‹ Systeme de chimie. Traduit de l'anglais sur la 5. éd. (de 1817) (volume 3)Chapitre 76 sur 211 · DE L'ACIDE GALLIQUE. 2IJ · texte numérisé non relu

DE L'ACIDE GALLIQUE. 2IJ

trouva être, par l'examen qu'il en fit, de forme cristalline, et d'une saveur acide. En abandonnant pendant long-temps à

l'air une iafusion de noix de galle, et en enlevant de t mps en temps la moisissure sous forme de peau qui se produisait à sa surface, on obtenait une grande quantité de ce sédiment, qui étant lavé à l'eau froide, et redissous dans l'eau chaude, donnait, par levaporation très-lente de la liqueur filirée, un sel acide en petits cristaux grenus comme du sable fin '.

Deyeux a proposé, pour la préparation de l'acide gallique, une méthode beaucoup plus expéditive , mais dont lf succès dépend des grandes précautions quelle exige 2. Elle consiste à chauffer lentement, et à un feu très-modéré, dans une large cornue de verre, de la no:x de galle concassée. Il se sublime, en assez grande quantité, de petites lames cristallines, brillantes, argentées, qui ont toutes les propriétés de l'acide gallique. Il faut avoir grand soin de ne pas pousser le feu trop fort, et d'arrêter l'opération avant qu'il ne s'y manifeste aucune apparence d'huile; autrement les cristaux se rédissolveraient, et tout le travail serait perdu.

La réunion de ces deux procédés semble devoir présenter la méthode la plus simple. En faisant dessécher et sublimer, dans un vaisseau de verre, les cristaux d'acide gallique impur obtenus par le procédé de Schéele, ils s'élèvent à l'état de pureté en abandonnant du tannin.

Le moyen suivant de préparation de l'acide gallique employé par Ricther, quoique dispendieux et long, mérite d'être

Connu. Méthode

« On met en fusion dans de l'eau froide environ 680 gram- <*e R»duer. mes de noix de galle en poudre line, en ayant soin d agiter fréquemment le mélange. On passe le liquide à travers un linge; on lave la pulpe qui y reste; on en exprime l'eau au moyen d'une presse et on filtre de nouveau; on réunit les liquides, et en les évaporant à une douce chaleur, on obtient une matière d'un brun foncé et très-cassante.

« On verse , sur cette matière pulvérisée , de l'alcool pur,

1 Stockholm, Trans. 1786. Les cristaux obtenus par cette méthode contiennent toujours une portion de tannin , et sont d'une couleur brune.

a Cette me'thode fut, dans le fait, découverte par Schéele 5 mais Deyeux la répéta , en indiquant les précautions convenables qu'elle exigeait. Crell's Annals. I, 29. F.ng. Trans.

ai8

qui prend une teinte légère de jaune paille. On décante et on fait infuser le dépôt dans une nouvelle quantité d'alcool, qui ne se colore que très- peu. Le résidu brun, après ces infusions , est presqu'entièrement composé de tannin pur. On mêle ensemble les deux extraits alcooliques, qu'on réduit par la distillation, dans une petite cornue, aux o,i25. Ce qui reste est presque à l'état d'une masse solide. En versant de l'eau sur ce résidu et en l'exposant à une douce chaleur, on en opère la dissolution en une liqueur claire et presque incolore. « Cette dissolution donne, par l'évaporation, de petits cristaux blancs prismatiques. La liqueur surnageante en fournit davantage 9 mais ils sont ordinairement un peu colorés. Il suffit de les laver dans un peu a eau pour les avoir parfaitement blancs. On peut obtenir par ce procédé environ 16 grammes de cristaux de 453 grammes de noix de galle. Ces cristaux sont extrêmement légers , et occupent par conséquent beaucoup d'espace » *.

