‹ Systeme de chimie. Traduit de l'anglais sur la 5. éd.Chapitre 12 sur 136 · SYSTEME · texte numérisé non relu

SYSTEME

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iJHOMMÊ, dès quil commence à penser et à raisonner. Eiud» porte Haturellement son attention sur les objets (jui l'envi- u nature. ronnent de toutes parts. Frappé d'étonnement ^ en considérant leur nombre , leur diversité, leur beauté, il doit éprouver le désir d'en connaître mieux les propriétés et les usages. Et comment ce désir ne deviendrait-il pas un besoin pour lui, s'il réfléchit quil est dans une entière dépendance de ces objets, non pas simplement pour ses plaisirs et sa commodité, mais encore pour la conservation de sa propre existence. De là cette curiosité , cette soif ardente d'apprendre et de savoir, qui animent et distinguent les grandes âmes.

La nature se présente à nous sous deux points de vue Divisée différens;car nous pouvons nous borner à considérer séparément chacun des objets qu'elle nous offre, ou les envisager dans leur ensemble, et sous le rapport de la connexité qu'ils ont entre eux. Dans le premier cas , nous contemplons la nature comme étant dans un état de repos , et nous nous occupons seulement de la ressemblance ou de la différence qui peut exister entre un objet et un autre. Dans le second cas, c'est sur faction réciproque des sid^stances entre elles, et sur les chaugeraens produits par cette action, que porte notre examen de la nature. On a distingué par le nom {}i histoire naturelle, la première de ces deux manières de considérer les objets , et par le nom de science la seconde.

Ainsi 5 la science naturelle est un exposé des événemeîis s

histoire et scicEca

qui ont lieu dans le monde matérieJ.Mais chaque événement, ou, ce qui est la même chose , chaque changement dans les corps, indique un mouve4uent5 car l'idée delun entraîne nécessairement la supposition de Tautre, La science naturelle est donc dans le fait la considération des 7?ionvemens auxc^nels les corps sontassujétis en conséquence de l'action qu'ils exercent les uns à l'égard des autres.

De deux ^^') ^^'5 corps diffèrent extrêmement dans leurs distances sortes, respectives. Quelques-uns , comme les planètes , sont séparés par des miUions de myriamètres , tandis que d'autres, tels que les molécules dont l'eau est composée, sont tellement rapprochés , que nous ne pouvons , au moins par nos sens , apercevoir aucune distance entre eux ; et ce n'est qu'à l'aide de certaines propriétés dont ces corps jouissent, qu'il nous est possible de découvrir qu'ils ne sont pas en contact réel. Mais la quantité de changement ou de mouvement , résultant de l'action d'un corps sur un autre, doit dépendre, au moins jusqu'à, un certain point, de la distance qui existe entre eux. Si cette distance est assez grande pour être sensible à la vue , et par conséquent susceptible d'être mesurée exactement , chaque changement qui s'y opérera sera également apercevable, et il sera possible de l'évaluer. Mais lorsque la distance entre deux corps est trop petite pour pouvoir être saisie par nos sens, il est évident que nous ne pouvons discerner aucun changement dans cette distance, et que tout mouvement relatif dans de semblables corps devra être insensible pour nous.

Philosophie La science se divise donq ainsi en deux grandes bran- "^*'S"^ ches , dont la première comprend tous ceux des événe- * mens naturels qui sont accourpagnés de mouvemens ^eTz^/hles, et dont l'autre a pour objet les événemens dans lesquels il ne nous est pas possible à^ apercevoir àiÇ. mouvement. On a distingué pendant long-temps, en Angleterre, la première de ces branches de la science par le nom àe philosophie natu^ relie y et, depuis peu , par la dénomination plus convenable de philosophie inécaiiique / la seconde est connue sous le nom de chimie.

Définîtion ï^3 chimie est, d'après cette distinction, la science qui tk chimie, traite de ces événemens ou changemens dans les corps

INTRODUCTION. à

naturels, qui ne se présentent pas à nous avec des mouvemens sensibles.

