ID.OO
Suivant cette analyse, l'acide benzoïque contient a4 atomes, et le poids o9 l'une de ses molécules intégrantes est i5. La composition du benzoate de plomb concorde très-bien avec cette détermination j il est formé , d'après -l'analyse que Berzelius en a faite 4, de
Acide benzoïque 100.... l4,8i)3
Oxide jaune de plomb 94 ... . i4
Le nombre équivalent pour l'acide benzoïque dans ce sel, est 14,893 j qui ne diffère pas de i pour 100 du nombre obtenu par l'analyse de l'acide lui-même.
La nature acre de la fumée que le suif émet à une tem- Acide pérature élevée, avait porté dès long-temps les chimistes à sebaciciuesoupçonner l'existence d'un acide dans cette substance ; mais Grutzmacher est le premier qui en ait traité particulièrement dans une Dissertation de oesium medullâ, publiée en 1748 5. M. Rhades en fit mention en iy53 , Segner en 1754 ; et Crell présenta, dans deux dissertations insérées
1 Liechtenstein » "W
« lbid.
i Leoahardi
k'enzell's Yer-waridtschaft, p. 3o2.
unals of Philophv. Y, 181.
l58 ACIDES.
dans les Transactions Philosophiques, pour 1780 et 1782, l'exposé complet des propriétés de cet acide , qu'on appela d'abord acide de la graisse, et auquel on a donné depuis le nom & acide sébacique.
Mais à l'époque où ces chimistes se livrèrent à ces expériences , on ne connaissait pas assez les propriétés caractéristiques des différens acides pour pouvoir les distinguer avec précision les uns des autres. Thénard ayant entrepris , en 1801 , un travail sur ce sujet, et essayé tous les procédés suivis jusqu'alors, pour se procurer cet acide , il trouva que les acides , qu'avaient obtenus Crell et Guyton Morveau , étaient ou l'acide acétique , ou celui employé dans l'opération ; il reconnut cependant l'existence d'un acide particulier qui se formait pendant la distillation du suif, et il l'appela acide sébacique. Les expériences de Théuard furent répétées , en 1 8o4 , par M. Rose , qui en obtint des résultats semblables , et se trouva d'accord avec le chimiste français dans toutes les observations *.
Le sujet fut bientôt après repris par Berzelius qui , dans une dissertation intéressante , publiée en 1806 , prouva que l'acide sébacique de Thénard n'est autre chJBe que l'acide benzoïque accompagné d'une substance inconnue , provenant de la graisse , qui altère quelques-unes des propriétés de l'acide , mais dont on peut le dépouiller entièrement , par des précautions convenables *. Il n'existe donc point , autant que cela nous est connu jusqu'à présent , d'acide auquel le nom d'acide sébacique puisse être appliqué.
SECTION III
De V Acide succinique.
Histoire. I. L' ambre est une substance bien connue, de couleur brune, qui se trouve dans la terre à quelque profondeur , et sur les côtes des mers de plusieurs contrées. Cette substance inflammable, transparente , d'une consistance assez dure, et susceptible de poli , était d'un usage bien précieux chez les
1 GehlerTs Jour. III, 170.
» Afhaadiingar. I, 170.
de l'acide succtnique. i 5e;
anciens , qui s'en servaient comme ornement et comme médic-unent. On en obtient , en la distillant , un sel volatil dont parle Aericola sous le nom de sel d'ambre , mais dont la nature resta inconnue pendant long-temps. Boyle découvrit le premier que ce sel était un acide x ; on l'appela acide succinique , de succinum , dénomination latine de l'ambre.
M. Pott semble avoir été le premier chimiste qui ait entrepris une suite d expériences sur la recherche des propriétés de lacide du succin , et qui démontra , par les résultats qu'il en obtint, qu'il était différent de tout autre '.
i. On prépare l'acide succinique en distillant au bain de préparation. sable dnns une cornue, a un feu gradué, de l'ambre pulvérisé remplissant 1h cornue à moitié de sa capacité , et recouvert de sable sec. Il passe d'abord un phtegme insipide , puis un acide faible qui est , suivant Schéele , l'acide acétique 3. L'acide succinique se volatilise ensuite , et s'attache au col de la cornue. Si Ton pousse plus loin la distillation , il vient à la fin une huile brune épaisse, dont la saveur est acide ♦.
L'acide succinique est mêlé d'abord avec une certaine quantité d'huile. Il peut être rendu passablement pur en le dissolvant dans l'eau chaude, et en filtrant la dissolution sur un peu de coton préalablement bumeclé d'huile d'ambre. Cette substance retient la presque totalité de l'huile , et la dissolution passe claire. On en obtient alors, par une évaporation conduite avec ménagement , l'acide cristallisé ; et en répétant cette opération , on parvient à l'avoir suffisamment pur. Guvton-Morveau a fait voir qu'on peut le mettre à l'état de pureté parfaite , en le distillant avec de l'acide nitrique en proportion convenable, et en ayant soin de modérer assez le feu pour éviter que l'acide succinique ne se sublime 5.
