‹ Système de graphologie; l'art de connaître les hommes d'apres leur écritureChapitre 5 sur 97 · PRÉFACE · texte numérisé non relu

PRÉFACE

-•o^eCo^

Le premier traité de graphologie que j'ai coraposé est intitulé : Mystères de V écriture. Il a paru en 1 872, chez MM. Garnier frères, rue des Saints-Pères, à Paris. Le titre du livre était une double faute de ma part, d^abord parce qu'il n'a rien dé scientifique, rappelant . plutôt la magie et la cabale qu'une science quelque peu sérieuse, ensuite parce qu'il se trouvait faire suite au livre du chiromancien Desbarrolles, les Mystères de la main.

Ce qui aggravait encore le mauvais effet que devait produire un tel titre, c'est que le livre était pubhé avec la collaboration de Desbarrolles luimême, que le nom de Desbarrolles était le premier sur le frontispice, que le mien ne s'y lisait que le second, et encore uniquement avec mon prénom de Jean-Hippolyle.

' La science nouvelle venait donc au monde, eh-

[fantée en apparence par un chiromancien ; et l'on

ût quel cas l'on fait, dans la science,^ la chiro-

lancie. Il est vrai que Desbarrolles, dont je n'avais

faire qu'un très-médîocre élève en graphologie,

'avait pas écrit un seul alinéa, une seule ligne du

Te, sinon un avant-propos de 76 pages auquel

ivais exigé qu'il mettrait son nom. C'était une pe-

indication pour faire comprendre qiie Jean-Hip-

polyte était le véritable producteur de l'œuvre signée par les deux noms.

Pourquoi avais-je fait une telle faute ? Pourquoi n'avais-je pas compris que le nom seul d'un devin, d'un homme qui était dans son rôle et dans son métier en se vantant d'avoir porté le plus haut l'art du devin, devait, aux yeux des hommes de la science si chatouilleux sur ce qu'on doit appeler science véritable, jeter immédiatement un discrédit profond sur une découverte à laquelle ce nom serait attaché?

Je sentais parfaitement mon imprudence. Mais Desbarrolles m'avait fait une offre séduisante. Il devenait l'éditeur de mon livre ; il prenait toute la responsabilité d'une publication coûteuse. 11 ne demandait qu'un dédommagement, paraître dans la collaboration de l'ouvrage.

J'acceptai, tout en voyant les fatales conséquences de cette coopération. Je crus me garantir contre le devin, en posant pour condition que les pages qu'il écrirait dans le livre seraient complètement dégagées de toute alliancç avec la chiromancie.

. Ce triste collaborateur ne tint aucun de ses engagements. Il se prétendit, après 1870, ruiné par la guerre et par la Commune, et ne put faire les trais de l'édition. Il fallut vendre le livre à vil prix à des éditeurs. Dans son avant-propos, il fit un gâchis étrange de sa malheureuse chiromancie et de la science nouvelle. J'eus beau insister; il me menaça d'un procès. Tout au plus, je lui fis retrancher deux ou trois des plus grosses sottises graphologiques qu'il avait entassées dans son travail ; et l'œuvre,

ainsi souillée par le mélange impur d'une science complètement discréditée, d'une pseudo-^science mise au rang de l'astrologie et de la nécromancie, vit le jour, toute honteuse de ce nom de Desbarrolles qui en était le père officiel, auquel celui du père réel semblait être accolé par grâce. Tout devait faire illusion au public. Mon collaborateur n'avait pas manqué de se faire graver sur le frontispice du livre, disant la bonne aventure à une petite dame. La belle annonce pour un livre de science !

J'eus la faiblesse de subir tout cela : les pauvres inventeurs sont des enfants.

Voilà rhistorique de cette publication qui arrivait, par ma faute, au milieu du mondescientifique, accolée à un art que la science repousse comme exploité par le charlatanisme aux dépens des ignorants et des crédules.

L'on pense bien que je n'ai pas attendu jusqu'à ce jour pour faire, au fond de mon âme, mon plus grosmeâculpâ.

