II
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{02 SYSTÈME DE GHAPHOLOGIE
c'est ainsi : tellement la main obéit au mouvement cérébral.
D. Les natures portées à la défiance d'elles mèmes^ peu ardentes, peu courageuses, craignant toujours Tinsuccès, voyant dans une entreprise tout ce qui peut la faire échouer, tremblant devant les obstacles, les natures portées à la tristesse^ à de secrètes mélancolies, sous le poids du chagrin, au moment de la perte douloureuse de ceux qui leur sont chers, prennent dans leur écriture la direction de la ligne descendante.
Physiologiquement, quand Vkme s'aflfaisse, la main n'a plus le mouvement vif, ardent, ascensionnel. Le moral plie, l'âme a dépensé toutes ses forces. L'organisme cède à son tour. Il y a moins de fluide nerveux mis en activité; le mouvement rétractile se produit; la main est débilitée ^ et s'affaisse.
J'ai remarqué ce phénomène sur les lettres des perfe ' sonnes qui ont à annoncer la mort d'un père, d'une mère,
d'un enfant. Lors même que ces personnes écrivent habituellement en ligne droite, les lignes où elles annoncent la fatale nouvelle sont particulièrement descendantes.
L'écriture descendante se remarque surtout chez les personnes placées dans une situation en quelque sorte fatale, où il y a à craindre de grands effondrements poUtiques, où les luttes de chaque jour, au sein d'une nation agitée, semblent préparer à courte échéance le dernier cataclysme.
J'ai donné improprement à ces écritures le nom d'ccritures fatales, parce qu'il n'y a pas de fatalité, dans le sens antique, dans le sens rigoureux du mot. Seulement il y a fatalité, dans un sens plus large, lorsque les situations se trouvent telles que l'effort individuel est impuissant, et que nous avons à supporter des déchéances inévitâJ)les, soit que nous ayons contribué à les préparer, soit qu'elles tiennent à cette logique inflexible des événements, laquelle, dans la vie des grands peuples comme dans la vie des simples familles, amène les catastrophes.
L'écnture alors dit très-nettement ces situationsfatales :
STSTÈME D£ GRAPHOLOGIB i03
elle descend. On se sent sur le bord d'un abîme, et, malgré soi, le pied glisse.
La lettre si curieuse que Timpératrice Eugénie écrivit à Napoléon III, dans son voyage à Tlstlime de Suez (i), est toute en lignes descendantes. Elle est écrite sous la préoccupation des tristesses politiques, a Je suis persuadée qu'on ne fait pas deux fois, dans le même règne, des coups aétat.sSes illusions à elle-même, comme femme, se sont envolées, a De tout ce qui, dans ma vie, a terni les belles couleurs de mes illusions^ je né veux plus en entrenir le
souyenir; ma vie est finie » Dans un telétat deTâme,
avec de tels pressentiments, on est dans la voie desceudante, dans la voie fatale; les ailes de Tespérance n^y sont plus, et Ton arrive à la chute. L'écriture rend tout cela. J'ai par centaines, des lettres écrites ainsi sous la pression d une fatalité h laquelle on sent que Ton ne peut échajpper. C'est la tête du mourant qui s'afiaisse sur sa poitrine^ pour ne se relever jamais.
E. Il y a des natures qui faiblissent d'abord devant les obstacles, qui plient un moment sous la difficulté, mais qui, par ime réaction puissante, reprennent courage, remontent à flot, comme on dit^ et suivent la voie ascendante. Leur écriture descendante d'abord dit l'hésitation, l'écrasement momentané de l'àme, son impuissance actuelle. Mais la plume prend bientôt le mouvement opposé, les mots tendent à remonter, et la ligne se termine dans la hauteur avec le sentiment; du triomphe. Cette forme d'écriture curviligne est fort étrange.
F. Il en est de même du mouvement opposé. Il y a des hommes d'abord pleins d'ardeur et de feu, mais qui ne sont pas à la hauteur de leurs entreprises, ou que des causes de force majeure viennent arrêter dans tout le développement de leur énergie. Devant cette impuissance constatée, l'&me s'incline et s'affaisse. La lutte est impossible. L'écriture cesse alors d'être montante; la ligne baisse rapidement.
(1) Voir l'auihographe dans la Graphologie, collection de 2 , Il « 2.
Tout cela, vrai expérimentalement, puisquec'estlejeu ' libre des volontés humaines, a son expression vraie dans la manifestation inconsciente de l'àmc par récriture. L'iime se reflèce là avec d'autant plus de fidélité que, (1,103 l'épancliement de. la plume, elle est seule avec ellemùine, et ne peut songer le moins du monde qu'il y aura uQ anatomiste qui, avec sa loupe, viendra la scruter dans Unis, ses mouvements intimes, et rendre ensuite toutes li^s iloiileurs, toutes les luttes, toutes les joies, toutes les anltiura, toutes les espérances qui se produisaient en elle, i'X i]ue vient dévoiler aux regards cet acte mystérieux que nous appelons l'écriture.
IV», — m TRAIT ISOLÉ.
Il n'est pas rare que, dans les écritures, se montre un petit trait isolé. Il y a deux significations.
Placé entre des membres de pbrases, il forme une phrase intercalée, il ouvre une espèce de parenthèse; et il dit toujours l'amour de la clarté, un esprit qui veut voir les clioses, qui tient à bien expliquer sa pensée.
Placé à la fin des phrases, il a pour but d'empêcher toute falsification du texte, toute addition de mots, toute addition de virgules ou de points qui modifieraient le sens de la phrase, toute addition de zéros ou de cliiS'res <;iii changeraient la nature d'une somme indiquée. Je l'ai uppelé le iraiïrfu^rocuMîir. Employé par les gens d'affaires, il dit leur précaution minutieuse pour ne pas être trompés.
Mais dans le monde, sous la plume des femmes qui n"out jamais fréquenté l'antre de la chicane, si elles ont l'instinct de la crainte d'être trompées, si elles sont attcitives, méticuleuses, défiantes, elles ont recours par instinct à ce trait qui remplit le petit blanc abandonné par la plume des natures non prudentes, non défiantes. U arrive encore ceci gu'un mot étant trop long pour être mis dans une fin de ligne, on le transporte à la lignesuivatate. U reste alors un blanc. Toujours par prudence, on fait im trait allongé qui remplit le vide.
