CHAPITRE II
Des Acides composés de cyanogène et de combustibles.
Le cyanogène est susceptible de combinaison avec l'hydrogène , le soufre et le fer. Il forme avec chacun de ces corps des acides auxquels on peut donner les noms d'acides hydrocyanique 9 su/focyanique et ferrocyanique. iSous allons nous en occuper dans les trois sections qui vout suivre.
SECTION PREMIÈRE
De l'Acide hydrocianique ou prussique.
C'est à un accident que nous devons la découverte de cette substance importante.
Un préparateur de couleurs à Berlin, nommé Diesbach, voulant, en 1710, se procurer de la laque, en précipitant avec de la potasse, une décoction de cochenille, d'alun et de vitriol vert (sulfate de fer), demanda, à cet effet , de l'alcali à Dippel. Ce Dippel, chimiste, était celui qui avait découvert une huile animale particulière qui porte son nom, et qu'il préparait avec du san^. Il s'était servi, pour cette opération, de la potasse qu'il procura à Diesbach. Celui-ci , au-lieu d'avoir un précipité rou^e comme il s'y attendait, obtint une 1 0 idre d'un tiès-beau Lieu. Il fit part de ce phénomène à
DE l'acide h ydrocianique. 3l3
Dippel. qui. soupçonnant que la formation de ce précipité était due à l'action de son alcali sur l'alun et le sulfate de fer, parvinftaisément à le reproduire, et à trouver le moyen de se procurer, à volonté, la poudre bleue qu'avait obtenue Diesbach. Elle fut annoncée comme une couleur dans les Mélanges de Berlin pour 1710. Cependaut cette histoire de sa découverte ne fut rendue publique, par Stahi, que 20 ans après \
La préparation de cette poudre , qu'on appela bleu cfe Prépara :ioo. Prusse, et qui était devenue un objet lucratif de commerce, demeura secrète jusqu'à l'époque où le docteur 'Woodward publia, dans les Transactions philosophiques pour 1724, un procédé pour l'obtenir, en annonçant que la connaissance lui était venue d'Allemagne par un de ses amis. Par ce procédé, on se procure d'abord un alcali extemporané, en faisant détoner 124 grammes de uitre avec une quantité égale de tartre. On ajoute ensuite ii-\ grammes de sang de bœuf desséché. On mêle bien ensemble ces ingrédiens , on les met dans un creuset garni d'un couvercle qui porte une petite ouverture. On calcine a un feu modéré, jusqu'à ce que le sang n'émette plus ni fumée, ni flamme, capables de noircir tout corps blanc qu'on y expose. Ou augmente alors le feu de manière que toute la matière contenue dans le creuset devienne médiocrement, mais sensiblement rouge. Dans cet état, ou v verse environ 2 kilogrammes d'eau, et on fait bouillir pendant une demi-heure. On décante cette première eau. et on continue d'en mettre dans le creuset jusqu'à ce qu'on l'en retire insipide. On réunit toutes ces liqueurs et ou les réduit, par l'ébullition, à 2 kilogrammes; on fait dissoudre alors 3i grammes de sulfate de fer dans 186 grammes d'eau, et 248 grammes d'alun dans 2 kilogrammes d'eau bouillante. On mêle ensemble les trois dissolutions pendant qu'elles sont à la température de l'ébullition. Il se produit une vive effervescence , et il se précipite une poudre de couleur verte qu'on sépare par le filtre: on verse de l'acide hvdrochlorique sur ce précipité jusqu'à ce qu'il soit devenu d'une belle couleur bleue , on le lave ensuite avec de l'eau et ou le fait sécher 2.
* Stahl's Expérimenta , Observât, animadvers. CCCnuraero. chim. et phys. p. 281. » Phil. Xrans. XXXIII, ï5.
3l4 ACIDES COMPOSÉS DE CYANOGENE ET DE COMB.