J'espère aujourd'hui que la franchise avec laquelle f expose ici ma grande faute et mon grand repentir, me vaudra un pardon complet du monde savant, au moins, une large indulgence pour ce nouveau travail où, cette fois, pe sera de la science pure de tout mauvais alliage,.qui se produira exclusivement sous mon nom, et que^je soumets loyalement à l'examen rigoureux et impartial des hommes graves, capables de nous dire si la Graphologie mérite réellement sa belle place parmi les sciences nouvelles qui sont venues étendre le riche domaine des connaissances de l'esprit humain.

Ce travail, les Mystères de V Ecriture j fait en 1 869, fut le premier jet, Tébauche de l'œuvre savante et philosophique à laquelle j'ai travaillé depuis avec une ardeur presque passionnée. L'œuvre nouvelle que je publie aujourd'hui, est le complément indispensable des éléments déjà connus du public, et qui n'ont été la que première initiation à cette science éminemment pratique à laquelle j'ai donné le nom de Graphologie. • '

Il eut été rationnel que, produisant une science seulement soupçonnée et bien imparfaitement essayée par deux grandes illustrations de l'Allemagne, Gœthe et Lavater, j'eusse donné d'abord l'histoire de la Graphologie.

Une plume fort spirituelle et fort exercée, celle de ma collaboratrice au journal de la Graphologiey Emilie de Vars, dont la mort réciente est une grande perte pour la science graphologique, a rempli largement cette tâche. Je ne puis que renvoyer au petit volume si substantiel et si complet qu'elle a publié sous ce tilre : Histoire de la Graphologie. (1)

Nul, mieux que cet écrivain si modeste, ne pouvait raconter la genèse de la science nouvelle, puis- ' que c'est sous ses yeux quel 'éclosion de cette science s'est produite. Emilie de Vars a été le témoin consciencieux de tous les faits qui s'y rattachent.

(i) Histoire de la Graphologie suivie à''un Abrégé du système de Graphologie^ par Emilie de Vars, 2® édition; Librairie moderne, boulevard Montmartre, 17, et chez M. Cliérié, libraire, 13, rue de Médicis, Paris. L'ouvrage se trouve aussi au bureau du journal de la Graphologie^ S, rue de Chanaleilles, Paris (1 fr. 50 c. en timbres-poste pour recevoir franco.

Ce serait donc recommencer nne œuvre déjà bien faite, que de donner ici une histoire de la Graphologie.

Le livre d'Emilie de Vars apprendra au public quels ont été mes devanciers, et combien était encore dans Tembryon cette science que j'ai portée déji bien haut, au point que des disciples ont pu dire qu'ils croyaient que j'en avais, du premier bond, atteiiit les dernières limites. Dans leur bienveillance pour celui qu'ils appellent « le maître », ils se sont trompés. Comme toutes les autres sciences, la Graphologie se perfectionnera après celui qui en a inventé le système.

Deux noms doivent surgir de tous ces essais, celui de Lavater, vers la fin du XVIII* siècle, et celui de mon ami l'abbé Flandrin, mort récemment chanoine de Notre-Dame de Paris, qui m'avait transmis oralement quelques signes, mais qui n'a jamais rien écrit.

Le petit nombre de signes, qu'il m'a transmis, dont quelques-uns, contrôlés par moi, ont dû être rejetés, sont pourtant le point de départ véritable de l'œuvre sérieuse à. laquelle j'ai travaillé avec tant d'ardeur et d'obstination. En appelant l'abbé Flan- ,drin « le père de la Graphologie », je dois dire aujourd'hui que j'ai un peu cédé à l'enthousiasme. C'était beaucoup exagérer. Mais je dois reconnaître aussi que, sans les premiers éléments dont je lui suis redevable, je n'eusse jamais songé à m'occuper des révélations de l'écriture.

Il me reste à remercier ici les hommes de la presse européenne qùi^ par leur gracieux concours.

ont aidé à faire connaître la science nouvelle. Je voudrais les nommer tous dans cette page. Et, comme presque tous sont devenus des amis pour moi, je les prie d'agréer, autant que s'il était fait exclusivement pour chacun d'eu^, l'hommage de ma vivç reconnaissance.

Il m'eût été doux aussi de placer à la tête de ce livre les noms des disciples si distingués que j'ai faits dans toutes les villes de l'Europe où i'ai donné des conférences de Graphologie. Le même motif qui m'a arrêté pour mes nombreux amis de la presse, me retient aussi pour eux : seulement, je les prie de prendre largement leur part à l'expression de vive gratitude que je garde au cœur pour tous ceux qui ont contribué à la vulgarisation de la Graphologie, en devenant ses protecteurs ou ses disciples.

l^TBODUGTiON,

« La Graphologie est une science éminemment politique, puisqu'elle n'a pas besoin du sujet même pour le connaître. Voyez donc I quelle force gouyernementale, poa- Yoir juger leç hommes à distance ! • Alexandre Dchas fila.