Tout cela est Texpression d'un sentiment d'attention^ de prévision, dont la raiâon physiologique est évidente.
yo. — DU POINT.
Cet élément si simple de récriture doit toujours être pris en considération.
i« Quand il est léger y à peine indiqué, il part d'un cerveau peu hardi, d\ine nature spiritualiste,'peu sensuelle. Il dit le manque de fermeté, de résolution. Il indique des tendances de vie où la sensualité est fortement contenue.
2» Quand il est accentué^ marqué par un coup dur, ferme et pesant de la plume, il donne le cerveau nardi, la nature sensuelle, le caractère ferme, la volonté résolue, n indique les instincts de vie matérielle, positive, pratique.
S* Quand il est pâteux , il accuse des goûts peu élevés, une nature aux instincts vulgaires, des penchants peu nobles.
4® Quand il est remplacé par une espèce d'accent, qu'il quitte sa forme naturelle pour s'allonger, il dit les natures vives, l'ardeur, l'entrain, les penchants impétueux, la vigueur du caractère, l'excès de force intellectuelle et physique. C'est le point d'Alexandre Dumas fils.
5» Quand il est remplacé par un trait bizarre, excentrique, il dit un certain désordre cérébral, une toquade, une folie partielle.
J'ai vu une écriture fort curieuse où tout était calme, rationnel. Mais les points étaient une comète i longue queue perdue dans l'espace. C'était l'indice d'un désordre cérébral très -intermittent, mais qui n'en* existait pas moins.
Le duc de Brunswick remplaçait le point, dans son écriture excentrique, par un tout petit rond, très-net,
i06 gySTÉME SE GHAPHOLOGIE
très-régulier. Jamais personnage ne fut plus bizarre, plus
excentrique.
6' Quand le point est bien à sa place, perpendiculairement, sur la lettre i minuscule, qu'il n'en est pas trop él')i2,iié ni trop rapproché inharmouiquement, il dit l'attnnttdn, l'esprit de détail, les soins minutieux, l'importaiico attachée même aux petites choses.
C'est le premier signe graphique qui ait été découvei'l. Historiquement, la Grapliologie commence par lai. Et celui de nos aïeux qui fît la remarque consignée dans le pi'ovei'hu : « 11 met les points sur les i, » pour dire un htjdimtb atltaitif, qui ne néglige rieu, inventait certainenii'iit la Graphologie.
Je n'ai eu qu'a vérifier ce signe pour en constater la grande vérité.
"0 Quand le point est tiès-haut, très-éloigné à droite de l'ï sur lequel il devait être, c'est vivacité, imaginationy in'étlexion,Iaisser-aller. Les prioiesautiers, les tètes vives, les ardents, les milifiérentsaux petits détails ne manquent pas de Jeter leurs points au hasard dans les interlignes, sans se soucier qu'au lieu de poser sur un i, ils autent s'ctalec Bur des a ou des m, qui n'en ont nul besoin.
8^ Qimud il manque sur les i, c'est l'inattention, l'insouciance, le dédain des détails, souvent de la légèreté, ilc l'inconsistance, quelquefois manque de précision dans î'e.sprit,
'.)" Même remarque, quand il manqueâîa fin des phrases. Cela dit uuEsi des natures peu défiantes.
10° Quand un grand nombre de points terminent fréquemment ies phrases, c'est signe d'une tète qui travaille, li'nue imagination excitée. Les esprits romanesques aimi^nt celte forme qui jette l'idée dans l'espace.
1 1" Quand le point est mis après la signature, sans nul
paraphe, il dit la défiance. Une jeune personne me montre
■gaatiire ainsi pointée. — Vous êtes défiante, lui dis-
— Vous vous trompez ; ma fille n'est pas défiante, dit
U mère, La jeune personne reprend et dit : Ma mère, la
graphologie ne se trompe pas, je suis défiante.
L'analyse de l'écritui'e, le simple aspect d'un point me
SYSTÈME DE GKÂFHOLOGDS 107
révélait mieux ce caractère, que viugt années de vie commune avec sa fille ne l'avaient indiqué à la mère ellemême.
Toute la loi physiologique du point repose sur la nécessité d'une attention spécitile de Tesprit poiu» bien mettre ce petit caractère à sa place, et lui donner sa forme normale. Le mettre 9Ù il est inutile, comme à la fin de sa signature ou d'un millésime, c'est montrer l'excès d'attention, un penchant à se défier, à s'inquiéter de tout. Rien ne se fait dans les mouvements libres de la main sans une raison.
On ne conçoit guère un jeune dissipateur apportant un soin tout particulier, quand il écrit, à ne pas perdre quelques millimètres de son papier sans le remplir d'un mot, souvent même d'un petit trait allongé pour finir la ligne. Et l'on concevrait peu un esprit rangé, possessiviste, écrivant, au hasard et avec désordre, des lignes très-espacées. La loi harmonique des choses serait brisée; et l'harpagon met en ordre, empile en quelque sorte ses lignes, comme il met en ordre ses papiers, et empile minutieusement ses pièces d'or,
La loi graphologique a donc ici sa raison physiologique clairement démontrée.
VI*». — nu CROCHET RENTRANT.
Les courbes rentrantes de beaucoup de lettres, surtout des majuscules, forment un crochet très-fréquent dans
certaines écritures. La loi normale de l'écriture est celleci : que la majuscule se lie à la minuscule suivante :
(Voyez le mot : Monsieur, cliché 34, page 105.)
Comment expliquer le mouvement étrange de la main qui porte Ja plume à perdre du temps, à se replier sur
108 SYSTÈME DE filUPHOLOCIE
elle même, à produire cette forme anormale, disgracieus(>
à l'œil, ijui souvent se prolonge ainsi avec une massue terniinale dont rien n'explique la raison calligraphique, et qui; les moindres notions du beau en matière graphique aevraieflt proscrire rigoureusement.
