‹ Systeme de chimie. Traduit de l'anglais sur la 5. éd.Chapitre 80 sur 136 · Acide phosphdrique · texte numérisé non relu

Acide phosphdrique

Brûle àrair. j. Lc phosphofc cxposé à l'air, répand une vapeur blan= che, qui a l'odeur d'ail, et qui est lumineuse dans l'obscurité. Cette vapeur est d'autant plus abondante, que la température est plus élevée. Elle est occasionnée par la combustion graduelle du phosphore, qui à la fin disparaît en totalité. Soiubic dnnsie 2. Si l'ou mct uH morccau de phosphore sous une cloche gaz ox.gent. ^^ ygr-pg remplie de gaz oxigène , ce gaz en dissout une partie à la température de 16° centigrades. Mais le phosphore ne devient lumineux que lorsque sa température est élevée à 2y° centigrades ^; d'où il suit que le phosphore brûle à une température plus basse dans l'air, que dans le gaz oxigéne. Cette faculté qu'a le phosphore de brûler lentement à la température ordinaire de l'atmosphère, rend indispensable la précaution de le conserver dans des vaisseaux remplis d'eau. L'eau doit être préalablement dépouillée par l'ébullition, de Tair que ce liquide contient ordinairement. Les vases où est renfermé le phosphore doivent être placés dans un endroit obscur, car lorsqu'il est exposé à la lumière , il prend très-prompteraent une couleur blanche, qui passe graduellement au brun foncé.

• Ann. de Chim. XXVIl , 87.

^ Fourcroy etVauquelin, Ann. de Chim. XXI, 196.

DU PHOSPHORE. 3oi

3. Le phosphore chauffé à 6^0 cent, prend feu: il hrùle Converti p-i avec une ilamnie tres-brilIante, accompagnée dune grande quantité de fumée blanche, lumineuse dans l'obscurité, et en répandant une odeur qui a beaucoup d'analogie avec celle de l'ail. Sa combustion ne laisse aucun résidu; mais lorsqu'on recueille la fumée blanche qui s'exhale pendant quelle a heu, on trouve que c'est un acide. Stahl considérait cet acide comme étant l'acide hydrocblorique. Suivant ce chimiste, le phosphore est composé d'acide hydrocblorique et de phlogistique, et sa combustion n'est que la séparation de ce dernier principe. Il allait même jusqu'à déclarer , que pour faire le phosphore, il n'était besoin que de combiner l'acide hydrocblorique avec le phlogistique '.

Ces assertions ayant eu quelque crédit, la composition et la nature du phosphore restèrent complètement ignorées jusqu'en 1740, époque à laquelle Margraf de Berlin publia ses expériences. Ce savant voulut essayer de produire du phosphore par la combinaison de l'acide hydrocblorique et du phlogistique; mais de quelque manière qu'il variât son procédé, dans quelqu'état qu'il présentât l'acide au phlogistique, et par quelque substance que celui-ci fût fourni, tous ses essais furent inutiles , et il se vit forcé de renoncer à la possibilité de cette combinaison. En examinant facide qui se forme pendant la combustion du phosphore, il trouva que ses propriétés différaient essentiellement de celles de l'acide hydrocblorique, et par conséquent que c'était une substance particuhère distincte' , à laquelle on donna le nom d'acide Enadde phosphorique ', et il fut alors étabh que le phosphore est un p^-=p^«"ï««' composé de cet acide uni au phlogistique.

Mais Margraf avait observé que l'acide phosphorique est plus lourd que le phosphore d où il provenait, et Boyle avait reconnu, long-temps auparavant, que le phosphore ne brûlerait pas sans le contact de l'air. Ces faits suffirent pour prouver l'icexactitude de la théorie de la' composition du phosphore; mais ils restèrent eux-mêmes sans avoir été vérifiés, jusqu'au moment où Lavoisier publia ces expériences célèbres, qui répandirent un si grand jour sur la nature et la composition des acides ^

' Trois cents expériences de Sthal, » Margrai's, Opusc. 1,56. * Mém. Par. 17786! 1780.

302 COMBUSTtBLES SIMPLES.

■ Après avoir vidé <i'air un grand Lallon de verre, ravoir, pesé exactenient , et rempli de ^az oxigèHe , il y introduisit 6 gram. de phosphore. Le globe élait garai d'un robinet, au moyen duquel on y admettait le gaz oxigène à volonté. On enflamma le phosphore avec un verre ardent. La combustion fut extrêmement rapide, accompagnée d'ujie flamme brillante, et de beaucoup de chaleur. Il se formait, à mesure quelle avait heu, une grande quantité de flocons blancs, qui s'attachaient à la surface intérieure du ballon, et le rendirent opaque; ils devinrent à la fin si aboudans , que le phosphore s'éteignit, quoique leballoniijt constamment fourni de gaz oxigène. Après avoir laissé refroidir le ballon, on le pesa de nouveau avant de l'ouvrir. On s'assura de la quantité d^oxigène employée pendant l'expérience -, et le phosphore qui restait encore, sans avoir éprouvé aucun changement, fut pesé avec soin. Le poids des flocons blancs, qui n'étaient autre lacoSinaison chosc quc dc l'acide pliospborique pur, se trouva être exacave/rSîgeïe. teuieut égal à ceux du phosphore et de l'oxigène, qui avaient disparu dans l'expérience. L'acide phosphorique avait donc dû être formé par la combinaison de ces deux corps; car le poids absolu de toutes les substances ensemble se trouvait éire le même après l'opération qu'auparavant ^ Il est impossible alors que le piiosphore soit composé d'acide phosphorique, puisque le phosphore lui-même entre dans la composition de cet acide.

Lavoisier tira de ses expériences la conclusion que l'acide phosphorique est composé de loo parties de phosphore et de i54 parties d'oxigène; mais sa manière de procéder n'était pas suffisamment précise pour mériter confiance. Rose essaya d'obtenir des résultats plus exacts en acidifiant le phosphore par l'acide nitrique. Suivant lui, l'acide phosphorique est un composé de loo de phisphore et de 114,75 doxigène *. IVlais ce mode d'opérer est encore plus défectueux que celui de Lavoisier. J ai répété l'expérieuce de Rose au- moins un€ douzaine de fois, et je n'ai pas obtenu deux^ résultais qui coïncidassent entre eux. Mais nous pouvons reconnaître, avec une très-gr^inde exactitude, par un autr*

» Chimie de Lavoisier. Part.I, chap. 5.

» Gehlen'ji Journal , fur die Chemie , Pfaysik ucd Miceralogi II, 309.

DU PHOSPHORE. So3

moyen j la composition de cet acide; c'est en examinant la compositi^u des sels neutres qu'il l'orme avec les différentes bases. Nous venons, dans la suite, que les nombres qui représentent le poids d'un alôme de chacun des corps suivans , sont :

Oxide jaune de plomb i4

Barite 9,70

Soude 4

Chaux 5,625

11 résulte des analyses de Berzelius et des miennes, que les sels neutres qui suiveut, formés de ces bases et d'acide phosphorique, &ont composés, savoir :

Phosf.hate de plomb. Phosphate de barile.

Acide. . 100. . 4,45 Acide. . 100. . 4^54

Base,. . 5i4. . i4 Base. . . 2i4,46 9,7^

Phosphate de soude. Phosphate de chaux.

Acide. . 100. . 4i57 Acide. . 100. . 4,53

Base. . . 87. . 4 Base. . . 80. . 3,625

Dans ces petites tables, le nombre au-dessus du poids d'un atome de la base, représente le poids d'un atome d'acide phosj>liorique. Or, le plus grand de ces nombres étant 4^57, et le plus petit de 4ri5 7 ^^ ^^^'^i^ ™oy^" <^^s quatre, sera de 4,025 , et se rapprochera de très près du véritable poids d'un atwiie dacide phosphorique, et par conséquent nous pourrons prendre 4^5 comme représentant ce poids. On verra plus loin , dans cette section, que i,5 représente le poids d'un atome de phosphore ; donc l'acide phosphorique doit être composé de

Phosphore. ... i,5. . . . 100 Oxigène 3 200

Il est probable que si la quantité d'oxigéue , qui se combine au phosphore a été trouvée, par l'expérience, si petite, c'est que le phosphore n'avait pas été converti en totalité en acide phosphorique.

4. L'acide phosphoreux fut obtenu, pour la première fois, à l'état de pureté, par Humphry-Davy. En faisant passer ^ Acide du phosphore à travers du sublimé corrosif *, perchlorure " "" ^ de mercure, on obtient un liquide qui fut découvert par Gay-

* Substance qui sera décrite dans une sectk-n suivante.

osphoreux.

3o4 COMEUSTIELES SIMPLES.

Lussac et Thénard, et que Davy reconnut être un protochlorure de phosphore. Lorsque ce liquide est mêlé avec Teau , celle-ci est décomposée et convertie en acides h) drochlorique et phosphoreux. H suffit d'une chaleur modérée pour dégager l'acide hydrochlorique, et il reste l'acide phosphoreux pur, combiné avec de l'eau '. Il paraîtrait, ainsi que nous le verrons ci-après, dans cette section, que l'acide phosphoreux est composé de i,5 phosphore, et 2 oxigène, et par conséquent de

Phosphore 100

Oxigène i33,55

Acjde 5. L'acide hypophosphoreux fut découvert, en 1816,

'^yp^P^Jj^^P^^' par Dulong ^ L'union du phosphore avec la chaux ou la barite forme deux composés bien connus sous les noms de pkosphure de chaux ou de phosphure barite, et que nous décrirons ci-après. Lorsqu'on met ces composés dans l'eau, ce liquide est décomposé, et il y a deux acides formés par la combinaison de l'oxigène de Teau avec une portion du phosphore , tandis que l'autre portion du phosphore, en s'unissant à l'hydrogène de l'eau, donne naissance à de l'hydrogène phosphore , qui se dégage à l'état de gaz; les deux acides sont l'acide phosphorique et l'acide hypophosphoreux , qui se combinent l'un et l'autre avec la chaux ou la barite, en formant, avec ces bases, àes phosphate et hjpophosphite de chaux ou de barite. Le premier de ces sels est indissoluble dans l'eau; mais le second se dissout dans ce hquide. M. Dulong mit du phosphure de barite dans l'eau, et lorsque le développement du gaz hydrogène phosphore fut cessé, il filtra le liquide. Il contenait alors de l'hypophosphite de barite en dissolution. 11 ajouta à cette dissolution,et avec précaution, de l'acide sulfurique jusqu'à cessation de tout précipité; il sépara ainsi la barite en totalité. Le liquide clair décanté, consistait en une dissolution d'acide hypophosphoreux dans l'eau. Pour parvenir à reconnaître les proportions de cet acide, Dulong le convertit en acide phosphorique, en le soumettant à l'action du chlore. Il le considéra comme étant composé de

Phosphore joo

Oxigène 37,44

' riiil. Trans. i8t2 , p. .^07.

