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Systême de dénominations topographiques pour les places, rues, quais, etc. de toutes les communes de la République /

Diverses pétitions, renvoyées à votre comité d’ins • truction publique , demandent un système régulier de de , nominations topographiques pour les places publiques, les rues, les quais et autres lieux principaux de toutes les communes de la République. Déjà celle de Paris s’en est

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UBRARY

occupée (»i) ; quelques-unes ont effectué des réformés totales ou partielles. Beaucoup d’autres attendent avec impatience un plan tracé par votre sagesse pour diriger leur zèle.

Si quelqu’un prétendoit que l’objet est trop minutieux pour occuper le législateur , nous l’inviterions à réfléchir sur les considérations suivantes :

1°. Beaucoup de dénominations topographiques sont insignifiantes, barbares (i) , trop longues, ridicules (3) ou même malhonnêtes , ce qui forme un contraste avec la décence républicaine.

2°. D’autres sont des noms patronimiques, dont quelques-uns ont été gravés par l’estime, mais la plupart par l’adulation et l’esclavage.

30. Des hôtels de ci-devant grands seigneurs, dont le faste insuitoit à la chaumière du pauvre, a voient communiqué leurs noms à des rues, à des quartiers.

4?. D’autres avoient emprunté leurs noms d’étabüssemens monastiques, judiciaires ou féodaux actuellement supprimés, et dont le souvenir n’est que celui de nos malheurs.

50. Un événement signalé (:t)’, une singularité plaisante, un genre de métier plus" remarquable , soit par la nature du travail, soit par le nombre d’ouvriers , sont des causes qui ont souvent déterminé les noms de certaines rues.

Un très - grand nombre avoit pris -des noms d’enseignes connues dans le voisinage ; (5) et remarquez que la plupart de ces enseignes étoient au chariot d’or 3 au lion - d’or , au soleil d’or, — x trois rois , au grand moharque j &c.-, en sorts quelles ofFroient par -tout 1er»-

prcintc de la cupidité ou celle du despotisme. Cette observation ne sera pas dédaignée par le philosophe qui'* calculant les degrés d’altération dans les principes et les mœurs, sait que les noms font beaucoup aux choses-, que, suivant leur nature, ils servent de ralliement au patriotisme, aux vertus, aux erreurs, aux factions. L’histoire dépose que, dans tous les siècles , on a vu , d’un côté, des peuples se quereller, s’égorger pour des mots , et de l’autre, des mots enfanter des actions héroïaues* ainsi la dénomination de Carmagnole que porte une de nos frégates, ajoute à la gaieté et au courage des marins qui la montent.

£°r Enfin un abus fréquent dans lesgran des communes, c’es* d’avoir donné plusieurs noms aux diverses sections d’une rue entrecoupée par d’autres , ou d’avoir donné le même nom à des rues différentes ( 6 ). H en résulte des erreurs fâcheuses pour les étrangers, et beaucoup de lettres, dont l’adresse n’est pas précise, ne parviennent que difficilement ou ne parviennent jamais à leur destination.

Les réflexions précédentes s’appliquent également aux dénominations * des diverfes localités , dans la banlieue de chaque commune.

Quana on reconstruit un gouvernement à neuf, aucun abus ne doit échapper a la faux réformatrice -5 on doit tout républieaniscr. La vente des domaines nationaux , et i etabliiTetnent du nouvel ordre de choses , amènent d heureux changemcns dans l’organisation matérielle d’un allez grand nombre de communes. On y perce des rues nouvelles, en alignant, en déblayant d autres-rues où l’épidémie avoit en quelque sorte/ fixé Sa de meyre. Lt patriotisme* commande un changement de dénominations, et beaucoup de citoyens appellent vos regards sur cet objet. Leur abandonnerez-vous ce travail ,

qui éprouverait alors de l’incohérence et des lenteurs inévitables ? Bailleurs, depuis quelque temps , une foule de gens, pour qui tout est manie, ou qui ne voient k bien que dans les excès, proposent de travestir toutes les dénominations de manière à dérouter la mémoire, à introduire la confusion dans les travaux de l’administration. H faut donc qu’une raison calme règle ce mouvement , ensorte qu’il n’en résulte aucune difïonance dans les opérations du gouvernement. Et pourquoi le législateur ne saisirait r il pas cette occasion d’établir un système combiné de nomenclatures républicaines , dont l’histoire d’aucun peuple noffre le modèle ?

