Dans le sulfate de cuivre, aucun changement
17. Dans le sulfate de fer, la couleur devenait verte, et disparaissait au bout de trois semaines.
18. Dans les sulfures, la couleur était détruite en quelques heures.
19. Les sulfures rouge et jaune d'arsenic, et le peroxide de ce métal n'y produisaient aucun changement.
20. Le peroxide de manganèse détruisait complètement la couleur.
21. Dans l'infusion de garance , la couleur devint verte et passa ensuite au jaune.
22. Dans l'infusion de gaude, les mêmes changemens ont. lieu, mais beaucoup plus promptement *.
L'imii^odoit D'après ces expériences, il est évident que toutes les ■"Tlcurbleue substances qui ont une très -forte affinité pour l'oxigène d Minent a 1 indigo une couleur verte, et finissent par la détruire. 11 est doue très-probable que l'indigo devient vert en cédant de son oxigène , et que c'est par conséquent à ce principe qu'il doit sa couleur bleue. Cette théorie , suggérée d'abord par M. Haussman , fut pleinement confirmée depuis par Berthollet3. Or, ce n'est que lorsqu'il est vert, que l'iu-
» Bergman. V, 8.
? Voy. J.uirn. de Pliys. 17885 et les Notes de Rerlhollet sur Poerr.er sur l'Ait de la Teinture, p. 170; et Berthollet sur la Teinture.
sac
INDIGO. lo'j
digo peut être tenu en dissolution parla chaux, les alcalis, etc. ; et c'est dans cet état qu'on l'emploie pour teindre le drap. Le drap trempé dans une cuve qui contient l'indigo ainsi dissous, se combine avec lui , et la couleur bleue se rétablit par l'exposition du drapa 1 air. On peut la fdire reparaître également en plongeant le drap dans une dissolution aqueuse de chlore. On ne peut donc attribuer ce rétablissement de couleur qu'a l'oxigène. C'est alors pour cette raison que l'acide sulfureux, les acides végétaux et le sulfate de fer, donnent au sulfate d indigo une couleur verte.
Nous voyons aussi, d'après ces expériences, que la couleur de 1 indigo est détruite par l'addition de celles des substances qui cèdent très-facilement l'oxigène , comme le peroxide de manganèse. Dans ce cas, l'indigo est détruit, car on ne peut rétablir sa couleur. Lorsqu'on verse le sulfate d indigo dans l'eau bouillante , il en résulte une dissolution de couleur verte ; mais avec l'eau froide , la dissolution est d'un bleu foncé. L'acide sulfurique, qu'on désigne par la dénomination d'acide sulfurique fumant, dissout l'indigo beaucoup plus facilement que l'acide sulfurique pur, et il se produit beaucoup plus de chaleur pendant la dissolution. Bucholz a reconnu qu'en faisant bouillir du soufre dans de l'acide sulfurique pur , cet acide acquiert la propriété de dissoudre l'indigo aussi facilement que l'acide sulfurique fumant '.
L'acide nitrique agit très-fortement sur l'indigo. Il v a dé- Action gagement abondant de calorique et de deutoxided'azote ; et, r même, quand cet acide est de i,b2 de pesanteur spécifique, il enflamme l'indigo. Ce fait fut découvert par YVoulfc. 11 en fit part à Rouelle qui le présenta dans ses leçons , et Sage fut le premier qui en publia l'exposé 2. Lorsque l'acide nitrique est étendu d'eau, l'action-est encore violente, à moins que la proportion d'eau ne soit très-considérable, fiatchett, avant versé sur 6*5 d'indigo, 3i grammes d'acide nitrique étendu d'uue quantité égale d'eau, l'action fut si rapide qu'il crut nécessaire d'y ajouter une nouvelle quantité de 3i grammes d'eau. Lorsque l'eflervescence eut à-peu-près cessé d'avoir lieu , il mit la liqueur sur un bain de sable pendant quel- Forme ques jours, et il lévapora à siccité. Eu versant de l'eau sur :
1 Gelilen's .Tourn. lit, t.
» Proust, Nichol oa's Joarn. III, 3a8.