Faites, en conscience, la Cste des personnes que vous connaissez entachées de personnalité, a'égoïsme,chez lesijuelles domine le moi, se plaçant, dans leur développement couvèrent de vie, au centre de l'immense circonférence appelée le monde, pour que tous les rayons, venant du denois, leur apportent quelque chose; étudiez ensuite leur écriture; et vous verrez ce crochet accusateur s'étaler sans vergogne dans leui*' majuscule. Voici même un spécimen où ce crochet est double : il commence et finit la lettre. C'est l'écriture d'un égoïste heffé.
Le mouvement physiologique s'explique très-bien. C'est le retour delà personnalité sur elle même. Elle rentre daus son moi, comme le colimaçon dans son hélice; elle se latatine, contente et heureuse, comme le rat dans le liomage de Hollande, qui vit ermite paisible, et promet ses prières pour les besoins de o la république atr taquùe. »
Il y a,au contraire,des natures que j'ai appelées rayonïwnfe.t, oublieuses d'elles-mêmes, dont la première pensée est Je songer à ce qu'elles peuvent procurer de bien aux autres, plutôt que de songer à quoi les autres puvent leur être utiles. Ces âmes rayonnent autour d'elles pour se dépenser ea afiections désintéressés, en dévouement, en générosité.
Etudiez leur écriture. Le vilain crochet égoïste ne s'y rencontrera jamais.
Il n'y a pas retour sur soi : il y a dépense du moi perpétuelle. La plume ne saurait instinctivement adopter ce barbarisme calligraphique qui ne gâte tant d'écritures que parce qu'il est, au fond de la conscience, Tinspirateur du mouvement cérébral traducteur des passions et des instincts.
V1I\ — DES' FIORITTJBBS.
La fioriture est aussi un crochet, mais en volute. Elle affectionne spécialement le d minuscule, le d noiajuscule quelquefois et certaines finales.
(Voir le cliché 20, page 77.)
Cette forme graphique est essentiellement gracieuse. Les calligraphes Font naturellement trouvée, par ce que toute courbe plait aux regards. L'architecture l'a prodiguée dans la volute du chapiteau corinthien, où elle représente le retour sur elle-même de la tige d'acanthe rencontrant un obstacle. On l'a placée aussi aux angles du chapiteau ionique. La nature, du reste, la présente dans le premier jet des fougères qui brisent la terre pour s'épaiiouir au soleil. C'est un motif, comme on dit dans les arts, tout à fait gracieux.
Les maîtres d'école l'affectionnent généralement, en leur qualité de calligraphes. Les hommes de bureau, les teneurs de livres, les copistes, les écrivains publics, les écoliers, les jeunes pensionnaires ne peuvent manquer de faire fleurir ainsi leur écriture.
Mais cette forme n'est pas grave, n'est pas simple. Elle ne convient pas à tout ce qui est grandeur, majesté, austérité. Pensez-vous que vous trouveriez une fioriture dans l'écriture de Saint-Vincent de Paul, de Pascal, de Fénélon, de Bossuet, de Lamennais ? Evidemment non. L'architecture sévère elle-même l'a répudiée. Le dorique est 1)ur de cette recherche. C'est une juvénilité que les écoiersabandonnerontquandilsdeviendronthommes graves.
que les petites pensionnaires laisseront^à leur entrée dans la vie de la fanûlle.
Mais les coquettes la garderont; mais les hommes qui cherchent les applaudissements^ les beaux qui veulent être regardés, les avocats, les prédicateurs avides d'éloges, les prétentieux désireux d'être remarqués, les vaniteux c[ui se font valoir, tout ce qui n'a pas en soi le sentiment intime d'une valeur qui n'attend rien de Testime du 4ehors, lui demeureront fidèles. Elle s'étalera dans leur écriture, comme le mot du berger sur son chapeau: a Je suis^Guillot. »
La fioriture dit donc toujours désir d'être remarqué, par conséquent pose, recherche, manque de noble simplicité. Ce n'est pas grave, ce n'est pas élevé. C'est gracieux, mais ce n'est pas distingué. C'est un degré de moins dans la valeur intellectuelle. Vous avez deux avocats de talent dont l'un n'a pas même l'apparence d'un trait fioriture, et l'autre ne dédaigne pas cet ornement calligraphique; le premier est certainement l'homme supérieur.
Je n'ai jamais trouvé la fioriture dans l'écriture des hommes éminents. Quelquefois notre cher et grand Lamartine s'y oublie çà et là. Mais quelle nature coquette \ Il adorait l'applaudissement, le suffrage. D'habitade,il la repousse.
Je reçois beaucoup de lettres d'instituteurs. J'ai fait la remarque que tous ceux qui peuvent employer la fioriture danà leur calligraphie, ne la mettent jamais dans leurs lettres intimes, dans leur correspondance où ils veulent donner une écriture courante, naturelle, quand ce sont des hommes simples, graves, des esprits^de valeur. Les prétentieux la gardent avec amour.
La loi physiologique de ce signe se déduit tout naturellement. L'esprit sérieux ne s'amuse pas aux bagatelles. N'aimant pas les bagatelles, le cerveau inspirateur des traits n'en commande que de simples, que de graves. On s'accoutume à la laide écriture des hommes de génie. — Celle de Pascal est pour cela un type. — Que dirait-on, si leur écriture, à cette forme si rapide, si peu correcte, joignait les ornements puérils de la fioriture î
^STÉME DE GRAPHOLOOIE -111
CertainiBment^ le fait seul dé ces écritures si diverses^ selon la légèreté ou la gravité du caractère, est une des
Sreuves que l'écriture est bien la reproduction la plus fièle^ la pltfs intime de chaque personnalité humaine.
VIIIO. — DU CROC ou HARPOIÏ.
Avez- vous connu beaucoup^de natures tenaces, c'est-àdire ne sachant pas céder, ne voulant pas lâcher prise, véritables dogues qui, ayant mordu la jambe du passant, ont besoin qu'on vienne à son secours pour desserrer les deux mâchoires implantées dans les chairs?