Les chimistes donnèrent différentes explications de la formation et de la nature de ce précipité. M. Brown, qui s'était empressé de répéter le procédé de Woodward, trouva qu'on pouvait substituer au sang, la chair du bœuf, et d'autres substances animales; que l'alun ne servait quà étendre la couleur, et que la teinte bleue était produite par l'action de l'alcali (altéré parle sang), sur le fer du sulfate de ce métal. Il reconnut aussi que le bleu de Prusse est insoluble dans l'acide hydrochlorique; que la couleur verte est due a un mélange de bleu de Prusse et d'oxide de fer, et que c'est en dissolvant cet oxide que l'acide hydrochlorique développe la couleur bleue *.
Ces faits étaient sans doute d'une grande importance; mais ils ne répandaient aucune lumière sur la théorie du procédé. Geoffroy essaya le premier de rendre raison des résultats qu'on en obtenait. Après s'être assuré qu'on pouvait également les produire avec toute substance animale quelconque subtituée au sang, il supposa que le sang communique une portion de matière inflammable, ou phlogistique, à l'alcali; que cette matière' inflammable revivifie le fer du sulfate de fer, et le rétablit ainsi à Tétat métallique. Par une plus grande quantité de sang, qui augmente d'autant la matière inflammable , 1 alcali devient capable de réduire une plus graude proportion de fer, et de produire ainsi tout d'un coup la couleur bleue au lieu de la couleur verte a. Cette explication, dont se contentèrent dans le temps les meilleurs chimistes, était cependant loin d'être satisfaisante 3. Macquer s'occupa bientôt après de cet objet, et les recherches de ce chimiste célèbre ajoutèrent , à ceux déjà constatés par Brown ? les nouveaux faits suivans.
Èsj&feaces i .« En versant un alcali dans une dissolution de fer par
«e Macquer. . . , , , , , . . , l
un acide quelconque, le métal est précipite en jaune, et ce précipitées! solnble dans les acides; mais si l'alcali qu'on emploie a é:é préalablement calciné avec le sang, et mis par conséquent à l'état qu'on a désigné par la dénomination $ alcali prussien, le précipité est vert. 2 ° Ce précipité ne se dissout qu'en partie dans les acides; lorsqu'il est soumis à leur action, il eu reste une portion en une poudre insoluble
1 Pj.il. Trans. 172$, XXXIII, 17.
a M cm. Par. 1715.
3 Lcovià's, JXeumaQ's chem. p. 72.
DE l\,«cide ht droci anique. 3 I 5
d'un bleu intense. Le précipité vert est donc composé de deux substances différentes, dont l'une est le bleu de Prusse. 3°. L'autre* est l'oxide jaune de fer , et la couleur verte résulte du mélange des couleurs bleue et jaune des deux substances. 4-° Lorsqu'on chauffe ce bleu de Prusse, sa couleur bleue est détruite, et il devient exactement semblable à de l'oxide de fer ordinaire. Il est donc composé de fer et de quelque autre substance, que la chaleur peut en dégager. S." On enlève également au bleu de Prusse sa couleur , en le faisant bouillir avec un alcali pur, et cet alcali acquiert, en même-temps, la propriété de précipiter en bleu les dissolutions de fer dans les acides, et par conséquent, il se trouve précisément dans le même état que l'alcali prussien. 6.° Il y a donc, dans le bleu de Prusse, outre le fer, une autre substance qu'un alcali pur en peut séparer, et qui a par conséquent une affinité plus grande pour l'alcali que pour ie fer. j.° L'alcali, tenu en ébullition avec le bleu de Prusse, peut se saturer complètement de cette substance , qu'on peut appeler matière colorante, qui y accompagne le fer ; et dans cet état de saturation, il a les propriétés d'un sel neutre. £.° Aucun acide ne peut séparer cette matière colorante du fer après qu'elle s'y est unie. 9.0 Lorsqu'on ajoute , à une dissolution de fer dans un acide, un alcali saturé de la matière colorante, une double décomposition a lieu; l'acide abandonne le fer pour s'unir à l'alcali , la matière colorante quitte l'alcali pour se combiner avec le fer, et cette combinaison forme le bleu de Prusse. io.° Si, dans la préparation du bleu de Prusse par la méthode ordinaire , il se précipite un oxide jaune, c'est parce que la matière colorante, dont l'alcali n'est jamais saturé, n'est pas en quantité suffisante pour mettre, à l'état d'union avec elle, tout le fer que l'alcali déplace; il s'en mêle par conséquent une partie avec le bleu de Prusse formé. L'acide hvdrochlorique dissout cet oxide, l'entraîne, et laisse le bleu de Puisse à l'état de pureté. Telies furent les conclusions que Maequer tira de ses expériences, dont les résultats ne furent pas moins importans par la découverte qu'ils procurèrent de la composition du bleu de Prusse, que par le nouveau jour qu'ils répandirent sur la nature des affinités, de cette branche importante de la chimie.