Propriétés; 2. L'acide gallique , lorsqu'il est pur, est cristallisé en lames transparentes, ou en octaèdres; sa saveur est acide, et un peu astringente. Chauffé, il a une odeur aromatique particulière, mais désagréable, solubilité. 3. Il est soluble dans une fois et demie son poids d'eau bouillante , et dans douze parties d'eau froide. En chauffant cette dissolution, l'acide est très-promptement décomposé; l'alcool en prend dans la proportion des 0,3 5 de son poids, à la température ordinaire de l'atmosphère. Il peut, lors^ qu'il est bouillant, en tenir en dissolution une quantité égale à son propre poids. Cet acide est soluble aussi dans lether. ie labeur 4* L'acide gallique exposé à l'action de la chaleur se su^ blime; mais ses propriétés sont un peu altérées, ainsi que Bouillon-Lagrange l'a fait voir. De même aussi l'acide sublimé par le procédé de Deyeux diffère dans ses propriétés de l'acide cristallisé de Schéele et de Richter. Deyeux annonça que par la distillation, l'acide gallique donnait du gaz oxigène; Bertbollet, en répétant l'expérience, n'obtint que de l'acide carbonique. Suivant Bouillon-Lagrange, outre l'acide carbonique, il passe aussi une partie de gaz hydrogène carboné, et il se forme de Peau. Par des distillations répétées on

Pliil. Mag. XXIII, :].

de l'acide gallique. 219

parvient à décomposer l'acide en totalité et à le convertir en ces produits.

5. L'acide gallique en cristaux ne s'altère pointa l'air; il Action de r»ir. n'éprouve aucune action particulière du gaz oxigène , des combustibles simples et de l'azote. Celle qu'il peut exercer

sur les métaux n'a pas été examinée. Lorsqu'on expose à l'air une dissolution de cet acide dans Peau, elle y acquiert, par degrés, une couleur brune, et l'acide est détruit. La surface du liquide se couvre de moisissure.

6. Cet acide se combine avec les corps alcalins, et leur enlève l'acide carbonique s'ils sont à l'état de carbonates. On a donné le nom de gallates à ces composés, qui ont été à peine examinés jusqu'à présent; on peut même dire qu'ils n'existent pas , car les bases, ainsi que l'a fait voir M. Serturner, ont la propriété d'agir sur l'acide gallique, et d'en opérer promptement la décomposition x.

7. L'acide gallique ne précipite point les dissolutions alca- Action

■• -l» 1 i J 1, •» J sur les terres.

unes; mais lorsqu on en verse dans des eaux de barite, de strontiane ou de chaux, il les colore en un rouge bleuâtre, et v produit un précipité floconneux, qui est une combinaison de l'acide avec les terres s.

L'acide gallique précipite les dissolutions acides de glucine, d'vttria et de zircone. C'est par cet effet, qu'il ne produit sur la dissolution acide d'aucune autre terre3, qu'on peut particulièrement distinguer les trois seules ci-dessus sur lesquelles il l'opère.

8. L'acide gallique agit avec beaucoup d'énergie sur les Action dissolutions métalliques dont il change les couleurs, et que,sur esmeauxpour la plupart, il précipite. C'est par cette raison, quon l'emploie souvent comme réactif pour découvrir la présence

des corps métalliques; mais il est si difficile de le séparer du tannin qui l'accompagne toujours, qu'on ne peut guère avoir de confiance dans les expériences auxquelles il a pu jusquà présent servir comme de rao)ren d'essai. Richter a fait voir

1 Schweigger's Journ. IV, 410.

a II n'est pas invraisemblable que la formation de ces précipites ne soit due à la présence d'un peu de tannin, et qu'ils n'auraient pas lieu si l'acide était pur.

3 Si l'on en excepte leurs dissolutions dans l'acide carbonique. Par une infusion de noix de galle, on précipite Talumiue de ses. fiissolutions dans les acides.

qu'il ne peut , ainsi qu'on l'avait supposé , enlever le fer à l'acide sulfurique , si ce n'est à l'aide de quelqu'autre corps qui ait de l'affinité pour cet acide. Il a essayé de prouver aussi, en opposition aux expériences de Proust, qu'il précipite en noir toutes les dissolutions d'oxide de fer. Berthollet a, plus récemment encore , énoncé la même opinion ; mais Proust n'en a pas moins persisté dans ce qu'il avait avancé, et ses expériences, qu'il a publiées, paraissent décisives.

L'effet de l'action de l'acide gallique sur les dissolutions d'oxides métalliques qu'il précipite, paraît être de ramener à-peu-près ces oxides à l'état métallique, et quelques-uns d'entre eux, comme l'or par exemple, sont complètement réduits.