Ces tenaces ont, dans leur écriture, un signe graphologique très-singulier. Ils font de petits harpons, de petits crocs au bout des traits, soit en barrant la haste des t minuscules, soit à certaines finales, soit dans les traits dont ils soulignent les mots. Je puis en parler savamment. Les
(Voir plus haut le cliché 22, page 77.)
crocs se trouvent assez souvent dans mon écrjjture. Et cependant, par un autre signe graphologique, je suis un faible volontaire; mais je suis un tenace. Les deux choses ne sont pas contradictoires. La ténacité fait poursuivre un plan sans en démordre; la volonté faible fait qu'on se laisse conduire, influencer, dans la pratique de la vie. Toutes ces nuances sont dans L'âme humaine.
J'ai analysé (1) l'écriture de l'un des hommes de notre temps dont la ténacité est proverbiale, le comte de Chambord : les harpons y sont dominants. La signature de a Buonaparte » au siège de Toulon, a deux harpons trèscaractéristiques. Ingres, Déjazet, le baron Taylor,Quinet, Préault, Alton-Shée, M"** Victor Hugo, La Guéronnière, Léo Lespès (2), etc.^ sont des tenaces, et produisent les crocs.
(1) La Graphologie, collection de 1872, n^ 4.
(2) Voyez la Graphologie^ collection de 1874, b? 16.
ilS SJSTiSŒ DE CRiFHOLOeiE
n ser^tbien difScile d'attribuerànne bizarrerie, Aune coiUL'ideuee, J'uj^age de ce trait si spécial, qui ne se rencontre jamais soiia la plume des non tenaces, et qui serait sans raison dans l'écriture de tous les hommes ayant ffùt preuve d'une lenaâté marquée. Il semble plus rationnel de se l'espliquer par la loi physiologique qui fait se cramponner la pliimc!, ijûand elle termine certains traits. Le fait d'expérimentation est là. Il serait puéril d'en contester l'autorité. Il faat donc l'accepter, tout étrange que paraisse Tapplitation.
ISO. — iiBS LETTRES BAEKÉES EN HETOITR.
Deus lettres qui sont barrées par deux traits horizontaux selon la loi de l'écriture, ^ et ( perdent cette forme normale pour en prendre une qui implique un travail particulier de la plume, et que j'ai appelé iarrer en retour. Voici la série de mouvements que fait la |rfume, selon qu'elle accentue plus vivement le sentiment dont die est, de ta sorte, l'expression extérieure.
Les natures peu obstinées, étudiées dans leur écriture, ou gardent ces deux lettres avec la barre simple et normale indiquée plus haut, ou ne l'emploient qu'avec une courbe doucii qui ne donne pas l'obstination accentuée.
An conti-aiie les natures très-obstinées non-seulement barrent en retour avec un angle droit très-vif, mais souvent remontent la liaison pour redescendre ensuite la barre et lui laire produire de haut en bas un ongle extrêmement aigu.
n m'a donc été fadle de donner la barre m retour
SYSTÈME DE GRAPHOLOGIB 113
comme signe graphique de robstinaiion de Tidée, à ses différents degrés d'accentuation.
Toute courbe étant signe de douceur, la barre en retour accentue Tobstination, selon qu'elle perd de la courbe pour passer à Tangle droit et de là à l'angle aigu.
On voit ici la raison physiologique de ce mouvement de la plume sous l'influence cérébrale. Le trait mou, peu accentué, filiforme^ correspond au mouvement faible et mou dans l'adhésion de l'esprit aux idées. Le trait singulièrement accentué par les angles, correspond à un mouvement d'accentuation extrême. C'est encore un des signes graphiques les mieux établis en expérimentation.
Quand nous parlerons des écritures nationales (i), ce signe sera spécial pour nous indiquer lès contrées où l'obstination est proverbiale, comme Genève. '
XO. — DES LEtTRES HAUTES ET BASSES DANS LES MÊMES MOTS ET DANS LES MÊMES LIGNES.
Pour peu qu'on examine des écritures, on est vivement frappé de ces deux faits : ou de lettres de hauteur presque égale, à rappeler l'exactitude rigoureuse des caractères d'imprimerie, ou des lettres si inégales de hauteur que les unes sont hautes et les autres presque microscopiques.
Ces deux faits qu'il est facile de vérifier perpétuellement, constituent une immobilité et une mobilité de formes scripturales desquelles, toujours à l'aide du procédé expérimental, il m'a été facile de déduire deux signes graphiques de première valeur.
J'ai trouvé qu'aux écritures de hauteur constante, répondaient des natures d'une égalité perpétuelle d'impressions, dont le baromètre impressioçnel est à l'état fixe, invariable, comme une température toujours la même.
J'ai trouvé qu'aux écritures d'inégalité de hauteur, répondaient les natures extrêmemont mobiles d'impression, subissant, comme les corps très-sensitifs,tine série perpétuelle d'impressions différentes.
(1) Voir la Méthode pratique de graphologie.
SYSTÈUE DE OKAffiOLOCIE
Que cette mobilité physique des lettres rendant la motiililé des mouvements impressionnels de l'àme soit en logique parfaite et constitue uue loi physiologique graphique iucontestahle, il serait difScile de le mettre en doute. Ici, eSet et cause se montrent dans un rapport si rationnel qu'il n'y a pas à insister, auprès de mes lecteurs, sur l'évideuce de cette loi.
Voyez d la classificaUon graphologique : constance, uoDaiTÉ d'impressions.
X[D. — r<E LA VERTICALITÉ £T DE L'INCLINAISON DES LETTRES.
Les écritures qui vont de gauche à droite, comme les écritiires européennes, ont leur inclinaison naturelle dans le même sens. 11 est très-difBcile, dans l'écriture rapide, d'écrire avec one verticalité complète. Le désespoir des maîtres d'écoles c'est de faire faire aux écoliers ce qu'on appelle lîcs bûches, c'est-à-dire des traits successifs perpendicutaires. La main de l'enfant incline toujours la piume, laquelle logiquement trace une ligne incunée.
L'élude des écritures fait constater ceci, que plus la personne qui écrit a de sensibilité de cœur, d'impiessionnabilité, de sensivité même , plus ses lettres se couchent.