Cependant la nature de la matière colorante restait en-
core inconnue. Macquer, qui la supposait être le phlogistique, considérait le bleu de Prusse comme n'étant autre chose que du fer sur-saturé de phlogistique. C'est l'excès de ce principe, dans le bleu de Prusse, qui rend cette substance inattaquable par les acides, et non attirable à l'aimant. La chaleur, en lui enlevant cette dose excédante, la met à l'état de fer ordinaire x. D'après cette théorie, qui ne différait pas beaucoup de celle de Geoffroy, l'alcali saturé de la matière colorante du bleu de Prusse, reçut le nom iï alcali phlogistique. Macquer ayant observé que le bleu de Prusse précipite tous les métaux de leurs dissolutions, tandis qu'il ne produit aucun effet semblable sur les dissolutions alcalines et terreuses, il le proposa comme un excellent moyen d'essai pour découvrir la présence des corps métalliques.
Mais cette théorie de Macquer, adoptée pendant longtemps sans modification , cessa d'être considérée comme offrant une explication satisfaisante de la formation du bleu de Prusse, lorsque les chimistes se furent occupés de nouvelles recherches sur cette substance. Beaumé s'assura qu'à la distillation , elle donnait constamment une portion d'huile animale % produit qu'il était probable qu'on n'obtiendrait pas, si le bleu de Prusse ne contenait autre chose que le phlogistique et le fer. Deyeux et Parmentier, Bergman, Jùxlehen, Delius et Scopoli , en retiraient, en le distillant, beaucoup d'ammoniaque. Fontana reconnut qiul détonait avec le nitre. Landriaui trouva que, dans sa distillation, il se produisait une petite quantité d'un acide liquide et d'huile, et beaucoup de gaz azote et hydrogène carboné. Ces derniers faits devenaient encore plus inconciliables, si cela était possible, avec la théorie de Macquer. Morveau en présenta une autre en 1772 : il annonça, qu'outre le phlogistique, l'alcali phlogistique contenait encore un acide, dont l'action opérait principalement la production des phénomènes 3. Sage affirma que ia matière colorante, dans l'alcali phlogistique, était l'acide phosphorique. Lavoisier réfuta cette opinion 4. Bergman annonça aussi qu'il soupçonnait, dans l'alcali phlogis-
1 Macquer, Dictionnaire. I, 177.
2 Chimie de Beaumé. II, Goi.
3 Digressions académiques , p. i-\§> s Miirn. Par. 1777, p. 77.
de l'acide hydrocianique. 3iy
tiqué, la présence d'un acide, mais d'un acide inconnu \
Tel était alors l'état des connaissances des chimistes concernant la nature de cette matière colorante, lorsque Schéele se présenta et vint lever le voile qui la couvrait encore, en donnant, dans deux dissertations sur le bleu de Prusse, publiées dans les Transactions de Stockholm pour 1782 et ij83a, l'explication de la composition et des propriétés de cette substance.
Il observa que l'alcali prussien, après avoir été exposé pendant quelque temps à l'air , perdait la propriété de former le bleu de Prusse; et qu'il fallait, par conséquent, que la matière colorante s'en fut séparée.
