‹ Systeme de chimie. Traduit de l'anglais sur la 5. éd. (de 1817) (volume 2)Chapitre 183 sur 228 · SÉCRÉTIONS MORBIFIQUES · texte numérisé non relu

SÉCRÉTIONS MORBIFIQUES

est froid. Vu au microscope, il a l'apparence d'un fluide transparent, dans lequel on voit nager des globules blancs1. Sa pesanteur spécifique varie de i,o3i à i,o332.

Il ne produit aucun changement sur les couleurs bleues végétales 3. Exposé à une douce chaleur, il se dessèche par degrés , et prend un aspect corné. Par la distillation à feu nu, Bergman obtint d'abord les o,25 du pus à l'état d'eau insipide; en augmentant le feu , il passa un liquide contenant de l'ammoniaque en abondance, et qui était accompagné de corps gazeux qu'il n'examina pas. Il se sublima du carbonate d'ammoniaque concret , mêlé d'huile empyreumatique. Il resta un charbon léger brillant, difficile à incinérer. Les cendres donnèrent des traces de fer 4.

Suivant Hildebrand , le pus devient acide par degrés lorsqu'il reste exposé à l'air ; et Haller assure qu'il rougit quelquefois le papier de tournesol, lors même qu'il est récent. Jeté dans l'eau, il tombe au fond comme plus pesant que ce liquide. Par l'agitation , le mélange devient laiteux ; mais le pus s'en sépare de nouveau , si on l'abandonne à lui-même en repos. Cependant, par des agitations répétées, et surtout par l'application de la chaleur , on obtient un liquide laiteux , qui passe dans cet état à travers le filtre.

Le pus s'épaissit dans l'alcool ; mais il ne s'y dissout pas; il ne s'unit pas non plus aux huiles.

L'acide sulfurique le dissout : la dissolution est de couleur pourpre. Lorsqu'on l'étend d'eau , la couleur foncée disparaît , et le pus se sépare , soit en se rassemblant au fond, soit en s'élevant à la surface, selon la quantité d'eau ajoutée, et le temps pendant lequel la dissolution est demeurée en repos. L'acide sulfurique étendu n'a sur lui aucune action.

L'acide nitrique concentré fait effervescence avec le pus, et forme une dissolution jaune , qui se décompose par l'eau lorsqu'elle est récente. Le pus se dépose à l'état de flocons gris.

L'acide hydrochlorique. lorsqu'il est chauffé , dissout aussi le pus, qui est séparé de la dissolution par l'eau.

Avec les dissolutions d'alcalis fixes , le pus forme un

* Home, on Llcers.

* Pearson, I\u holson's Journ. XXX , 17. 3 Cruickshanks.

* Gren's Hatidbuch, II , ^26.

fluide filant et blanchâtre , que l'eau décompose , le pus se précipitant. L'ammoniaque pure le réduit en gelée transparente, et en dissout peu-à-peu une portion considérable *,

Lorsqu'on verse du nitrate d'argent dans une dissolution aqueuse de pus, il s'en sépare un précipité blanc. Le nitrate de mercure et le perchlorure de ce métal y occasionnent un précipité floconneux beaucoup plus abondant z.

Telles sont les propriétés du pus sain , autant que les chimistes ont pu les reconnaître jusqu'à présent. Elles indiquent qu'il a une grande analogie avec l'albumine. 11 a été fait beaucoup d'observations pour mettre les médecins en état de distinguer le pus d'avec le mucus des cavités intérieures, et spécialement des poumons. Dans les cas d'expectoration abondante, il est quelquefois important de reconnaître si la matière qui sort des poumons est du pus ou du mucus. M. Cliarles Darwin fit une suite d'expériences sur ce sujet, et indiqua trois caractères qui distinguent le pus. i.° L'acide sulfuriquele dissout. Lorsque la dissolution est étendue d'eau, le pus se précipite, tandis que le mucus traité de la même manière surnage. Mais comme cette distinction dépend de la quantité d'eau ajoutée, elle n'est pas décisive. 2.0 On peut délayer le pus dans l'eau, dans l'acide sulfurique étendu, et dans la saumure ; mais il n'en peut pas être ainsi avec le mucus. 3 ° Les lessives alcalines dissolvent le pus, et l'eau l'en précipite ainsi dissous; mais cet effet n'a pas lieu avec le mucus. Il est assez douteux que ces deux dernières distinctions méritent jusqu'à un certain point de la confiance. Gras-. meyer a proposé la méthode suivante, qu'il considère comme remplissant complètement l'objet. On triture la substance sur laquelle on veut faire l'essai avec un même poids d'eau tiède; on y ajoute alors une portion égale d'une dissolution saturée de carbonate de potasse, et on laisse reposer le mélange. S'il contient du pus, il se dépose au bout de peu d'heures une gelée transparente, ce qui n'a pas lieu lorsque, dans le mélange, il n'existe que du mucus 3.

