ASSIMILATION
D'un autre côté, lorsqu'une substance introduite dans l'unEtnond-autrM des organes qui contribuent à l'assimilation , a déjà précisément subi le même changement que l'organe est destiné à produire, elle n'en éprouve aucune action; mais elle passe sans altération à l'organe assimilateur voisin. Ainsi , l'office des intestins étant de convertir le chyme en chyle, toutes les fois qu'on introduit du chyme dans les intestins, ils remplissent leur office et produisent le changement ordinaire ; mais si c'est le chyle lui-même qui arrive dans les intestins, il est absorbé par les vaisseaux chylifères sans éprouver d'altération. L'expérience, à-la- vérité, n'a pas été laite sur du vrai chyle, à raison de la difficulté qu'il y a de se le procurer en quantité suffisante ; mais lorsqu'on fait entrer du lait, qui ressemble assez parfaitement au chyle, dans le jéjunum, il est absorbé par les vaisseaux chylifères sans avoir subi de changement l.
De même aussi l'office des vaisseaux sanguins, comme organes assimilateurs, est de convertir le chyle eu sang. Le chyle par conséquent ne peut entrer dans les artères sans éprouver ce changement; mais on peut y introduire le sang d'un autre animal sans qu'il en résulte aucun inconvénient, et sans qu'il éprouve aucun changement. Lower est le premier qui ait fait cette expérience, et elle a été répétée bien souvent depuis.
Les expériences de M..J. Hunter prouvent suffisamment aussi , que si un morceau de chair musculaire fraîche est appliqué aux muscles d'un animal, ils adhèrent l'un à l'autre et s'incorporent sans aucun changement. Buniva s'est également assuré , qu'on peut de la même manière enter un os frais sur les os d'animaux de la même espèce , ou d'espèces différentes *.
En un mot, il est probable, au-moins d'après les expé- Des substance* riences qui ont été faites jusqu'à présent , qu'on peut incor- v^™\erÂnporer avec les substances du corps, des substances étrangères, corporer
* . n • a • î-i >n • / • V a?ec le corps.
soit iluides , soit solides , pourvu qu elles soient précisément de la même nature que celles auxquelles on les ajoute. Ainsi le chyle peut s'unir avec le chyle, le sang avec le sang, le muscle avec le muscle , et l'os avec l'os. On n'a pas étendu l'expé-
' Fordyce, on Digestion, p. 189.
1 Phil. Mag. VI, 3o8.
;'o4 FONCTIONS DES ANIMAUX.
rience aux autres substances animales , telles que les nerfs par exemple; mais il y a tout lieu de croire qu'on obtiendrait des résultats semblables.
D'un autre côté , lorsque l'on introduit dans une partie quelconque du corps , des substances qui ne sont pas de la môme nature que cette partie, ni de la même nature que la substance sur laquelle cette partie agit, elles détruisent cette partie, et peut-être même l'animal, lorsqu'il ne peut pas les rejeter assez promptement. Ainsi l'introduction de substances étrangères dans le sang devient très-promptement funeste ; et dans les blessures de la chair et des os , elle nuit à la guérison de ces parties. les facultés Quoique les divers organes assimilateurs aient la faculté des .organes as- fe Cuan2rer certaines substances dans d'autres, en même-
similateurs » ,.,,.... . , ,
sout limitées, temps qu'ils rejettent les uigrediens inutiles , cette propriété n'est cependant pas absolue , lors même que les substances sur lesquelles ils agissent sont propres à éprouver le changement que les organes produisent. Nous avons vu , par exemple , que l'estomac convertit l'aliment en chyme , les intestins le chyme en chyle , et que les substances qui n'ont pas été converties en chyle sout rejetées hors du corps. Mais s'il arrive qu'il se trouve dans l'estomac et dans les intestins, une substance quelconque qui, n'étant pas susceptible de subir ces changemens , au - moins par l'action de ces organes , ait cependant une forte affinité , soit pour la totalité ou pour quelque partie particulière du chyme et du chvle; et que, de plus, elle n'ait aucune affinité pour les substances qui sont rejetées, celte substance passe avec le chyle; et, dans beaucoup de cas, elle continue de rester chimiquement combinée avec la substance à laquelle elle s est unie dans l'estomac, même après que cette substance a été complètement assimilée , et est devenue partie du corps de l'animal. Il existe, par exemple , une forte affinité entre la matière colorante de la garance et le phosphate de chaux : il en résulte qu'en introduisant de la garance dans l'estomac, cette matière colorante se combine avec le phosphate de chaux del'aliment : elle passe à travers les vaisseaux chylifères et les vaisseaux sanguins, et se dépose avec lui dans les os, ainsi que le prouvèrent les expériences de Bechicr* et de
* Phi], Trans. i-3G,p. 287.
