DE LAC IDE NITRIQUE
point de difficulté qui donnait lieu à une objection à laquelle il ne leur fut pas possible de répondre d'une manière satisfaisante. Eu mêlant ensemble les gaz nitreux et oxigène , dans des proportions convenables, le mélange se transforme en presque totalité, en acide nitrique , et la portion très-peu considérable (des 0,029 ) qui en reste, provient, selon toute probabilité, ou plutôYbien sûrement , de quelque impureté accidentelle dans les deux gaz. Que sont donc alors devenus loxigèue et le pblogistique ? Le docteur Priestlev supposa qu'ils formaient du gaz acide carbonique; mais Cavendish prouva qu'en prenant les précautions convenables , il n'y a aucune apparence de cet acide x.
Le docteur Priestlev supposait que son gaz nitreux contenait du phlogistique,^ parce qu'il se l'était procuré en dissolvant des métaux dans l'acide nitrique , et que pendant leur dissolution , ce gaz se dégage en grande abondance : le métal était oxidé pendant sa formation, et en conséquence de la théorie alors reçue , il devait avoir perdu du pblogistique. Lavoisier prouva combien peu cette opinion était fondée par l'importante expérience qui suif. Il mit dans 61 gram. d'acide nitrique , à 1 ,3 16 de pesanteur spécifique, 71 gram. de mercure. Il se produisit, pendant la dissolution , environ 4,478 décim. cubes de gaz nitreux. Il distilla alors jusqu'à siccité le sel (oxide de mercure) qui s'était formé. Dès quïl fut devenu rouge de chaleur, il y eut émission de gaz oxigène, et ce dégagement continua jusqu'à ce que le mercure eût été presque en totalité revivifié. La quantité de gaz ainsi émise s'éleva à /\,ji6 décim. cubes. Ainsi donc tout ce qui avait eu lieu pendant la dissolution du mercure était la séparation de l'acide en deux parties , savoir : en gaz nitreux qui s était dégagé , et en oxigène qui s'était uni au métal.
Lavoisier dut conclure de cette expérience , que tout le gaz nitreux était provenu de l'acide nitrique; que cet acide est composé de gaz nitreux et d'oxigène : et que les proportions en sont à-peu-près de 64 parties en poids de gaz nitreux, et de 36 parties de gaz oxigène.
Une circonstance cependant embarrassa Lavoisier : il trouva que la quantité d'oxigène obtenue par la décomposition de
* Phil. Trans. 17S4.
■ Mem. Par. 1776 , p. 673.
go ACIDES.
l'acide nitrique excédait souvent celle qui était nécessaire â la saturation du gaz nitreux. Morveau essaya , mais sans succès *, de rendre raison de cette circonstance : elle prouvait que le gaz nitreux lui-même était un composé ; mais il fallait découvrir quelles eu étaient les parties constituantes. Lavoisier reconnut , en décomposant du nitre par le charbon , que l'azote en était une ; et le docteur Priestley obtint de plusieurs expériences le même résultat; mais quelle pouvait être l'autre partie constituante ?
Cavendish avait eu lieu d observer, en faisant ses expériences sur la composition de l'eau , qu'il se formait de l'acide nitrique pendant la combustion des gaz hydrogène et oxigène , et que la quantité eu était plus grande lorsqu'on ajoutait un peu d'azote aux deux gaz avant leur détonation. Il en concluait que la formation de l'acide était due à la présence accidentelle du gaz azote. Pour vérifier jusqu'à quel point cette conjecture était fondée, il fit passer des étincelles électriques à travers de l'air ordinaire renfermé dans un tube de verre ; cet air éprouva une diminution de volume, et il y eut de l'acide nitrique formé. Il répéta l'expérience en opérant sur un mélange des gaz oxigène et azote, et il s'assura que, dans de certaines proportions de ces deux gaz, le mélange peut être converti en totalité en acide nitrique.
Ces expériences furent immédiatement répétées par MM. Van Marum , et Van Troostwyk, qui en obtinrent à-peu-près les mêmes résultats.
Le docteur Priestley avait déjà eu l'occasion d'observer, plusieurs années avant que ces expériences eussent été faites , que l'air atmosphérique diminuait de volume par l'action de l'étincelle électrique , et que pendant la diminution, l'infusion de tournesol devenait rouge -, mais il n'en conclut autre chose, sinon qu'il avait précipité l'acide de l'air, Landriani qui pensait, au contraire, qu'il v avait formation de gaz acide carbonique , donna, comme preuve de sou opinion, l'altération de l'eau de chaux par l'air atmosphérique électrisé. Ce fut pour réfuter cette assertion que Cavendish entreprit ses expériences.