2. Lorsque l'ulcère prend un mauvais caractère , le pus qui s'y forme a des propriétés toutes différentes. Il est ordi-

1 Cruicl^shank».. • Idem.

3 Gren's Handbuch. II, p!î. Les expériences du docteur P-.irson, sur Je pus, meritcni.de fixer l'attention. Mcholscn's Jouin. X\S, \~.

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nairenient d'une odeur fétide ; il a beaucoup moins de consistance, et un certain degré d'àcreté. Nous sommes en possession de deux suites d'expériences faites sur ce pus malsain; l'une par Cruickshanks sur le pus découlé de l'ulcère qu'on appelle ulcère d'hôpital, et une autre par le docteur Crawford sur la matière des cancers.

Le pus de l'ulcère d'hôpital a la plupart des propriétés du p™ de l'ulcère pus saiu ; mais il s'en distingue par son odeur, et par quel- ■ ^opUlL ques nuances de différence lorsqu'on l'expose à l'action des précipités métalliques. L'eau de chaux change son odeur fétide, mais ne la détruit pas -, l'acide sulfurique , l'alcool et la dissolution d'arsenite de potasse l'augmentent. Le quinquina ne produit sur elle aucun effet ; mais le nitrate de mercure et le perchlorure de ce métal , l'acide nitrique et le chlore la détruisent. Le nitrate d'argent ne produit pas cet effet. Cruickshanks suppose que cette odeur fétide est occasionnée par l'altération de quelque partie de vrai pus. Il considère celui de l'ulcère d'hôpital comme une matière sui gène ri s , qui est susceptible d'en produire davantage, et même d'opérer une altération daus le système. D'où il suit , que pour guérir l'ulcère, il faut que la matière soit détruite , et qu'elle ne puisse plus se reproduire. Pour y parvenir , on lave les ulcères chaque fois qu'on les panseavec du nitrate de mercure, avec de l'acide nitrique étendu d'eau , et avec du chlore. Cette méthode réussissait constamment au docteur Piollo , excepté le cas où l'ulcère étaut trop considérable il ne pouvait pas la mettre complètement en pratique.

3. La matière, qui découle du cancer, examinée par le Matière docteur Crawford, verdissait le sirop de violettes. La potasse n'y produisait aucun changement ; mais l'acide sulfurique donnait lieu au développement d'un gaz, qui avait plusieurs des propriétés de l'acide hydrosulfnrique. II suppose que ce gaz existe, dans la matière, uni à de l'ammoniaque. La présence de ce composé explique les effets que produit la matière du cancer, ainsi que toute matière virulente en général, sur les sels métalliques. Le docteur Crawford reconnut que l'odeur de cette matière était détruite complètement par le chlore ; et , en conséquence , il en recommande l'emploi pour laver les ulcères cancéreux.

4- Outre les espèces de pus dont il vient d'être fait mention, il en est un grand nombre d'autres, que par leurs effets, IV. l 4a

Ciiicereme.

nous reconnaissons pour être d'une nature particulière , quoiqu'on ne puisse pas leur établir de caractères chimiques bien marqués. On ne saurait cependant douter qu'elles ne soient essentiellement différentes, si l'on considère que chacune de ces espèces de pus produit une maladie qui lui est propre. On peut citer pour exemples la matière de la petite vérole, celle des ulcères vénériens, de la vaccine, etc.

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