La science pratique par excellenc|B est celle de la connaissance des hommes. Ceux-là sont forts dans la vie, surtout dans le moude des affaires y qui savent pénétrer les iostincts , juger le caractère , découvrir les passions des autres.

De tout temps^ Thoinme s^est appliqué à cette étude, qui est indispensable si Ton ne veut pas être trompé à chaque instant. Mais, pour y réussir un peu, nous n'avons eu, jusqu'à ce jour, d'autre moyen que d'étudier la physionomie, les actions et les paroles des hommes. Malheureusement^ autant nous nous appliquons à atteindre nos semblables à l'aide des manifestations extérieures, autant ils travaillent de leur côté à se contraindre, à se composer, et à ne se montrer jamais ce qu'ils sont avec leurs mauvais instincts. L'homme le plus dangereux est souvent celui qui se rend le plus impénétrable.

Dans cette lutte , quel est le plus habile, celui qui se déguise parce qu'il a intérêt à se dissimuler aux regards, ou celui qui étudie et qui examine ? Généralement, c'est celui qui se cache. Il va même jusqu'à se donner les dehors des qualités qu'il n'a pas ; et il en prend si bien le masque qu'il est très-facile de s'y tromper.

Une science qui trouverait un moyen simple, sûr et pratique de saisir dans le vif l'âme de tout homme, même de ceux qui se déguisent avec le plus de soin , serait une science d'une importance capitale ; et celui qui en ensei-

i4 INTRODUCTION

gnerait la méthode , après en avoir découvert les lois, rendrait un service immense à l^umanité.

Les anciens s'étaient beaucoup occupés de ce problème. Connaître rhomme^, se connaître soi-même leur paraissait l'œuvre capitale de la vie. Ils en étaient venus jusqu'à croire à ces sciences occultes qui ont pour but de deviner l'homme, et qu'on repousse aujourd^ui comme des pseudo-sciences, parce qu'elles manquent de base sérieuse qui puisse satisfaire la raison.

Les modernes ont essayé la physioghomonie et la phrénologie^ difOicîles l'une et l'autre dans l'application, surtout la dernière. La physiognomonie, à laquelle le célèbre Lavater a attaché son.nom^ est certainement trèsintéressante ; mais elle suppose une faculté précieuse, que possèdent peu d'hommes, celle de saisir finement et minutieusement les formes diverses de la physionomie.

Il restait donc à découvrir ime science plus positive, plus pratique, d'une plus facile application. Cette science, récemment' formulée, s'appelle la Graphologie.

Depuis Suétone qui a fait une remarque graphologique sur l'écriture d'Auguste, jusqu'à l'observateur qui avait remarqué que les hommes attentifs , minutieux, aimant les détails, mettaient les points sur les i, l'esprit humain a pressenti que l'écriture n'était pas seulement l'art ingénieux de peindre la parole, mais que la manière de tracer cette écriture devait révéler quelque chose des instincts, des aptitudes, des passions humaines. Shakespeare avait dit : a Donnez-moi l'écriture d'une femme, je vous dirai son caractère. » Un contemporain de Louis XIV ayant examiné son écriture , sans se douter que ce fût celle du grand roi, porta sur lui un jugement trop sévère, mais que la dame 'qui lui avait procuré cette écriture trouva d'une grande justesse.

De nos jours, plusieurs personnes se sont essayées à cette graphologie d'instinct. L'illustre Georges Sand possédait ce talent a un degré merveilleux ; et le journal de la Graphologie y du 6 janvier 1872, a publié d'elle un travail de ce genre tout à fait remarquable.

Ceci établit^ sans aucune contestation possible, qu'il y

DîTIlODUCTION i5

a une graphologie naturelle, c^est-à-dire une puissance d'instinet à déduire le caractère d^un individu de Timpresâon produite par son écriture. Mais évidemment cette faculté ne peut pas se communiquer : c'est un don particulier que peu possèdent , et qui, en définitive, repose souvent sur des conjectures.