Schéele avant gardé pendant quelque temps une petite Découverte quantité d'alcali prussien dans un grand ballon de verre de laJidueePIUS" fermé avec un bouchon de liège, il reconnut que ni cet alcali, ni l'air du ballon n'avaient éprouvé aucun changement quelconque. Ii «0 conclut que , par l'exposition à l'air de cet alcali , sa matière colorante lui était enlevée par quelque chose qui n'existait pas dans le vaisseau de verre. Etait-ce le gaz acide carbonique? Pour s'en assurer, il mit de l'alcali prussien dans un ballon de verre rempli de ce gaz , et au bout de vingt-quatre heures, cet alcali avait perdu la faculté de produire le bleu de Prusse. Le gaz acide carbonique déplace donc la matière colorante. Il répéta cette expérience en tenant suspendu dans le ballon un morceau de papier, préalablement trempé dans une dissolution de sulfate de fer , et sur lequel il avait laissé tomber deux gouttes d'une lessive alcaline, à Y effet d'en précipiter le fer. On retira ce papier au bout de deux heures, et en versant dessus un peu d'acide hydrochlorique , il devint d'un beau bleu. L'acide carbonique a donc la propriété de séparer la matière colorante de l'alcali sans la décomposer.
Schéele trouva aussi que d'autres acides produisent le même effet. Il en conclut que la matière colorante peut être obtenue séparément. 11 fit en conséquence un grand nombre d'essais pour se la procurer dans cet état de séparation, et à la fin il s'arrêta au procédé suivant , qui lui réussit parfaitement.
1 Notes on Scheflfer. § i65.
* Schéele. Il, i-ji.
Préparation. ^u ^a'1 bouillir pendant quelques minutes dans un vaisseau de verre, un mélange de 10 parties de bleu de Prusse en poudre, de 5 parties de peroxide de mercure et de 3o parties d'eau. La couleur bleue disparaît , et le mélange en prend u;ie verte jaunâtre. Ou filtre la liqueur , et on lave complètement le résidu sur le filtre avec 10 parties d'eau ch .ude. L'oxide de mercure décompose le bleu de Prusse; il lui enlèvesa partie Colorante, il s'y unit, etformeavec elle un sel soluble dans l'eau ; ainsi les parties composantes non solubles d.i bleu de Prusse, ont du rester sur le filtre, et le sel mercuriel, produit par l'union de la matière colorante avec le mercure, est contenu dans la liqueur filtrée. On fait digérer ce liquide mercuriel sur deux parties et demie de limaille de iev bien net: on y ajoute en même-temps une partie d'acide sulfurique concentré, et on agite le mélange. La limaille de fer est dissoute, et le mercure, jusqu'alors tenu en dissolution, est précipité à l'état métallique. La cause de ce changement subit est évidente. Le fer désoxide le mercure, et au moment où il produit cet effet, il est dissous par l'acide sulfurique, dont 1 affinité pour ce métal est plus t'orte que celle de la matière colorante. Il ne reste donc plus en dissolution que du sulfate de fer et la matière colorante.
Mais comme cette matière colorante est volatile ,1e sulfate de fer ne l'étant pas, il est facile de l'obtenir séparément par la distillation du mélange à une douce chaleur. La matière colorante passe avec le premier quart de la liqueur dans le récipient; mais elle y est a l'état de mélange avec un peu d'acide sulfurique, dont on la débarrasse, en distillant une seconde fois sur une certaine quantité de carbonate de ebaux. L'acide sulfurique se combine avec la chaux, se précipite, ce que la matière colorante ne peut faire, parce que l'acide carbonique a plus d'affinité qu'elle pour la chaux. C'est ainsi qu'on obtient cette matière colorante à l'état de pureté.
Composition. Pour reconnaître ensuite quelles pouvaient être les parties composantes de la matière colorante, Schéele, après avoir formé un bleu de Prusse très-pur, le soumit à la distillation, en augmentant le feu jusqu'à ce que le vaisseau fut devenu rouge. La petite quantité d'eau qu'il avait mise dans le récipient contenait une portion de la matière bleue colorante et d'ammoniaque; et l'air du récipient était un mélange d'azote, de gaz acide carbonique et de matière colorante. II conclut
de l'acide hydroci anique. 319
de cette expérience et Je plusieurs autres encore, que la matière colorante est un composé d'ammoniaque et d'huile. Mais lorsqu'il essaya de confirmer, par la synthèse, cette théorie de formation , en combinant ensemble de l'ammoniaque et de l'huile, il ne put réussir à produire la matière coloraute. Il fut alors forcé de changer d'opinion, et il finit par conclure que la matière colorante est un composé d'ammoniaque et de charbon. 11 mit dans un creuset un mélange, à quantités égales, de charbon pulvérisé et de potasse , qu'il tint pendant un quart d'heure à une chaleur rouge; il y ajouta alors de 1 hydrochlorate d'ammoniaque en petits morceaux , en les poussant vers le fond du mélange en fusion , qu il continua de chauffer pendant quelques minutes, jusqu'à ce qu'il ne s'en exhalât plus de vapeurs ammoniacales. Il le mit ensuite dans une certaine quantité d'eau , et il trouva que la -dissolution avait toutes les propriétés du prussiate alcalin. C'est ainsi que Schéele parvint à former la matière colorante.