Composition. 9. L'acide gallique a été analysé dernièrement, et avec une grande précision, par Berzelius* qui l'a trouvé composé de

Hydrogène 5,oo

Carbone 56,64

Oxigène 58,56

D'après cette analyse , l'acide gallique est formé de

5 Atomes hydrogène = 0,573

6 Atomes carbone z=z l\fi

3 Atomes oxi° ène m 5,o

Poids de l'atome d'acide 7,876

Le gaîlatte de plomb consiste, suivant Berzelius, en

Acide gallique 100 .... 8,047

Oxide de plomb ... . 175,97.... i4

Cette analyse donne 8 pour le poids d'un atome d'acide gallique, tandis que ce poids, dérivé de l'analyse de l'acide lui-même, est 7,870: la différence de 0,1 25 entre les deux poids est exactement un atome d'hydrogène. En considérant comme plus exacte l'analyse du gallate de plomb, l'acide devra contenir 4 atomes d'hydrogène au-lieu de 3.

Annals of Philosophy. V, t;6.

DU TANNIN. 22i

SECTION XXIV

Du Tannin .

Outre l'acide gallique, les noix de galle contiennent plu- H^toire, sieurs autres substances, dont une des plus remarquables et des plus importantes est celle qu'on a appelée tannin.

Le docteur Lewis est le premier qui ait essayé de soumettre à un examen régulier les propriétés des noix de galle, en s'occupant d'une suite d'expériences sur la meilleure méthode de fabriquer Pencre \ Il découvrit qu'elles contenaient une substance qui précipite en noir3 avec les oxides de fer, et qui se coagule avec la colle de poisson 4. Mais la science de la chimie n'était pas encore alors assez avancée pour lui fournir les moyens ou de séparer ou d'examiner cette substance; et Deyeux fut peut-être le premier chimiste qui reconnut la nature particulière An tannin. Il le considéra, dans l'analvse qu'il fit des noix de galle, comme un corps résineux particulier , mais sans lui assigner aucun nom5. Seguin , ens'occupantbientôtaprèsderecberches surl'art detanner les cuirs e , découvrit que cette substance a la propriété de précipiter la colle forte de ses dissolutions dans l'eau et de se combiner avec la peau des animaux. Il supposa qu'elle devait être la partie essentiellement constituante des liquides emplovés au tannage des peaux ; et c'est par cette raison que les chimistes français lui donnèrent le nom de tannin ou de principe tannant. Mais c'est à Proust que nous sommes redevables des premières recherches sur la nature et les propriétés du tannin, ainsi que sur les moyens de l'obtenir à l'état isolé 7. Les expériences de Davy présentent également beaucoup de faits curieux et importans sur les parties consti-

1 Les propriétés acides du tannin étant aussi bien caractérisées que celles de l'acide gallique, il serait peut-être plus convenable de lui donner le nom d' acide ta/inique.

a Philosophical commerce of the arts , p. 3^.

3 Ibid. p. 346.

< Ibid. p. 38-.

« Ann. deChim. XVII, a3.

6 Ibid. XX , 38.

7 Ibid. XXV, 225 ; XXXV, 32 ; et XLII , 89.

tuantes des végétaux nstringens, et sur leur manière d'agir dans l'opération du tannage \ Fiedler *, Richter 3, Merat-Guillot 4 et Bouiilon-Lagrai]ge5ont aussi publié les résultats de travaux intéressans sur ce sujet difficile.

Troramsdorf fit paraître, en 1804 6, une excellente dissertation sur le tannin , dans laquelle, en analysant les opinions de Proust, il examina, avec sa sagacité ordinaire, les propriétés de cette substance. La plupart des conclusions auxquelles il fut amené par ses expériences, avaient été déduites d'avance par Davy, dont cependant elles servent à appuyer et confirmer les travaux; mais ceux plus récens de Hatchett, ont établi une ère nouvelle dans l'histoire du tannin. Dans le cours de ses expériences sur les résines et les bitumes, cet habile chimiste découvrit une méthode pour former artificiellement du tannin avec presque toutes les substances végétales et animales, et il fournit ainsi aux chimistes les moyens de se le procurer facilement à l'état de pureté. Ses dissertations sur une substance tannante artificielle furent lues à la Société royale dans l'été de iSo5.

D'après ces découvertes , il conviendra de diviser ce sujet en deux parties. Nous sommes actuellement en possession de deux espèces de tannin , dont l'une se forme dans les plantes par la végétation . et dont l'autre, peut être artificiellement produite par les méthodes qu'indique Hatchett. Chacune de ces espèces différentes parait susceptible de modifications diverses, soit par les altérations qu'elle éprouve de la lumière dausses parties constituantes, soit par sa combinaison avec quelques petites portions de substances étrangères.

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