' Ana. de Chim. et Piiys. J, 141.

OJ

Mais la méthode qu'il avait employée ne paraît pas sus^ ceptible de beaucoup de précisiou, et en effet, elle est trop compliquée pour être suivie avec une grande exactitude. D'après des expériences, dont il sera parlé dans cette section, je suis porté à penser que la composition de l'acide hypophosphoreux est

Phosphore i,5 loo

Oxigène. . . » . . i, . . . • . 66,66

Ainsi les trois acides de phosphore sont composés, ainsi qu'il suit :

Phosphore. Oxigène.

Acide hypophosphoreux.. . i,5. . . i

Acide phosphoreux i,5. . . 2

Acide phosphorique i,5. . . 3

Ou, le premier de ces acides consiste dans un atome de phosphore uni à un atome d'oxigène, le second un atome de phospbore uni à deux atomes d oxigèue, et le troisième dans un atome de phosphore uni à trois atomes d'oxigène.

6. Quoique le phosphore pur ne s'allume que lorsqu'il est chautYé à 600 centigrades, il se rencontre, néanmoins, du phosphore qui brûle à des températures beaucoup plus basses. La chaleur de la main suffit souvent pour le faire brûler vivemeut; quelquefois même il prend feu par sa simple exposition àlair. Dans tous ces cas, le phosphore n'éprouve aucun changement. On pense, à présent, que cet accroissement de combustibilité du phosphore est dû à une petite quantité d'oxigène avec lequel il est coinbiné; et dans cet état, on le distingue par le nom à'oœide de phosphore. Lors- ^„ 9*'.'^,*^ qu'on expose un peu de phosphore à la chaleur de l'eau bouillante dans un tube de verre long et étroit, il se recouvre d'une lumière douce, et il s'exhale par degrés à l'état d'une vapeur blanche qui tapisse les parois du tube : cette vapeur est Yoxide de phosphore. Cet oxide a l apparence de beaux flocons blancs qui ont de la cohérence , et il a beaucoup plus de* volume que le phosphore employé. Lorsqu'il est légèrement chauffé, il prend feu et brûle avec éclat. Exposé à l'air, il en attire puissamment 1 humidité , et se convertit en une liqueur acide *. Lorsqu'on a oxidé ainsi un peu de phosphore, en le chauffant dans une petite boîte d'étain, il ac-

* Steinacner, Ann. de Chim. XLVII, 104.

L ao

OOD COMBUSTIBLES SIMPLES.

quiert la propriété de prendre feu à l'air. On s'en sert souvent, dans cet état, pour allumer les chandelles, sous le nom de mèches pliosplioriques ^ le phosphore étant quelquefois mêlé avec un peu d'huile, quelquefois avec du soufre. Lorsque le phosphore a été soumis pendant long-temps à l'action de l'eau, il finit par se recouvrir d'une croûte blanche, que Ion considère aussi comme un oxide de phosphore; mais ce dernier oxide diffère considérablement de celui que nous venons de décrire. Il est cassant, moins fusible, et beaucoup moins combustible que le phosphore luimême ^ Le phosphore, lorsqu'il est nouvellement préparé, contient ordinairement de ce dernier oxide de phosphore en état de mélange avec lui; mais on l'en sépare aisément, en plongeant la masse de phosphore dans de l'eau chaude à S8o centigrades. Le phosphore se fond , tandis que l'oxide reste, nageant à la surface du phosphore fondu , sans avoir éprouvé de changement.

La substance rouge qui reste après la combustion du phosphore dans une cloche de verre , est aussi considérée comme un oxide de phosphore. Tous ces corps contiennent trèspeu d'oxigène. J'ai essayé, mais sans succès, d'en déterminer la proportion.

Union in. Le phosphore a la propriété de s'unir en deux pro-

.iveriechiore.pQj,jj^j^g avcc le chlorc , ct dc former ainsi deux composés, qui ont reçu les noms de protochlorure et perchloruré de phosphore \

ProtocLi*rure. 1. Lorsqu'ou introduit du phosphore dans le gaz chlore, il prend feu et brûle avec une flamme pâle d'un blanc bleuâtre, ne donnant que peu de lumière. Il se sublime une matière blanche qui tapisse les parois du vaisseau dans lequel l'expérience se fait. Si le phosphore emploj^é est en quantité considérable, il se forme, en même-temps, vers la fin de la combustion, un peu de liquide. La combustion du phosphore dans le chlore a été répétée un grand nombre de fois par la plupart des chimistes, depuis la découverte du gaz chlore ; mais, en examinant la nature des produits, aucun d'eux

* Steinacher, Ann. de Chini. XLVIl , lo^.

* Hiimphry-Davy a donne à ces corps les noms de ohosphorafi? et phosphorana ; mais sa nomenclature n'a pas été adoptée par les

chimistes. P^oj. Fhil. Xrans. 1812, p. 4^.

n'avait établi eu théorie , ainsi que Davy l'a fait le premier, que le chlore est un corps simple.

2. VéQ protochlorure de phosphore di été obtenu en quantités, et examiné, pour la première fois, par Gay-Lussac et Thénard*; mais ce fut Davy qui en reconnut et détermina les parties constituantes ^. On fobtient aisément , en faisant passer du phosphore en vapeur à travers du sublimé corrosifs perchlortre de mercure ,. chauffé dans un tube de verre ou de porcelaine. Pour cela , on jnet au fond d un tube de verre ou de porcelaine, fermé par un bout, une certaine quantité de phosphore, et on remplit alors en très-grande partie le tube avec du perchlorure de mercure. On chauffe cette partie du tube qui contient le perchlorure, et en appliquant ensuite quelques morceaux de charbon, rouges de ieu, à l'extrémité du, tube où est le phosphore, la chaleur le réduit en vapeur, et il passe ainsi à travers le perchlorure. On a adapté à l'autre extrémité du tube, celle .qui contenait le perchlorure, un tube recourbé bien lutté, qui plonge jusqu'au fond d'un ];écipient convenable. Il se condense dans ce récipient un liquide qu'on en peut facilement retirer, et qui est le protochiorure de phosphore.

Ce liquide est incolore comme l'eau; il répand des fumées épaisses lorsqu'il a le contact de fair, et il a une saveur acide très -caustique. Sa pesanteur spécifique est i,45 ^ On peut le conserver dans des vaisseaux fermés, sans qu'il éprouve d'altération ;.mais exposé au contact de lair, il se dissipe promptement en déposant une grande quantité de phosphore. Ce liquide a la propriété de dissoudre du phosphore; lorsqu'on y plonge du papier, et qu'on fexpose .ainsi imbibé à fair, il ne tarde pointa s'évaporer, en laissant sur Je papier du phosphore, qui prend feu tout aussitôt et le brûle. Ce fut dans cet état que Gay-Lussac et Thénard obtinrent les premiers le protochlorure de phosphore.

Lorsqu'on met ce protochlorure dans l'eau, il s'y convertit en acides hydrochlnrique et phosphorique. Cette substance liquide donne, par sa concentration, un fluide épais, qui se

' ReclifTchfS physico-rhimiques , II, 98,176.

Ces chimistes se serrirent, pour se procurer cette substance , du protochlorure de mercure, au-lieu du perchlorure de ce métal qu'employa Davy. ( J{ote du Traducteur. 1

^ Phil. Trans. 1812, p. 406.

^ Davy/i6ù7.

Peichlûrure.

3o8 COMBUSTIBLES SIMPLES.

cristallise, par refroidissement, en cristaux transparens, sous la forme de parallélipipédes. Ces cristaux sont composés d'acide phosphoreux et d'eau. Lorsqu'on les distille en vaisseaux clos, il) a dégagement dun gaz, qui est un composé d'hvdrogèue et de phosphore, et qu'on peut appeler hihydrogure de phosphore. Il reste de l'acide phosphorique dans la cornue. Il résulte des expériences de Davy, que ces cristaux sont composés de quatre parties d'acide phosphoreux et d'une partie d'eau ^ Il voulut s'assurer de la composition du protochlorure de phosphore en dissolvant une quantité connue de ce corps dans l'eau, et en précipitant, par le nitrate d'argent, l'acide hydrochlorique formé. Un gramme environ du proîochlorure ainsi traité, produisit près de 3 grammes de. chlorure d'argent ^j or, 6 grammes de chlorure d'argent contiennent environ ol'yoo de chlore , donc le protochlorure est composé de

Chlore 10,62 5,34 4,5

Phosphore 2,98 i,5 1,26

On voit, par cette analyse, que le protochlorure de pho!>* phore est un composé d'un atome de chlore et d'un atome ' de phosphore. Mais les nombres que nous avons établis, de 4,5 pour le poids d'un atome de chlore, et de i,5 pour le poids d'un atome de phosphore, ne correspondent pas bien avec l'expérience de Davy. Elle coïnciderait exactement avec nos nombres, si la quantité de chlorure d'argent formé n'était que de 2^/600 au lieu de 3 grammes. Or, c'est une erreur qu'on peut facilement commettre dans une expérience, faite sur une aussi petite échelle.