ASSIMILATION. ^oî)
Duhamel*. Le musc , l'indigo, etc., pris dans l'estomac ,
passent de la même manière dans plusieurs des sécrétions.
Ces faits démontrent que l'assimilation est, depuis le com- i /assimilation nieucement jusqu'à la iîu, un procédé chimique-, que tous les es7h;... chaugernens sont produits conformément aux lois de la chimie, et qu'on peut même déranger la régularité du procé.lr par l'introduction de substances dont les affinités mutuelles sont trop fortes pour que les organes puissent les surmonter.
Ou ne peut pas nier, alors, que l'assimilation de l'aliment ne consiste simplement que dans un certain nombre de décompositions chimiques que l'aliment subit, et dans la formation qui en résulte de composés nouveaux. Mais \csagens employés à l'assimilation , sont-ils purement des agens chimiques? Nous ne pouvons produire rien de semblable à ces changemens sur le même aliment hors du corps; il faut donc alors convenir qu'ils sont le résultat de l'action des organes de l'animal. On dira peut-être que cette action ne dépend que de la sécrétion de sucs particuliers , ayant la propriété de provoquer la tendance à ces changemens sur l'aliment ; et que ce même changement aurait également lieu hors du corps , si l'on pouvait se procurer ces substances , et les appliquer à l'aliment en proportion convenable. Si cette supposition est vraie , J'actiou spécifique des vaisseaux consiste dans la sécrétion de certaines substances; et par conséquent, la cause de cette sécrétion est l'agent réel dans l'assimilation. Or, je ne crois pas qu'on puisse prouver que la cause de cette sécrétion ne soit qu'un simple agent chimique ; car dans l'estomac , qui est le seul organe où l'on puisse reconnaître l'existence de cette sécrétion, elle n'est pas toujours la même, mais elle varie selon les circonstances. Les aigles ne peuvent pas d'abord digérer le grain , mais on peut les y habituer , si l'on persiste à les en nourrir. Un agneau, au contraire, ne digère pas d'abord 1 aliment animal, mais il en contracte; a aussi la faculté avec le temps. Il est donc évident , que dans ce casj le suc gastrique change suivant les circonstances.
* Phil. Trans. 1 7 J o , p. 3go. Mizaldus cita ce fait dans un ouvrage publié en i566, ayant pour litre : ûfemorubiliam , utiUum av jw cundorum Centuriœ net eut.
iv. 45
Mais l'agent La présence de quelque agent , différant d'une simple "emiqueChi force chimique, paraîtra plus évidente encore, si l'on considère l'état de conservation de l'estomac de l'animal vivant pendant le procédé de la digestion. L'estomac des animaux est aussi propre pour aliment que toute autre substance. Le suc gastrique doit donc avoir la même faculté d'agir sur lui , et de le décomposer, que celle qu'il a d'agir sur d'autres substances ; cependant c'est un fait bien connu que l'estomac n'est point affecté par la digestion tant que l'animal vit ; quoique , ainsi que M. Hunter s'en est assuré , le même suc gastrique que l'estomac de l'animal vivant secrète, dissolve souvent l'estomac lui-même, après la mort de l'animal*. Or, quel est le pouvoir qui empêche le suc gastrique d'agir sur l'estomac pendant la vie? Ce ne sont certainement ni un agent chimique ni une force mécanique; car ces agens doivent conserver encore la même puissance après la mort de l'animal. On est donc, alors, dans la nécessité de conclure, qu'il existe dans l'animal un agent, dont l'action est très -différente de celle de puissances chimique et mécanique , puisqu'il dirige ces puissances à volonté. Ces puissances sont donc subordonnées dans le corps vivant à cet agent supérieur, qui les fait servir de manière à accomplir toujours un but particulier. Cet agent paraît régir les puissances chimiques, principalement en ne réunissant ensemble que certaines substances qui doivent être décomposées , et en maintenant à distance celles des substances qui se nuiraient par leur mélange , qui diminueraient ou altéreraient le produit, ou qui endommageraient l'organe ; et nous voyons que cette séparation s'opère toujours, lors même que les substances sont en apparence mêlées ensemble ; car il ne se forme pas, par leur mélange dans le corps , les mêmes produits qu'on obtiendrait en mêlant les mêmes substances ensemble , hors du corps; et par conséquent, toutes les substances ne sont pas en pleine liberté d'obéir aux lois de leurs affinités mutuelles. L'agent supérieur n'est cependant pas capable d'exercer un pouvoir illimité sur les forces chimiques. Quelquefois elles l'emportent sur lui ; et il en résulte que certaines substances , telles que la garance , passent dans le système ; tandis que d'autres , comme l'arsenic ,
* Phil. Trans. 1772, p. 447-
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décomposent et détruisent les organes du corps euxmêmes.
