DIGESTION
substances pour produire la coagulation du lait ; car M. Levaillant, dans ses Voyages en Afrique, fait mention d'un vase de porcelaine qu'il se procura, qui était resté pendant quelques années au fond de la aier. Ce vase avait la propriété de faire coaguler le lait qu'on mettait dedans; et, cependant, il ne lui communiquait aucune saveur, et ne différait pas en apparence d'autres vases.
Il est probable que la salive facilite la conversion des alirnens en chyme, tout aussi bien que le suc gastrique. Elle sert évidemment à les délayer : et elle est probablement utile aussi , en communiquant de l'oxigène.
6. Le chyme, ainsi préparé, passe de l'estomac dans les chyme intestins, où il éprouve de nouveaux changemens, et où il converti en
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finit par se convertir en deux substances très-différentes ? le ciment. chyle et la matière excrémentitielle.
Le chyle est un liquide blanc, qui ressemble beaucoup au N . sang par ses propriétés ; avec cette différence, que les glo- duchyie. bules qui y flottent, au-lieu d'être rouges, comme c'est le cas à l'égard des globules colorans du sang, sont blancs; mais la nature et les parties constituantes du chyle ont été décrites dans le chapitre précédent. Le docteur Charles Smith, de New-Jersey, cite un exemple d'hydropisie de l'abdomen , dans laquelle le liquide accumulé parait avoir été le chyle. Le sujet , était un petit garçon âgé d'environ douze ans. On lui fit deux fois l'opération de la ponction , et on en retira chaque fois de six à sept litres de liquide. Sa couleur était d'un blanc de craie. Il avait presque la saveur, l'odeur et l'aspect du lait. On le laissa reposer toute une nuit, et il produisit dans cet intervalle une très-bonne crème, quoiqu'en moindre quantité que celle que fournit ordinairement le lait de vache*.
7. On ne sait presque rien encore sur la conversion du chyme s» formation en chyle. Il ne paraît pas que le chyme soit précisément le es^ffil^°"de même dans tous les animaux; car les animaux herbivores
ont des intestins plus longs que ceux des animaux carnivores. 11 est certain que la formation du chyle est le résultat d'un changement chimique, quoique la nature de ce changement, ou les agens qui le produisent, ne nous soient pas précisément connus. Mais que le changement soit chimique, c'est ce qui est évident , parce que le chyle diffère entièrement
* Pliil. Mag. IX , 16.
Usage :1e la bile.
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du chyme , et dans ses propriétés et dans son aspect. Par l'action des intestins, le chyme se sépare en deux parties, le chyle et l'excrément ; la première est absorhée par un grand nombre de petits vaisseaux, qu'on appelle lactés ou chylifères ; l'autre passe à travers le canal intestinal, et finit par être entièrement rejetée hors du corps.
Quoique le chyle et la matière excrémentitielle restent mélangés ensemble, après que le chyme a été converti dans ces deux substances, il ne paraît pas cependant qu'elles puissent se décomposer mutuellement; car il y a eu des individus qui, pendant plusieurs années, n'ont point ou presque point rendu de matière excrémentitielle par l'anus. Dans ces sujets , les vaisseaux chylifères absorbaient non-seulement le chyle, mais encore la matière excrémentitielle -, et cette dernière substance était ensuite portée hors du corps par d'autres issues, et particulièrement par la peau; ce qui répandait continuellement sur toute leur personne une odeur particulière à laquelle on distinguait la matière excrémentitielle. Or, il est évident que dans ces individus le chyle et l'excrément n'agissaient pas l'un sur l'autre , quoique mélangés et même absorbés ensemble , puisque ces individus jouissaient d'une bonne santé; ce qui n'aurait pu être si le chyle avait été dénaturé ou détruit.
On a supposé que la décomposition du chyme , et la formation du chyle, étaient l'effet de l'action de la bile, qui s'écoule abondamment et se mêle avec le chyme , aussitôt que celui-ci entre dans les intestins. Si cette théorie était fondée, il ne se formerait pas de chyle lorsqu'un accident empêcherait la bile de passer dans le canal intestinal; mais il est évident que cela n'a pas lieu ainsi; car ily a de fréquens exemples de personnes affligées de la jaunisse, chez lesquelles les canaux biliaires sont bouchés , soit par des calculs de la vésicule , soit par quelqu'autre cause, au point qu'il est impossible que la bile coule dans les intestins; et, cependant , ces personnes vivent pendant très-long-temps dans cet étaU La digestion , et par conséquent la formation du chyle , peuvent donc être indépendans de la bile.