Les événemens de ce genre que la chimie a pour objet, g^ sont tout aussi nombreux , et tout aussi importans que ceux ^^por»»!»^ qui appartiennent à la philosophie mécanique ; car ils comprennent presque tous ceux des changemens dans les objets naturels qui se rapportent le plus immédiatement a nous, et qui nous intéressent le plus essentiellement. La chimie mérite donc toute notre attention, non-seulement pour notre propre satisfaction, parce qu'elle doit ajouter à nos connaissances , par ridée sublime qu'elle nous donne de la sagesse et de la bonté de l'Auteur de la nature , mais encore eu ce (pi'elle agrandit nos ressources en étendant notre dominatiou sur le monde matériel; la chimie est donc tout-à-la-fois pour nous une source de jouissances, et le moyen d'augmenter notre pouvoii-.

Comme science, la chimie se lie intimement à tous les phénomènes de la nature. On entreprendrait en vain sans son secoursde donner une explication satisfaisante des causes de la pluie , de la neige , de la grêle , de la rosée, du vent , des tremblemeus de terre, et même des chaugemens de saisons ; et c'est également dans cette source qu'ont été puisées nos lumières acquises sur la végétation des plaiites , et sur quelques-unes des plus importantes fonctions des animaux. Quelle étude serait plus propre à exalter notre imagination , que celle qui nous offre le tableau d'effets les plus étonnans produits sans cesse et partout , par les moyens les plus simples , quoique le plus convenablement réglés , et qui nous met à portée de nous convaincre avec quel soin admirable tout ce qui se présente à nous paraît avoir été ordonné pour assurer la conservation et le plus grand avantage de ^ tx)ut être vivant? Comme art, la chimie a des rapports avec toutes nos manufactures. Le verrier, le potier, le forgeron et tout ouvrier en métaux, le tanneur, le savonnier , le teinturier, le blanchisseur, etc., sont en réalité des chimistes praticiens j elles perfectiunnemens les plus essentiels apportés dans tous ces arts , dérivent des progrès que la chimie a faits comme science. Ce n'est qu'avec le secours de la chimie que l'agriculture peut trouver des moyens d'amélioration raisonnés , et d'un effet certain ; et les avantages que la méde-

cine a retirés de la chimie sont trop évidens pour qu'il puisse être nécessaire de les énoncer.

Origine. Le oiot CiiiMiE Semble être d'origine égyptienne , et avoir été dans le principe équivalant à notre expression philosophie naturelle f dans son acception la plus étendue, comprenant tout ce que les anciens pouvaient connaître des objets naturels. Dans la suite des temps, la signification de ce mot paraît avoir été plus limitée. Elle fut par degrés restreinte à \ art de travailler les métaux, à raison sans doute de la grande importance attachée à cet art par les anciens , qui en regardèrent les inventeurs , et ceux qui le perfectionnèrent^ comme les plus grands bienfaiteurs de Thumanité, qui érigèrent des Statues et consacrèrent des temples en leur honneur, et qui les élevèrent même au rang des dieux.

Pendant combien de temps le mot chimie conserva-t-il cette signification nouvelle? C'est ce qu'il ne nous est pas possible de dire; mais on voit que dans le 3*^ siècle, on employait ce terme dans un sens encore plus borné, puisqu'il ne désignait plus que VartdefaireXortX. X argent. La cause de cette plus grande limitation dans la signification du mot, et l'origine de l'opinion que for pouvait être le produit de l'art, sont également inconnues. La science de la chimie, dans cette nouvelle manière de la considérer, fut cultivée avec la plus grande ardeur, en Egypte et dans la Grèce : elle fut transmise par les Grecs aux Arabes , et les successeurs des califs l'introdui-

Les sirent dans fOuest de l'Europe. Ceux qui faisaient profesâicbimistïs. sÎQjj Je se Kvrer à cetle science, se formèrent insensiblement en une secte, sous le nom d'ALCHiMisxES, terme qu'on suppose être simplement le mot chimiste précédé de l'article arabe al^.

Les alchimistes établirent comme principe , que les substances qui composent l'or existent dans tous les métaux ;

^ Je suis redevable de Tétymologie suivante de ce mot à mon ami le Rev. M. Holme , de Saint-Pierre , à Cambridge , à qui elle fut indiquc'e par le Rev. ÎM. Palraer , professeur d'arabe dans cette université : « Al-<;hemy, ou plutôt Al-Kemi, la connaissance de la substance nu composition des corps , provient du substantif ( Kiyaraon ) , c'est-à-dire la substance ou constitution do toute chose ; de la raciue ^, ( Kama }. Voyez Lexique deGoUus ».