La même étude fait constater que les natures froides, peu sensibles, maîtresses de leurs impressions, se dominant le cœur, inclinent très-faiblement leur écriture et ont une tendance marquée à rapprocher la direction de leurs lettres de la verticale.
Il y a 1(1 un signe graphologique d'une importance capitale pour saisir l'un des grands cAtés de la personnalité humaine. Froideur, sécheresse du cœur correspondent très-bien à la rigidité de l'écriture qui se dresse. Le mouvement sensible, affectif, se rend bien par les lettres inclinées. Ici l'àme s'abandonne.
C'est l'un des signes grapbonomiques qui frappe le plus par sa présence ou par son absence dans une écriture. Rien de plus facile il reconnaître, maisaussi rien de plus naturelj rien de plus logique. On s'explique très-bien fiij-'
STSTÈME DE aRAFHOLOGIE iiS
siologiquement^ que Tâme^ au moyen d'an instruzoent aussi docile que la plume^ ayant à choisir entre la forme redressée et perpendiculaire et la forme inclinée^ en soit venue, par instinct, à atdopter cette dernière, quand il s'agit de rendre le côté affectueux, sensible, sensitii de nôtre nature. Tout ce qui est doux, faible, bienveillant, s'incline. Tout ce qui est rude, et la langue le dit, inflexible, ne songe pas à s^incliner et se redresse. J'ai donné à Tune de ces formes, l'image du roseau qui plie sous le souffle, et à l'autre l'image du tronc d'arbre que la tempête n'ébranle même pas.
Cela explique que l'immense, majorité de l'écriture des femmes soit inclinée, et que l'écriture virile soit beaucoup plus droite. Du reste, c'est un fait d'observation généralement admis. Ce qui achève de prouver que ce signe est bien dans la nature, et forme par conséquent, dans notre classification, un groupe de premier ordre «et que nul ne songera à contester, c'est que toutes les écritures d'hommes connus comme très-sensibles, très-impressionnables, plus que cela, très-sensitifs, très-féminins; sont inclinées comme celles des femmes les plus sensibles, et que toutes les écritures de femmes d'un caractère froid et viril sont redressées comme celle des hommes les moins sensibles.
Il en découle cette notion graphologique extrêmement remarquable, que l'écriture n'a pas de sexe, c'est-à-dire ^
3ue le signe de la féminité peut manquer dans l'écriture es femmes^ la nature les ayant créées généralement sensibles, et que ce même signe de féminité peut se trouver dans l'écriture des hommes que la nature a fait moins sensibles.
Telle écriture de femme peut être prise par le graphologiste le plus exercé pour une écriture dTiomme. Voici deux écritures :
116 SYSTEMS B£ GMBHOLOaiE
Elles sont d'un homme et d'une femme. La première sèche, redressée, sans mouvement affectif, nous dit, au premier aspect, la virilité.
La seconde, excessivement inclinée, noais donne une àme sensitive au plus haut degré, accuse la féminité dans toute son expansion. La première doit être d'un homme, la seconde d'une femme. Il semble qu'on ne puisse pas s'y tromper. C'est cependant une erreur. La première est l'écriturQ de la Dauphine, fille de Louis XVI, de laquelle il a été dit que « c'était le seul homme que les Bourbons eussent dans leur famille; » la seconde est celle de l'abbé Flandrin, mon ami et mon initiateur en graphologie, esprit très-distingué, très-assimilateur, piais d'une excessive impressionnabilité.
Voyez à la classification : Sensibilité.
Un autre fait plein d'intérêt est celui-ci. Lorsque certains hommes veulent se faire une écriture différente de celle qu'ils ont eue, soit pour que leur écriture ait plus de clarté, soit par un instinct qui les porte à jouer le rôle d'hommes graves, de personnages, l'écriture artificielle qu'il se composent ne prend pas le mouvement de l'inclinaison extrême. Au contraire, elle se redresse beaucoup. Même, au lieu de s'en tenir à la ligne verticale, ils inclinent leurs lettres sur la gauche, ce qui est dur et disgracieux au possible. Et cette forme complètement anormale dit au premier coup d'œil, l'effort d'un travail de réaction de l'hommesur lui-même. C'est, en quelque sorte, un plagiat présentant un homme sous un aspect de gravité, de virilité,qui n'est pas dans sa nature.
Pourquoi, dans le but d'un déguisenjent, ne prend-il pas cette écriture si inclinée, beaucoup plus coulante à la plume, beaucoup plus facile de toutes manières ? C'est
SYSTÉaCE DE GRAPHOLOGIE 117
qu'aspirant à jouer le rôle des hommes graves et importantSy il en adopte^ par instinct^ Texpressidn graphique la plus saisissante^ récriture tendant à la verticale; et il se trouve avoir donné raisoh à une des règles de la graphologie.
Toutes les âmes froides^ sèches^ dures, avares, tons les esprits absorbés par les travaux intellectuels, et qui se sont atrophié le cœur, n'ont pas d'autre écriture que celle qui se rapproche de la verticiade.
Xn^*. — mSS LETTRES FIl^ES, PATEUSES, REXFLÉES.
Dix personnes se serviront de la même plume, et. Tune après 1 autre, écriront une ligne qu'elles termineront par leur signature, que, l'emploi de la même plume ne donera pas la même épaisseur au corps de chaque lettre. Quelques lettres seront produites avec une finesse constante de traits, la plume ayant été appuyée légèrement. Nous aurons ainsi une écriture en quelque sorte aérienne. D'autres lettres seront pâteuses, appuyées fortement, la
{>lume ayant dépensé beaucoup d'encre jBt produit des ettres d'une giande épaisseur. D'autres, par un mouvement particulier de la plume commençant et unissant finement les hamps des lettres, les auront grossies au milieu par un renflement.
En expérimentant sur un nombre considérable d'écritures, il se trouvera : l? que les écritures aériennes, extrêmement ténues, délicates et fines, répondent aux natures vivant beaucoup de l'esprit, détachées des plaisirs des sens, et douées d'instincts spiritualistes. C'est, en graphologie^ le signe type des natures pudiques, non sensuelles^ et, même dans l'amour, cherchant la volupté de l'âme, sans tenir beaucoup compte de celle des sens.
