IV. Calculs urinaires
On sait qu'il se forme souvent dans la vessie, ou dans d'autres organes urinaires, des concrétions qui donnent lieu à une des plus terribles maladies auxquelles l'espèce humaine soit sujette.
On distingua ces concrétions par le nom de calculs, d'à- Histoire près la supposition qu'ils sont dune nature pierreuse. Ces concrétions ont pendant long-temps fixé l'attention des médecins. A peine la chimie fut-elle appliquée à la médecine , qu'on commença à s'exercer dans l'examen des calculs urinaires •, et il fut établi diverses théories sur leur nature et leur origine. Suivant Paracelse , qui leur donna la dénomination ridicule de duelech , les calculs urinaires étaient composés d'un tartre mucilagineux, qui flottait dans les vaisseaux sanguins. D'un autre côté , les scolastiques les considéraient comme un mucilage particulier, cuit et pétrifié par la chaleur du corps. Van Helmont réfuta victorieusement ces opinions dans son Traité de Lithiasi , qui contient la première tentative faite pour analyser l'uriue et les calculs urinaires; mérite bien remarquable , si l'on considère l'époque à laquelle cet ouvrage parut. Il démontre que les matériaur \les calculs existent dans l'uriue. Il les regarde comme étant
* On the Liver, p. lia.
» Physiol. VI, 567.
3 Thc'nard, Mém. d'Arcueil, I, 5j>.
638 PARTIES DES AMIMAIIÏ.
formés d'une matière terreuse volatile , et de l'esprit salin de l'urine , dont la coagulation s'opère instantanément lorsqu'ils se combinent ensemble ; mais la présence de ce qu'il appelle scoria , qui sature le sel d'urine , empêche cette combinaison d'avoir lieu chez les personnes en santé *. Par la distillation , Boyle obtint des calculs , de l'huile et une grande quantité de sels volatils. Boerhaave les supposa composés d'huile et de sels volatils. Slare essaya d'en l'aire l'analyse chimique 2 ; Haies en obtint une quantité prodigieuse d'air. 11 leur donna le nom de tartre animal , en indiquant leur ressemblance, dans plusieurs circonstances, avec le tartre ordinaire; et il fit beaucoup d'expériences pour en trouver le dissolvant 3. Les docteurs Whyttet Alston indiquèrent les alcalis comme dissolvans des calculs -, et ce fut dans la vue d'en trouver un plus parfait, que le docteur Black se détermina à entreprendre ces expériences qui menèrent à la découverte de la nature des carbonates alcalins.
On en était resté là de l'analyse chimique des calculs , lorsque Schéele publia en 1776, dans les Transactions de Stockholm ,une dissertation sur ce sujet. Ce mémoire fut suivi de quelques observations de Bergman. Ces chimistes célèbres dissipèrent complètement l'incertitude dans laquelle on s'était trouvé jusqu'alors à cet égard, et ils reconnurent la nature des calculs dont ils entreprirent l'examen.
Depuis ce temps, les recherches d'Austin, de Walther, de Brugnatelli, de Pearson, etc., ont répandu beaucoup plus de lumières encore sur la nature de ces concrétions ; mais c'est au docteur Wollaston que nous sommes redevables des additions les plus importantes qui aient été faites à ce que nous connaissions déjà concernant les calculs. C'est ce chimiste habile qui les distingua en espèces , qui reconnut leur composition, et qui y découvrit des parties constituantes dont on n'avait pas avant lui soupçonné la présence 4. La dissertation de Fourcroy et Vauquelin sur les calculs , n'est pas d'une moindre importance. Wollaston avait, à-la- vérité, obtenu déjà plusieurs de leurs résultats; mais ils analysèrent environ 5oo calculs avec la plus grande précision , ce qui
' De Lithiasi, p. ai.
* Phil. Trans.XVI, i-fo.
3 Veget. Stat. II, 189.
* Phil. Tians. 179';.
D«seripticu.
CONCRÉTIONS MORHIFIQUES. 63c)
les mit à même de faire une classification plus exacte que celle qu'on aurait pu obtenir, avant que la rencontre fréquente dans ces calculs de chaque partie constituante eût été observée. Ces chimistes découvrirent aussi dans les calculs quelques substances qu'on n'y avait pas trouvées avant eux. Il a été publié sur ce sujet un Mémoire intéressant, par M. Brande. L'examen qu'il fit, de i5o calculs, dans la collection d'un musée, lui fournit 1 occasion de rectifier quelques erreurs de ses prédécesseurs, et d'ajouter plusieurs faits nouveaux à ceux qui avaient déjà été reconnus '.
Les calculs urinaires affectent ordinairement la forme d'un sphéroïde ou d'un ovoïde ; quelquefois ce sont des poly gones ; ou bien, ils ressemblent aux tubercules agglomérés des mûres; et dans ce cas on les distingue par l'épithète de muraux. Ils varient en grosseur-, tantôt ils sont très-petits, et quelquefois ils sont aussi gros qu'un œuf d'oie , ou même davantage. Quelques-uns ont une couleur brune foncée ressemblant à celle du bois. Dans certains cas , ces calculs sont blancs et d'un aspect crayeux ; dans d'autres circonstances, ils sont durs et d'un gris obscur. Souvent ces différentes couleurs se trouvent entremêlées , et dans des degrés divers d'intensité. Tantôt leur surface est polie comme celle du marbre, et tautôt elle est rude et inégale; quelquefois ils sont recouverts de cristaux demi-trausparens. Leur pesanteur spécifique varie de 1,21 3 à 1,976 2.
Les substances reconnues jusqu'à présent dans les calculs urinaires sont :
x. Acide urique.