Morveau désigna , dans le premier volume de la partie chimique de l'Encyclopédie méthodique , cette matière colorante parla dénomination & acide prussique , dénomination qui fut bientôt généralement adoptée en Angleterre et en France.
Les belles expériences de bchéele furent lépétées en 1787, par Berthollet, qui les poussa beaucoup plus loin encore. Cet illustre chimiste sut faire une application habile des résultats de ses précédentes expériences sur la nature de l'ammoniaque , à l'explication de la composition de la matière colorante du bleu de Prusse. 11 trouva d'abord que l'alcali phlogistiqué est un sel triple, composé d'acide prussique, d'alcali et d'oxide de fer ; qu'on peut l'obtenir en cristaux octaèdres; qu'en versant de l'acide sulfurique dans une dissolution de ce sel , et en l'exposant au soleil, elle laisse précipiter du bleu de Prusse. Il chercha ensuite à connaître les parties composantes de l'acide prussique. En versant du chlore dans de l'acide prussique obtenu parle procédé de Schéele, l'acide devient plus odorant, plus volatil , moins susceptible de combinaison avec les alcalis, et précipitant en vert, et non en bleu, le fer de ses dissolutions. Berthollet conçut que, dans ce cas, l'acide prussique s'était combiné avec l'oxigènc, qu'il avait acquis des propriétés nouvelles , et s'était converti en une autre substance qu'il appela acide prussique oxigéné.
"Berthollet conclut de ces expériences et d'autres sembla-
bles, que l'acide prussique ne contient pas l'ammoniaque touîe formée; mais que c'est un composé triple de carbone , d'hydrogène et d azote dans des proportions qu'il n'a pu déterminer. Cette conclusion de Berthollet fut vérifiée et complètement confirmée par Clouet , qui parviut à former* de l'acide prussique, en faisant passer du gaz ammoniacal à travers un tube de porcelaine rouge de feu contenant du charbon. Cette expérience ne réussit qu'autant que le tube est trèsfortement chauffé 2.
Proust publia, en 1806, un mémoire des plus intéressans sur l'acide prussique et sur ses composés3. Quoiqu'il ne fût pas parvenu à se procurer l'acide isolé ni à reconnaître se» parties constituantes, il signala, avec une exactitude rigoureuse, un grand nombre de faits nouveaux et importans, qui furent d une grande utilité, comme ayant aidé aux recherches subséquentes de Gay-Lussac. C'est à ce chimiste célèbre que aJSy-LusTac. dous sommes redevables d'un procédé facile pour se procurer l'acide prussique pur , dune description exacte de ses propriétés , lorsqu'il a été obtenu dans cet état, et de la détermination précise de sa composition et constitution 4.
Après avoir introduit dans une petite cornue tubulée un ■n'rSîtieM mélange de prussiate de mercure5 et d'acide hydrochlorique, puf* on adapte au bec de cette cornue un tube horisonlal de verre , d'environ six décimètres de longueur et un centimètre et demi de diamètre intérieur. On remplit le premier tiers de ce tube, à partir delà cornue, de petits morceaux de marbre, afin de retenir tout l'acide hydrochlorique qui pourrait se dégager , ce qu'il faut éviter avec soin autant que possible. Les deux autres tiers du tube contiennent du chlorure de calcium fondu, également en petits morceaux, pour retenir et condenser l'eau. A l'extrém:té de ce tube est adapté un petit récipient, qu'on entoure de glace, ou mieux encore, «l'un mélange frigorifique. On chauffe doucement la cornue -, l'acide prussique ou hydrocyanique passe et se dépose
■ Ann. de Cliim. XI, 3o.