D’après ces principes, j’ai cru devoir vous soumettre un plan régulier qui retracera par-tout des noms et des emblèmes capables de donner un exercice utile à l’esprit, d’agir sur le cœur, et d’aviver le patriotisme. Il présentera de plus 1 avantage multiplie de faciliter le service de la poste, les mouvemens du commerce, les recherches des voyageurs , l’exercice de la police et l’assiette des contributions.

Le peuple est tout, tout doit sc faire pour le peuple. C’est sur-tout dans certains régîemcns de détail que se manifeste la sollicitude paternelle du gouvernement envers les citoyens, ôc fa philanthropie envers les étrangers. Ainsi une loi d’Athènes prescnvoit.de montrer le chemin aux voyageurs : celui qui l’enfrcignoit subiffoit la même peine que s’il eut manqué à l’hospitalité \ onisdevouoit a la malédiction publique (7). Le même réglement sc trouve dans les statuts du pays de Va.u A*, mais au lieu de faire payer une amende de cinq Serins à ceux qui le violent (S) , n eût-il pas été plus politique , plus moral , de leur infligé* une peine d’opinion ?

Ainsi, dans quelques contrées de la SuifTe , le long

des chemins , on trouve , à des distances, déterminées , des bancs de deux hauteurs différentes , et appropriés de manière que le piéton chargé d’une hotte ou d’un sac, peut choisir deux positions pou* se reposer.

Ainsi, dans quelques-uns de nos départemens , le nom de la commune est marqué aux principales entrées j des poteaux , placés a la bifurcation des chemins , évitent des erreurs aux voyageurs -, des arbres placés le long des routes , lui fo limaient un abri contre la pluie , un ombrage contre la chaleur ; ils marquent d’une manière précise les limites des propriétés, empêchent la cupidité d’envahir le terrein commun , conservent les talus des bennes, et préparent une redoutes à la République 7 dont les forêts sont dévastées. Bientôt , sans doute , vous étendrez dans toute la France , aux chemins vicinaux comme aux grandes routes , ces mesures qui embeîiiiîent un pavs , qui aident à la circulation , et partant , concourent au bonheur des citoyens.

La nouveauté' du sujet m’invîtok à faire une excursion littéraire dans 1 histoire des autres peuples : je vais détacher de mes recherches quelques faits propres à pw quer la curiosité.

Dans une ville grecque, on' étoit sûr de trouver quatre choses , des temples , des théâtres , des bofquets , des portiques. A Sparte , on remarquoit le portique des />rfes , ainsi nommé parce qu’on y avoit r«pré$enté la défaite de l’armée» de Xcrxès (?),

Olvmpie , en Eiide , avoit une rue àu’ Silence (10).

Athènes avoit une porte nommée sépulcrale , parce eue lesconvois funèbres y padoient; car dn inhumoit hors de l’enceinte des villes , et dans l’antiquité l’on ne connok guère

que Sparte où les tombeaux, placés dans le séjour des vivans , en hâtoient la destruction.

La place Pompéien étoit ainsi appelée , parce que de là partoiem les cortèges des • jeunes biles et des jeunes Igarçons pour se rendre aux fêtes du voisinage.

Les trépieds étoîent chez les Grecs des symboles de a victoire ou des monumens votifs. Athènes en avoit un dépôt dans une rue qui en avoit pris le nom; elle avoit aussi les rues des étrangers , des ennemis , des faifeurs de cajfettes , des fourmis *, etc.

Athènes étoit y comme Paris, divisée par sections, appelées Corné ; chacune veilloit à sa propre police, sous U surveillance d’une autorité centrale.

Hâtons-nous d’observer que les deux principales promenades d’Athènes étoient les Tuileries ou Céramiques , ainsi nommées, parce quançiennement on y faisoit des tuiles, comme aux Tuileries de Paris dans les trezième et quatorzième siècles.

Il y avoit deux Céramiques ou Tuileries , Tune dans l’enceinte, l’autre hors des murs de la ville. Dans le Céramique externe, Platon enseignoit la philosophie; on y révéroit les monumens de& héros morts en défendant la patrie , excepté de ceux qui avoient- péri aux Thçrmopiles et à Marathon ; ceux-ci avoient été inhumés dans les lieux témoins de leur valeur.