La bile paraît principalement destinée à opérer la séparation de la matière excrémentitielle d'avec le chyle, après que ces substances ont été formées l'une et l'autre , et à produire l'évacuation de l'excrément hors du corps. Il est pro-
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bable que ces deux substances resteraient mélangées, peutêtre même qu'elles seraient en partie absorbées ensemble, si ce n'était la bile qui semble se combiner avec la matière excréraentitielle, faciliter par cette combinaison sa séparation du chyle, et prévenir ainsi son absorption. Fourcroy suppose que la bile subit une décomposition , aussitôt qu'elle se mêle avec les matières contenues dans le canal intestinal ; que ses parties alcalines et salines se combinent avec le chyle, qu'ils augmentent sa fluidité, tandis que son albumine et sou picroinel s'unissent à la matière excrémentitielle , et lui donnent par degrés de la consistance '. D'après les dernières expériences de Berzelius sur les matières fécales, détaillées dans le chapitre précédent, on ne peut douter que les principes constituans de la bile ne se trouvent dans la matière excrémentitielle-, ce qui donne beaucoup de probabilité à la théorie ingénieuse de Fourcroy. La bile stimule aussi l'action du canal intestinal,;, et cette action fait évacuer plus pi omptement la matière qu'il contient; car toutes les fois qu'il y a défaut de bile, le corps est constamment plus resserré.
8. Le^chyle, après qu'il a été absorbé par les vaisseaux chy- Le chwe se lifères,est conduit par eux dans un assez gros vaisseau connu aïec^jy* he sous le nom de canal thorachique. 11 se décharge également dans le même vaisseau un fluide transparent, transporté par une série de vaisseaux qui partent de toutes les cavités du corps. On adonné le nom de lymphatiques à ces vaisseaux, et celui de lymphe au fluide qu'ils charrient. Ainsi le chyle et la lymphe se mêlent ensemble dans le canal thoracbique.
On a très-peu de connaissances précises sur la nature de la lymphe, parce qu'il est à peine possible de la recueillir en quantité. Elle est sans couleur, ayant quelque viscosité, et, à ce qu'on assure, une pesanteur spécifique plus grande que celle de l'eau. M. Brande trouva qu'elle ne se coagule pas lorsqu'on la chauffe , mais il séparait de l'albumine par la batterie galvauique. Il reconnut aussi dans la lymphe de l'bydroeblorate de soude, mais sans présence de fer 2. Il est probable, d'après les observations de Berzelius , qu'il s'y trouve des lactates. Suivant certains physiologistes, la lymphe se coagule par la chaleur; et s'il en est ainsi, elle contient de
* Fourcroy.
* Pfiil. Trans. 181», p. 97.
intestins.
l'albumine. La lymphe est certainement en quantité considérable, car les vaisseaux lymphatiques sont très-nombreux. Transmis 9* ^e chyle et la lymphe ainsi mélangés , sont portés direc-
am poumons, tement dans les vaisseaux sanguins. L'effet produit par leur union dans le canal thorachique n'est pas connu ; mais ni la couleur, ni les autres caractères extérieurs du chyle ne subissent d'altération. Dans l'homme, et dans beaucoup d'autres animaux , le canal thorachique entre à la jonction des veines gauches sous-clavières et carotides , et le chyle est transporté directement au cœur, mêlé avec le sang, qui existe déjà dans les vaisseaux sanguins. Du cœur ,1e chyle et le sang mêlés ensemble sont portés dans les poumons , où ils subissent d'autres changemens.
Gaz dans tes i o. L'estomac et les intestins contiennent ordinairement quelques matières gazeuses. Il est en effet probable qu'il s'introduit dans l'estomac de l'air atmosphérique mêlé avec l'aliment qui y passe. Mais il y a lieu de croire, d'après les expériences de Magendie et de Chevreul, que le gaz oxigène, qui existe ordinairement dans l'estomac, dans une proportion considérable lorsqu'on la compare avec celle des autres gaz, diminue par degrés , et finit par disparaître à mesure qu'où suit le cours du canal alimentaire; tandis qu'en même-temps, la proportion du gaz acide carbouique et du gaz hydrogène augmentent. Magendie et Chevreul ayant examiné , pour en déterminer la nature, les gaz contenus dans l'estomac et les intestins de quatre criminels suppliciés à Paris, et peu de temps après leur mort , ils obtinrent les résultats suivans , savoir :