1 Journ. Je l'Ecole imp. polytech. p. 436.
1 Ann. de Chiru. LX, i85.
* JLid. XCV, i36.
5 On obtient ce sel en faisant bouillir ensemble du peroxide de mercure el le b!eu de Prusse , et en évaporant la dissolution formée, jusqu'à ce qu'elle cristallise. Les cristaux sont le prusùate de me/cure,
de l'acide HYDROCYANIQUE. 321
d'abord dans la première portion du tube sur le marbre ; mais , par l'application d'une chaleur ménagée, il est facile de lui faire parcourir toute la longueur du tube, et de le faire arriver dans le récipient *.
L'acide bvdrocyanique ainsi préparé, est un liquide inco- propriétés. lore, avant une forte odeur, qui ressemble à celle des fleurs dépêcher. Sa saveur piquante, qui paraît d'abord fraîche, produit bientôt dans la bouche une sensation brûlante , paraissant très-asthénique , et étant un véritable poison. Sa pesanteur spéciiique, à la température de j° centigrades, est de o.jo58, et de 0.6969 à 180. L'acide bvdrocyanique bout à la température de 26°,5 centigrades , et se congèle à environ i5° au-dessous de zéro. Le froid qu'il produit, en se réduisant en vapeur à l'air , même d'un air à la température de 20°, suffit pour le congeler. La densité de sa vapeur, comparée à celle de l'air, est, par expérience, de 0,04^6; par le calcul , elle devrait être de o.o368.
Eu faisant passer 1 étincelle électrique dans un mélange de vapeur d'acide hydrccvanique et de gaz oxigène,il se produit une détonation. 100 en volumes de la vapeur exigent, pour la combustion complète, 120 doxigène : on a, pour produit , 100 d'acide carbonique, mêlé avec 5o d'azote. 100 de l'oxigène ont été employés à la formation de l'acide carbonique ; les 20 de loxigène restant, ont dû se combiner avec de l'hydrogène ; et cette quantité d'hydrogène avec laquelle les 25 d'oxigène se sont combinés, a dû être de 5o : il s'ensuit donc que l'acide hydroc va nique consiste en
1 \olume de vapeur de carbone ,
5 Volume azote ,
i A olume bvdroo'ène,
condensés en un volume. On aura donc la pesanteur spécifique de l'acide, eu ajoutant ensemble la pesanteur spécifique d'un volume de carbone avec la moitié de chacune de celles des gaz azote et hydrogène. Le résultat de cette addition est 0.9308 , qui ne diffère que d'environ 1 pour 100 de la pesanteur spécifique déterminée par l'expérience.
En chauffant le potassium dans la vapeur d'acide hydro- Coxposttioa; cyanique , la vapeur disparait totalement , et elle est rem- ■ — 1 1 ■■ ■ ■ ■ -1 1 1 1 .
* Ann. de Chim. XCV, p. \\\.
placée par une quantité de gaz hydrogène qui s'élève à la moitié de son volume. Le potassium est converti en une masse spongieuse grise qui se fond aussitôt en prenant une couleur jaune. Si l'on met cette matière dans l'eau, elle s'y dissout sans effervescence, et l'eau contient une dissolution de prussiate simple de potasse D'après cette expérience, il est évident que le potassium absorbe tout l'acide bydrocyam'que , à l'exception de l'hydrogène ; mais si l'hydrogène étant enlevé à l'acide hydrocyanique, il ne reste que du cyanogène, il est évident que cet acide est un composé de cyanogène et d'hydrogène, et on ne peut douter qu'il ne consiste dans des volumes égaux de ces deux corps unis ensemble sans aucune condensation -, d'où il suit que sa pesanteur spécifique est le terme moyen de celles du cyanogène et de l'hydrogène.
