Sur-sulfate d'alumine et d'ammoniaque
On confond ordinairement ensemble, sous le nom iïalun les deux dernières de ces variétés. On a appelé les deux premières alun saturé de sa terre, et quelquefois alun alumine. Nous allons nous occuper d'abord des deux dernières variétés , comme les plus anciennement connues, et les plus importantes.
i. Les sur-suif ates.\iÇ. çvwTyiçiu des Grecs, et Xalumen AIub des Romains, étaient une substance native qu'on paraît avoir à-peu-près rapportée au vitriol vert , ou sulfure de fer ; et qui , par conséquent, était très-différente de celle que no .s appelons aujourd'hui alun. Le professeur Beckmann attribue la découverte de l'alun aux peuples de l'Asie \ mais à quelle
époque , et par quelle circonstance eut-elle lieu ? c'est ee que nous ignorons entièrement. On continua de nous l'apporter d'Orient , jusqu'au i 5.e siècle , qu'il en fut établi un grand nombre de fabriques en Italie. Il y en eut dans le i6.e siècle des manufactures en Allemagne et en Espagne ; et sous le règne d'Elisabeth , il en fut formé une en Angleterre, par Thomas Chalomer. On retire ordinairement l'alun du commerce des mélanges natifs de pyrites et d'argile, ou d'acide sulfurique et d'argile.
Nous avons une dissertation très-complète de Bergman1, sur le procédé qu'on suit pour cette extraction de l'alun , de la terre , qu'on nomme communément schiste alumineux , parce qu'elle est de la nature de l'ardoise. Sa couleur est noirâtre, à raison des matières bitumineuses qu'elle contient. Dans la plupart des cas , il est nécessaire de la brûler avant de l'employer , ce qui s'opère au moyen d'un feu lent et étouffé. Quelquefois une longue exposition de cette terre à l'air , suffît pour produire à sa surface une efflorescence d'alun. Ou la lessive alors , et en mêlant avec de l'urine putréfiée ou de l'hydrochlorate de potasse l'eau de lessivage concentrée par l'évaporation , on en obtient ordinairement à-la-fois , des cristaux d'alun et de sulfate de fer.
Ce n'est que depuis peu qu'on a connaissance de la véritable composition de l'alun. On savait bien depuis long-temps que lune de ses parties constituantes est l'acide sulfurique3; et il avait été prouvé d'une manière incontestable , par les expériences de Pott et de Margraff , que l'alumine était l'autre. Mais avec l'acide sulfurique et l'alumine , on ne pouvait pas former l'alun. Les fabricans de ce sel reconnurent que l'addition d'une certaine quantité de potasse , ou d'ammoniaque , on de quelque substance contenant ces alcalis , était presque toujours indispensable; et il fut démontré que dans tous les cas où cette addition ne devenait pas nécessaire, ia terre dont on retirait l'alun, contenait déjà de la potasse. On avait fait beaucoup de conjectures sur la part (faction que peut ainsi avoir la potasse, dans la formation de Faliin , lorsque Vauqnelin 3 , et Chaptal * . démontrèrent les
5 Quelques chimistes ont cru convenante d'appeler esprit d'alun ? l'acide sutfirique obtenu parla distillation d<- Talun. 3 Aflfn. de Cuira. XXil , 208. * ibid. p. 280.
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premiers par des expériences décisives , que l'alun est un sel triple , composé d'acide sulfurique, d'alumine , et de potasse ou d'ammoniaque, unis ensemble.
L'alun cristallise en octaèdres réguliers, consistant en deux propriétés: pyramides tétraèdres appliquées base à base. Les côtés sont des triangles équilatéraux. La forme de sa molécule intégrante est, suivant Haiiy, le tétraèdre régulier. Sa saveur est douceâtre , et très-astringente. Il rougit toujours les couleurs Lieues végétales. Sa pesanteur spécifique est de 1,7109 x. A la température de 160 ceotigr. , il est soluble dans i5à 20 parties d'eau , et dans les 0,70 de son poids d'eau bouillante. Il s'effleurit légèrement à l'air. Il se ibnd à une douce chaleur dans son eau de cristallisation. A une chaleur plus forte, il se boursouffle , il écume , et perd , principalement en eau de cristallisation, les o,44 de son poids 2- Ce qui reste s'appèle alun calciné ou brillé , et s'emploie quelquefois comme corrosif. Par un feu violent, l'acide est séparé en plus grande partie. Dans ce cas. une portion de l'acide est décomposée en acide sulfureux et en gaz oxigène , ainsi que Milner l'observa le premier.
