II. Il
l62 ACIDES.
nomma moroxilique , parce que le sel qui le contient est une production du bois de mûrier.
Le sel est très-peu soluble dans l'eau ; à froid elle n'en prend queles 0,0 1 5 de son poids, et les o,o35, lorsqu'elle est bouillante. Les carbonates alcalins précipitent la chaux de la dissolution ; mais la barite ne produit pas le même effet : ce qui prouve que l'acide sulfurique n'y est pas présent. Il précipite abondamment les dissolutions d'argent, de mercure , de cuivre, de fer, de cobalt et d'urane dans l'acide nitrique, ainsi que celles de plomb et de fer dans l'acide acétique. 11 agit à peine sur l'eau de barite, l'acétate de barite, les hydrochlorates d'étain et d'or, et le nitrate de nickel.
Pour obtenir l'acide, on traite la dissolution du sel avec l'acétate de plomb. 45 grammes du précipité ainsi produit, furent mêlés avec 20 grammes d'acide sulfurique étendu de 60 grammes d'eau; le sulfate de plomb formé restait à l'état d'une poudre blanche, tandis que l'acide moroxilique était dissous, et s'obtenait par évaporation, en fines aiguilles de couleur de bois pâle.
L'acide, ainsi obtenu, a la saveur de l'acide succinique; il Piopnete*. ne s'ait£re point à l'air. 11 se dissout facilement dans l'eau et dans l'alcool -, il ne précipite point les dissolutions métalliques, comme le fait le sel dont on l'extrait.
En le chauffant dans une cornue, il passe d'abord un peu d'une liqueur acide qui a la saveur de l'acide concret : à cette liqueur succède l'acide sans altération, qui adhère, en cristaux prismatiques , trausparens et sans couleur, au col de la cornue. Il reste dans le vais°eau une masse charboneuse. Il semble donc que la sublimation par une douce chaleur, est le meilleur moyen d'obtenir cet acide à l'état de pureté.
Lorsqu'on distille le moroxilate ou morate de chaux, il se dégage une certaine quantité d'air inflammable mêlé d'acide carbonique, et il passe une liqueur acide que surnage une huile Brune.. Ce qui reste dans la cornue est une masse spongieuse, d'un brun pâle, consistant en carbonate de chaux mêlé avec de la matière charboneuse. 11 résulte de ces phénomènes, que l'acide moroxilique est, comme tous les autres, composé d'oxigène, d'hydrogène et de carbone, quoiqu'on ne connaisse pas la proportion des parties constituantes. On a donné le nom de moroxilates ou morates , aux sels que cet acide forme avec les alcalis.
DE L'ACIDE CAMPHORIQUE. 1 63
Telles sont les propriétés de cette substance que Klaproth a reconnues. Il eut en son pouvoir trop peu du sel pour en faire plus complètement l'examen.
SECTIOJN V.
De V Acide camphorique.
Le camphre est une substance blanche cristalline bien Histoire. connue, d'une saveur et d'une odeur très-forte , qu'on retire d'une espèce de laurier qui croît dans les Indes orientales. Cette sub tance est si volatile, qu'elle ne peut être tenue en fusion dans des vaisseaux ouverts, et elle est tellement inflammable, quelle brûle même à la surface de l'eau.
Le camphre allumé en contact avec le gaz oxigène, brûle avec une flamme très-éclalante. Il y a dégagement abondant de calorique , formation d'eau, et la surface intérieure du vaisseau est tapissée d'une matière noire, qui est indubitablement du (Carbon: il y a aussi production d une grande quantité de gaz acide carbonique1. D'où il suit que le camphre est composé, au-moins principalement, d'hydrogène et de carbone.
M. Kosegarten, en distillant successivement 8 fois de suite de l'acide nitrique sur du camphre, obtint un acide en cristaux a qu'on a appelé acide camphorique.
i. Bouillon-Lagrange, qui répéta les expériences de Ko- Préparation segarten sur le camphre, parvint à en extraire facilement l'acide par le procédé suivant. On verse sur une partie de camphre mise dans une cornue, 8 parties d'acide nitrique, à 1,33 de pesanteur spécifique. Ou distille au bain de sable : il se dégage beaucoup de deutoxide d'azote et de gaz acide carbonique, il se sublime un peu de camphre. Ou répète trois fois de suite ce procédé sur la même portion de camphre; de manière que la proportion d'acide nitrique nécessaire pour l'acidification d'une partie de camphre, est en tout dé 24 parties. Après la troisième distillation, la liqueur qui reste dans
1 Bouillon-Lagrange, Ann. de Chim. XXIII, i53. a Kosegarten, de Camphorâ, etc. 1785.
Il*
s 64 ÀCÏDÊS.
la cornue, donne, par îe refroidissement, des cristaux qui sont l'acide camphorique* On en obtient à-peu-près la moitié du poids du camphre employé.
Les expériences de Kosegarten et de Bouillon-Lagrange furent confirmées, en 1810, parBucholz, qui convertit le camphre en acide camphorique, en opérant d'une autre manière. 11 mettait dans une cornue 62 grammes de camphre avec 060 grammes d'acide nitrique d'une pesanteur spécifique de i,a5o et 186 grammes d'acide nitrique fumant, d'une pesanteur spécifique de i,55o. 11 soumettait ce mélange à une chaleur modérée, et de manière qu'il ne passât à la distillation que la moitié de l'acide. Il répétait trois fois ce procédé en mettant à part l'acide distillé chaque fois. Après la troisième distillation , on remarquait l'acide camphorique surnageant l'acide dans la cornue , comme une masse butireuse. par le refroidissement du tout. On la séparait de l'acide nitrique au moyen d'un entonnoir de verre , et après l'avoir bien lavée et séchée, c'était l'acide camphorique à l'état de pureté.
2. L'acide camphorique ainsi obtenu, est en cristaux parallélipipèdes d'un blanc de neige '. Ces cristaux s'effleurissent à l'air 2. Les cristaux qu'on obtient ont ordinairement, dans leur ensemble , la forme de plumes et ressemblent à ceux dhydrochlorate d'ammoniaque.
La saveur de l'acide camphorique est légèrement amère, et son odeur est analogue à celle du safran. Il rougit les couleurs végétales.
3. Il est soluble dans 100 parties d'eau froide, selon Bucholz 3, et dans 96 parties, à la température de 16° centigr. , suivant Bouillon- Lagrange. L'eau bouillante en peut dissoudre les o,o83 de son poids 4.
100 grammes d'alcool réel dissolvent 106 grammes d'acide camphorique. La dissolution a la consistance sirupeuse : l'alcool bouillant dissout cet acide en toute proportion 5.