3. On peut former aisément le perchlorure de phosphore en brûlant du phosphore dans le gaz chlore sec, dans la proportion de 6.^5 centigrammes du premier et de 197 centim. cubes du second. C'est une substance d'un blanc de neige, excessivement volatile, qui se réduit en vapeur à la température au-dessous de celle de l'eau bouillante. Sous une certaine pression, elle peut être mise en fusion, et alors elle cristalise en prismes qui sont transparens. Lorsqu'on la met dans l'eau, il se produit une action violente; l'eau est décomposée, et il y a formation d'acides hydrochlorique et phosphorique. Ce perchlorure semble avoir les propriétés acides, car sa va-

' Davy, Phil, Trans., p. /^oS.

» ILid. , p. 407.

DU PHOSPHORE. 3o9

peur rougit le papier de tournesol , et lorsqu'elle a été allumée , elle brûle à l'air. Lorsqu'on le fait traverser un tube rouge de feu avec du gazoxigène, il est décomposé; il se forme de Pacide phosphorique, et k chlore est dégagé.

Il résulte des expériences de Davy, à qui nous sommes redevables de la connaissance de tous les faits qui précèdent, que 10 centigrammes de phosphore, dans leur conversion en perchlorure, se combinent avec environ 65 centigrammes de chlore '. On voit donc ainsi que c'est un composé dun atome de phosphore et de deux atomes de chlore. Si nos nombres , de i ,5 pour le poids d'un atome de phosphore et de 4,5 pour le poids d'un atome de chlore, étaient exacts, le composé devrait être alors de

Phosphore i,5

Chlore 4,5 X 2=9

Or, cette composition diffère très-peu des résultats obtenus par Davy.

IV. Le phosphore a la propriété de se combiner avec a^Ii^l'iodi. liode en deux proportions, et de former ainsi deux composés qu'on peut âipY^elerproto-iodure de phosphore, et periodure de phosphore. Davy fit mention le premier de ces substances * ; mais c'est à Gay-Lussac que nous sommes redevables de les avoir examinées plus particulièrement et avec le plus d'attention ^.

I . Lorsqu'on mêle ensemble dans un tube mincede verre Piû<o-icdur-. unepartie de phosphore et 10,^1 parties d'iode, ces deux substances s'unissent très-rapidement, avec dégagement de beaucoup de chaleur, mais sans lumière. La combinaison est un corps solide d'un brun rougeâtre , fusible à 1 000 centigrades et volatile à une température un peu plus élevée. En mettant ce corps dans l'eau, il s'y dissout et est converti en acides hydriodique et phosphoreux '^. Il est évidemment composé de

Phosphore 1 1 ,5

Iode 10, 4i.. i5,625

ou, un atome de phosphore et un atome d'iode : c'est par conséquent un proto- induré de phosphore.

1. Lorsque le mélange du phosphore et de l'iode est Periodure.

Phil. Traos. î8i2 Ibid. 1814, p. 79 Ann. de Chim. 'XCI, p. 9

Les proportions de Gay-Lussac sonl i de phosphore et 8 d'iode.

3lO COMBUSTIBLES SIMPLES.

dans lesproportions d'une partie du premier et de 20,82 parties du second , la combinaison s'opère également avec violence et dégagement considérable de cbaleur. Le composé formé est noir, fusible à' la température de 4^** centigrades. L'eau le dissout avec une vive chaleur; mais la dissolution conserve ordinairement \me couleur noire , que je crois être due à ce que tout le phosphore n'est pas entré en combinaison. Il en résulte un excès d'iode qui est dissout par l'acide hydriodique formé; car dans mes essais, il restait toujours, après que toute action de l'eau avait cessé, une petite portion de phosphore non dissout. Ce composé , en le supposant dans les proportions ci-devant établies, est formé de

Phosphore. . . 1 i,5

Iode 20,82... i5,625 X 2 = ai,25o

ou , c'est un composé d'un atome de phosphore uni à deux atomes d'iode.

V. On ne connait rien encore relativement à la combinaison du phosphore et du fluor.

soiubie VL Lorsqu'on plonge du phosphore dans du gaz azote, il

ans 1 azote. ^ ^^^ dissout cu petite proportiou. Son volume est augmenté des 0,025 environ ' , et le résultat est du gaz azote phosphore. Ce gaz, étant mêlé avec du gaz oxigène, devient lumineux à raison de la combustion du phosphore qui y est dissout. La combustion a plus rapidement lieu lorsqu'on fait dégager les bulles du gaz azote phosphore dans une cloche remplie de gaz oxigène. Lorsque les gaz oxigène phosphore et azote phosphore sont mêlés ensemble, il n'y a point de lumière produite , même à la température de 28» centigrades *.

Hydrogure. ^^I^- I-^ phosphorc se combinc avec l'hydrogène en deux proportions , formant deux composés gazeux auxquels on a donné les noms ^hydrogène phosphore ^\ à^gaz hydrophosphorique , md\s CtWH dîhydrogure de phosphore ^ et de hihydrogure de phosphore^ seraient plus systématiques.

I. Le gaz hvdrogène phosphore, le premier de ces composés, fut découvert par Gingembre, en 1788; il l'obtint en chauffant, dans une petite cornue, un mélange de potasse

Mais la proportion (le l'iode est trop f.nible, ainsi que je l'ai reconnu par expe'rience. C'est à cela que j'attribue le de'pagement de gax hydrogène phosf-horé qui avait lieu dans ses expe'riences.

' BerthoUet.

' Fourcroy et Vauquelin, ^nn, de Chim, XXI, 199.

3ll

liquide e4 de phosphore. Il fit quelques expériences sur ce gaz remarquable, et publia un exposé de ses propriétés \ En J786, M. Kirwau % qui ne savait pas que ce £^az était déjà connu des chimistes par le travail de M. Gingembre, l'obtint aussi en faisant quelques expériences à ce sujet. Eu 1791 , M. Pvaymond annonça un procède pour le préparer en grandes quantités, en chauffant un mélange de phosphore et de chaux vive ^; eten 1799, il décrivit les propriétés de la dissolution de ce gaz dans îeau. M. Dalton, dans son nouveau système de philosophie chimique, publié en 1810, présente le détail d'une suite d'expériences auxquelles il avait soumis le gaz hydrogène phosphore, ayant pour objet d"en déterminer la nature et la composition ^"'; et en 1816 , j'ai publié les expériences que j'avais faites sur ce gaz ^•

1. On peut obtenir le gaz hydrogène phosphore à l'état de pureté , en opérant ainsi qu'il suit. On remplit une petite cornue d'eau acidulée, par de l'acide hydrochlorique.eton y met du phosphure de chaux en morceaux. On fait plonger le bec de la cornue sous Ieau, et on renverse dessus une cloche remplie de ce hquide. Le gaz hydrogène phosphore se dégage en grande abondance, et la cloche de verre est bientôt remplie. 16 grammes environ de phosphore de chaux produisent environ un décimètre cube de gaz.

3. Le gaz hydrogène phosphore est incolore, permanent et élastique comme l'air; son odeur ressemble à celle des oignons, et sa saveur est excessivement amère. On peut le garder dans Ieau pure sans qu'il éprouve d'altération ; mais dans de l'eau qui n'a pas été dépouillée d'air, il perd promptement une partie de son phosphore, et il en résulte que ses propriétés ne sont plus les mêmes. Sa pesanteur spécifique est 0,9022-, ainsi, à la température de 16° centigrades, et sous la pression de 76 centimètres de mercure, un décuDètre cube de ce gaz pèse un peu moins de deux grammes.

Lorsqu'on fait passer pendant quelque temps des étincelles électriques à travers ce gaz, il se dépose du phosphore et il

' Mémoires des savans e'trangers. X , 65i.

=> Phil. Trans. 1786, p. 118.

' Ann. de Chim. X , 19.

« Vol. II, p. 457.

5 Annals of Philosophy. \ III , 87.

312 comèusîiSlessimples.

reste du gaz hj'drogène pur. Mais le volume du gaz n'est point altéré par cette électrisation -, d'où il suit que le gaz hydrogène phosphore consiste en gaz hydrogène tenant du phosphore en dissolution. On déduit la quantité de ce phosphore de la différence entre la pesanteur spécifique du gaz hydro* gène et celle du gaz hydrogène phosphore. Pesanteur spécifique du gaz hydrogène phos*

phoré 0,902:4

Idem du gaz hydrogène 0,0694

Phosphore o,8328

Ainsi donc le gaz hydrogène phosphore est composé de

Hydrogène . . . 0,0694 ou 1

Phosphore.... o,8328 ou 12

de sorte que le gaz hydrogène phosphore contient —■ de son poids d'hydrogène , et — de phosphore. Actuellement, si nous reconnaissons que le poids d'un atome d'hydrogène est 0,120, et que le poids d'un atome de phosphore est i,5, il est évident que le gaz hydrogène phosphore est composé d'un atome d'hydrogène et d'un atome de phosphore; car 0,125 X 12=1,5.

Lorsque le gaz hydrogène phosphore a le contact de l'air, il prend feu ethrùleavec un grand éclat. Cependant on peut le mêler dans un tube étroit, avec le gaz oxigène, sans qu'il éprouve de combustion spontanée ; mais il est dépouillé de son phosphore sans aucune altération dans son volume. Il exige, pour sa combustion complète, un volume, ou un volume et demi de gaz oxigène. Dans l'un et l'autre cas, les deux gaz mis en contact avec l'eau disparaissent totalement; or, dans les deux cas, un demi-volume de gaz oxigène a dû s'unir avec im volume d'hydrogène et former de 1 eau; de manière que le phosphore, dans l'hydrogène phos* phoré, se combine soit avec un demi-volume, soit avec un volume de gaz oxigène. Je suppose que, dans le premier cas, il y a formation d'acide hypophosphoreux , et d'acide phosphoreux dans le second.

