram.
«nies de la vipère ne contiennent qu'environ 0,106 de venin, qui ne pont être épuisé qu'après plusieurs morsures. Il résulterait de ces évaluations, que l'homme pourrait recevoir la morsure de plusi eu es vipères, sans en mourir.
Cependant , malgré cette conséquence déduite des calculs de Fontana , d'après ses expériences, M. Paulct a établi , dans un mémoire avant pour titre: Observations sur la Vipère de Faritauiebleau, publia en i8o5 , qu'une seule morsure de ce replile , qui, dans cette localité, est l'espèce vipera berus, peut devenir mortelle pont -l'homme, malgré, l'assertion de Fontanfl. {Note d» Traducteur*')