Quoique les propriétés de l'alun soient, dans toutes les circonstances, à-peu-près les mêmes , il a cependant été dér montré par Vauquelin, qu'il s'en rencontre trois variétés dans le commerce. La première est le sur-sulfate d'alumine et de potasse, La seconde le sur-sulfate d'alumine et d'ammoniaque. La troisième, qui est un mélange, ou une combinaison des deux autres, contient l'un et l'autre alcali, la potasse et l'ammoniaque. Cette troisième variété est )a plus commune de toutes-, ce qui provient sans doute de ce que les fabricans d'alun emploient tout-à-la-fois l'uriue et l'bydrochlorate de potasse, pour faire cristalliser leur alun. Vauquelin ? Thénard et Roard ont dernièrement analysé un grand nombre d'échantillons d'alun fabriqué dans différens pays. Le résultat de leurs expériences fut qu'ils ne différaient tous que de très-peu dansla proportion deleurs parties constituantes. Le
« Hassenfratz, Ann. de Chim. XXVIII, 12. Vallcrius la trouva de 1,719 (Chemistry, p. a66) ; le D.r Watsou , 1,737 (Essays, Y, 67); et Fahrenheit, 1,788 (Phil. Trans. LUI, \\\).
* Bergman. 1 , 287,
résultat moyen de toutes les bonnes analyses faites jusqu'à présent, donne pour la composition de l'alun , savoir :
C^reposiuou. Acide.... 5o,52I... 26, o43 . . . 34, 233
Alumine.. 10, 5o. ... 12,53. ... 10,86
Potasse... 10, 4o. ... 10,02.... 9,81
Eau 48,58.... 5i,4i.... 45, »
L'analyse d° Bcrzelius équivaut à
Sulfate d'alumine 36,85
Suliate de potasse 18, 1 5
Eau 45,
En considérant l'alun comme étant un composé de 3 atomes sulfate d'alumine, 1 atome sulfate de potasse et 23 atomes d'eau , sa constitution sera :
Sulfate d'alumine 36,70
Sulfate de potasse 18,88
Eau 44,42
Proportions qui se rapprochent d'assez près de l'analyse pour ne laisser aucun doute sur leur exactitude.
11 paraît, d'après les analyses et expériences de Thénard et Roard , que l'alun contient toujours un peu de sulfate de fer. Sa bonne qualité, comme mordant dans la teinture, dépend de la proportion de ce sel présent; celui qui en contient le moins est le meilleur. L'alun le plus pur de ceux qu'ils examinèrent, contenait environ ^^3 de son poids de sulfate de fer, et l'alun le moins pur tôïïh- Et chaque espèce des aluns essayés, lorsque ce sel est entièrement dépouillé de sulfate de fer, agit exactement de la même manière, comme mordant4.
Aiun cubique. Lorsque dans la liqueur où l'on fait cristalliser l'alun au
1 Vr.uquelin , Ann. de Chim. L, 167. Il se trouva aussi un peu d'ammoniaque dans plusieurs essais.
» Thenard et. Roard , Ann. de Chim. LIX , 72. On e'valuait l'acide au moyen du sulfate de barite , qu'ils considéraient comme ne contenant que •->(> pour 100 d'acide sulfurique, tandis qu'il y en a 3^. Ainsi h: proportion de cet acide dans la table est trop faible.
3 Rcr/.elius , Ann. de Chim. LXXXII, 258.
< lbid. LIX, 53.
sels d'alumine. 583
moven de la potasse, on y en ajoute une plus grande quantité qu'a l'ordinaire, la Tonne des cristaux n'est plus la même ; ils affectent alors celle de cubes. Cette différence dans la Cristallisation constitue une quatrième sons- espèce d'alun , qu'on distingue ordinairement par le nom iïalun cubique; cet alun est avec excès d'alcali.
En augmentant encore la dose de potasse, Chaptal a observé que le sel perd toute faculté de cristalliser, qu'il se précipe en flocons, et que dans cet état il constitue une cinquième sous-espèce d'alun, consistant en sulfate dépotasse, combiné avec une petite proportion d'alumine.