Lorsqu'après avoir mêlé un volume de gaz hydrogène phosphore avec trois volumes de deutoxide d'azote, on fait passer l'étincelle électrique à travers ce mélange, il seprodtïit une détonation , et il reste 1 è volume de gaz azote, Riais le deutoxide d'azote coalieut la moitié de son volume

t)U PHOSPHORE. ^1^

(îoxigène; doù il suit que dans ce cas l'hydrogène phosphore s'est combiné avec un volume et demi de gaz oxigène. Si ces deux gaz sont mêlés sur l'eau et qu'on fasse arriver sur eux une bulle de gaz oxigèoCj il se produit immédiatement une détonation.

Lorsqu'on fait passer rétincelle électrique à travers le mélange d'un volume de gaz hydrogène phosphore, et de trois vohiraes de protoxide d'azote, il y a détonation, et il reste trois volumes de gaz azote. Mais le protoxide d'azote est cotnposé de i volume d'azote -h i volume d'oxigène , condensés en i volume; de manière que 3 volumes, s'ils étaient décomposés, constitueraient 3 volumes d'âzote et 1 i volume de gaz oxigène ; d'où il suit que , dans ce cas aussi, ^hydrogène phosphore se combine avec i ^ volume d'oxigène.

Le mélange des g^z hydrogène phosphore et chlore, brùIe avec une flamme d'un jaune verdàtre \ et lorsque ce mélange est dans les proportions d'nn volume du premier de ces gaz, et de trois volumes dn second, ils disparaissent eniièiement, étant convertis en acide hvdrochlorique, et d^ms une matière brune, qui se dissout promptement dans l'eau, et qui est sans doute un bichlorure de phosphore.

En chauffant l'iode dans le gaz hydrogène phosphore , il se forme un iodure de phosphore, et probablement aussi de l'acide hydriodique ; car lorsqu'il y a présence d'eau, le volume du gaz diminue d un tiers.

L'eau, suivant les expériences du docteur Henry, dissout au-delà de deux pour cent de gaz hj-drogène phosphore. La dissolution est de couleur jaune, d'une saveur fortement amère, et son odeur ressemble à celle du gaz. Ce gaz n altère point les couleurs bleues végétales, mais il précipite en noir de leurs dissolutions, l'argent, le mercure et le cuivre.

4- Le gaz hydrophosphorique, ou bihydrogure de phos- de'pUs°pbore. phore, a été particulièrement examiné, pour la première fois, par Humphry-DavY, en 1812 *.

11 l'obtenait en chauffant de l'acide phosphoreux en cristaux. On peut se le procurer aussi en exposant le gaz hydrogène phosphore, à la lumière directe des rayons du soleil. Il se dépose du phosphore, et le gaz est changé en bihydrogure de phosphore.

* PLil, Trans. iSii, p. ^oG.

3l4 COMBrSTIBLES SIMPLES.

Ce gaz est incolore, permanent et élastique comme Tair, Son odeur ressemble à celle de l'hydrog^ène phosphore, mais elle est moins désagréable. Lorsqu'on sublime du soufre dans ce gaz, le volume est doublé, et il y a deux volumes de gaz acide hydrosulfurique formés. Le volume du gaz est aussi doublé, lorsqu'on y chauffe du potassium. Le potassium combine avec le phosphore, et le gaz résidu est de l'hydrogène pur. Il est donc évident que le gaz bihydrogure de phosphore est un composé de deux volumes de gaz hydrogène, unis avec la même quantité de phosphore que celle qui existe dans un volume de gaz hydrogène phosphore, et que ces volumes sont condensés dans un. Ainsi la composition de ce gaz doit être :

Phosphore. ... 12. . . . i,5 Hydrogène. ... 2. . . . o.i25 x 2

d'où nous voyons que c'est un composé d'un atome de phosphore et de deux atomes d'hydrogène. Il est évident aussi que la pesanteur spécifique de ce gaz doit être égale à la pesanteur spécifique du gaz hydrogène phosphore , ajoutéeà celh du gaz hydrogène, ou 0,9022+0,0694=^0^97^6. HuQiphry-Davy la trouva de 0,87; mais son expérience fut faite très en petit, et il ne la répéta qu'une seule fois ; on ne pourrait donc pas considérer comme excessive une erreur d'un dix.èmc.

Le gaz bihydrogure de phosphore ne brûle point spontanément à fair, ni dans le gaz oxigène; mais si, après l'avoir mêlé avec ce dernier gaz, ou chauffe à environ i5o^ centigrades'^, le mélange fait explosion. Un volume de ce gaz exige, pour sa combustion con^.plète, soit un et demi, soit deuxvolumes de gaz oxigène; si c'est la première proportion qu'on emploie, il y a disposition du phosphore à se précipiter. Or, comme le gaz contient deux volumes d'hydrogène , il est évid&nt qu'un volume d'oxigène sert à la formation de l'eau -, le surplus d'un demi ou dun volume d'oxigène doit s'être uni avec le phosphore. Mais c'est précisément la quantité qu'exige le phosphore dans ini vohune du gaz hydrogène phosphore: on peut donc en induire que la quantité de phosphore dans un volume d'hydrogure ou de bihydrogure de phosphore est la même.

Lorsqu'on uiêle ensemble les gaz bihydrogure de phosphore

* Davy, T. II.

DU PHOSPHORE. 3l5

et chlore, lok mélange brûle spontanément avec une flamme blanche. Suivant Davy, i volume de bihydrogure de phosphore exige pour sa coaibustion complète , quatre volumes de chlore. Deux de ces volumes, en s'unissant à l'hydrogène, servent à la formation d'acide hyumchlorique*, les deux autres, en se combmant avec le phosphore, forment un perchlorure de phosphore, qui devra être promptement converti par la décomposition de l'eau en acides hydrochlorique et phosphorique ; de sorte que les produits sont, dans ce cas, précisément les mêmes que ceux qui résultent de la combustion de Thydrogène phosphore dans le chlore.

Suivant Davy, l'eau absorbe un huitième de son volume de ce gaz ; la faculté d'absorption de ce gaz par l'eau, est donc la même que celle du gaz hydrogène percarboné par ce liquide.

Ainsi les deux composés de phosphore et d'hydrogène sont, savoir :

Phosphore. Hydrogène.

Hydrogure de phosphore.. . . i atome -f- i atome Bihydrogure de phosphore. . . i -1-2

VIII. Le phosphore peut aussi se combiner avec le car- Phosphore Done, et lormer, par cette union , un compose appelé phosphure de carbone. L'existence de ce corps fut reconnue pour la première fois par Proust. Il donna ce nom à la substance rouge qui reste lorsqu'on fait passer du phosphore nouvellement préparé a travers une peau de chamois. 11 n'est pas invraisemblable que cette substance rouge contienne souvent du phosphure de carbone, parce que, sur-tout, la même observation a été faite depuis par Thénard '. Mais je n'ai jamais pu parvenir à y trouver rien de semblable à cette substance'. Il paraît que les expériences de Vogel, dans le même objet, n'ont pas eu plus de succès ^; mais j'ai toujours réussi à me la procurer en opérant ainsi qu'il suit. On laisse du phosphure de chaux dans leau jusqu'à ce que tout le gaz hydrogène phosphore qui peut s'en exhaler ait été dégagé. On introduit alors de l'acide hydrochlorique en très-grand excès dans ce

' Ann. de Chim. LXXXI , lop.

* Deux fois , à-la-verité , en distillant cette sub.stance , j'oi obtenu un ré-i(lii de charbon ; mais je ne serais jamais parvenu à obtenir le phos-phiire à Tc-tat isolé

Dans la nouvelle édition de son Traité de Chimie , Thcnard admet l'existence de l'oxide rou^e de phosphore. ( ^'ote du Traducteur.)

' Ann. de Chim. LXXXY , 225.

de Carbone.

Itt

3î6 COMBUSTIBLES SIMPLES.

liquide, en l'agitant de temps en tenaps, et on jette le tout sur un filtre; le phosphure de carbone y reste, on le lave alors convenablement et on le fait sécher.

Le phosphure de carbone ainsi obtenu, est sous la forme d'une poudre friable, d'un jaune citron sale, sans odeur ni saveur. Lorsqu'on le laisse à l'air, il s'imbibe très-lentement d'humidité ; il émet alors l'odeur d'hydrogène carboné , et il acquiert une saveur acide ; d'où il suit qu'il décompose l'eau qu'il absorbe, et que son phosphore est lentement converti en acide phosphoreux. Cliauffé, il ne se fond pas , et il n'éprouve aucun changement quoique tenu à une température supérieure à celle de l'eau bouillante. 11 brûle audessous d'une chaleur rouge, et lorsqu'il est chauffé au rouge, le phosphore s'en sépare peu-à-peu-, le charbon reste à l'état d'une matière noire ^ sa combustion étant arrêtée par l'effet d'une croûte d'acide phosphorique qui le recouvre. Lorsqu'on jeté la poudre sur le feu en petites quantités à-la-fois , elle brûle avec éclat. Le phosphure de carbone est composé d'un atome de phosphore et d'un aiôme de carbone, ou , en poids , de

Phosphore. ... i,5 200

Carbone 0,76 100

Ce phosphure ne donne aucune trace d'eau à la distillation '. IX. On ne sait encore rien relativement à la combinaison du phosphore avec le bore et le sihcium.

SECTION VL

Du Soufre.

L Le soufre est une substance dure, cassante, de couleur ordinairement jaune, inodore , ayant une saveur très-faible , quoique pouvant se distinguer. On le trouve en grandes quantités dans la nature, et particulièrement dans le voisinage des volcans. On le retire aussi, par la distillation, du minéral appelle pj-r/Ve. La connaissance de ce corps date des temps les plus reculés. Les anciens en faisaient usage en médecine , et ils en employaient les vapeurs au blanchîuient de la laine *. propriétés. ^ f^g soufre n'est pas conducteur de l'électricité. Il devient

» Ann.Tls of Philosophy. XIII, 167.

=* Pline, Liv. 35, c. i5.