Lavater et le célèbre Gœthe, son ami, avaient compris qu'il fallait faire sortir cette science de cet état purement empirique, et Télever, Jjar des principes,, par des règles précises, par une méthode, à Tétat de vraie science. Ni l'un ni l'autre de ces deux hommiBS illustres n'y put réussir.

Ce que le génie allemand si patient, si intuitif, n'avait su produire, a été découvert par le génie français, plus investigateur. J'ai eu la gloire? de formuler un système complet de révélations de l'âme humaine par les traits graphiques rapidement tracés dans l'écriture naturelle , spontanée, habituelle.

Arrachant la graphologie à la conjecture, je l'ai amenée à son état de science raisonnée, ayant ses principes, ses lois, sa classification. Depuis cinq ans, dans des conférences publiques^ et au moyen d'une correspondance avec tous les grands centres intellectuels de l'Europe, je donne la preuve permanente de la vérité de ma méthode. J'expérimente sur des écritures de personnes qui sont à plusieurs centaines de lieues de moi , dont souvent même je n'ai pas le nom. On peut m'écrire dans une langue qui m'est inconnue ; et le portrait intellectuel et moral, détaillé jusque dans les nuancés , que je fais de la nature intime de la personne qui a écrit la lettre, est d'une exactitude si rigoureuse, qu'elle est une véritable photographie de l'âme , ayant , pour le caractère de la personne jugée, la même justesse que la photographie phyaque qui rend les traits du visage comme pourrait le fidre un miroir.

Les faits sont là,' avec leur démonstration écrasante. C'est par centaines que m'arrivent de toute l'Europe, des lettres 6ù il est nettement établi que le jugement porté sur les caractères, d'après les écritures qui m'ont été adressées^ est d'une justesse rigoureuse.

16 INTEOBUCTION

M. A de R.^ fils de Tun des premiers écrivains de la Suisse^ m'écrit de Neuchâtel :

a Le portrait que vous avez fait de mon caractère est <K tracé de main de maître. Il n'y a qu'une voix à cet 9 égard parmi ceux à qui je l'ai lu. |J'ai admiré le eou- / € rage avec lequel vous avanciez des choses qui^ si elles

« n'avaient pas été fondées^ auraient étrangement coma promis votre système. Ce fut un vrai triomphe grapho- « logique que la photographie si exdiciey jusque ^ans les « moindres détails, que vous faites de mon caractère. — > « A. de R. »

' ^ On m'écrit de Paris : « Merci de votre envoi du por-

c trait graphologique. Il est fort bien fait; et le caraca tère du sujet est profondément fouillé , et décrit avec « une grande vérité. — F. » • r On' m'écrit de Secheim, près de Constance (Grand-Du-

ché de Bade) : « Je suis vraiment étonné du travail que a vous m'avez envoyé. Le portrait graphologique est a d'une exactitude, d'une pénétration, d'un complet qui « me frappent. C'est pour moi une preuve convaincante a de la vérité de la graphologie. Ce qui m'étonne sura tout , c'est la sûreté admirable avec laquelle vous avez « su déinèler, dans un caractère plein d'oppositions, le « fond naturel, et l'accentuer d'une main ferme , à tra- V « vers tout ce que l'éducation, l'entourage, les circons- -" a tances, la vie enfin ont entassé dessus. — P. B. » #^ f On m'écrit de Valentigney (Doubs) : c Je ne vous ai pas

? a dit la moitié de ce que je pense sur votre merveilleuse

f • a science. Vous avez en main un instrument psycholo-

fô , gique qui atteint son objet plus sûrement que ne le

'^'\ (! font les systèmes photographiques, qui ne peuvent

•:• «• opérer que sur les manifestations plus ou moins spon-^

j^: « tanées, plus ou moins sincères de Tàme, tandis que

;^^ ^ d vous atteignez la source même de ces manifestations.