2. Les sulfates. Toutes les variétés d'alun sont suscep- corrP©s*» tibles de se combiner avec une dose additionnelle d'alumine , et de former, par cette combinaison, des composés parfaitement neutres. Tous possèdent à-peu-près les mêmes propriétés, et peuvent être ainsi confondus ensemble comme un seul sel.
On peut former le composé neutre, en faisant bouillir une Propriétés, dissolution d'alun avec de l'alumine pure. 11 se précipite, à mesure qu'il se produit, en une poudre blanche. On appelait autrefois cette variété, alun saturé de sa terre; ce sel ne cristallise point. C est toujours une poudre sans saveur , insoluble dans l'eau, et inaltérable à l'air. Il ne peut être affecté par la chaleur qu'autant qu'elle est très violente-, et dans ce cas, une partie de l'acide en est dégagé- L'acide sulfurique convertit ce sel en alun. Il est moins facilement décomposé par d'autres corps que l'alun. Plusieurs des acides dissolvent lentement sa dernière dose d'alumine, et le mettent a l'état d'alun. On n'a encore appliqué ce sel à aucun usage. Chaptal nous apprend que l'alun peut aussi se combiner avec plusieurs autres bases, et former beaucoup de sels triples qui n'ont jamais été examinés avec attention *.
Si l'on fait fondre ensemble dans une cuiller de fer. trois ryropher» parties d'alun, et une partie de fleur de farine, ou de sucre, et qu'on fasse sécher le mélange jusqu'à ce qu'il devienne noirâtre et cesse de se gonfler-, si alors, après l'avoir réduit en poudre fine, on le met dans une fiole de verre, qu'on place sur un bain de sable jusqu'à ce qu'il sorte une flamme bleue de l'orifice de la fiole ; on aura par le refroidissement
* Ann. de Cbim, XXII , 293.
du mélange x , après l'avoir laissé brûler pendant une minute pu deux, nne substance, connue sous le nom degympÂore Homberg, qui a la propriété de s'allumer toutes les fois qu'elle est exposée à l'air, et spécialement si cet air est humide.
Cette substance fut accidentellement découverte par iberg, lorsque vers le commencement du i8<\ siècle, il s'occupait d'expériences sur la matière fécale humaine. Après avoir distillé un mélange de cette matière et d'alun jusqu'à ce qu'il njen obtînt plus rien par la chaleur, il fut fort étonné, lorsqu'au bout de quatre ou cinq jours il voulut retirer le résidu d< la cornue, de le voir s'allumer spontanément. Bientôt après, Lémery le jeune reconnut que le miel, le sucre, la farine et presque toute autre substance animale, et végétale, pouvait être substituée à la matière fécale humaine. M. Lejoy de Suyigny fit voir depuis qu'on pouvait, dans le mélange", remplacer l'alun par plusieurs autres sels contenant l'acide sulfuriqiie3: Schéele prouva qu'on n'obtient pas depvrophore avec de (alun dépouillé de potasse, et qu'on peufse servir de sulfate de potasse,, au lieu d'alun3. Enfin, Proust a fait voir qu'en distillant, à une forte chaleur dans une cornue, beaucoup de sels neutres composés d'acides végétaux et de terres , on obtenait un résidu qui s'enflammait spontanément par son exposition à l'air. On ne peut plus douter, d'après les observations de Davy et de Coxe, que les proprié es de ce pvrophore ne soient dues à un peu de potassium qu'il contient, et qui est réduit, dans le procédé de préparation de la substance.
I sp. 10. Sulfite d'alumine. Ce sel, que Berthollet forma
le premier, et qui a été décrit par fourçroy et Vauquelin ,
lorsqu'il a été préparé à la manière ordinaire, à l'état
dune pomlre blanche, et ne cristallise pas, lors même qui!
est dissons dans un excès de sou acide.
Le subite d'alumine est blanc et doux au toucher. Sa saveur est sulfureuse et ferreuse. Il est insoluble dans l'eau. Kxposé àlair, il s'y convertit, par degrés, en sulfate. Cet
' Il fan t av'.ir sc:'n de ne pas le laisser trop loD<r-temps expose'