DU SOUFRE, 3l7

par conséquent électrique par frottement. Sa pesanteur spécilique est*de 1,990; la pesanteur spécifique du soufre natif est 2 , o332 '.H n'éprouve aucun changement par son exposition à lair. Lorsqu'on le met dans l'eau, il ne fond pas ainsi que cela a lieu avec le sel commun , mais il tombe au fond de ce liquide, et il y reste sans être en aucune manière altéré : le soufre est donc insoluble dans l'eau.

2. Si l'on fait éprouver à un gros morceau de soufre une ^^^^^^ chaleur douce, mais subite, comme en le pressant dans la main, du calorique, il éclate,etsebriseenraorceauxavecuncraquement particulier.

Le soufre chauffé à la température d'environ ^7° centig. s'élève sous la forme d'une pondre très-line, à laquelle on a donné le nom àe fleurs de soufre *. ^ et que l'on peut recueil- p,^^^^ lir dans des vaisseaux convenablement disposés. On appelle ^e soufre. volatiles les substances qui sont ainsi élevéespar l'application de la chaleur, et i;o/?flf///^a//o«, l'opération qui produit cet effet.

Le soufre chauffé à 104° centig. se fond et devient liquide comme l'eau. Si l'expérience se fait dans un vaisseau convenable , la force de la chaleur fait promptement bouillir le soufre, et le convertit en une vapeur de couleur brune, qui s'échappe avec une très-grande vivacité de l'ouverture du vaisseau.

3. Il existe un grand nombre de corps qui, après avoir été dissous dans l'eau, ou fondus par la chaleur, sont capables d'af- s°'t7 ^ lecter certaines ligures régulières. 01, par exemple, on lait custaiiisation. dissoudre du sel commun dans l'eau, et que, par l'application

d'une chaleur modérée, on convertisse ce fluide en vapeur, ou, en d'autres termes, si on fait évaporer lentement cette dissolution , le sel se déposera en cubes au fond du vase. On donne le nom de cristaux à ces figures régulières, et leur production s'appelle cristallisation.

Le soufre est susceptible de cristallisation. Si, lorsqu'il a été fondu, et que sa surface commence à se congeler, on en fait promptement écouler tout ce qui en reste à l'état liquide , on trouve la cavité intérieure du mOrceau fondu tapissée de cristaux en longues aiguilles déforme octaèdre. On doit à Rouelle cette méthode de cristallisation du soufre. Si l'expérience se

' Brisspn. Elémens de Lavoisier . P. 577.

^ C'est dans ce cas seulement que le soufre du commerce est passablement pur. Le soufre en bâton est ordinairement mrîé d'une portion assez considérable de substances étran«;ères.

3l8 COMBUSTIBLES SIMPLES.

fait dans un vaisseau de verre, ou sur une plaque de fer, on verra que les cristaux commenceront à se former lorsque la température s'est abaissée à environ io4ocentig. La forme primitive des cristaux est un octaèdre à triangles scalènes. Ils consistent en deux pyramides jointes ensemble base à base. Ces bases constituent un rhombe, dont la plus grande diagonale est à la plus petite comme 5 est à 4. La perpendiculaire menée du milieu de ce rhombe sur l'arête est à la hauteur de la pyramide, comme i est à 3 '^.

4. L'alcool dissout le soufre en petite quantité j il en est de même de l'éther sulfurique et des huiles.

IL Le soufre se combine au-moins en deux proportions avec l'oxigène, et forme deux composés , depuis long-temps connus sous les noms diacides sulfureux et sulfurique, parî'îombus- I- ^c soufrc étant chauffé à Tair ,à la température de 2940. tionenunacide ceutig. , s'allume Spontanément, brûle avec une flamme bleue pâle, en émettant une grande quantité de vapeurs d'une odeur très- suffocante. Si, après l'avoir allumé, on le plonge dans une cloche remplie de gaz oxigèue , il brûle avec une flamme légèrement colorée en violet, et répand des vapeurs en abondance. En continuant l'application de la chaleur, le soufre brûle en totalité sans laisser de cendres , ou j ésidu. Si ou recueille les vapeurs , on reconnaît qu'elles consistent en totalité en acide sulfureux. Ainsi l'effet de la combustion du soufre est de le convertir en un acide. Ce fait était connu depuis plusieurs siècles, mais Stahl est le premier qui en ait donné une explication satisfaisante.

Le soufre est, suivant Stahl, un composé d'acide sulfurique et de phlogistique. Paria combustion, le phlogistique est chassé et f acide reste. Les expériences d'après lesquelles il s'efforça d'établir ses opinions furent pendant long-temps considérées comme concluantes. Mais on observa que le soufre ne peut brûler sans la présence de l'air , et que l'acide sulfurique est plus pesant que le soufre qui l'avait produit. Ces faits étaient incompatibles avec la théorie de Siabl. Lavoisier en donna le premier l'explicah'on, en faisant voir que, pendant la combustion, le soufre s'unit avec l'oxigêne de lair, et que l'acide formé est exactement égal en poids à ceux du soufre et de l'oxigêne qui ont disparu. Il en concluait que cet acide est

Minéralogie de Haûy. III , 278.

un composé de ces deux corps, opiDiori qui fut alors universellement admise. ^^.^^

2. L'acide sulfureux est formé par la combustion du sou- sulfureux, fre , soit à l'air, soit dans le gaz oxigène; mais le meilleur moyen de se le procurer en quantités, consiste à faire chauffer dans une petite cornue, un mélange d'acide sulfurique et de mercure, et à recevoir le produit gazeux sur le mercure. Ce gaz ainsi recueilli est le gaz acide sulfureux.

L acide sulfureux fut d'abord examiné par Stabl, qui lui donna le nom oxacide sulfurique pklogistiqué. Schéele indiqua, en 1774? uïie méthode pour se le procurer en quantités'. Vers lemémetemps, Priestley l'obtint, sous forme de gaz, et reconnut beaucoup de ses propriétés ^. Berthollet, en 1782 et 1789, fit des recherches sur cet acide ^. En i797*,Fourcroy et Yauquelixi publièrent le détail d'une suite dexpériences qu'ils avaient faites sur cette substance, et en i8o3 ^, je lis connaître quelques expériences auxquelles je l'avais soumise.

Le gaz acide sulfureux est permanent et élastique comme l'air. Il est incolore, son odeur est excessivement suffocante et désagréable , elle ressemble à celle du soufre brûlant. Sa saveur est fortement acide , et sulfureuse. Cet acide rougit les couleurs bleues végétales, çt peu-à peu il les détruit. Sa pesanteur spécifique , suivant les expériences de Davy , est 2,2293 ^. Si nous le supposons composé d'un volume de vapeur de soufre et d'un volume de gaz oxigène , condensés dans un volume, sa pesanteur spécifique serait 3,2222. Et par conséquent, un décimètre cube de cet acide à 160 centigrades et sous la pression de 76 centimètres de mercure, sera d'environ 4 grammes..

L'eau absorbe 33 fois son volume de gaz acide sulfureux, d'après mes expériences. Mais selon Théodore de Saussure , ce iiquidene prend que zî4^ois environ son volume, de cegaz^.

Je me suis assuré, par expérience, que la quantité d'oxigène dans l'acide sulfureux, est à la quantité de ce principe dans lacide sulfurique, comme 2 et 3. Or, nous verrons bientôt quefacide sulfurique est composé de 100 de soufre,

* Mémoires de Chimie de Schéele. 1 , 43.

* Prieslley, on Air, Il , 295.

' Mém par 1782, et Ann. de Chim. II, 04. < Ann. de Chim. XXIV, 229.

s ÎN'iciiohon's Jourual. VI, 93.

* Pbil. Trans. 1812, p. 4i2. Nicholson's Journal. VI , gS. ' Annals of- Phiiosophy. YI ; 34o.

320 COMBUSTI BLES SIMPLES.

-f- 1 5o oxjgène ; donc Tacide sulfureux est formé de i oo soufre -h 100 oxjgène. Il est une autre expérience qui déinoiitre de la manière la plus SPîisfaisacte , la composition de cet acide. Legazacidehvdrosulfiirique,dontnous parlerons dans la suite de cette section, est r.n gaz qui contient son volume d'hydrogène, tenant du soufre en dissolution. Or, i volume de ce gaz exisje pour sa combustion complète, if volume d'oxigène. Les substances formées par cette combustion , sont de l'eau et de l'acide sulfureux. Le demi-volume du gaz oxigène sert à la formation de l'eau, en se combinant avec le volume d'hydrogène. Le volume restant du gaz oxigène se combine avec tout le soufre et forme l'acide sulfureux. Le soulre, dans un volume de gaz acide hydrosulfurique s obtient, en déduisant la pesanteur spécifique du gaz hydrogène , de celle du gaz acide hydrosulfurique.

Pesanteur spécifique du gaz acide hydrosulfurique 1,180

Jdem du gaz hydrogène 0,0^9

Soufre dans le gaz 1,1 ji

Mais la pesanteur spécifique du gaz oxigène est 1,1 1 1, donc l'acide sulfureux est composé de

/Soufre 1,111 ou 1

Oxigène 1,1 11 ou 1

Acicie 3. L'acide sulfurique s'obtient eu brûlant dans de grandes

chambres de plomb un mélange de 7 parties de soufre et de I partie de nitrate de potasse. Cette combustion donne heu à la formation d'acide sulfureux et de deutoxide d'azote. Ce dernier gaz, en absorbant l'oxigène de l'atmosphère est converti en acide uitreux. L'un et l'autre de ces acides sont absorbés par l'eau. L'acide nitreux cède une portion de son oxigène à l'acide sulfureux et le convertit ainsi en acide sulfurique. Revenu à l'état de deutoxide d'azote , il se dégage, s'unit à l'oxigène, redevient acide nitreux et est absorbé par l'eau; cet acide change de nouveau l'acide sulfureux eu acide sulfurique, et ces changeniens successifs continuent d'avoir lieu aiiisi , jusqu'à ce que l'acide sulfureux ait élé converti en totalité en acide sulfurique *. On évapore Veau ainsi acidulée dans des vaisseaux de plomb jusqu'à un certain degré de concentration , et l'évaporalion

* Clément et Desorroes, Ânn.âe Chim. T. IV, 829. — Dalton , IS'cw Systems of cheniical philosophy. II, 336. — Dcivy , Eléments of chemical [jliilosophy. P. 27C.

sulfurique

est alors continuée dans des cornues de verre, jusqu'à ce que l'acMe ait acquis le degré de force convenable. Par cette évaporatiou on sépare de l'acide une portion très-considérable de son eau, mais il ne peut pas en être dépouillé entièrement par ce moyen.

