DE L'AMMONIAQUE
c'est un composé d'azote et de phlogistique , et Bergman partageait cette opinion. Le docteur Priestley découvrit qu'en soumettait le gaz ammoniac aux commotions électriques, son volume s'augmentait par degrés jusqu'à occuper trois fois plus d'espace qu'auparavant , et qu'il se produisait une grande quantité de gaz hydrogène. En faisant chauffer du peroxide de mercure et du deutoxide de plomb dans le gaz ammoniac , ce chimiste remarqua que ces oxides étaient réduits , qu'il se produisait de l'eau , que le gaz ammoniac disparaissait, et qu'il était remplacé par du gaz azote 1. Ces expériences , et celles de Schécle , le portèrent à conclure que l'ammoniaque est composée d'azote et d'hydrogène, conclusion qui fut pleinement établie par les expériences de Berthollet, publiées clans les mémoires de 1 Académie pour ij85. Ce savant répéta les expériences de Schéele et de Priestley, Il y en ajouta plusieurs autres très-décisives qui lui étaient particulières , et il leur appliqua la théorie de Lavoisier.
Il a été fait un grand nombre d'expériences sur la composition de l'ammoniaque , principalement à raison de l'opinion émise par Humpbrv Davy, que l'oxigène était une de ses parties constituantes ; opinion cependant qui , ne s'étant pas trouvée confirmée par les expériences subséquentes des chimistes , avait été abandonnée. Nous allons présenter ici les résultats des analvses les plus exactes qu'on ait faites jusqu'à présent de cette substance.
Volumes. Volumes.
Berthollet père2 .. . 72,5 hydro°ène. . . -*- 27,3 azote.
Bertholletfils3 75,5 +- 24,5
Henry 4 7*^,75 -4- 26,23
Davy 5 74, -j- 26,
Gay-Lussac 6 yo, -t- 25.
Les proportions de Gay-Lussac sont plutôt le résultat du calcul que celui de l'expérience; mais d'un côté, les résultats de Berthollet fils, et de l'autre ceux de Davy et Henry, se rapprochent tellement entre eux, qu'on ne peut hésiter
1 Priestley. ÎI , 296.
a M.:m. Par. 1785.
3 Mena. cTArcueil. II, 268.
* Phil. Trans. iSog.
5 IhuL
* Mém. d'Arcueil. II, 253.
42 BASES S ALIFIÀBLES.
à adopter ces nombres comme étant les proportions véritables, L'ammoniaque est alors composée de 3 volumes hydrogène, et de i volume azote, ou, ce qui dans ce cas est la même chose, de 3 atomes hydrogène, et i atome azote; d'où il suit que ses parties constituantes sont en poids :
Hydrogène..., o,i25 x 3 =0,373.. 100
Azote 1,75 466,6
Et le poids d'un atome d'ammoniaque est 2,1 25
supPo.é VI. H faut dire cependant que , d'après une expénence tres-interessante , dont nous sommes redevables a Berzelius et à Pontin, Berzelius a cru pouvoir conclure que l'ammoniaque consiste dans une base métallique inconnue, à laquelle il a donné le nom ft ammonium , unie à l'oxigène. Cette expérience fut répétée et vérifiée par Humphry Davy, et depuis le sujet a été examiné avec beaucoup de soin par Gay-Lussac et Thénard. L'expérience se fait ainsi qu'il suit : A l'extrémité négative d'une batterie galvanique, on place du mercure en contact avec une dissolution d'ammoniaque , et le circuit est rendu complet. Le mercure augmente peu-àpeu de volume, et lorsque cette augmentation est de quatre ou cinq fois le volume primitif, il devient un solide mou.