Les Tuileries situées dans la ville , -et qui donnoient leur nom à Fane des sections d’Athènes , présentent un rapprochement d’une singularité piquante.

Là étoit le palais national de î 'aréopage., composé de

çinq cents représentai du peuple athénien , qui , pen~

dant une année , exerçoient les fonctions de séna*teurs (ii).

Là étoit déposé le» code des lois , 1 acte constitutionnel-de la République.

Là on montroit la place où s’étojt opérée la révolulution du pays.

Âristogiton, que Thucidide et Lucien nous peignent comme le plus pauvre et le plus vertueux de ses concitoyens, c'est-à-dire , comme un vrai sens-culotte , de concert avec son ami Harmodius, tua Le Capet d’Athènes , le tyran Hypp arque, digne fils.de Pisistrate , qui avoit à-peu-près lage et la scélératesse de celui que nous avons exterminé..

Ce même jour Harmodius, qui, d’après les détails que nous donne l’histoire, paroît avoir été de la caste privilégiée des Eupatrides , mais cependant patriote, fut, comme Lepeletier , assassiné le même jour, pour avoir concouru à la destruction du tyran 5 et la royauté fut abolie dans Athènes à peu-près à la même époque qu’à Rome.

Toute la . race des Pisistratides ( les Bourbons d’Athènes) fut chassée du territoire de la République. Hyppi&s , frère du tyran mis à mort , accompagné de quelques émigrés , traîna sa vie errante à Sigée, à Lampsaque ; il s unit ensuite aux Perses pour faire la guerre aux Athéniens , jusqu’à ce qu’il périt à Marathon , suivant les uns, à Lemnos , suivant les autres.

On me pardonnera sans doute une digression sur cette correspondance etonnante de noms et d’événemens arrivés il y a 2.3 siccles , à 400 lieues d’ici. J’ajoute un mot.

Le nom seul, des Pisistratides éveilloit une sainte fureur

dans famé des Athéniens *, ils ne cessoient d’en rappeler l’exécrable mémoire à leurs enfans , en leur retraçant les maux que cette famille leur avoit causés ( 1 2). Ces senti-* mens étoiem peints avec énergie dans les hymnes destinés aux jeux et aux fêtes publiques. Une foule de chansons dont il nqus .reste des fragmens , célébroient Harmodius et Aristogiton , comine chez nous on célèbre les martyrs de la liberté (13). Le génie des arts prodigua aux Tuileries d’Athènes ^es chefs - d’œuvre et sa magnificence , surtout dans les portiques, pour lesquels les Grecs avoiént un goût passionné. On y plaça successivement les portraits des grands hommes , législateurs , écrivains , guerriers et tyrannicides. Le peuple y fit ériger en bronze celles de ses deux libérateurs’, elles attestoient le génie de Praxitelle , la reconnoissance nationale et la haine de la royauté (14).

Sous le règne de l’égalité , Athènes s’éleva au faîte du bonheur j mais dans la suite des siècles , elle subit le joug. Ici la comparaison n’a plus lieu ; les Athéniens n’étoient pas des Français.

Rome , divisée successivement en trois régions par Romulus , en quatre par Servius-Tuîlius, puis en quatorze par le tyran Auguste (15}? avoit line immensité de temples , de basiliques , de théâtres , de fontaines , de thermes, d’obélisques et d’autres mohumens publics, dont quelquesuns ont bravé les siècles et commandent encore l’admiration.

Le mot à’ile > hisula , indiquoît une sorte de division sur l’étendue de laquelle les érudits ne sont point d’accord ( 1 6), Quoi qu’il en soit , l’architecture moderne emploie ce mot pour désigner un espace bâti et environné de rues , et actuellement encore plusieurs dé nos communes du midi ; telles qu’Avignon , Chambéri, Nice et le Port d& la Montagne , sont encore divisées par îles.