L'acide sulfurique fut découvert,daus le moyen âge, parles chimistes arabes, ou par les alchimistes; maib ou ignore-précisément à quelle époque. Basile Valentin , qui écrivait au commencement du qumzième siècle , en fait mention. On se le procura pendant long-temps par la dissolution du sulfate de fer, et ce procédé est encore celui qu'on suit en Allemagne. Depuis, on prépara cet acide en brûlant des mélanges de soufre et de nitrate de potasse dans de grands ballons de verre, et en évaporant le produit; c'est par cette raison, qu'alors on appela lacide sulfurique, oleum sulfuris^ per campanam. Ce fut le docteur Roebuck qui imagina le premier l'emploi des chambres de plomb pour la fabrication de lacide sulfurique, et qui en établit la première manufacture, par cette méthode, à Prestonpans, en Ecosse.

L'acide sulfurique est incolore comme l'eau , sans odeur, ayant une saveur excessivement acide et d'une consistance oléagineuse. Lorsqu'il est en contact avec des substances animales ou végétales, il les charhonne sur-le-champ. Il rougit les couleurs bleues végétales. Cet acide, lorsque sa pesanteur spécifique est de i,85, entre en ébullition, suivant Dalton, à la température de 0260 centigrades. Ce terme d'ébuilition diminue avec la force de l'acide. A la pesanteur spécifique de i,y8o, l'acide bout à 224° centigrades, et à 1770 seulement , lorsque cette pesanteur spécifique n'est que de c,65o *.

Il a été fait un grand nombre d'expériences pour déterminer la proportion de l'oxigène dans l'acide sulfurique. On peut se dispenser de citer, à ce sujet, les anciens essais de Berthollet, Trommsdorf, Lav^oisier, Chenevix et Thénard, parce qu'ils sont très-inexacts. Ceux de Bucholz, Klaproth et Richter approchent beaucoup plus de la vérité; leurs évaluations sont, savoir :

Bucholz. . . 100 soufre ^- i35,a oxigène. Klaprolh. . 100 -H i38,i

Ricliier. . . 100 4- i38,i

* Dalton's t^.ew System of cheoiicul philo iopUy. II, -o4.

Berzelius , qui a fait aussi , avec autant d'attention que de soin, une suite d'expériences ayant le même but, trouva qu'en faisant bouillir dans l'acide nitrique lo parties de sulfure de plomb, elles étaient converties en 1 2,645 parties de sulfate de ce métal. Or, le sulfate de plomb est un composé de 10 acide sulfurique -H 28 protoxide de plomb; donc les 12,645 de sulfate de plomb formé, se composent de

Proloxide de plomb 9,3174

Acide sulfurique 3,3276

Dans cette expérience le plomb et le soufre étaient l'un et l'autre unis à l'oxigène. Mais Berzelius a fait voir que le protoxide de plomb contient ' de son poids d'oxigène. Or , le lî de 9,3 iy4 est 0,6655. En retrancbant cette quantité de 2,645 , augmentation de poids acquise par le sulfure de plomb, il restera 1,9795, pour indication de la quantité d'oxigène qui existe dans 0,3276 parties d'acide sulfurique '^ : donc l'acide sulfurique est composé de

Soufre 1,3485 ou 100

Oxigène. . . . i,9795 i46,85

Ces nombres se rapprochent beaucoup plus de la vérité que ceux des résultats des expériences précédentes. Cependant il est aisé de voir que la quantité de l'oxigène, ainsi établie par Berzelius, est un peu au-dessous de la réalité. La ])lupart des métaux ont la propriété de s'unir, soit avec l'oxigène, soit avec le soufre, et de former ainsi, avec l'oxigène, des oxides^ avec le soufre, des sulfures. Or, le poids du soufre nécessaire pour convertir tout métal en protosulfure est exactement le double du poids d'oxigène qu'exige la conversion du même métal en protoxide ; il s'ensuit que le poids d'un atome de soufre est deux fois celui d'un atome d'oxigène. La plupart des sulfates ont été analysés avec le plus grand soin, et la composition de quelques-uns de ces sels a été reconnue être , ainsi qu'il suit :

Sulfate de plomb. Sulfate de barife. Sulfate de potasse,

Acide 10. . 5 Acide 100. 5, 02 Acide 42,2. 5,o5 Base 28. . i4 Base 194. 9,73 Base 5o,i. 6

* Ann. de Chimie. LXXYIH, ai.

^fâte de chaux. Sulfate de cuivre. Sulfate de soude.

Acide 100. . 5,006 Acide 100. 5 Acide 100. . 5,07 Base 72,41. 5,625 Base 200. 10 Base 78,82. 4

La seconde suite de nombres, après les bases, représente les poids des atomes des différentes bases, car ces poids sont, ainsi qu'il suit :

Protoxide de plomb. . i4 j Chau.\' 3,620

^^rite 91/5' Peroxide de cuivre. 10

Potasse 6 | Soude 4

^ Les nombres au-dessus représentent le poids d'un atome d'acide sulfurique, résultant de l'analyse du sel. Or, ces nombres coïncident de très-près entr'eux,etle terme moyen de tous est 5,024. N'est-il pas évident, daprès cela, que 5 est le nombre qui représente le poids d'un atome d'acide sulfurique ? Il doit être formé de

Soufre 2 ou 1 atome.

Oxigèue 5 ou 5 atomes.

L'acide sulfurique est alors composé de

Oxigène i5o

Proportions qui diffèrent très-peu de l'analvse de Berzelius. L erreur est probablement due à une petite quantité du sulfure de plomb ayant été entraînée par les vapeurs de l'acide nitrique.

4- Ainsi l'on voit que les deux combinaisons acides du soufre sont composées, ainsi qu'il suit :

Soufre. Oxigène. Soufre. Oxigène.

Acide sulfureux. 100 -+• 100 ou 1 atome -f- 2 atomes. Acide sulfurique. 100 -H i5o ou 1 -H 5

. Nous verrons par la suite que le soufre peut se combiner ^cUe avec un atome d'oxigène, et former, par cette combinaison, ^yp°*"^f"= un acide qui n'a point encore été obtenu séparément, mais qui^peut être distingué par le nom d'acide hyposulfureux.

5. En tenant pendant quelque temps le soufre en fusion dans des vaisseaux ouverts, il s épaissit par degrés et devient visqueux. Si on le met alors dans 1 eau , il prend une couleur rouge , et il est mou comme de la cire. On l'emploie avec succes , dans cet état , pour prendre des empreintes de ca<:h^ts

et de ruédailles. Exposé à l'air pendant quelques jours, il y redevient prompteuient dur et cassant comme auparavant, mais il conserve sa couleur rouge. Cette substance, lorsqu'elle est nouvellement préparée, a une couleur violette-, sa texture est fibreuse, et sa pesanteur spécifique de 2,325 j elle est rude au toucher et de couleur paille, lorsqu'elle est réduite en poudre. On l'avait considérée comme étant un oxide de soufre; mais elle produit la même quantité d'acide sulfurique que le soufre ordinaire, et le soufre éprouve le même changement dans son apparence, lors même que foxigène et f air en ont été séparés avec soin. On ne peut donc regarder cette substance comme un oxide.

Lait de soufre. g^ Lç soufrc obteiiu par précipitation d'un liquide qui le tient en dissolution, est toujours d'une couleur blanche, qui change par degrés jusqu'au jaune verdàtre, par son exposition à fair. Cette substance a été considérée par quelques chimistes comme un oxide de soufre; mais si cette poudre blanche , ou lait de soufre ^ ainsi qu'on l'appelle , est exposée dans une cornue à une chaleur modérée, elle prend bientôt la couleur du soufre ordinaire, et il se dépose en même-temps de feau dans le bec de la cornue. De même aussi , si Ton fait couler un peu d'eau sur du soufre fondu, la portion en contact avec cette eau prend immédiatement la couleur blanche du lait de soufre. va\ faisant sublimer du soufre ordinaire dans un vaisseau rempli de vapeur d'eau, on obtient, aulieu de fleurs de soufre , un lait de soufre avec sa blancheur ordinaire. Ces faits prouvent que le lait de soufre est un composé de soufre et d'eau ; et on en peut conclure que la couleur jaune verdàtre est celle naturelle du soufre , et que sa blancheur y indique la présence de l'eau '. e.c io'uTre. III. Le soufre se combine aisément avec le chlore et forme avec cette substance un composé liquide qui, a reçu le nom de chlorure de soufre. Cette substance, décrite pour la première fois par moi en i8o4 ^, fut examinée depuis par Berthollet fils en 1807 2, et en 1810 par Bucholz K

* Nicliolson's Journal. „YI, 102.

' Ihid. p. (\o\.

' Mémoires d'Arcueil, I, iGi.

* Gehlen's JourHal, lur die Chemie. Pliysik et Miner. IX, 172.

DU SOUFFxE. O20

On Tobtient aisément en faisant passer un courant de chloreli travers des fleurs de soufre. On peut se le procurer aussi, comme Davv l'observa le premier, en chauffant du soufre dans un vaisseau de verre bien desséché rempH de vapeur de chlore.