10b PARTIES CONSTITUANTES DES PLANTES.
le résidu, il parvint a en dissoudre une portion considérable, et il obtint une dissolution d'un très-beau jaune foncé, d'une saveur extrêmement amère. Cette dissolution ne contient qu'une très-petite portion d'acide oxalique ; mais avec une dissolution de colle de poisson, elle donne un précipité jaune iusoluble très abondant , et contient par conséquent une portion de tannin artificiel. Avec l'ammoniaque, il se précipite des cristaux, consistant dans la combinaison du principe amer avec cet alcali '.
Principe amen Lorsqu'on fait bouillir quatre parties d'acide nitrique sur une partie d'indigo, cette substance perd bientôt sa couleur, et se dissout. La dissolution devient jaune , et il se forme à sa surface une coucbe légère de matière résineuse. Si alors on arrête l'opération, la matière résineuse devient ferme en se refroidissant. Si, après avoir enlevé cette matière, on évapore la dissolution en consistance de miel, et qu'après avoir fait redissoudre dans l'eau chaude , et filtré , on ajoute de la potasse à la liqueur , elle précipite des cristaux jaunes aiguillés, qui sont une combinaison du principe amer avec cet alcali. Ces cristaux ont la propriété remarquable de détoner, avec émission d'une lumière pourpre, lorsqu'après les avoir enveloppés dans du papier, on les frappe avec un marteau. On peut convertir la résine dans le même principe amer en la traitant avec de l'acide nitrique nouvellement préparé. Si l'on arrête l'opération avant qu'elle soit amenée au point ci-dessus indiqué , on obtient des cristaux jaunes qui sont plus solubles dans l'eau, et qui se subliment en aiguilles blanches , ayant toutes les propriétés de l'acide benzoïque. Ces faits très-intéressans ont été constatés par Fourcroy et Vauquelin *.
Il paraît donc que l'indigo, traité par l'acide nitrique, se convertit en tannin , en acide oxalique , en acide benzoïque et en principe amer.
Action L'acide hydrochlorique n'a point d'action sur l'indigo dans
è autres acides. t t • * «i Ai 1 •
son état ordinaire, mais il dissout. promptement celui qui a été précipité du sulfate , et la dissolution est de couleur bleue. Les mêmes phénomènes se manifestent avec les acides
« Hatchctt's Additionnai exneritnents on artiûcial Tannin. Phiî. Trans. i8<>5.
'Phil. Mag. XXIII, 256.
pbospborique , acétique et tartarique , et probablement aussi avec tous autres acides à l'exception des acides soutiens '.
Le cblore détruit la couleur de 1 indigo aussi promptemeot que l'acide nitrique, et évidemment par la même raison*.
L'alcool dissout une petite proportion d'indigo ; mais il se Action précipite de nouveau peu-à-peu , à moins qu'il n'y ait pré- tlelalcaosence de matière rouge ; car alors la dissolution est permanente 3.
L'étber et les huiles n'ont aucune action sur l'indigo , au moins si les expériences de Bergman sont exactes4.
Lorsqu'on mêle de l'indigo avec du son , de la gaude et Fermentation. autres substances semblables susceptibles de fermenter promptement , il prend une couleur verte pendant la fermentation , et alors il est facilement dissous par la chaux ou la potasse. C'est par ce procédé qu'on le rend ordinairement propre à la teinture.
L'indigo fournit à la distillation des produits différens de Action ceux d'aucune autre substance végétale, si l'on s'en rapporte à l'exactitude de Bergman. Il distilla 5j6 parties d'indigo dans une petite cornue à laquelle il avait adapté un appareil pneumatique, et il obtint :
Gaz acide carbonique 19 parties.