Quelques rues de Rome portoient des noms bizarres, telles que celles des Poules blanches , des Sandales et de P Ours coiffé d’un bonnet (17). Cette Ville, ainsi qu’Athcnes, avoit une rue d^crée.pour aller au temple , une rue de la Propreté , une de Y Honneur et de la Vertu. Quelques noms étoient commémoratifs , tels que celui de voie Scélérate \ c’étoit la rue où l'infâme Tullie avoit fait passer son char sur le corps sanglant de son pcre , dont elle avoit provoqué le meurtre. Le Tigillum Sororium rappeloit le lieu où le dernier- des' Horaccs , après la défaite des Curiaces , avoit tué sa sœur , et n’avoit obtenu sa grâce qu’après avoir passé sous le Tigillum ( 1 S ).

Dans Rome moderne -se conserve un nom cher à des Républicains. Le faubourg de Transtevtre est le frère du. faubourg Saint- Antoine. Les Transteverains , qui se prétendent les vrais descendans des Romains, ont conservé la sève républicaine , et c’est-là sans doute que le volcan de la liberté fera son éruption , quand cette cité releve'ra son fjont humilié.

. D’après les descriptions données par les voyageurs , il paroù que dans aucune .ville du globe on n’a suivi un plan systématique pour les dénominations des rues et des places publiques. Leur adoption a été déterminée par le hasard, la. flatterie , les établissemens publics , leur destin nation , et par des circonstances accidentelles : ainsi , à Pékin , on trouve la rue des parens de l’empereur , celle des Lions de fer , de l’Eau-de-vie , du Poisson fec9 etc. (iy). À Bagdad ,. on cite comme les plus remarquables , la rue des Barmècides (20), et celle de • la Grande- Mosquée d*Â aron-Rasch id. ^

Àt 1 Cap-Français , plusieurs dénominations sont identiques avec celles de Paris,

A Philadelphie , les Quakers ont imprimé jusques dans la désignation -des rues leur caractère de gravité. Elles sont indiquées, pour la plupart , les unes par un simple numéro , les autres par des noms de plantes. Ceci rap~ • pelle que , dans quelques villes du Nord , les maisons même «ont distinguées par des traits d’histoire naturelle peints sur Iss murailles ( 21 ).

Il résulte des observations précédentes, que nous traitons un sujet absolument neuf : voici les principes sur lesquels nous nous sommes fixés, ils seront immédiatement suivis de l'application.

i°. Des dénominations topographiques doivent être courtes ( 22) , et s’il est possible, sonores , pour la facilité du langage , la rapidité de la phrase , et l'intérêt même, de la poésie et de l’oreille : en étendant ces principes, sans doute on vous proposera, pour les dénominations des communes, le retranchement des articles qui rendent le discours traînant-, et pourquoi ne pas dire , les départent ens Dordogne y Seine-Oise , Seine-Marne ; lescommunes Montagne- bon- Air , Fort-Montagne , etc. ?

2®. Un système de nomenclature doit avoir un caractère d’utilité qui atteigne l’esprit -ou le cœur; chaque nom doit être le véhicule dune pensée , ou plutôt encore d’un sentiment qui rappelle .aux citoyens leurs droits et leurs devoirs , qui resserre les liens de la fra-^ ternité , et fortifie l’amour de la liberté.

Divers systèmes sont proposés; le premier est, à quelques modifications près , celui que Teisserenc développa, dans sa géographie parisienne imprimée en 1754.

Prenons une commune quelconque , Paris , si bon vour semble ; appliquons sur le plan de cette commune , la, carte géographique de la Franc® , en faisant corrsspon-

dre les points cardinaux -, après nous être orientés de la sorte , partons du centre de cette Commune , et dirigeant notre vue à vol d oiseau , donnons aux rues des noms d’autres Communes de la République , en noi^ conformant toujours aui changemens de* noms que ces communes pourraient éprouver -y enfin répartissons ces dénominations d’une manière qui ait , autant que les localités le permettent % quelque correspondance de situation et de distance avec les communes dont nous empruntons les noms , et dont la distance sera jointe à i’écnteau.

Les culs-de-sac à qui nous rendrons leur antique dénomination d'impasse , qomme le désirait Voltaire, à moins qu’on ne préfère celle d’Angiport dérivée .du latin, porteront les noms des communes du département ou du voisinage.

On voit à Batavia quelque chose d’analogue à ce système: les vingt -deux bastions qui la défendent portent chacun un nom d’une ville ou province de la Hollande. (23)

Dans cette distribution , l’on a l’abrégé de la France * et le voyageur arrivé dans une ville qu’il ne connoitpas, saisit, à l’instant le fii qui doit, le diriger.