2. Les cristaux d'acide succinique sont blancs, transpa- Propriétés, rens, brillans, d'une forme prismatique triangulaire feuilletée. Leur saveur est acide; ils rougissent la teinture de tournesol, et n'affectent que très-faiblement celle de violette.
Ces cristaux ne peuvent être sublimés que par une trèsforte chaleur : celle du bain-marie ne suffit pas pour opérer * — • — . — — . — . „
* Bovle, abrégé par Shaw. III , 36g.
» Mem, Rerl. 1 7.5 }; et Lewis's édition of IVeuman's Chemistry, p. 23j.
3 Ber^man's notes on Sctiefft'r.
< Ann. deChim, XXIX, i65.
s Ibid.
l6o ACIDES.
cet effet. Chauffés au bain de sable , ils fondent , se subliment, et se condensent à la partie supérieure du vaisseau ; mais le charbon qui reste , prouve qu'ils sont en partie décomposés ".
3. Il faut, suivant Spielman 2 , 96 parties d'eau, à la température de io° centigr. , pour dissoudre une partie d'acide succinique; à celle de 12°, 24 parties d'eau suffisent, et 2 seulement, d'après Stockar de Neuforn, lorsque l'eau est bouillaute 3. Mais alors il s'en cristallise la plus grande partie par refroidissement; et cependant Roux assure que cette eau ainsi refroidie, retient encore une quantité d acide plus grande que celle que l'eau froide en peut dissoudre 4.
240 grammes d'alcool bouillant, dissolvent 177 grammes d'acide succinique; mais il cristallise de nouveau, à mesure que cette dissolution refroidit5.
4. L'acide sulfurique dissout l'acide succinique à l'aide de la chaleur ; mais il ne paraît pas qu'il le décompose. La même observation s'applique à l'effet que produit sur lui l'acide nitrique. L'acide bydrocblorique l'attaque faiblement à froid ; mais à chaud il y a coagulation du tout en consistance d'une gelée6.
5. Les composés que forme cet acide avec les alcalis, les acides, les terres et les oxides métalliques, ont reçu le nom de succinates. Les succinates alcalins sont solubles dans l'eau; il en est de même des succinates terreux, à l'exception du succinate de barite; d'où il suit que la barite est la seule terre qui puisse être précipitée d'une dissolution neutre par le succinate d'ammoniaque. Ce succinate précipite aussi le mercure et le plomb. Il sépare le fer de toutes dissolutions, pourvu que ce métal s'y trouve à l'état de peroxide, et qu'il n'y ait pas excès d'acide. Parties 6 L'acide succinique a été analysé avec beaucoup de préci-
sion par Berzelius 7. 11 est composé, d'après ses expériences, de
Hvdrogène 4,5 12 ou 2 atomes = 0,2a
Carbone 47,600 ... 4 = 5
Oxigène 47,888... 3 =3
1 Pott.
1 Iust. Chem. § 12.
3 De succino.
< Morveaii , Encycl. meth, I, 72.
5 WenzePs Verwawdtschaft , p. 3o5.
* Pott. < Annals of Philosophy, V, 99.
constituantes:
DE i/ACIDE M0R0XIL1QUE. l6L
11 est formé, suivant cette analyse, de 9 atomes, et le poids
de sa molécule intégrante est 6,2 5.
La composition du succiuate de plomb , telle qu'elle a été
déterminée par Berzelius , se rapporte presque exactement
avec ce poids j car il considère ce snccinate comme consistant
tu
Acide succinique 100 6,26
Oxide jaune de plomb 220,62 i4
Le nombre équivalent pour l'acide succinique est, d'après ceux-ci , 6,26-, ce qui diffère à peine de 6,20 , nombre déterminé par l'analyse de l'acide.
La seule différence entre les acides succinique et acétique, relativement à leur composition , consiste eu ce que l'acide acétique contient un atome d'hydrogène de plus que l'acide succinique, les atomes des autres parties constituantes étant les mêmes dans lun et l'autre acides.
SECTION IV
De V Acide moroxilique ou morique.
Vers l'an 1802, le docteur Thompson fit la remarque uu^m d'une exsudation saline sur l'écorce du morus alba) ou mûrier blanc qui existe dans le jardin botanique de Païenne, en Sicile. Elle recouvrait fécorce de l'arbre de petits grains d'un brun jauuàtre et noirâtre. Le docteur Thompson avant recueilli uue certaine quantité de cette matière, il l'envoya à Klaproth , qui publia, en i8o3 *, l'analyse qu'il en avait. faite.
Cette matière a une saveur qui se rapproche de celle de l'acide succinique, et lorsqu'on en met sur des charbons àrdéns, elle exhale une vapeur qui irrite l'organe de l'odorat. Elle forme avec l'eau, qui ne la dissout qu'en petites quantités, un liquide brun rougeàtre qui donne, par l'évaporation , de petits cris^ taux aiguillés , d'une couleur de bois pâle , et qui ne sont point déliquescens à l'air. En essayant, avec divers réactifs, ces cristaux dissous dans l'eau , Klaproth s'assura qu'ils étaient une combinaison de chaux avec un acide particulier , qu'il
f Scherer's Jout. der Chemie , n.° 55, p. 1 ; et Kicholsorrs Jour. VII, 129.