INTRODUCTION. ty

salies, «il est vrai, par diverses impuretés, mais susceptibles^ d'être ramenées, par une purification convenable, à un état parfait. Le grand objet de leurs recherches était de trouver les movens d'opérer ce changement, et par conséquent de convertir en or les métaux imparfaits. Ils donnèrent le nom de lapis philosophomm (pierre des philosophes) à la substance dans laquelle résidait éminemment cette propriété de conversion ; et beaucoup d'entre eux se vantaient d'être en possession de cet agent si puissant.

Ainsi , pour les alchimistes , la chimie était fart de faire la i-e^'-* pierre philosophale. Ils attirmaient que cet art étant au-dessus de toute intelligence humaine, la connaissance n'en était suggérée qu'à ceux des sages qui étaient particulièrement favorisés de la divinité. Le petit nombre de ces êtres fortunés et privilégiés qui avaient la connaissance de la pierre philosophale, s'appelaient a <3^e/7^z( adeptes), c'est-à-dire gens ayant obtenu la possession du secret. Ces initiés prétendaient n'avoir pas la liberté de communiquer ce secret, assurant que les plus grands maux retomberaient sur la tête de celui d'entre eux qui serait assez hardi pour en faire la révélation à aucun des fils des hommes, sans la manifestation la plus clairement exprimée de fautorité divine.

En conséquence de ces notions, les alchimistes se firent une règle de vivre, autant que cela leur était possible, dans la retraite; ils mettaient le plus grand soin à ue rien laisser apercevoir de leurs opinions, de leurs connaissances, de leurs travaux. Dans leurs communications entre eux , ils avaient adopté un langage mystique et métaphorique. Ils faisaient usage de signes et de figures particuhères , de manière à rendre entièrement inintelligibles, pour le commun des lecteurs^ leurs écrits que les adeptes seuls pouvaient comprendre. Malgré tous ces obstacles, il parut dans ces temps de ténèbres un grand nombre d'ouvrages d'alchimie, dont plusieurs sons les véritables noms de leurs auteurs, mais dont un beaucoup plus grand nombre encore avec des titres déguisés , ou étant attribués à des sages célèbres de l'antiquité.

On ignore jusqu'à quel point la pratique de l'alchimie se propagea parmi les anciens , et même jusqu'à quel point elle donna lieu à la formation dune secte. On en trouve des

trrxes chez les Arabes, qui, aussitôt après les conquêtes des califes, tournèrent leur attention vers la littérature , et inculquèrent à nos barbares ancêtres les premiers germes des sciences.

Les principaux écrivains chimistes arabes furent Geber et Avicennes; et leurs écrits , au moins ceux que j'ai eu l'occasion de parcourir, m'ont paru ne se ressentir que très-peu de ce ton mystérieux et énigmatique, qui dégénéra depuis en système.

Les alchimistes semblent s'être établis dans TOuest de l'Europe vers le i oS siècle. C'est entre les 1 1 .^ et 1 5.^ siècles que l'alchimie fut dans l'état le plus florissant. Les écrivains qui- se firent connaître dans cet intervalle de temps, furent en assez grand nombre, et l'on remarquait de grandes différences' entre eux sous le rapport du style et de l'habileté. Quelques-uns de leurs ouvrages sont à-peu-près inintelligibles , et ce qu'on y trouve exposé ressemble beaucoup plus à des rêveries d'insensés , qu'à des recherches de philosophes sagement dirigées. 11 en est d'autres qui, au style métaphorique près, présentent comparativement plus de netteté, ce qui fait supposer* dans leurs auteurs beaucoup de finesse et de pénétiation , ainsi qu'une connaissance assez étendue des objets naturels. On y raisonne souvent avec une grande précision, quoique généralement d'après des principes erronnés; et dans beaucoup de cas, il est assez facile de juger de l'exactitude de leurs expériences, et même de suivre la trace des circonstances particulières qui les ont amenés à leurs fausses conclusions.

Les principaux alchimistes qui florissaient dans les temps où la science était encore dans l'obscurité, et dont les noms méritent d'être conservés, tant sous le rapport de leurs découvertes que sous celui de l'influence que leurs écrits et leur exemple ont pu avoir sur la direction vers cet objet d'étude, furent Albert-le-Grand , Roger Bacon, Arnold de Villeneuve, Raymond-Lulle, et les deux Isaac de Hollande *.