Si l’on adopte ce système , on y joindra sans doute quelques dénominations de nos colonies que la révolution doit attacher plus étroitement à la mère -patrie. Peut-être même* la politique et la fraternité admettront-elles quelques noms étrangers. Quand les citoyens de Nancy .ont lait une rue des Etats r Unis , c’étôit indubitablement pour resserrer les liens de l’amitié avec les Américains.

L ambition d’une fcélérate qui a les mains teintes du sang de son mari qu’elle a étranglé , çt des peuple* quelle a égorgés , îa Czarine.a nommé une des portes de Cherson , la Porte de Constantinople : sanctifions cette

idée ; de la cime du capitole , Rome îanço'it par-delà les mers les regards menaçans sur Carthage ; rappelons-nous, ce fait , et que la vengeance nationale inscrive -à feutrée de nos principales communes , Porte d£ Londres*

Si au lieu d’emprunter des noms de communes , on veut ceux des districts , des départemens , ou même des noms d’autres pays , l’opération est la même , soit Ên substituant à la carte de France une carte de l’Europe , soit en se plaçant sur un globe ou sur un planisphère.

On objectera peut-être contre ce système que l’identité des dénominations s’altérera par le laps des siècles qui dévorent les hommes , les villes et les empires ; puisque l’ancienne géographie est presque entièrement changée, et qu’environ trente mille villes ont disparu du globe. Tel est effectivement le sort de la plupart des choses humaines ; mais s’il n’est pas en notre pouvoir d’éterniser les ouvrages de nos mains ; sachons nous contenter d’une durée qui correspond à l’existence fugitive * d’une foule de générations.

Préfère-t-on des dénominations empruntées de chose* qui parleur nature soient invariables? L’agriculture , le commerce , les arts et métiers., sur tout les vertus et la révolution , sent des sources abondantes où l’on peut puiser. Dans un pays que la nature, les convenances et la politique ont destiné particulièrement à devenir cultivateur et manufacturier, telles de nos communes auraient, par exemple , la place de X agriculture. Ce serait un centre dont les rues seroient les rayons; elles rappelleraient la charrue , le versoïr. la herse , le fléau , le rouleau , la gerùe * etc.

Toutes les rues aboutissantes à la place du commerce en retraceraient' par leurs dénominations les attributs.

Les métiers , les manufactures -, les sciences, telîes que l'astronomie, les mathématiques , l'art nautique , la botanique, &rc. -, les beaux arts comme la peinture , la musique., l’éloquence , la poésie , présentent encore la perspective d’une foule de combinaisons par lesquelles , autour d’une idée mère , d’une idée génératrice , on grouperoit les idée| accessoires, qui dans l’ordre des choses en seroient une émanation , une dépendance..

Si aux rapports tirés des objets physiques, on veut substituer des rapports résultans d’objets moraux , donnons à une place le nom d’une vertu principale ^ les vertus les plus connexes à celle-là communiqueront leurs noms aux rues adjacentes.

A la place de la Justice aboutiront les rues de la Sévérité , de Y Impartialité , de la Loi , etc. (24)

Autour de l'Humanité seront reparties la Bienveillance, Y Hospitalité , la Générosité , la Bonne- Foi , etc.

La Piété - Filiale sera le nom d’une rue parallèle à celle de V Amour- Maternel ; la rue de l'Amitié à celle de la Constance \ les mes du Travail , de la Frugalité , à celle de la Santé \ la rue des Bienfaits à celle de la* Reconnaissance.

Mais , dit-on , le but moral sera manqué , parce que ces dénominations devenues trop familières 12’auront plus de prise sur le cœur.

On peut rétorquer cet argument contre tous les systèmes , et dès-lors il est nul^ avec de telles objections on nous conduiroit à supprimer les emblèmes de la liberté , que nous devons au contraire multiplier. L’amour grave par -tout le nom et les traits de l’objet qu’il chérit. .

