CHAPITRE IL
Des Bases salifzables.
Division; Les bases salifiables ont été ordinairement divisées par les cbimistes, en quatre séries : alcalis fixes , terres alcalines, terres pures , et oxides métalliques. Quoique ces divisions ne soient pas rigoureusement exactes, il conviendra cependant de les maintenir, dans la crainte de rendre moins intelligibles, en ne s'y conformant pas, tous les traités de chimie qui ont paru jusqu'à présent.* Outre les bases salifiables, que nous savons contenir de l'oxigène, il en est une
* Gay-Lussac etThe'nard, Recherches physico-chimiques. I, aOo.
de l'ammoniaque. 3ï
de la première importance en chimie, X ammoniaque ; cette substance alcaline doit être classée parmi les autres bases, quoique l'existence de loxigène y soit encore problématique. Nous allons nous occuper d'abord de cette substance, et nous décrirons ensuite les autres bases salifiables, suivant l'ordre dans lequel nous venons de les dénommer en commençant ce chapitre, qui se trouvera ainsi divisé en cinq sections.
SECTION PREMIÈRE
De l'Ammoniaque.
I. L'ammoniaque n'existe à l'état de pureté que sous la forme gazeuse. On peut lobtenir ainsi de la manière suivante :
i. Après avoir mis dans une cornue un mélange de PreParatl0B' trois parties de chaux vive, et d'une partie d'hvdrochlorate d'ammoniaque en poudre , on en fait aboutir le bec sous une cloche de verre remplie de mercure, et renversée sur ce métal. En exposant ensuite cette cornue à là chaleur d'une lampe, il s'en dégage un gaz qui déplace le mercure, et remplit la cloche ; ce gaz est Y ammoniaque.
L'ammoniaque, dont les anciens ignorèrent entièrement Histoire, l'existence , ne fut connue des alchimistes que dans son état de combinaison avec l'acide carbonique, et souvent aussi de dissolution dans l'eau. Basile Yalentin décrit la manière de l'obtenir. Cette substance était connue sous le nom $ alcali volatil : on l'appela aussi hartshorn^ esprit d'urine, et esprit de sel ammoniac , parce qu'on l'obtenait par distillation de la corne de cerf, de l'urine et du sel ammoniac (hydrochlorate d'ammoniaque). Le docteur Black fit voir le premier la différence qu'il y avait entre l'ammoniaque et le carbonate d'ammoniaque, ou l'ammoniaque combinée avec l'acide carbonique , et le docteur Priestley fut le premier aussi qui trouva le moyen ci-dessus décrit, de l'obtenir à l'état de pureté.
2. L'ammoniaque à l'état de gaz est d'une transparence Propriété parfaite, et sans couleur, comme l'air. Sa saveur est acre et caustique comme celle des alcalis fixes, mais beaucoup moins forte; et l'ammoniaque ne corrode point , comme le
32 BASES SALIFIABLES.
font ces alcalis, les substances animales sur lesquelles on l'applique. L'ammoniaque est remarquable par son odeur piquante, qui cependant n'est pas désagréable lorsque cet alcali est suffisamment étendu. Son emploi comme stimulant pour prévenir la défaillance est bien connu.
Les animaux plongés dans le gaz ammoniac ne peuvent le respirer, ils y périssent. Lorsqu'on laisse une bougie allumée dans une cloche pleine de ce gaz, elle s'éteint à trois ou quatre reprises successives; mais à chaque fois, la flamme acquiert un volume plus considérable par l'addition d'une autre ftarnme de couleur jaune pâle; et à la fin, cette flamme descend de la partie supérieure de la cloche vers le fond *.
La pesanteur spécifique de ce gaz est 0,590, celle de l'air étant 1 .
En exposant le gaz ammoniac à un froid de — 43° centig. environ, il se condense en un liquide; mais il reprend la forme gazeuse à mesure que la température s'élève au-dessus de ce degré de froid 3. En faisant passer ce gaz à travers un tube de porcelaine ou de verre rouge de feu, il est totalement décomposé et converti en gaz hydrogène, et azote3. Pour que cette expérience réussisse, il faut que le tube ne soit pas d'un trop grand diamètre.
Ammoniaque 3. Le gaz ammoniac se combine très-promptement avec l'eau. Lorsqu'on met un morceau de glace en contact avec ce gaz , elle se fond, absorbe l'ammoniaque, et sa température s'abaisse. Avec l'eau froide, l'absorption est presqu'instantanée, il y a dégagement de calorique, et la pesanteur spécifique de l'eau est diminuée. L'eau est capable d'absorber, d après mes essais, 780 fois son volume de ce gaz, et par cette absorption , l'augmentation de volume du liquide est de 6 à 10. La pesanteur spécifique de la dissolution est 0,900, ce qui s'accorde juste avec l'augmentation de volume. C'est dans cet état que les chimistes emploient ordinairement l'ammoniaque, et par cette dénomination, on entend presque toujours cette dissolution liquide d'ammoniaque dans l'eau. Lorsqu'on la chauffe à la température d'euviron 54°. centigr. , l'ammoniaque s'en sépare sous forme
• Priesllev- II, 38i.
3 M or veau, Ann. de China. XXIX, 39a.
•f Priestley. II, 3g5.
i.quidc
de l'ammoniaque. 33
de çaz. Elle cristallise en l'exposant à un froid de — 4^°- cent- Lorsque cette dissolution est rapidement refroidie à — 85°, l'ammoniaque se prend eu une gelée épaisse, et conserve à peine décodeur r.
Il résulte des expériences de Davy, qu'une dissolution saturée d'ammoniaque est composée de
74,63 eau.
20,57 ammoniaque.
La table suivante, dont nous sommes redevables à M. Dalton , présente la quantité d'ammoniaque contenue dans des dissolutions ammoniacales, de différentes pesanteurs spécifiques a.
PESAKIEUR