DIGESTION
d'autres animaux , au contraire , De vivent , comme l'aigle , que de substances animales, et ne peuvent digérer les végétaux.
Le suc gastrique n est pas toujours delà même nature, et il peut varier dans le même animal ; il change par degrés selon les circonstances. On peut accoutumer les animaux herbivores à se nourrir de substances auimalcs; et après qu'ils vont été habitués pendant quelque temps, leurs estomacs deviennent incapables de digérer les végétaux. D'un autre côté, on peut amener à digérer facilement les végétaux , ceux des animaux qui, naturellement, ne digèrent autre chose que l'aliment animal.
5. Quelle est donc la nature de ce suc qui a des propriétés si singulières0 Elle diffère évidemment dans divers animaux; mais il est très-difiieile, et peut-être impossible de l'obtenir à l'état de pureté. Il a été fait , par d'habiles phi- Minières ae s
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losophes , beaucoup d essais pour parvenir a lavoir ainsi ; mais leurs analyses prouvent assez qu'on ne l'a jamais obtenu pur.
On a fait usage de plusieurs méthodes pour se procurer le suc gastrique. Un des moyens fut d'abord celui , de tuer l'animal dont on voulait examiner le suc gastrique après l'avoir fait jeûner pendant quelques jours. Spallanzani en recueillit ainsi 3y cuillerées des deux premiers estomacs d'un mouton. 11 était de couleur verte, ce qui était dû sans doute à l'herbe que l'animal avait mangée. Il en trouva aussi une demi-cuillerée dans l'estomac de quelques petits de corbeaux, qu'il avait tués avant qu'ils eussent abandonné leurs nids.
On a fait avaler par des animaux de petits tubes métalliques percés de trous, et contenant une éponge sèche; et lorsque l'animal lavait rejetée, on l'exprimait pour en faire sortir le liquide imbibé- Spallanzani retira, par ce moyen, 3 1 grammes de suc gastrique des estomacs de cinq corbeaux.
Enfin une troisième méthode consiste à exciter le vomissement le matin, lorsque l'estomac est vide d'aliment. Spallanzani fit deux fois cet essai sur lui-même, et dans l'un de ces essais il recueillit 33 grammes de ce suc ; mais il souffrit trop pour être tenté de recommencer une troisième fois l'expérience. Cependant, M. Gosse, qui pouvait exciter à volonté le vomissement en avalant de l'air, a employé ce moyen pour obtenir du suc gastrique.
Spallanzani a remarqué que les ailles vomissent tous les matins une certaine quantité de liquide , qu'il considère comme étant du suc gastrique. Il profita de cette observation pour le recueillir en quantités considérables.
Il paraît inutile d'observer combien ces différentes méthodes sont imparfaites , et jusqu'à quel point toute conclusion qu'on pourrait tirer de l'examen de tels sucs, doit s'éloigner de la vérité. Il est impossible que le suc gastrique obtenu par aucun de ces procédés soit pur-, parce que dans l'estomac il doit être constamment mêlé avec de grandes quantités de salive, de mucus, de bile, de matières alimentaires, etc. On peut même mettre en doute , qu'on obtienne réellement du suc gastrique par ces moyens ; car comme il sert à convertir les alimens en chyme, il est très-probable qu'il ne se forme, ou du -moins qu'il n'entre dans l'estomac , que lorsque l'aliment y est présent.
Te^ihes H ne faut d©nc pas s'étonner, que les savans qui ont esfaites sayg (]'en fajre l'examen, nous aient présenté des exposés
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contradictoires concernant sa nature , puisque les détails qu'ils donnent à ce sujet ne se rapportent pas tant au suc gastrique , qu'aux différentes substances trouvées dans l'estomac. On peut même, au-moins, ajouter, qu'il est très-peu probable qu'on obtienne du suc gastrique par le vomissement, ou qu'il soit rejeté spontanément par quelques animaux.
Suivant Brugnalelli, le suc gastrique des animaux carnivores, tels que les faucons, les milans, etc., a une odeur acide et résineuse ; il est très-amer, et nullement aqueux. Il est composé d'un acide libre, d'une résine, d'une substance animale , et d'une petite quantité d'hydrochlorate de soude l. Le suc gastrique des animaux herbivores, tels que la chèvre , Je mouton, etc., est, au contraire, très -aqueux, un peu trouble, et d'une saveur salée amère ; il contient de l'ammoniaque, un extrait animal, et une assez grande quantité d'hydrochlorate de soude *. M. Carminati y trouva les mêmes principes; mais il suppose que l ammoniaque s y eta:t formée par la putréfaction d'une partie de leur nourriture, et qu'en réalité le suc gastrique de ces animaux est de nature acide 3.
' Sr.onoli , Diot. <le Macqucr.