Un fait précieux vient à l’appui de Cette . réponse* Dans les villes, les bourgades', et sur les routes de l’Atti'que, de distance en distance étoient placés des Hermès qui indiquoient les routes (35), 'et sur lesquels on avoit inscrit des sentences -, ensorte que , suivant Platon , en parcourant cette contrée , on pouvoir faire un cours de morale. " •

Affiirément cette multiplicité les rendoit très-familières -, et cependant, des écrivains nous disent que tel Athénien qui étoit tenté de faire une action lâche , en et oit sou* vent détourné par une maxime , par un mot qu il lisoit sur sa route à l’ombre d un olivier ou dWciprcs (16). On ne peut établir une exacte parité entre les objets que nous comparons ; mais il est possible que l’aspect ou" le souvenir d’un mot qui retrace par exemple la générosité, amorti lie dans un cœur ulcéré le désir de la vengeance. Peut-être Verroit-on quelquefois des parens conduire , en présence du public, des enfans coupables, sur les places, dans les rues des vertus opposées aux fautes qu’ils auxoient commises , et par l’accent du sentiment et de la raison , créer les remords dans leurs cœurs. Ne craignons pas de parier aux sens en multipliant les emblèmes de la morale j nous n’aurons jamais trop de vertus.

Dans les faits immortels de notre révolution , dans nos succès, nous trouverons des sujets pour embellir toutes les places. Leurs dénominations, combinées avec celle! des rues adjacentes , formeront un abrégé historique. Pourquoi la place des Piques ne seroit-elîe pas avoisinée par les rues du patriotifme , du courage , du 1 o août , du jeu de paume , etc.? N’est-il pas naturel que de la placé de la' Révolution on aborde la rue de la Coiifiitutïon , qui conduiroit à celle du Bonheur, Je voudrois que tout ce que la nature , les vertus et la liberté ont de plus grand , de plus sublime , servît à dénommer les rues par lesquel-

!e? on arriverait à la place de lu Souveraineté, ou à celle des Sans- Culottes,

Ce système de dénomination ameneroit des allusions heureuses, des réflexions touchantes , lorsque de nombreux • afTemblemens , lorsque des fêtes civiques fourniraient aux magistrats l'occasion de haranguer les citoyens *, car les oms qui se lient à de grands événemens , qui en retrait le souvenir * comme les lieu : qui en ont été le théâe , ont quelquefois une force magique , parce que orgueil national , aussi louable que l’orgueil individuel st blâmable , identifie les hommes avec (es faits célèbres e leurs aïeux, dont ils veulent partager la gloire.

, Quand on traverse le lac de Lucerne , les bateliers tisses montrent avec enthousiasme aux étrangers la chapelle de Guillaume Tell. Rappelez-vous ces mariniers 'recs qui , à l’approche de Tencdos , disaient à des , oyageurs français , il y a quelques années : C'ejl là que notre flotte s'arrêta. — - Quelle flotte ? — Celle qui portolt :os guerriers au siège de Troie. Ainfi les Grecs , avilis enorgueillissent encore des exploits de leur nation à la date le trois mille ans -, ainsi , sur les monts Taygètes , les Maiotes ont conservé le goût indomptable de la liberté *, ‘ils .ont , pour ainsi dire , les gardiens du feu sacré , et caüionnent à la postérité la résurrection des Spartiates leurs mcêtres.

Si la simple tradition des événemens produit de tels ïFets , on sent combien il peut être utile d’en perpétuel; 2 souvenir , soit par des monumeas , soit par des dénonciations historiques qui retracent les vertus des citoyens et les crimes des despotes , pour inspirer l’amour de celles-là et l'horreur de ceux ci. Le champ du Mensonge, entre Bâle et Colmar, doit conserver son nom, il rappelle qu’en 83 3 , les enfans de Louis à qui l’on a donné

îô sobriquet de Débonnaire , réunis à leur père, sous prétexte de se réconcilier avec lui , débauchèrent ses troupes 9 qui passèrent dans le camp de Lothaire. Ce souvenir amène naturellement la comparaison d’une assemblés de brigands couronnés et des cavernes de Gilblas.

En partant du même principe , mais dans un. sens opposé , on conservera quelques dénominations qui , én rappelant des vertus , peuvent en enfanter de nouvelles* Peut-être auroit-on dû substituer, au nom de la rue Beti\y , où l’amiral Coligny fut tué , le nom d’un homme qui, le premier , avoit formé le projet deriger- la France en République.