Acide liquide jaune contenant de
l'ammoniaque 173
Huile 53
Charbon 35 1
Il n'observa d'autre gaz que celui acide carbonique. Cette expérience mérite d'être répétée; si elle se trouve confirmée dans ses résultats, il n'y a aucune substance végétale autre que l'acide gallique qui ressemble à l'indigo sous ce rapport. L'huile était noire et avait l'odeur de tabac. Elle se dissolvait facilement dans l'alcool. La quantité de charbon paraît énorme: mais l'expérience de Bergman fut faite avec l'indigo ordinaire, et par conséquent des 5j6 parties, il en faut déduire
* Bergman. V, 23.
» lbid.
9 Chevreul , Jonrn. de Phys. LXV, 309.
* Opusc. V, 35.
' Bergman, V, 35.
ï58 parties de terre et de fer. Cette décomposition indique daos l'indigo la présence de l'ox-gène, du carbone, de l'hydrogène et de l'azote. Les deux premiers de ces constituans y sont rarement en grande proportion.
Chevreul ayant soumis de l'indigo ordinaire à la distillation, les produits qu'il obtnt furent: i. de l'eau ammoniacale; 2 du soufre, uni probablement à de l'hydrogène huileux; o. une huile brune épaisse, mêlée de carbonate et d'acétate d'ammoniaque; 4- de lhydrocyanate et du sulfure hydrogéné d'ammoniaque; 5. une matière pourpre, cristallisée en houpes soyeuses dans le dôme de la cornue : c'était de l'indigo pur; 6. un charbon volumineux donnant de l'acide hydrocyanique lorsqu'il fut calciné avec de la potasse ; y. des gaz , qui n'ont point été examinés.
Telles sont les propriétés de l'indigo , autant qu'elles ont été reconnues. 11 est inutile d'insister sur son importance. C'est peut-être le plus précieux de tous les iugrédiens dont on fait usage pour la teinture, et certainement c'est le plus permanent.
SECTION XIX
Du Gluten.
Ex'racticn. Lorsqu'on met à l'état de pâte de la farine de froment avec un peu d'eau, on a une masse visqueuse, élastique, molle et ductile. Si on lave cette masse avec précaution, en la pétrissant sous un petit filet d'eau , jusqu'à ce que ce liquide ne puisse plus rien lui enlever , et en découle incolore , ce qui reste est ce qu'on appelle gluten. Cette découverte fut faite par Beccaria, savant italien à qui nous devons la première analyse delà farine de froment*.
Propriété». i • Le gluten ainsi obtenu est d'une couleur grise ; il est extrêmement visqueux, élastique, ductile, et il s'étend si facilement qu'on peut l'alonger jusqu'à vingt fois sa longueur première. Lorsqu'il est très-mince, il a une couleur blanchâtre , et ressemble beaucoup à un tendon animal ou à une membrane. Dans cet état il adhère très-fortement à d'autres corps , aussi l'a-t-on souvent employé pour réunir des frag-
* Collect. Acadcm. XIV, !.,
dans l'eauj
GLUTEN', 1 og
mens de porcelaine. Il aune odeur particulière. Il est presque saus saveur, et il ne perd rien de sa ténacité dans la bouche. Il prend à Pair une couleur brune, et y devient comme s'il était recouvert d'une couche huileuse.
Par une exposition plus longue à l'air, il se dessèche peuà-peu ; et quand il est complètement sec, il est assez dur , cassant, légèrement transparent, d'une couleur brune foncée, ayant assez de ressemblance avec la colle-forte. Il se brise comme un morceau de verre; et les bords de la cassure sont lisses comme ceux du verre rompu ; c'est-à-dire qu'il a une cassure vitreuse.
Le gluten nouvellement préparé s'imbibe d'eau , et il en SoiuW retient une certaine quantité avec beaucoup de force. C'est à cette eau qu'il doit son élasticité et sa ténacité. Mais si on le fait bouillir dans ce liquide , il perd l'une et l'autre de ces propriétés.