2<> Que les écritures à lettres épaisses, pâteuses, fortement appuyées dans toute leur étendue, répondent à des âmes qui aiment le côté matériel des jouissances, la table> etc.
3* Que les écritures à lettres renflées répondent à des
118 SY3TEUE SE GRAPHOLbCIE
âmes dont les instincts sont s^tnsuels^ et qni ont l'amour (lu plaisir. J'ai compris sous le nom générique de sensualicêjCes deux derniers groupes de sigiies, quoique généralement les écritures p&teuses disent les viveurs, les festiueurs, etqiie les écritures renflées indiquent plutôt les instincts volupteux.
L'expéfimentation sur les écritures a donc établi cette curieuse correspondance entre la délicatesse, la légèreté des traits graphiques et les instincts non sensuels, et entre les traits appuyés, épais et louids, et les instincts sensuels.
Il était d'une grande importance en graphologie de découvrir la manifegtatiou sensible des ces instincts qni jouent un rôle si capital dans la vie. Le phénomène s'explique très bien physioIogiquement.Ce qui est esprit, détachement des sens, est bien rendu par les traits aériens . en quelque sorte de la plume, et la voliipté, qui s'attache aux choses matérielles, par le mouvement contraii-e. La matière est lourde et tangible;ce qui est esprit se détache des pesanteurs de la forme. Pliysiologiquement, nous sommes dans le vrai.
Il était impossible qu'un fait graphique aussi important que celui de la position relative des lettres et des mois entre eus n'eut pas une grande importance comme manifestation psychique.
i' Au point de vue intellectuel, les écritures dans lesquelles les mots sont séparés par un blanc très-distinct, et les lignes assez distantes pour que la lumière circule bien entre les lignes et entre les mots, se trouvent être celles des cerveaux lucides, des esprits qui ont la vueelaire des objets, qui les embrassent bien sous toutes les faces, et donnent le signe graphologique de la clarté de l'esprit, du jugement. -
Il faut remarquer que, si l'écriture est peu inclinée, elle indique une nature froide ou calme, maîtresse de ses
impressions. Alors le signe graphologique devient complexe et donne \q jugement que la passion n'égare pas. Si, au contraire/ l'écriture est assez inclinée, le jugement du scripteur de l'autographe sera moins sûr, chaque fois qu'en raison de son imprçssionnabilité, il aura pu voir les choses sons Tinfluence d'une passion.
Il est naturel que Tœil d'un homme à Tesprit lucide, au jugement sain, se complaise à une écriture non confuse, aime par instinct à faire circuler la lumière autour des mots qui rendent sa pensée, de même que* cette pensée est heureuse de se produire dans le travail purement psychique libre de tout nuage et de toute confusion. C'est ainsi, je crois, qu'il faut s'expliquer physiblogiquement cette belle faculté de l'écriture de si bien rei>roduire le procédé du jugement sain et lucide.
. Réciproquement des mots^ui se tassent, des lignes qui semblent se jeter l'une dans l'autre, dont les lettres ont en masse des jambages se perdant les uns dans la ligne supérieure, les autres dans la ligne inférieure, ce que j'ai appelé les lignes enchevêtrées, disent la confusion de l'esprit, Tesprit qui voit mal lès choses, qui ne les saisit que sous un seul aspect, qui ne peut que porter mal son jugement.
Si, à ce signe graphologique si facile à saisir, le tassement des mots, l'enchevêtrement des lignes, se joint l'écriture inclinée indiquant toujours la passion, vous avez un signe complexe très-caractéristique : cet homme aura non -seulement peu de jugement, mais encore le jugement passionné.
Et, si enfin, à tous ces signes accusateurs, se joint le grand mouvement des lettres en dessus et en dessous des lignes qui dit Vimagination très-excitée, vous aulrez encore le signe complexe d'un jugement à la fois peu sain, trèspassionné, très-exalté. Une telle na.ture est malheureusement organisée, et vous la voyez dans la triple manifestation la plus défavorable qui puisse ressortir, au point de vue du jugement, des signes fournis par son écriture.
m SIfiTÉHX DS ORAFHOXJlXilE
Xir. — SSS lUAGES.
Les marges sont les espaces blancs laissés en haut, eu bas, a droite et à. gauche du corps de l'écriture.
On peut : 1* ne pas laisser du tout de marge, quand on écrit ; 2" ne laisser qu'une toute petite marge à gauche ; 3» laisser une très-grande marge à gauche ; 4» laisser une marge irréguUère, c'est-à-dire ne pas placer régulièrement sur la mèmeverti'cale les premiers mots des lignes; 5^ lai^er aussi une marge à droite^ le fait se présente rarement; (io laisser en haut et en bas de très^randes maires.
11 y a eu., dans l'adoptiOD constance de ces manières de laisser ou de ne pas laisser de mai^e, et de la faire d'une laiton et non pas d'une autre, une raison qui tient & la personnalité, et dont le scripteiir île s'est jamais rendu compte.
1» Ne pas laisser de marge indiquera toujours un tsprit rangé, ordouné,écouome;avec cette nuance, que cet esprit a peu de tendances artistiques, gracieuses.
2" Ne laisser qu'une tonte petite marge, rend le même fait, mais avec cette nuance, qu'ilyaunpeu plus de sentiment d'art, de sens de la forme, un instmct de parcimonie moins net, surtout $i l'écriture ett moim tassée.
3" Laisser une très-grande marge à gauche dit prodigalité, si à ce signe se jomt celui des lignes composées Huiquemenl de trois ou de quatre mots. Dans des écritures plus tassées, où il n'y a pas à soupçonner d'instincts dépensiers, la très-grande marge indique des goûts de vie distinguée.
i" La marge irréguCère dît nettement mobilité, nature vive,irré!lé(iie,primesautière,— manque d'ordre, de régularité, certaine insouciance des détails.
5° Laisser une marge à droite et à gauche, e'est trèsgracieux. Les exemples en sont rares. J'ai sous les yeux une lettre d'un écrivain émineut de l'Allemagne, dont les quatres pages, régulièrement mai^ées, rappellent des pages de livifis imprimés- Ordre, gr&ce, esprit harU0Qique> sens profond du
SYSTÈME DE GRAPHOLO&I'Ç i2ll
simple et du vi-ai; se traduisent par cette forme si élégaute, qu'il est regrettable de ne pas voir adoptée partoutji et qui permettrait de relier les collections de lettres comme on le fait des feuilles imprimées.