Ceci conduit à examiner s’il ne seroit pas utile de donner à des places, à desYnonumens publics , des noms d’hommes distingués , soit de ceux que cette commune auroit vu naître dans son sein , soit de philosophes , de républicains célèbres, dont les fastes historiques ont consacré la mémoire , et qui sont révérés des peuples libres. Déjà quelques communes ont réalisé cette idée. A Nancy ^ on trouve la rue Sidney et la rue Callot j ce graveur en étoit originaire.

Quels noms à citer que ceux de Brunis , Scevoîa , Phocion, Guillaumme -Tell , Melchtal , StoufFaçher Winckeîried, Hampden, Pym , Miltqn^W aren, Locke, Barne veît, Hotman et Franklin. Il est deux noms qui ne sont guères connus que des érudits , mais qu’il faut arracher à l’oubli le plus injuste pour les présenter avec éclat à la postérité. Ce sont Languet , l’auteur des Vindiciæ contrà Tyrannos , mort il y a 21 2. ans , et Alleyn , qui , à la fin du siècle dernier, écrivit pour prouver le droit de tuer les tyrans.

Sans doute , les hommes comparés aux choses ne sont

rien

rien , et l’idolâtrie envers un individu est aussi impolitique qu’immorale; mais puisque l’amour delà cioirc est indestructible , tâchons d’en diriger les* élans au profit de la patrie.

^L'homme aime à plonger dans l’avenir; et tel qui eut enfoui ses talens , fera faire un pas à la raison parce qu il aura conçu l'espoir qu’un jour son nom scroit gravé par la main de la reconnoissance.

Cette distinction , à la vérité , ne doit s’accorder qu’à ceux sur lesquels 1 opinion publique a prononcé d’une manière définitive. Si les Français , moins précipités- dans leurs jugemens, avoient su se défendre de i’engouement poiir Mirabeau , ils se seroient épargné le désagrément de faire à son égard un mouvement rétrograde. Il ne faut s'attacher qu’à ceux qui ont subi le scrutin épuratoire de la postérité.

En -supposai qu’une place fût pommée SaUmine cm. Marathon , près de là on liroit avec intérêt les noms des plus fameux Républicains de la Grèce, Thémistocle , Cynegire , etc.

A Chambéry on ne seroit pas surpris de trouver une rue des Charmettes , qui rappelleroit la solitude habitée par Jean -Jacques (27).

Autour de Descartes, dont vous honorez la cend-c, se réuniraient Fermât, Montaigne, Pafcfi, Mallebranche ’ Corneille. Olivier de Serres qui fut le père de fagncuL ture en France^, et Palissy qui profelTa. la chimie dans te lieu même où vous tenez \os séances.

Dans la forêt d’Ermenonville, un édifice commencé en j f" hommes offre quelques noms illuftres sur des colonnes en pied ; d’autres colonnes tail.

Sy/témc de dénominations , &c.par Grégoire. B

iS

lées attendent îa main du génie , et portent cette inscription : Qui ï achèvera l ,

Les grandes communes, en réalisant un système de dénominations , réserveraient peut-être quelques rues sous la simple indication d’un numéro, à côté duquel on liroit : qui la nommera ? Ce seroit l’annonce d’une espèce de concours ouvert aux talens et aux venus, et ces idées sont dignes d’un peuple libre

Actue lement réunissons dans un tableau raccourci la série de nos idées. - .. r,

ï°. Les dénominations peuvent être géographiques , historiques,. révolutionnaires, ou empruntées des Vertus, de l’agriculture, du commerce, des sciences , des arts, et des homme* qui les ont illustrés. Telle commune n’a qu’une rive , mais la plupart se subdivisent en hameaux quand la population est très - disséminée , ou forment des mes quand elle est tr^s-rapprocbée; Quel cme’ soit le système auquel on s'attachera , peut-être seroit-il bon que 5 dans toutes les communes qui en sont susceptibles, les- quatre- mes principales des extrémités fussent dénommées d’après la manière- dont elles sont orientées : rues àu-Nori , du Midi , du levant } du Couchant . Un ou plusieurs points centraux déterminés , soit par les places, soif par les monumens publics , auront chacun un nom qui présentera une' des- idées les plus saillante^ du système qu’on aura choisi ♦, les rues adjacentes , les carrefours, faubourgs , portes, .ponts, quais, balles * marchés , hôpitaux , aqueducs , fontaines ji abreuvoirs , cours? promenades , etc. auront des noms qui etabhsr sent une sorte d affinité avec ceux des points-j princi- Le tout alors présentera un ensemble tel que, pette première .dénomination étant connue, Fesprit soit conduit par la filiation des idées, à concevoir sur-le-champ queues

doivent être les dénominations du fécond, du troisième ordre , et que lorsqu’un homme ne connoîtra pas les localités, il lui soit plus facile de se diriger vers les points où ses affaires l’appellent.