"^ Albert-le-Grand était un ecclésiastique allemand. II naquit en i2o5 , et mourut en 1280. Il y a un grand nombre de ses ouvrages. Le plus remarquable est son traité ayaut pour titre : De Alchymid , qui

Les ouvrages de la plupart des alchimistes sont remar-Lenr» qiiables en ce qu'ils ne présentent rien que d'obscur et d'ab- «^'-"'*' surde. Leurs auteurs s'y vantent tous d'être en possession de la pierre philosophale, et s'annoncent comme faisant profession d'enseigner la méthode pour la faire ; mais leur langage énigmaiique ne peut être compris que par ceux des adeptes qui sont favorisés de lillumination céleste. Néanmoins, dans les temps d'ignorance où leurs écrits parurent, ils acquirent, obscurément et comme en secret, une sorte de crédit; ils firent naître dans les âmes cupides le ridicule désir de s'enrichir par les découvei-tes qu'ils prétendaient leur communiquer, et l'homme faible et inconsidéré se vit en butte aux ruses et aux tours d'atiresse d'une foule d'imposteurs, qui coururent le monde, en affirmant qu'ils étaient en possession du secret de la pierre philosophyhj, et en offrant de le communiquer moyennant une récouipense convenable. Ces prétendus initiés , après s'être ainsi fait donner des sommes d'argent, s'enfuyaient avec leur butin, ou ils poussaient à bout la patience de leurs élèves, soit à force de dégoûts et de dépenses exhorbitantes, soit par des procès ruineux. Ce fut contre celte espèce d'hommes qu'Erasme et Ben Johnson dirigèrent leurs satyres , si bien connues ,

offre un tableau très-distinct de l'état de la chimie dans le treizième siècle.

Roger Bacon , dont le mérite est trop bien connu pour exiger un panégyrique, naquit en 12*24» dans le comté de Sommerset, en An- |;leterre. II s'est étudié à rendre la plupart de ses ouvrages obscurs ; mais il nous fournit généralement les moyens de les expliquer. Il en est qui t'ont preuve d'un génie déjà bien éclairé pour le temps où ils parurent. Son traité de Mirahili potestate artis et nalurœ , aurait fait honneur au lord Bacon lui-mènic.

On croit qu'Arnold de Villa-Nova naquit en Provence , vers Tan 1240. 11 jouissait d'une très-grande réputation- mais tous ceux de ses écrits que j'ai examinés sont excessivement obscurs , et en général inintelligibles.

Raymond-Lulle naquit à Barcelone , en 1235. Ses écrits sont aussi obscurs que ceux d'Arnold.

On ne sait encore à quelle époque existaient les Isaac de Hollande. On suppose que c'était dans le treizième siècle. Leurs écrits sont parfaitement clairs.

Médecine

8 INTRODUCTIOrr.

ayant pour titre : Les Alchimistes. Les fourberies de ces imposteurs exaspérèrent de plus en plus les esprits contre la secte entière des alchimistes. Il parut des écrits contre eux, partout où l'art de Timprimerie , nouvellement inventé, donnait à leurs auteurs la facilité de les répandre. Les gens d'esprit du temps les attaquèrent avec Tarme du ridicule. Les savans s'efforcèrent de prouver que leur art éta»t impraticable ou au moins d'une difficulté infinie; les gens instruits firent voir qu'il n'avait jamais été compris \ et enfin l'autorité fit des lois et établit des peines , qui pussent garantir des pièges des alchimistes imposteurs.

Les chimistes avaient mis, pendant des siècles, beaucoup univtrstîie, d'importance à la découverte d'un remède universel capable de guérir toutes les maladies et même de les prévenir ; plusieurs avaient avancé que ce remède se trouvait dans la pierre des philosophes, qui non-seulement convertissait en or les métaux imparfaits, mais qui jouissait encore d'une vertu souveraine, celle de guérir en un instant toutes les maladies, de prolonger même indéfiniment la vie, et de conférer aux adeptes le don d'immortafité sur terre. Cette notion se propagea insensiblement, et, en conséquence, le mot chimie acquit à la longue une signification plus étendue; car non-seulement elle comprenait \art de faire Vor, mais encore \ art de préparer le remède universel'^.

Ce fut justement vers ce temps-là que la première de ces deux branches de la chimie étant tombée en discrédit , la seconde , et avec elle l'étude de la chimie , acquit le plus grand degré de célébrité, et attira l'attention de toute l'Europe.