6**,Laissei^ en haut et en bas de très-grandes margegest encore un indice de goûts élevés, d^habitudes de vie brillante et aristocratique un peu mélangjées d'originalité. On veut ne pas faire comme le commun des mortels*
Toutes ces formes de manifestation de Tètre humain sont parfaitement logiques. Elles s'expliquent très-bien, physiologiquement. Le parcimonieux (épargnera même sur les marges. Celui qui a des goûts de grandeur et de magnificence, fert^ le contraire et n'épargnera pas le blanc dans son papier à lettres élégant, de pâte fine et souvent parfumée. Le parfum dans les lettres dit la femme du.monde ou les féminins.
1^ Au point de vue des instincts d'économie et de prodigalité, nous avons ce fait constant et d'expérimentation, que Iqs économes,.lespossessivistes,qui deviennent avares
})ingres, harpagons, ont, par instinct, répulsion de perdre e blanc du papier et l'emploient avec une attention particulière;; et réciproquement que les généreux qui deviennent prodigues et dissipateurs, laissent des blancs énormes. C'est déjà très-significatif , et physiologiquement rien ne s'explique mieux. Mais les économes, dans l'emploi de leurs lettres, ont le même esprit de prudence. S'ils ménagent le blanc du papier,ils tassent. leurs lettres et serrent leurs mots autant que possible.
Par contre, les hommes aux instincts prodigues allongent leurs lettres dans les mots, allongent leurs mots dans les lignes, au point -que j'ai ^constaté f fréquemment, dans des autographes de prodigifes, des lignes composées seulement de deuxou de trois moti^ qui rappellent trait pour trait les anciennes grosses des procureurs où, pour allonger le texte des procédures, on étalait ainsi les mots au ùiinimum prescrit par la loi.
L'ayar.ç tasse ses lettres et ses mots par l'habitude d'économiser sur tout. 11 cède à son instinct. Le prodigue sème partout son or, et jette tout devant lui.
«tr
131 SÏBTàHB DE CtBAIHOLOOtH
L'écHtnre produite par ces rieux iostincta si opposés,retid pbysiologiquement les deux passions contracdictoirûR. La main de l'un se resserre. L'autre laisse couler l'or (■litre ses doigts, comme l'eau qui sort des mailles d'iiD filet.
Ces deux signes graphiques sont très-faciles à vérifier sur les autç^raphes. '
L'emploi de différentes natures de papier a sa signification graphologique.
Le Leaa papier, cooune le papier de Hollande, à ^te épai;^, dira toujours des instincts de luxe, de distinction.
Les économes ont un papier Tulgfdre, peu coûteux, de petit format.
Le beau papier, les belles enveloppes, les heaux timbres à initiales paraîtraient un luxe horrible aux ladres, aux harpagons.
Voici encore d'étranges phénomènes graphiques, dont la science graphologique donne seule l'expUcation.
L'enfance est franche et naïve, L'àme h cet âge n'a rien pu perdre de son amour du vrai. Par instinct, elle dit liîs choses telles qu'elles les sait, telles qu'elle les croit. D'ailleurs on lui rappelletant,etavec raison, que le mensonge est une vilaine chose : a Fi, monsieur, fi, mademoiselle, que c'est laid de meniir ! « que l'éducation, s'aceordant avec l'instinct, l'enfant se met naturellement à dire tout ce qu'il pense. Aussi, il ne faut pas s'étonner que, ilaus .son écriture, miroir si parfait de son àme, il s'en donne h cœur joie, pour qu'il n'y ait pas le moindre doute sur toute pensée qu'il exprime.
Ou peut recueillir universellement, sur toutes les écritures enfantines, ce signe graphique assurément fort élrau.ije, et sur lequel tous les enfants du monde, probablement,n'out pas pu s'entendre afin de l'adopter, que leurs lettres dans le même mot, non-seulement ne diminuent
SYSTÂME DE a&ÀPHOLOGIE (23
pas de hauteur^ mais vont très-souvent en grossissant vers la fin.
MOTS aROSSÏSSANTS.
Ce sont W des autographes d'enfants pris au hasard dans mes collections. ^
Cette forme grossissante est certainement disgracieuse. Les maîtres qui ont enseigné ces enfants, et parmi eux le Prince impérial, se sont bien gardés, de leur indiquer un
{lareil mouvement de la plume. Papa et maman ont dû égitimement gronder devant cette obstination permanente à ne pas garder la hauteur normale des lettres, qui seule rend récriture jolie. Foin de la jolie écriture! Monsieur le professeur souffre dans son amour-propre; les parentis n'y comprennent rien. Mais la nature est plus forte, et il faut lui obéir. Les mots grossissaûts continuent à s'étaler de plus belle dans les lignes.
L'instinct du goût est blessé, c'est évident. Qu^on m'explique comment, dans le monde entier, et depuis que
SYSTÈME DE CBAPHOtOGIE
riiciitiirc est inventée (i), les eofants, si spontanés, si vrais, aux mouvements si primesautiers en toutes choses, se troiiventjàtaiit de distance et dans des milieux sociaux si différents, avoir employé une forme anormale, toujours la même, si cette forme n'a pas sa raison, sa cause dans une idée que la plume a traduite, malgré renseignement du maitre et les gronderics des parents, idée trèssimple, digne de la naïveté enfantine, et qui se traduirait ainsi, dans le casoii l'enfant pourrait l'analyser: Jai tant peur de mentir, tant peur de ne pas laisser bien lire dans la limpidité de mon âme, que j'exagère, sans le (■■'''■vlcr évidemment, la clarté de ma pensée par la clarté ucbuiuls i[ue je trace et que je veux rendre, i>ar instinct, aussi nets .[lie possibles.