sa w L'expérience est plus facile, et l'amalgame formé est plus
est un metaî. * . r t • *- 1 • i» • i i
permanent , lorsqu on substitue a l'ammoniaque liquide de i'hydrochlorate d'ammoniaque légèrement humecté. Davy ayant pratiqué une cavité dans un morceau d'hydrochlorate d'ammoniaque légèrement humecté, il le plaça sur une plaque de platine fixée à l'extrémité positive de la batterie galvanique, et après avoir introduit dans la cavité 3 gr. de mercure, il mit en contact avec ce métal, un fil de platine attaché à l'extrémité négative de la batterie; il se produisit une vive effervescence avec grand dégagement de chaleur, et dans peu de minutes le globule fut augmenté de cinq fois son premier volume : il avait l'apparence d'un amalgame de zinc. Cet amalgame, à la température de 2 1 à 260 centigrades, est un solide mou, ayant la consistance du beurre. A zéro il devient une masse ferme, cristallisée, dans laquelle on aperçoit de petites facettes, mais sans forme bien déterminée. Sa pesanteur spécifique est inférieure à 3. A l'air il se recouvre prompteraent d'une croûte blanche de carbonate d'ammoniaque. Mis en contact avec l'eau , il se dégage une
D E LA M M 0 N I AQl'E. 4^
quantité d'hvdrogène égale à la moitié de son volume ,1e mercure est revivifié, et l'eau devient uue dissolution faible d'ammoniaque! Lorsque cet amalgame est renfermé dans une portion donnée d'air, cet air augmente considérablement de volume, et le mercure se reproduit à l'état de pureté. Lorsque la proportion du gaz ammoniacal s élève à un et demi, ou à un trois cinquièmes, le volume de l'amalgame s'étend, et il disparaît une quantité d'oxigène égale à un septième, ou à un huitième de lammoniaque. L'amalgame plongé dans le gaz acide hvdrocblorique se recouvre d'une croûte d hydrochlorate d'ammoniaque, et il y a dégagement d'un peu d'hydrogène. Dans l'acide sulfurique il se recouvre d'une croûte de sulfate d'ammoniaque et de soufre. Toutes les tentatives que Davy a faites pour conserver cet amalgame, ont été sans succès: ce qui est dû, sans doute, à ce qu'il est impossible de le dépouiller entièrement deau. Lorsqu'on l'introduisait clans un tube de verre, ou lorsqu'on le retenait sous de la naphte ou des huiles, le mercure se séparait, il se formait de 1 ammoniaque avec dégagement d hvdrogène *.
D'après les expériences de Gay-Lussac et Thénard , cet amalgame est une simple combinaison de mercure et d'ammoniaque; mais il n'est pas en notre pouvoir de former une combinaison de cette nature, par toute autre méthode que celle qui vient d'être décrite ; nous ne connaissons non plus aucun exemple d'amalgame de mercure formé avec toute autre substance qu'un métal. Lorsqu'il s'unit avec d'autres corps, comme l'oxigène, le soufre, les huiles, etc., il perd toujours son éclat métallique. Ce sont ces considérations qui portèrent Berzelius à conclure que l'amalgame est un composédemercure et de la base métallique de l'ammoniaque. Il attribue la difficulté de conserver cet amalgame, à ce que le mercure contient un peu d humidité qui transforme promptementf ammonium en ammoniaque enlui fournissantdel'oxigène.
Je considère l'opinion de Gav-Lussac et Thénard comme présentant le plus d'évidence; mais le sujet exige de plus amples recherches. S'il est vrai que l'ammoniaque puisse s'amalgamer avec le mercure, il nous faudra modifier les opinions actuellement admises relativement aux amalgames.
* Davy's electro-cbeuiical Researches on ihe Décomposition of the Earths , etc. Phil. Tr.ns. 1808.
44 BASES SÀLIFIABLES.
SECTION IL
Des Alcalis fixes.
Origine. Le terme alkali est d'origine Arabe. Il fût introduit en chimie, après avoir été appliqué à une plante qui conserve encore le nom de kali. Lorsqu'aprês avoir brûlé cette plante et lavé avec de l'eau la cendre que sa combustion produit, on évapore cette lessive à siccité, le résidu est une substance blanche, qui fut appelée alkali. Ce mot signifie, suivant Albert-le-Grand qui l'emploie, fœx amaritudinis « fèces, lie d'amertume* ». On peut obtenir l'alcali d'autres substances que de celle appelée kali. Les chimistes ont successivement reconnu que des corps qui différaient entre eux dans plusieurs de leurs propriétés, avaient été confondus ensemble sous la même dénomination d'alcali ; elle devint en conséquence générale, et on l'applique actuellement à tous les corps qui ont les propriétés suivantes, savoir: i . Une saveur caustique.