Il me semble qu'on peut attribuer à Théophraste Paracelse cette révolution dans la chimie. Cet homme extraordinaire, né en 1493, près de Zurich, en Suisse, parvenu à la trentequatrième année de son âge, après nombre d'aventures sin-

* Celui qui fit le premier Tapplication delà chimie à la me'decine, fut Basile Valentin, qui, dit-on , naquit en 1894 , et fut be'ne'dictin à Erfurt eu Alicmagne. Son Currus triomphalis antimonii est le plus renomme de ses ouvrages. Il y préconise les vertus des remèdes antimoniaux , dont il avait le premier fait la découverte. Ce traite' est écrit en allemand^ mais il y en a une e'iéganle traduclioa latine par Kirkringius.

lyTRODUCTIOlîf. 9

guL'ères,^ui l'avaient mis en girande réputation, avait été choisi par les magistrats de Bàle pour donner des leçons dans leur ville; ainsi ce fut le premier professeur public de chimie en Europe. Deux ans après, il eut des altercations avec les magistrats ; il quitta la ville, et après avoir fourni une carrière complète d'absurdités et de débauches , il mourut à Salzbourg , âgé de quarante-sept ans.

Le caractère de cet homme extraordinaire est universellement connu. On ne peut disconvenir qu'il fut un imposteur, et qu'il s'attribua la connaissance de secrets qu'il ne possédait pas. Il est également vrai qu'il s'appropria des opinions et même des faits qui appartenaient à d'autres. Il était d'un orgueil et d'une jactance insoutenables ; son style était ridiculement emphatique; sa vie entière offre un composé de vices et d'absurdités. Quoi qu'il en soit, cependant, on ne peut lui refuser de grands talens, et il faut avouer que ses travaux ne furent pas entièrement inutiles. Il contribua beaucoup à détruire l'illusion à la faveur de laquelle Galen et Avicenne avaient, dans ce temps-là, usurpé le pouvoir absolu sur la médecine, et à rétablir Hyppocrate et les observateurs patiens de la nature dans l mfluence qu'ils n'auraient jamais dû perdre. Il est certain que la chimie lui fut redevable d'un éclat qu'elle n'avait pas auparavant, et qu'il en résulta l'avantage d'engager beaucoup d'hommes laborieux qui lui succédèrent, à tourner leur attention vers cette science. Il ne faut pas non plus négb'ger d'observer que Paracelse, en se livrant , dans ses spéculations concernant la pierre philosophale et le remède universel, aux plus grandes absurdités, en présentant dans sa propre personne l'exemple le plus frappant de leur futilité et de leur impuissance , accéléra plus qu'aucun autre fépoque de leur discrédit, en portant ainsi à les faire rejeter du domaine de la science.

Van Helmont, qui naquit en 1677, P^^^ ^^^'^ considéré comme ayant été le dernier des alchimistes. Sa mort porta le dernier coup au remède universel. Ses contemporains *, et

* Je n'entends pas dire qu'il fut le seul alchimiste de son temps, mais le seul homme de marque qui e'crivît sur ce sujet. IM. William Oughtred, le mathématicien , par exemple, était un alchimiste. 11 parle beaucoup de la terre vierge pour la pierre philosophale: elle se faisait avec de Teau claire la plus épurée qu'il put se procurer ; il

ceux qui vinrent immédiatement après lui, si l'on en excepte Grollius, et un petit nombre d'aveugles admirateurs de Paracelse, ne s'occupèrent plus que des moyens de perfectionner la chimie ; et parmi eux les plus remarquables furent Agricola, Béguin, Glaser, Erkern , Glauber, Kunckel , Boyle, etc.

Le système de l'alchimie étant ainsi ébranlé jusque dans ses fondemens, les faits qui avaient été recueillis ne présentèrent plus qu'un monceau de ruines et de débris , et la chimie, sans aucuns principes fixes, resta destituée d'objet. C'est alors que parut un liomme passionnément dévoué à l'étude, plein de la connaissance de tous les faits, qui par

Origine une heureuse hypothèse parvint à les réunir, à les classer, ^coinmT'^ et à signaler aux chimistes les objets sur lesquels ils devaient,

xieace. ^g préféreucc et pour le plus grand avantage de la science, diriger leurs recherches. Cet homme était Beccher. Il remplit cette tâche difficile dans son ouvrage ayant pour titre : Physica suhterranea , imprimé à Francfort, en 1669. ^^ publication de cet ouvrage fonde une ère très-importante dans l'histoire de la chimie, qui fut dès-lors et pour jamais débarrassée des entraves de l'alchimie, et devint les rudimens de la science, telle que nous la trouvons aujourd'hui.