Mais ce n'est pas dans la digestion seulement que cet agent supérieur déploie le plus complètement sou pouvoir; c'est, dans ce qui achève l'assimilation , que ses efforts doivent principalement exciter notre admiration. Comment se fait-il que les substances nécessaires soient toujours précisément celles qui sont transportées à chaque organe du corps ? Pourquoi la fibrine se dépose-t-elle toujours régulièrement dans les muscles , et le phosphate de chaux dans les os? et ce qui est encore plus inexpliquable , comment se fait-il, que des quantités prodigieuses de telle substance particulière soient formées et transportées à un endroit particulier , pour fournir à des besoins nouveaux qui n'existaient pas auparavant? Par exemple, un os se carie, et n'est plus propre à Pusage de l'animal; il se forme en conséquence un nouvel os à sa place , et l'ancien est entraîné par les absorbans; mais pour former ce nouvel os, il se dépose, en grandes quantités, du phosphate de chaux dans un endroit ou la même quantité n'était pas nécessaire auparavant. Or, comment cet agent peut-il être averti qu'une quantité nouvelle de phosphate de chaux est nécessaire, et qu'elle doit être transportée à cette place particulière ? ou en admettant , comme ce qu'il y a de plus probable , que le phosphate de chaux de l'ancien os est employé en partie pour cet objet, comment cet agent a-t-ilpu être instruit que l'ancien os devait être enlevé, modelé de nouveau , et qu'il fallait un nouveau dépôt et une nouvelle assimilation? Les mêmes merveilles ont lieu dans la guérison de toute blessure , et dans le renouvellement de toute partie lésée.
Mais, dans ce cas non plus , le pouvoir de cet agent sur les forces chimiques employées n'est pas absolu. On peut empêcher un os fracturé de se guérir, en donnant au malade de grandes quantités d'acides. Et , à moins que les matériaux nécessaires pour les substances nouvelles qui manqueut ne soient fournis par l'aliment , elles ne peuvent pas dans beaucoup de cas se former du tout. C'est ainsi que la serine ne peut compléter ses œufs, à moins qu'elle ne se procure de la chaux.
Au moyen de ce que l'action de cet agent , qui caractérise Nllure les corps vivans , ne semble pas être conforme aux lois de dt cet asenl
dépérissent *t meurtsut.
la chimie , toute recherche, pour en découvrir la nature, serait étrangère au sujet de cet ouvrage. Les physiologistes lui ont donné le nom de principe vital ou animal \ c'est à eux que je dois renvoyer le lecteur.
». i.e sang 2. Outre les besoins des différens organes du corps, le 'ourtériïeuVn*~ sang est aussi employé à la formation de toutes les différentes «.eiaseeréuoi.. sécrétions, qui sont nécessaires à la conservation de l'économie animale. Elles ont étéénumérées dans le dernier chapitre. Le procédé ressemble à celui de l'assimilation , et il est hors de doute que les agens dans ces deux cas sont les mêmes •, mais on n'a pas plus d'idées précises sur l'opération de la sécrétion que sur celle de l'assimilation. x« animaux Après que ces fonctions ont été exercées pendant un certain temps, qui est plus ou moins long selon la nature de l'animal, le corps dépérit par degrés; et à la fin toutes ses fonctions cessent complètement, et l'animal meurt. Cette cause de la mort doit paraître bien extraordinaire , lorsque nous considérons la faculté que l'animal a de renouveler les parties détruites; car, dans la plupart des cas au-moins , on ne peut douter que la mort ne provienne de ce que le corps est devenu incapable de faire ses fonctions. Mais notre étonnement cessera à un certain point , si nous considérons en même-temps, que cette faculté est limitée, et qu'il faut qu'elle cesse entièrement quand celles des parties du système , employées à fournir les matériaux pour l'assimilation, commencent à dépérir. C'est en conséquence dans ces parties , dans les orgaues de la digestion et de l'assimilation , que ce dépérissement devient ordinairement funeste. Celui des autres parties ne détruit la vie, que lorsque la déperdition est si rapide qu'elle n'admet point de restauration.
Comment se fait-il que le dépérissement des organes soit suivi de la mort, ou , ce qui revient au même , que le principe vital cesse d'agir, ou abandonne entièrement le corps? c'est ce qu'il nous est absolument impossible de dire, parce que nos connaissances sur la nature de ce principe vital et sur sa connexion avec le corps, sont encore trop limitées. On a cependant découvert plusieurs des propriélés de ce principe : et si on recueillait tous les faits déjà connus , et qu'on les coordonnât convenablement, ainsi que les conclusions générales qu'on eu peut tirer sous le rapport de leur liaison mutuelle , ou acquerrait plus de lumières sur i'éco-