Le chlorure de soufre est un liquide d'un rouge brunâtre , lorsqu'il est vu à la lumière réfléchie, mais qui paraît d'un verd jaunâtre à la lumière transmise. Il a une odeur forte qui a de la ressemblance avec celle des plantes marines, ou avec celle qui se fait sentir lorsqu'on se promène sur le bord de la mer. Cette odeur produit sur les yeux l'effet de provoquer les larmes, et d'affecter de la même manière douloureuse que la fumée du bois ou de la tourbe ; sa saveur est acide, chaude et amère ; elle produit une irritation pénible sur le gosier. Ce chlorure ne change point la couleur du tournesol lorsqu'il est sec, mais pour peu qu'il soit humide, il le rougit immédiatement. J'ai reconnu que la pesanteur spécifique de cette substance est 1,623; mais Berthollet fils la trouva de 1,7 et Bucholz de 1,699. ^^ ^''-^^^ donc considérer celle de i,y comme étant sa vraie pesanteur spécifique. Cette substance dissout promptement le soufre, et prend ainsi une couleur brune. Elle dissout le phosphore avec facilité. La dissolution a une befle couleur d'ambre, et elle est permanente. Le chlorure de soufre répand beaucoup de fumées à l'air, et se dissipe promptement en déposant des cristaux de soufre, s'il tient de cette substance en dissolution. Lorsqu'on met le chlorure dans l'eau, il est décomposé, le soufre s'en séparant. Dans l'acide nitrique, le chlorure produit une vive effervescence, et il se forme de facide sulfurique.

Suivant Davy, 6 centigrammes de soufre absorbent ^91 centimètres cubes, ou environ t^'5 de chlore-, d'où il suit qu'il est composé de

Soufre 1 2

Chlore 2,2875 . . 4^73

Et par conséquent \\ est formé d'un atome de soufre et d'un atome de chlore. Si l'absorption avait été de 4^o centimètres cubes de chlore au-lieu de 491 , alors le chlorure aurait été composé de 2 soufre, -f- 4,5 chlore; mais comme le vaisseau de verre dans lequel l'expérience fut faite avait un bou= rhon de métal . il avait dû absorber un peu du chlore.

7o.li:re ôt Joufre.

IV. Le soufre a la propriété de se combiner avec l'iode, et de former un composé qu'on a appelé iodure de soufre, et qui a élé décrit pour la première fois par Gav-Lussac '. On obtient facilement ce composé en exposant dans un tube de verre un mélange de soufre et d'iode à une chaleur suffisante pour fondre le soufre. L'iodure de soufre est d'un noir grisâtre, à structure rayonnée comme le sulfure d'antimoine. Dans sa distillation avec l'eau, l'iode est dégagé. Lorsqu'on chauffe sufllî-amment cet iodure pour qu'il s'en fonde une portion, l'iode est également dégagé.

Cet iodure n'a pas encore été analysé; mais on peut conclure par analogie, qu'il est composé de i atome iode -^ I atome soufre, ou, en poids ,

Soufre 2 loo

Iode i5,625. , . 781,25

V. On ne sait encore rien relativement à la combinaison du soufre et du fluor. Il n'a pas été non plus , jusqu'à présent , possible de former un composé de soufre et d'azote.

e hydre- VL Lc soufrc s'uuit très-rapidcment à Ihydrogène , et forme avec lui un composé auquel on a donné le nom de ^az hydrogène sulfuré, appelé depuis, par Gay-Lussac, acide hydro-suîfurique.

Rouelle avait bien reconnu l'existence et l'inflamraabilité de ce gaz-, mais Schéele ^ est le premier qui, en 1777, en examina les propriétés et la composition -, et par conséquent il doit être considéré comme layant réellement découvert. Bergmann en traita plus au long en 1778^. En 1786, Kirwan * pubha les expériences variées et ingénieuses qu'il avait faites sur cette substance. Les chimistes hollandais s'en occupèrent en 1792 ^ En 1794, Berdiollet en présenta, dans un plus grand développement encore, et avec sa sagacité ordinaire, les différentes propriétés^; et depuis ce temps, les expériences de Proust et Thénard ont ajouté plusieurs faits importans à ce que nous connaissions déjà de la

' Annales de Chimie. XCI,2a.

» Seliéele , on /lir nrul Firc ; tracluct. anglaise, p. iSG.

^ <^)pusr. 1. 233, ri ir.id. an£;l. 290.

< Piiil. Trans. 1 7<^i , p. îi8.

5 Ann. (le <.hiin. \1\ , 29^.

* ib.d. XXV, iZZ.

IfLaqu

DU SOUFE.r. v32'7

nature de ce gaz. Berzelius en publia une analyse en 1 807 ^ , et Gay-Lussac etThénard - et Huiuphry Davy se sont assurés avec précision de plusieurs de ses propriétés ^.

On peut l'obtenir en faisant fondre ensemble , dans un creuset, un mélange de trois parties de limaille de fer, et de deux parties de soufie, sur lequel on a versé de l'aeide sulfurique ou de l'acide hydrochlorique étendu : mais avec ce moyen , il est toujours mêlé de gaz hydrogène j on ne l'obtient entièrement pur qu'en faisant digérer du sulfure d'antimoine en poudre dans de l'acide hydrochlorique.

Ce gaz est incolore -, il est permanent et élastique comme s.s propriëi:^... J'air. lia une odeur très-fétide, qui a de la ressemblance avec celle des œufs pourris. 11 ne peut entretenir la combustion , et les animaux ne peuvent le respirer sans en être suffoqués. Sa pesanteur spécifique est, suivant les expériences de Gay- Lussac et Thénard, de 1,912 ^, et d'après H. Davy, de 1,1967. Je pense que sa véritable pesanteur spécifique €Sti,iBo. En la supposant telle, un décimètre cube de ce §az à la température de 16° centigrades , et sous la pression de 7Ô centimètres de mercure, pèsera environ 2 grammes.

Le gaz acide hydrosulfurique est absorbé rapidement par l'eau. Ce liquide en prend au-delà de son propre volume à la température de 1 0° centigrades suivant le docteur Henry ' , mais le gaz devait être impur. Saussure trouva que 100 volumes d'eau absorbent 2 53 volumes de gaz acide bydrosulfurique pur ^. Il reconnut aussi que falcool d'une pesanteur spécifique de o,84. absorbe un peu plus de six fois son volume de ce gaz. M. Higgins a fait voir aussi qu'il se dissout dans Féther. L'eau imprégnée de gaz acide hydrosulfurique, est sans couleur: mais elle a f odeur du gaz, et une saveur douceâtre nauséabonde. Elle rougit les couleurs bleues végétales, et a beaucoup d'autres propriétés analogues à celles des acides. Lorsque ce Lquide'fSt exposé à l'air, le gaz s'en dé^^ge par degrés.

Lorsqu'on albime le gaz acide hydrosulfurique, il brùîe

» Pliil. Trans. i8o3 , p. li;-.

' If'id. 1812 , p. ^12.

3 Jbid.

^ Recherches physico-chiraiqucs. I, îq:.

* Phil. Trans. i8o3, p. 'i';\.

^ Anuals of pUiiosopby, \ 1, 34".

avec une flamme d'un roiij^^e bleuâtre, et il se dépose en mêmetemps du soufre. Lorscpion fait passer l'étincelle électrique à travers ce gaz, il se dépose du soufre, mais le volume du gaz est à peine changé '. Ce gaz dépose aussi du soufre, lorsqu'on l'agite avec l'acide nitrique ou lorsqu'on met de cet acide dans de l'eau qui en est imprégnée '. Mêlé avec l'air ordinaire, il brûle rapidement, mais il ne fait pas explosion. Lorsqu'on allume par l'électricité un mélange à volumes égaux de ces gaz et de gaz oxigène il y a explosion et il ne se dépose pas de soufre; mais les parties du vaisseau de verre dans lequel l'expéiience se fait sont humectées d'eau. Le gaz Mcide hydrosnlfurique exige pour sa combustion complète un volume et demi de gaz oxigène; il est converti en eau et en acide sulfureux ; le demi-volume du gaz oxigène sert à la formation de l'eau et l'autre volume entier de ce gaz à celle de l'acide sulfureux. Lorsqu'on fait passer pendant longtemps des étincelles électriques à travers le gaz acide liydrosulfurique, le soufre se dépose en totalité et le volume du gaz n'est pas changé; mais alors il est converti en gaz hydrogène pur. Lorsqu'on chauffe fortement du soufre dans le gaz hydrogène, il se forme de l'acide hydrosnlfurique, mais le gaz n'éprouve point d'altération dans son volume, d'où il résulte évidemment qu'il consiste en gaz hydrogène tenant du soufre en dissolution. Pour déterminer sa composition, il suffit de soustraire la pesanteur spécifique du gaz hydrogène de celle du gaz acide hydrosnlfurique, la différence sera le poids du soufre.

Pesanteur spécifique du gaz acide hydrosulfu-

rique 1,180

Idem. du gaz hydrogène «^,069

Soufre • 1,111

Ainsi le gaz acide hydrosulfurique est composé en poids de Soufre 1,111.... 2

Hydrogène .. 0,0694 .. . 0,1 25 ou d'im atome de soufre uni à un atome d'hydrogène.

L'orsqu'on mêle ensemble les gaz acide hydrosulfurique et acide sulfureux, ils se décomposent mutuellement, ainsi que Berthollel l'ohserva pour la première fois.

' Austin , Phil. Trans. T788, p. SSo. * Scîiétîe , on ^^ir and Fue. P. 199.

VII. Le soufre a la propriété de se combiner avec le carbone et de former un composé très-remarquable, quia été distingué par le nom de sulfure de carbone.