2. Si l'on fait macérer pendant très-long-temps dans l'eau froide du gluten nouvellement préparé , le liquide devient opaque, et tient en suspension de petites pellicules qui ne se déposent que très-lentement. Par des filtrations réitérées, la liqueur devient transparente ; mais elle retient un peu de gluten en dissolution , ce qui la rend écumeuse , et lui donne la propriété de précipiter lorsqu'on la mêle avec du chlore ou l'infusion de noix de galle. Ainsi le gluten est , jusqu'à un certain point , soluble dans l'eau froide. Quand on chauffe l'eau, le gluten se sépare en flocons jaunes *.
Lorsque du gluten humide est abandonné à lui-même , il se décompose trèspromptement , et éprouve une espèce de fermentation. Il se gonfle, et il s'en dégage des bulles d'air, que Proust a reconnues être du gaz hydrogène et du gaz acide carbonique2. 11 répand aussi une odeur très-malfaisante, analogue à celle qu'exhalent les matières animales en putréfaction. Cadei-gsf4â- ^pendant huit jours du gluten dans un vaisseau placé dans une chambre humide. Sa surface se recouvrit de byssus, la fermentation était commencée, et l'odeur d'acide se manifestait sensiblement. La croûte supérieure ayant été enlevée au bout de vingt-quatre jours, il trouva le gluten converti en une espèce de pâte d'une cou-
» Fourcroy et Vauquclin, Ann. du Mus- d'Hist. nat. XXXVII, î, » Joura. de Phys. LVI , 108.
leur Manche grisâtre, qui ressemblait à de la glu. II lui donna dans cet état le noua de gluten fermenté *. Si on abandonne encore le gluten à lui-même, il acquiert peu-à-peu l'odeur et la saveur du fromage. Ce fait remarquable fut observé par Rouelle le jeuue. Dans cet état, le gluteu est rempli de trous, et contient les mêmes sucs qui distinguent certaines espèces de fromage. Proust y reconnut la présence de l'ammoniaque et du vinaigre, substances que Vauquelin a découvertes dans le fromage ; et l'ammoniaqne enlève également et au gluten et au fromage leur odeur et leur goût 2.
Fourcroy et Vauquelin ont examiné les changemens qu'éprouve le gluten , lorsqu'on le laisse putréfier pendant quelques mois sous l'eau. Abandonné dans ce liquide à la température de 12 à i3° centigrades , il se boursouffle, devient aigre et fétide, et il s'élève à la surface en dégageant de l'acide carbonique. L'eau acquiert la propriété de rougir le papier de tournesol. Les alcalis fixes en dégagent de l'ammoniaque ; le chlore et l'infusion de noix de galle y forment un précipité qui indique la présence du gluten dans la dissolution. Lorsqu'on dissout du sucre dans cette liqueur , elle acquiert les propriétés du vinaigre , sans fermentation ou sans le contact de l'air. Si l'on remet le gluten dans l'eau à la même température, la fermentation a lieu, il se dégage de l'acide carbonique, et la liqueur rougit légèrement le papier de tournesol. Les réactifs indiquent la présence du gluten et de l'ammoniaque. Le gluten, qui forme pellicule à la surface du liquide, devient d'abord d'une couleur pourpre , et ensuite d'un gris noirâtre. Il exhale l'odeur fétide de membranes muqueuses en putréfaction. L'eau est alors noirâtre ; elle donne une couleur brune au nitrate d'argent ; elle noircit le nitrate de mercure, devient laiteuse, et perd son odeur lorsqu'elle est mêlée avec du chlore : l'infusion de noix de galle n'y produit aucun précipité. Le gluten, après trois mois de putréfaction , était considérablement diminué de volume j il avait acquis une couleur brune, et n'exhalait qu'une odeur faible. Lorsqu'on l'eut desséché , il se forma en morceaux qui répandaient l'odeur du terreau des cimetières. Ces mor-
« Ann. de China'. XLI , 3-i5.
a Proust, Jouru dcpliys. LVIj to».