Ernest Stahl, l'éditeur de la Fhysicasuhterranea, adopta, aussitôt après la mort de Beccher, la théorie de son maître ; mais il la simplifia et la perfectionna tellement, qu'il parut se l'être entièrement appropriée ; et c'est par cette raison qu'elle a toujours été distinguée par le nom de Théorie stahlienne.

Théorie Depnis Stahl, la chimie a été cultivée avec ardeur en stahlienne. Allemagne et dans le Nord-, et au nombre des savans disfintingués de ces pays, qui ont le plus puissamment contribué à ses progrès et à son perfectionnement rapide-, on peut particuhèrement citer Margraf, Bergman, Schéele , Klaproth, etc.

En France, immédiatement après l'établissement de l'xlca-

TabaniJonnait à elle-même pour se convertir en pierre, et il Tévaporaitensuiteà une douce chaleur. «Son fils Ben, dit INI. Aubrev, soignait y> ses fourneaux ; il m^a de'clare' que son père avait dit quelquefois » qu'il avait fait la pierre)). Aubrev, f^ie des grands hommes. \o\. II y

IÎNTRODi:CTIOy. IX

demie des sciences, en 1666 , Homberg, Lémery et Geoffroy acquirent de la célébrité par leurs expériences chimiques et par leurs découvertes; et dans le plan nouveau de l'Académie , la chiaiie devint Tobjet particulier des travaux d'une partie de ce corps illustre. Rouelle, qui fut établi professeur de chimie, à Paris, en 1745, parvint à faire partager son enthousiasme au monde lettré de la France, et la chimie devint une étude à la mode. Il se présenta partout des hommes dun génie érainent; les découvertes se muhiplièrent. et cet esprit de la science s étendit de la natioQ française à l'Italie, et même a f Espagne. Mais le plus éminent parmi les chimistes français fut Lavoisier, qui , victime de la fureur révolutionnaire, périt sur l'échafaud, en 1794*

Après la mort de Boyle et de quelques autres des premiers membres de la société rovale, on fit, en Angleterre, peu d'attention à la chimie, qui ne fut cultivée que par un petit nombre d'individus. L'ardeur que Newton avait inspirée pour les sciences mathématiques, était si grande, que pendant bien des années tout homme de génie, en Angleterre, fut entraîné comme par un tour})illon vers ce genre d'étude. Mais lorsque le docteur Cullen eut été établi professeur de chimie à Edim.bourg, en 1766, il ralluma parmi les étudians la flamme de l'enthousiasme , qui se propagea bientôt de tous côtés par les découvertes subséquentes de Black , de Cavendish et de Priestlev. Ce feu nouveau se mêlant à ceux qui brûlaient déjà en France, en Allemagne, en Suède et eu Itahe, la science de la chimie se trouva briller partout àlafois d'un éclat sans exemple. De là les progrès rapides que cette science a faits dans ces cinquante dernières années , fattenlion universelle qu'elle a excitée, et les lumières inattendues qu'on y a puisées pour le perfectionnement de plusieurs arts et manufactures de la première utihté.

Uobjet de cet Ouvrage est de présenter, autant que cela , soa

Ml 11 I 1 'iw ' 11- etatprese»!.

est pos.-]D!e,un tableau complet de 1 état présent de la science de la chimie, et doffrir en-même-temps la trace de ses progrés successifs, à partir de l'époque où, encore enveloppée de ténèbres, elle commença à être un objet particuher detude, jusqu'à celle du perfectionnement où elle est aujourd'hui parvenue. En faisant ainsi marcher de pair la science avec son histoire, les faits se classeront plus facilement dans la mémoire. Ils seront mieux entendus, et nous

12 INTRODUCTIOK.

aurons en-même-temps payé le tribut de respect que méritent , à si juste titre , les personnages illustres dont les travaux et les recherches ont été si glorieusement consacrés à l'avancement de la science.

Un exposé complet de l'état présent de la chimie doit non-seulement comprendre le détail de cette science considérée en elle-même , mais aussi son application aux substances, telles qu'elles existent dans la nature, constituant les minéraux, les végétaux et les animaux. Nous diviserons donc cet Ouvrage en deux parties. La première traitera de la sciejice de la chimie proprement dite, et la seconde consistera dans un examen chimique de la nature.

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