Ce furent Clément et Désormes qui, dans une suite d expériences qu'ils firent sur le charbon, observèrent les premiers les phénomènes qui ont lieu lorsque le soufre est mis en contact avec le charbon rouge de feu. Ces cliimistes opérèrent ainsi qu'il suif, ils remplirent de cbarbon un tube de porcelaine qu'ils firent traverser un fourneau, de manière que l'une des extrémités de ce tube était très-élevée relativement à l'autre; à l'extrémité la plus abaissée du tube de porcelaine était lutée une allonge de verre à laquelle s'adaptait un tube recourbé plongeant dans un flacon d'eau qui communiquait à la cuve pneumatique. A l'extrémité la plus élevée du tube do porcelaine était ajusté un tube de verre rempli de petits morceaux de soufre qu'on pouvait pousser dans le tube de porcelaine au moyen d'un fil de fer qui traversait un bouchon de Lege, fermant fautre extrémité du tube de verre où étaient les morceaux de soufre, pour empêcher toute communication avec l'air extérieur. Cet appareil étant ainsi disposé, on cbauffait au rouge le tube de porcelaine et par conséquent le cbarbon qui y était contenu-, on en maintient ainsi la chaleur jusqu'à ce qu'il ne se dégage plus rien du cbarbon; alors on introduit lentement, et morceau à morceau, le soufre dans le tube de porcelaine ; il passe dans l'allonge une substance qui va se condenser en un liquide dans l'eau du flacon \

Ce liquide fut obtenu, en 1796, par Lampadius, en distillant un mélange de pvriles et de charbon, et il en donna la description sous le nom ^alcool de soufre *. Des expériences faites depuis, et avec plus de détail, sur cette substance, lui donnèrent lieu de conclure qu'elle est un composé de soufre et dhydrogène ^; mais Clément et Désormes la considérèrent comme étant un composé de soufre et de charbon; et ils annoncèrent qu'en laissant ce liquide s'évaporer à l'air dans des vaisseaux ouverts, ii reste une portion de cbarbon. Berthollet fils, qui fit quelques expériences sur cette substance,

' Atin. de Chim. XLII , i56.

• CreU's Annals 1796, II, i36.

3 GeUleu's Journal. II, 19a.

Histoire.

33o COMBUSTIBLES SIMPLES.

adopta ropinion de Lampadius * : mais le sujet fut examiné de nouveau par Clusel % qui publia en i8i 2 une suite d'expériences très-iiitéressantes sur cette singulière liqueur. Berthollet, Thénard et Vauquelin, furent nommés par l'Institut de France pour examiner le mémoire de Clusel- ils répétèrent quelques-unes de ses expériences, et dans le rapport qu'ils firent à l'Institut sur ce mémoire de Clusel, ces chmiistes conclurent que le liquide dont il s'y agissait est un composé d'environ 0,1 5 de charbon et o,85 de soufre ^. ; peu de temps après , le professeur Berzelius et le docteur Marcet * publièrent sur ce même liquide nue série très-complète d'expériences, dont les résultats coïncidaient presqu'exactement avec ceux des chimistes français, et ne laissaient aucun doute sur la composition de ce hquide , qui ne contient aucune autre substance que du soufre et du charbon.

Propriéiés. Le soufre carburé , préparé par le procédé de Clément et Désormes,est d'abord d'un jaune verdàtre, ce qui est dû à un excès de soufre qu'il contient-, mais après l'avoir rectifié, en le distillant dans une cornue à une température qui n'excède pas 44° centigrades , on l'obtient à l'état de pureté.

Le soufre carbure pur est un liquide transparent et incolore comme l'eau. 8a saveur est acre, piquante, en quelque sorte aromatique; son odeur est nauséaboude et fétide , quoique tout-à-fait particulière. Sa pesanteur spécifique est , suivant Berzelius et INIarcet 1,272 ^; selon Clusel, i,263 ^. Sa force expansive , à la température de 198^ centigrades , est égale à la pression de 19 centimètres de mercure; de sorte que Tair auquel il est exposé à cette température serait dilaté d'environ un quart de son volume 7. Il bout vivement à une température entre 4o et 44° centigrades , et il ne se gèle pas à celle de — 5coceniiii rades. Ce liquide est undes plus volatiles connus, et il produit, par son évaporation, un plus i,nand tle^vù de froid que toute autre sulistance. En entourant la boule d'im thermomètre de fdasse de lin trempée d;jus ce

' "'•T»'inn'tre.s (VArcuril T , 'jso.^.

» Ann.aeChim. LXXXIV, 72, ll3.

î Jfjid. LXAXIIl , 252.

^ Piiil. Triins. i8i3, p. 17T.

5 J/,ut. p. 7.5.

^ Ann. de Chim. LXXXIV, 83.

J lifizclius cl Marcel; Phil. Trans. î8i3, p. 17^

liqiîirle , et en suspendant à l'air le thermomètre dans cet état , il baisse de i o*^ à — 32° centigrades ; si on introduit ce liquide sous le récipient d'une machine pneumatique où l'on fasse rapidement le vide , le thermomètre tombe en moins de deux minutes, à — 64*^ '.

Le soufre carburé prend feu à lair à une température qui excède à peine celle à laquelle le mercure entre en ébullition. Il brûle avec une flamme bleue, en répandant l'odeur d'acide sulfureux. Sa vapeur détone, l'orsqu étant mêlée avec le gaz oxigèue, on fait passer une étincelle électrique à travers le mélange; les produits sont des acides sulfureux et carbonique et de loxide de carbone, si loxigène est en petite j^roportiun ; mais lorsqu'elle est de six ou sept fois le volume de la vapeur du soufre carbjré, le carbone est converti en totalité en acide carbonique.

Le soufre carburé est à peine solubîe dans l'eau, mais il se dissout facilement dans l'alcool et l'éther. Ce dernier fluide peut prendre trois fois son volume de soufre carburé sans devenir trouble. Celte substance s'unit aisément avec le chlorure d'azote; elle empêche ceiiquidede détoner , lorsqu'il est en contact avec les huiles ou le jihosphore \

En faisant passer le soufre carburé liquide à travers du Composition. cuivre chauffé au rouge, il se combine avec ce métal, formant un carbo-sulfure de cuivre. C'est par ce moyen que BerthoUet, Thénard et Vauquelin parvinrent à reconnaître sa composition. Lorsqu'on le fait passer très-lentement à travers loxide rouge de fer, il est aussi décomposé et converti, partie en sulfure de fer, et partie en gaz acide sulfureux et acide carbonique. Berzelius employa ce procédé pour le décomposer, et il reconnut que ses parties constituantes sont :

Soufre 84,85 ioo,oo

Carbone. ... i5,i7 ^7i^9

Ce résultat coïncide de très-près avec celui des chimistes français. Mais nous avons trouvé qu'un atome d:^ soufre pèse :i, et un atome de carbone o,j6: en supposant donc ({no le soufre carburé est formé de deux atomes de soufre et

Mnrcct, PhiL Trans. i8t3, p. 1^1.

Berzelius et Marcct , PkU. Trans. i8i3, p. t;5.

d'un atonie de carbone, ses parties coDstituantes seraient : Soufre. ... 4 .... 84,21. ... loo Carbone. . . 0,75. . . . 15,79. • • • 18,75

Mais ces nombres se rapprochent tellement de Tanalyse de Bcrzelius, que nous pouvons les considérer comme exacts. Alors le soufre carburé liquide est , dans le fait, un bisulfure de carbone; il n'est pas invraisemblable qu'il puisseégalement se former un sulfure de carbone.

VIII. On n'a point encore reconnu de combinaison du soufre avec le bore et le silicium , et jusqu'à présent il n'a pas été fait d'expériences à ce sujet.

Le soufre se IX. Lc soufrc ct Ic phosphorc sc combinent facilement en-

cambine avec , .. %r r i i • r r, ii -

le phosphore, treux, aiusi que Margrat s en assura Je premier '. relletier examina et fit, depuis, avec beaucoup de soin, cette combinaison ^. Plusieurs observations intéressantes furent publiées par M. Accum, sur la formation de ce composé, et bientôt après le docteur Briggs expliqua, avec précision, les circonstances qui y donnent lieu. Le tout consiste à mêler ensemble les deux substances et à les chauffer assez pour les faire fondre , ainsi que Pelletier l'observa le premier. Le composé est d'un blanc jaunâtre avec apparence cristalline ^. On peut opérer la combinaison en cbauffant le mélange dans un tube de verre fermé de manière à le garantir de toute communication avec lair. Le sulfure de phosphore ainsi préparé est plus combustible que le phosphore. Si, après l'avoir allumé avec un lil métallique chaud, on le laisse brûler un peu, et qu'on l'éteigne ensuite eu interrompant tout accès de l'air, le phosphore, et peut-être le soufre, semblent êtreoxidés, et le mélange acquiert la propiriété de prendre feu spontanément dès qu'il a le contact de l'air ^.

On peut aussi obtenir la combinaison en introduisant les deux corps dans une cornue ou dans un flacon rempli d'eau, et en chauffant ensuite avec précaution et lentement. La combinaison de ces deux substances s'opère par degrés dès que

• OpUSC. I , TI.

» Journ. de Phys. XXXV, SSci.

^ Briggs , Nirholson. VI, 58.

^ Bvi-zs , ibul. VII, 58.

le phospbêre est fondu. Il est nécessaire de chauffer avec ménagement , parce que le sulfure de phosphore a la propriété de décomposer l'eau, comme l'avait observé Margraff, et ainsi que Pelletier s'en assura. L'effet de la décomposition s'accroît très-rapidement avec la température, une portion des deux combustibles étant convertie en acides , en s'unissant à l'oxigène; Ihydrogène , au moment où il se dégage, s'unit avec le soufre et le phosphore, et il en résulte des gaz sulfuré et phosphore. Ce dégagement , à la température de l'eau bouillante , est si rapide , qu'il donne heu à de violentes explosions.

Le sulfure de phosphore peut être distillé saus éprouver de décomposition. Ce fut en effet par distillation que Margraff l'obtint pour la première fois. Le soufre et le phosphore, en se combinant ensemble, acquièrent une très-grande tendance à passer à l'étal de liquidité ; et cette tendance est au maximum, lorsque les deux corps sont combinés en proportions égales. La table qui suit présente le résultat des expériences de Pelletier , sur les températures auxquelles les composés deviennent solides dans lunion des substances en proportions diverses *.

2,66 Phosphore.

se congèle à 25° centigrades.

> idcjn à i5o idem.

> idem à iqo idem.

> idem à 5o idem.

> idem à 12,22» idem.

> idem à 07,500 idem.

Il est probable, d'après les expériences de Pelletier , que la combinaison la plus intime du phosphore et du soufre

* Ann. de C!iim.

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