Il n'y a pas d'autre explication raisonnable de ec fait f[ue je constate dans toutes les écritiires d'enfante. Physiologiquement, les choses se passent ainsi. Le cerveau est sous l'impression de l'idée vive de ne rien cacher, parce tjue cacher est \m mal. Or, un mot dont les dernières lettres voilent une partie de l'idée, est presque im mensonge. Il faut donc éviter de tels mots, et, plutôt que de ne pas écrire en hauteur égale, écrire en finales de bau- Iciir croissante : on sera assuré alors de bien produire le mot, lequel produira bien l'idée. L'analyse du mouvement physiologique dit évidemment cela.
Et, pour preuve qu'il n'y a pas d'autre explication raisonnable du phénomène, voici un fait que j'ai constaté sur im grand nombre d'écritures.
Toutes les natures placides et naïves, dont les longues années se si>nt écoulées dans une vie monotone que n'ont troublée nulles passions, vie que l'on pourriût appclei' une espèce d'enfance prolongée, qui ont gardé la simplicité, la franchise, la candeur primitive de leur jeune âge, ont conservé dans leur écriture, jusqu'à l'entrée de la vieille^, l'écriture grossissante, telle qu'elles l'avaient cl dix ans.
(i) J'ai des papyrus égyptiens contemporains de Moyse et de Ramsès 11 où s'étalent des mots grossissants.
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Voici un mot que je prends sur une adresse écrite par une vieille fille de cinquante ans. C^est évidemment le même mouvement de plume que celui des enfants.
Maii:^ si maintenant nous étudions dans Fâme humaine le mouvement opposé à la naïveté, à la franchise, nous trouvons que les natures rusées, qui, par calcul ou par instinct, ont recours à la dissimulation et aux finesses, suivent dans leur écriture, le mouvement opposé à celui que traduit Tenfance avec tant de charme.
Les enfants ont suivi la progression grossissante. Les hommes qui ne veulent pas être devinés, qui tiennent à cacher ce qu'ils pensent, renferment leur pensée dans un triangle qui donne aux mots la progression amincie. L'écriture alors a la forme d'un glaive; et j'ai appelé gladiolés les mots qui sont écrits de la sorte.
Physiologiquemqnt, si Tenfant, voulant de plus en plus être compris, a donné à ses mots Tallure grossissante, il est logique de conclure que Thomme rusé, qui tient précisément à montrer de sa pensée intime le moins qu'il pourra, arrive, par le procédé inverse, à donner à ses mots Tallure amincie et aiguë.
MOTS GUJDIOLES.
tiTSTÈUE SE GRAFUOLOGIE
Le rusé acomplÈtement rempli l'indication dr.lascience, n répniKl à tonte la donnée. Chaque mot est devenu un v«ritablc glaivepour pénétrer dans l'àme des autres, sans f|u'ou pénètre dans la sienne. 11 ne tient pas à ce que sa pensée soit vue à nu. Il fait mieux: il la voile, pour qu'on ne la devine pas.
Nous pouvons encore constater ici cette loi, qu'il y a une raison physiolo^que, mais complètement instinctive et inconsciente de la part de l'iudlvidu qui écrit, qui l'amène à employer certains signes qu'emploient de la même racjon cGiiK qui ont la même nature que la sienne. C'est ce '[lie, dans la science,nou3 appelons le caractère spéciSquâ.
Je suis donc arrivé à ce' théorème : Les gens francs donnent autant qu'ils peuvent de hauteur égale à leur éeritwre. Exemple :
C'cBt l'écriture d'une femme extrêmement franche.
Voici de l'écriture héhraïque, par un savant juif de Trieste. Il faut lire de droite à gauche; le grôssissempnl va donc en sens inverse de notre écriture.
La plume allant de droite à gauche, et obéissant à l'instinct do franchise du savant, a mmntenu la hauteur des lettres, mcme a grossi les dernières.
Pour rendre encore le plus remarquable, et mettre davantage eu évidence tjue c'est bien le mouvement de rame ouverte et franche qui commande cette forme d'écriture, voici le même savant juif qui emploie les mots grossissants, en écrivant en italien.
CL^Ma
Un des graffiti de Pompéi, grossièrement écrit à la
S ointe sur une muraille, porte la date de la naissance 'rn ânon. Parmi les mots, on y lit ceux-ci dont lé derliier est très-grossissant.
yifo/i î^Ç/^M
Voici du grec cursif, extrait d'un des papyrus les plus précieux. Il est de l'an 144 avant Jésus-Christ. C'est un des premiei^ papyrus qui aient été apportés en- Europe. C'est un grand contrat, dit de Casati, parce qu'il fut acheté du voyageur Casati. M. Hase k déchiffra en 1822. Citons quelques mots :
Jai mis eu grec classique audessous des mots, les lettres du papyrus. Il est évident que la plume, écrivant de gauche à droite, a suivi le mouvement grossissant :
i28 SYST£M£ D£ GHAPHOLOGIE
Je suis arrivé ensuite à cet autre théorème : Les gem peu francs dhninuent, par instinct, la hauteur de leurs lettres en finissant leurs mots. Exemple :
kS
C'est récriture d'im diplomate très-fin, très-dissimulë, le vicomte de la Guéronnière.
Après récriture du diplomate, je puis citer un rapport de police écrit sur un papyrus, de l'an 146 avant Jésus- Christ. Ce sont des détails très-curieux, sur des désordres qui avaient eu lieu au Sejapœum de Memphis. (Papyrus grecs du Louvre préparés par M. Letronne, Pap. 34,
Îl. XXX). Beaucoup de mots sont gladiolés : Nicanoros^ fdrophoros. Envoid deux calqués sur ToriginaL
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Nous venons d'étudier deux formes d'écriture évidemment, bien tranchées. Ne pouvant les expliquer par les coïncidences, par le caprice, par les leçons reçues, etc., il faut arriver à quelque chose de plus rationnel : l'action du cerveau, truchement de la pensée, sur l'écriture.
On trouvera, dans la partie où j'indique chaque signe, l'application constante des principes généraux que nous venons d'établir. (Voyez Classification) . Rienne vaut l'ap- , plication. Les règles s'en déduisent d'elles-mêmes, pour les esprits attentifs. C'est la partie éminemment intéres^ santé qui nous reste à traiter.