2e. Aux principales entrées de chaque commune , une inscription en indiquera ie nom , celui des chefs-lieux de canton, de district, de département, et la distance de la commune la plus voisine.

3°. L’inscription de chaque rue présentera en même temps , ( si l’on emprunte le nom dune commune , ) la distance de cette commune elle nom de la section, dans les communes susceptibles de cette division.

4°. Chaque maison sera numérotée.:

5 . Les divers cantons de la banlieue seront également dénommés d’après un système quelconque.

6°. Aux bifurcations des routes et des chemins viçinaih: , on placera des poteaux indicatifs des lieux * auxquels ces chemins aboutissent.

7°. Les changemens seront arrêtés par le conseil général de la commune, d’après le vœu manifesté des Citoyens.

8°. Les dépenses seront aux frais de la commune.

9°. IJ sera dressé procès-verbal des changemens, pour être dépose dans les archives de la commune.

îo . La municipalité veillera a ce que les enseignes de toute espece soient écrites d’une manière correcte et ne iiu liment rien de contraire aux principes de l’égalité e^ de la liberté. A A ô

L effet d une méthode symétrique pour les dénominatioiîs topographiques, sera, comme nous lavons au-

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nonce , de faciliter les recherches des voyageurs , la surveillance de la police , l’action du commerce, l’assiette des contributions , et même la confection du cadastre et d’un grand livre des propriétés nationales, dont le changement que nous proposons doit précéder le travail définitif ; d’ailleurs ce rapprochement dans certaines formes, ne peut que resserrer le faisceau de l’unité républicaine.

Quel que soit le système qu’on adoptera, il doit être invariable ^ car enfin ces changemens répétés de dénominations, sur-tout pour les sections de Paris, peuvent établir , dans les actes privés et publics , une confusion capable d’occasionner des procès et d’obscurcir des faits importans.

Si la plupart des grandes communes tiennent à l’uniformité rigoureuse d’un système, il faudra sé résoudre à quelques sacrifices. Ainsi, dans l’hypothèse que Paris adoptât un plan géographique , les rues de Lille et de Thicnvdle céderoient à d’autres mieux orientées Içurs noms qui 'se teplaceroient ailleurs.

Mais il est possible qu’une commune ait des motifs plausibles pour désirer le maintien de certaines dénominations de lieux qui ont été la scène d’un événement mémorable , qui ont été le berceau ou l’asyle d un grand homme , &:c.

Et pourquoi s’asservir à un système exclusif, dont l’exécution, répétée dans quarante- quatre mille communes, 'établirait une fatigante monotonie ? il subiroit d’ailleurs d’inévitables changemens à mesure qu’on peïceroit des rues nouvelles ; et dans une commune telle que Paris , qui a neuf cenfis rues , le besoin de la variété est plus sensible.

Chaque commune aîmeroit à choisir le fplan Iç plus

analogue à sa situation locale , aux productions de son sol * à l’industrie et aux mœurs de ses habitans. Une place de guerre , un port de mer , une population agricole ou commerçante, auront à cet égard des vues différentes. Au lieu d’un système unique, laissons donc à l’esprit, au goût , au sentiment, la {acuité de choisir entre ceux que l’on propose, d’en combiner les élémens , d’en féconder les principes , de les approprier aux localités , çt d’en assortir les résultats de la maniéré la plus avantageuse.

^ Qu il nous suffise de proposer aux citoyens des projets d une exécution facile , peu dispendieuse , dont le but est vraiment moral , vraiment patriotique , et pour l’exécution , comptez sur un peuple sensible , qui obéit à la voix de là patrie , avec autant de zèle lorsqu’elle invite que lorsqu’elle commande.

En conséquence , votre comité vous propose de dé « créter seulement :

Que la présente instruction sera envoyée à toutes les communes de la République , avec invitation- à s y conformer.

Sys t émc de dénominations > Gc. par Grégoire . B 3

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