On ne peut donc plus douter que l'acide nitrique ne soit un composé d'azote et d'oxigène. Le gaz nitreux a , par con-
* Encycî. mJihod. cliim. Acide nitrique.
DE LACIDE KITREUX'. pi
séquent aussi les mêmes parties constituantes ; mais comme ce gaz absorbe de l'oxigène, qu'il enlève même à l'air atmosphérique , et qu'il forme en s y combinant de l'acide nitrique , il est évident que l'acide nitrique contient plus d'oxigène que le gaz nitreux. Avec cette connaissance des parties composantes de l'acide nitrique , il n'en est pas moins extrêmement dillicile d'en déterminer les proportions exactes. Il a été fait beaucoup de recherches à ce sujet , et avec plus d'attention encore en dernier lieu par Berzelius, Dalton, Davv et Gav-Lussac. La composition de cet acide , telle que je l'ai établie dans la première partie de cet ouvrage, a été déduite des expériences les plus exactes qui aient été faites jusqu'à présent, et elle est aujourd'hui généralement adoptée par les chimistes. Ainsi l'acide nitrique est formé de 1 volume de gaz azote, combiné avec i volumes et demi de gaz oxigène, ou de 1 atome azote -4- 5 atomes oxigène, ou, en poids, de
Azote. . . . i,;5. . . 100. . . . 25,90 Oxigène. . . 5,oo. . . 285,8. . . 74,07
SECTION IL
De V Acide nitreux.
Lorsque le nitre, qui est un composé d'acide nitrique et Déc©a«ri« de potasse , est chauffé au rouge, il abandonne une quantité considérable de gaz oxigène presqu'à 1 état de pureté. Si l'opération est conduite avec les précautions convenables et arrêtée à temps, le nitre retient encore les propriétés d'un sel neutre. Mais l'acide qu'il contient est évidemment dans un état différent, puisqu'il a perdu une portion considérable de son oxigène. C'est à ce nouvel état de l'acide que la dénomination à' acide nitreux est appliquée.
Schéele est le premier qui, par cette expérience sur le nitre chauffé au rouge , dont il lit mention dans sa dissertation sur le manganèse, publiée en 1774% établit la différence entre les acides nitrique et nitreux.
Berzelius remarqua le premier qu'en distillant dans une
* Schéele's Opusc. I, 5g.
cornue de verre du nitrate de plomb préalablement desséché, on obtient un liquide d'un jaune orangé. Ce liquide fut examiné par Gay-Lussac1 , et plus particulièrement depuis, par Dulong 2 : c'est l'acide nitreux presque pur. Piopriciés: L'acide nitreux ainsi obtenu est de couleur orangé. Sa saveur est très-acide ; il exhale des fumées abondantes, et il est très-volatil; à la température de 280 centigrades, il entre en ébullition. Sa pesanteur spécifique est i,45i. En le faisant passer sur du fer ou du cuivre chauffé au rouge , il est décomposé ; son oxigène s'unit aux métaux , et l'azote , mis en liberté , se dégage. Il y a lieu de conclure des expériences de Gay-Lussac , qu'on peut former cet acide en mêlant ensemble 1 volume de gaz oxigène avec 2 volumes de gaz nitreux; d'où il suit que l'acide nitreux doit être composé y en poids, de
Azote 1 ,75 100
Oxigène. .... 4 228,67
L'acide nitreux étant mêlé avec l'eau , il se produit une
effervescence , et il y a émission de gaz nitreux. Il paraît donc
que l'acide nitreux ne peut exister en combinaison avec l'eau.
Acide i.itriqae Ainsi la dénomination & acide nitreux. qui a été donnée
Colore. -î-rv" • " i
aux difierens acides de cette espèce fortement colorés, ne paraît pas convenir: ils consistent plutôt en acide nitrique, tenant en dissolution des proportions diverses de gaz nitreux. La nature de cet acide coloré fut examinée d'abord par le docteur Priestley, qui démontra, par des expériences très-décisives que c'est un composé d'acide nitrique et de gaz nitreux. Cette opinion fut adoptée , ou plutôt pleinement développée par aJridBp°?f' M°rveau 3- Mais la théorie de Lavoisier , qui supposait que , ie et ,j oxide la différence entre l'acide nitrique incolore, et cet acide coloré "lque* en jaune, ne provient que de ce que le premier acide contient plus d'oxigène que le second , attira pendant quelque temps l'attention des chimistes sur la nature réelle de la combinaison. Raymond publia, en 1796, une disertation à ce sujet, à l'appui delà théorie de Priestley et de Morvean, qu'il y présentait comme la seule véritable; ce qui a été plus
1 Ann.deChim. etPhvs. I, Ao5.
» Ihid. Il, 3.:.
3 Encycl. méthod. china. I, 18^