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' Observations sur le suc gastrique , par Senncbier.
digestion/ 66y
Les descriptions qu'on a données du suc gastrique de l'homme s'accordeut si peu entre elles qu'il est inutile de les rapporter. Tantôt on l'a trouvé de nature acide, et tantôt on a avancé qu'il ne l'était pas. Les expériences de Spallanzani suffisent pour faire voir que cette acidité n'est pas due au suc gastrique, mais à la matière alimentaire. II ne reconnut jamais d'acidité dans le suc gastrique des oiseaux de proie , ni dans celui des serpens, des grenouilles et des poissons. Les corbeaux ne fournissaient de suc gastrique acidulé que lorsqu il les nourrissait de grain ; et il trouva que la même observation s'applique aux chiens, aux animaux herbivores et à la volaille domestique. Les oiseaux carnivores rendaient des morceaux de coquillages et de corail sans altération; mais ces substances étaient sensiblementdiminuées de volume dans l'estomac des poules, lors même qu'on les renfermait dans des tubes percés. Spallanzani, lui-même, avala des substances calcaires renfermées dans des tubes; et lorsqu'il se nourrissait de végétaux et de fruits, elles furent quelquefois altérées, et un peu diminuées de poids , précisément comme si on les avait plongées dans du vinaigre affaibli; mais lorsqu'il ne prenait que des substances animales , il les rendait sans qu'elles eussent subi le moindre changement. Suivant ce naturaliste, dont les expériences sont de beaucoup les plus nombreuses, le suc gastrique n'est naturellement ni acide ni alcalin. Versé sur du carbonate de potasse, il ne produitpas d'effervescence.
Tels sont les résultats des expériences faites sur les sucs retirés de l'estomac d'animaux. On ne peut en tirer aucune conclusion relativement à la nature du suc gastrique. Mais d'après les expériences qui ont été faites sur la digestion stomacale, sur-tout d'après celles de Spallanzani , les faits suivants sont bien établis.
Le suc gastrique attaque la surface des corps ; il s'unit à Sou eff-ei „ lr!, leurs molécules, qu'il entraîne, et dont on ne peut plus le ,m;"lf ?
i /■! • ni î v i- • ' i alimenlaire.
séparer par la Iiltration. nus les alimens sont divises, plus ce suc opère avec énergie et avec rapidité, et son action augmente par une température chaude. La matière alimentaire n'est pas simplement réduite en parties très-lines ; son odeur et sa saveur sont entièrement changées; ses propriétés sensibles sont détruites, elle en acquiert de nouvelles et trèsdifférentes. Loin que ce suc agisse comme ferment , c'est un anti-sepiiqnn puissant, et qui même rétablit dans son premier
état la chair déjà putréfiée. Et en effet, lorsque ce suc est souvent renouvelé, comme dans l'estomac , les substances s'y dissolvent avec une promptitude qui exclut toute idée de fermentation. 11 n'y a que quelques bulles d'air qui s'échappent, et qui adhérant à la matière alimentaire, la font flotter; ces bulles sont probablement dégagées par la chaleur de la dissolution.
Substances Quant à ce qui concerne les substances contenues dans daus'restomac. l'estomac, il n'y a que deux faits bien connus; le premier, c'est que le suc contenu dans l'estomac des bœufs, des veaux et des moutons , contieut invariablement de l'acide phosphorique libre, ainsi que l'ont démontré Macquart et Vauquelin; lé second, c'est que le suc contenu dans l'estomac, et même la membrane intérieure de l'estomac lui-même, a la propriété de faire coaguler le lait et le sérum du sang. Le doc-
gramm.
teur Young trouva que 0,4-53 de l'enveloppe intérieure de l'estomac d'un veau, infusés dans l'eau, donnèrent un liquide qui fit coaguler plus de 3 kilogrammes de lait : c'est-à-dire, d'environ 662a fois son propre poids ; et cependant , suivant toutes les probabilités, son poids n'était pas de beaucoup diminué.
On n'a pu encore déterminer quelle est la substance qui a cette propriété de produire la coagulation; mais il est évident qu'elle est très-peu soluble dans l'eau; car lorsqu'on laisse dans ce liquide pendant six heures la membrane intérieure do l'estomac du veau, et qu'on la lave bien ensuite avec de l'eau, elle fournit encore une liqueur d'infusion qui fait coaguler le lait *. Le docteur Young trouva qu'un morceau de cette enveloppe intérieure, préalablement lavé avec de l'eau , et ensuite avec une dissolution étendue de carbonate de polasse, donnait encore un liquide qui faisait coaguler le lait et le sérum.
D'après ces faits, il est évident que cette substance coagulante, quelle qu'elle soit, agit tres-puissamment, et qu'il est extrêmement difficile de la séparer complètement de l'estomac. Mais on connaît encore trop peu la nature de la coagulation pour pouvoir rien conclure de ces faits. 11 paraît qu'il suffit d'une quantité presqu'imperceptible de certaines
* Docteur Youncr.