Pesanteur spécifique du cyanogène. i,8o4 Id. de l'hydrogène o, o6g4
Terme moyen 0,9367 z=z
Pesanteur spécifique de l'acide hydrocyanique. Ou, en d'autres termes, l'acide hydrocyanique est un composé de 1 atome cyanogène -+- 1 atome hydrogène, de manière que son poids est de 0,375 , et ceux de ses parties constituantes , savoir :
Cyanogène 3,25.. 100
Hydrogène 0,1 a5 3,846
On ne peut conserver l'acide hydrocyanique sans qu'il se décompose. Il se forme de l'ammoniaque, et il se dépose une certaine quantité de matière charbonneuse nécessairement azotée, car les deux tiers de l'azote dans l'acide doivent rester avec le charbon ; de sorte que cette substance charbonneuse est un azoture de carbone.
Action II. L'iode , volatilisé dans la vapeur hydroevanique, ne
de soutiens de 1 • n • , » / V? /* • 1» 'I*
combustion. lui tait éprouver aucune altération, Ln faisant passer 1 étincelle électrique dans un mélange de cette vapeur et de gaz oxigène, l'acide est décomposé avec combustion. Le chlore déplace l'hydrogène, et forme l'acide chlorocyanique. Action m* L'azote n'exerce aucune action sur l'acide hydrocya-
«ombustibies. n)CIue- ^ en est de même de l'hydrogène, du carbone, du bore, du silicium et du phosphore 3 au-moins autant qu'on a
de l'acide hydrocyanique. 3:>3
pu le reconnaître. Le soufre décompose cet acide , en déplaçant l'hydrogène et en le convertissant en acide sulfocvanique ou chvazique sulfuré.
L'arsenic n'agit point sur l'acide hydrocyanique. On n'a point essayé Tel fit du tellure.
Le potassium et le sodium chauffés dans l'acide hydrocyanique, absorbent le cyanogène, et sont convertis en cyanures, tandis que l'hydrogène se dégage.
La barite, la potasse et la soude absorbent également le cyanogène à laide de la chaleur , et deviennent aussi des cyanures , en laissant lhydrogène se dégager.
En faisan! passer la vapeur d'acide hydrocyanique à travers du fer rouge de feu , l'acide est complètement décomposé. Il se dépose du carbone tout à l'enlonr du fer, et il s'y combine en partie ; tandis qu'il se développe des volumes égaux d'azoîe et d hydrogène à 1 état gazeux. La même décomposition a lieu en faisant passer la vapeur à travers un fil de platine rouge de feu.
Le peroxide de cuivre chauffé au rouge décompose complètement la vapeur d'acide hydrocyanique, l'oxide est réduit, il y a formation d'eau , et développement d'un gaz qui €st un méiange de deux volumes d'acide carbonique et d'un volume d'azote. À la température ordinaire de l'atmosphère, l'oxide de cuivre convertit l'hydrogène de l'acide en eau, et il sedéiîaiie du cvanoçrène.
on ?
Le peroxide de manganèse absorbe complètement , et en peu d'heures, la vapeur d'acide hydrocyanique ; il se forme de l'eau , mais le cyanogène ne se manifeste point.
Lorsqu'on chauffe du peroxide de mercure dans la vapeur hydrocyanique , il se produit une action si vive , eue la chaleur qui se dégage suffit pour détruite le composé qui devrait se former. Si Ton fait agir à froid l'oxide de mercure sur la vapeur hydrocyanique , la vapeur est absorbée par l'oxide , et en chauffant ensuite l'oxide ainsi saturé de vapeur hydrocyanique, il y a formation d'eau qui se dégage, et il reste la substance autrefois connue sous le nom de prussiate de mercure , et qui est bien réellement un cyanure de mercure *.
* Les propriétés de l'acide hydrocyanique dont on vient d'ei poser le détail, ont été déterminées par Gay-Lussac. Ann. de Cbim. XC\? P i H-
de Schéele.
324 AClt)ES COMPOSÉS DE CYANOGENE ET DE COM3.
expériences Les faits établis par Schéele, relativement à l'action de l'acide hydrocyanique sur les oxides métalliques , nous paraissent mériter d'être rappelés ici.
De toutesles dissolutions métalliques essayées par Schéele^ l'acide prussique pur n'en précipite que trois , savoir :