. Vr a Le portrait *** est admirable en vérité. Je Tai lu à plu-

a sieurs personnes , et il a été trouvé entièrement frfiç- }- « pant. Je n'y découvre pas un trait qui ne soit rigou-

a reusement vrai. Ce qui me frappe le plus dans vos por- « traits , ce ne sont pas tant les indications, les lignes

INTBODUCTION M

f générales ^ne les détails^ les nuances des nuances^ si je « puis dire ainsi. — A. B, »

On m^écrit de Gênes :

« Je dois vous accuser réception de votre lettre dont je vous remercie bien.

e Je suis fortement étonné de votre talent vraiment admirable^ et de la faculté extraordinaire manifestée par vos lignes qui tracent mon caractère , tant dans les généralités comme dans les détails.

a Selon moi, vous avez parfaitement réussi à peindre mon portrait avec une précision rigoureuse ; et j'ai montré votre lettre âmes amis qui croient me connaître bien, etqui^ peut-être, devraient être encore plus sûrs dans leur jugement que moi-même. Quoique incrédules au commencement, ils se sont facilement convaincus de la vérité et de la profondeur de la science que vous avez étudiée évidemment avec tant de succès.

« J'avoue qu'il me coûtait de la peine à me persuader que cette science intéressante pût être développée jusqu'à un tel degré de parvenir à sonder les traces les plus profondes et intimes des caractères. Mais il me faut ajouter que vos lignes m'en ont donné une haute preuve qui doit détruire toutes les objections possibles.

« Je vous remercie donc de votre lettre, et je vous félicite, de tout mon cœur, des heureux résultats de vos études profondes sur cette science qui commence à m'intéresser beaucoup!.

c Agréez mes nouveaux remerciements et mes salutations cordiales. a A. L. d

J'ai laissé à cette intéressante lettre tous ses italianismes qui lui donnent son cachet spécial. Elle vient d'un homme haut placé, que sa conviction seule a pu conduire à nous exprimer, d'une manière si explicite, l'admiration que lui causent la justesse et la précision de mes portraits graphologiques.

La lettre suivante me vient des environs de Neuchàtel Suifise)^ à la date du 12 janvier 1875.

« Monsieur,

c Vous dirai-je, pour commencer ^ que votre science si

intéressante et si remarquable , fait le sujet de maintes conversations , et Fadmiration de toutes les personnes qui^ comme moi, ont eu Toccasion de constater sa grande justesse d'application ?

« J^avoue cependant qu'avant d'avoir été jugée par votre méthode, j'hésitais à me laisser convaincre entièrement. Le miroir devant lequel vous m'avez fait passer, vous a révélé de parfaites vérités et une connaissance peut-être plus exacte de mon être intellectuel et moral, que celle acquise par moi-même jusqu'à aujourd'hui. Quel mystère 1 — X. X; »

Un esprit fort*distingué, à la fois intuitif et déductif, nature très-simple, très-loyale et très-franche, nous écrit de Montpellier , à la date du 27 décembre 1874 , encore sous l'impression qu'il, a reçue de l'exposition du système graphologique faite dans mes conférences :

a Monsieur,

« Votre système graphologique m'a vivement impressionné. J'en suis vraiment enthousiasmé. C'est beau et simple à la fois, comme les grandes découvertes. Votre méthode est sûre, claire, facile. L'Écriture est, pour vous, le miroir de l'âme : elle s'y révèle tout entière avec ses qualités et ses défauts. C'est un véritable examen de conscience : c'est l'affirmation de la vérité et la preuve de l'existence de l'âme. C'est la solution du problème si difficile à résoudre des anciens : Connais-toi toi-même.

« C'est toute une révélation que Gœthe et Lavater avaient été impuissants à produire. C'est une grande révolution dans la science, avec des horizons nouveaux, vastes, étendus.

a Cela parait si prodigieux, de prime abord, qu'on n'y croit généralement pas. Mais, lorsqu'on a entendu l'explication que vous donnez avec tant de clarté et de charme, les plus difficiles deviennent les adeptes les plus ardents.

a Mais si la science graphologique est réellement belle, si elle attire, si elle plaît tant » >elle est aussi d'une générale et incontestable utilité. Au père de famille, elle permet de foimer le caractère et de diriger l'éducation

INTRODUCTION i9

de ses enfants ^ selon leurs facultés , leurs instincts et leurs aptitudes; aux chefs d'institution, de connaître le caractère des élèves confiés à leurs soins ; en un mot, elle est utile à la religion , â la magistrature, au commerce, à Tindustrie, etc. Aussi est-il vrai de dire que la Graphologie e^t la plus belle et la plus grande découverte du XIX® siècle.

c( Cette science nouvelle est appelée à rendre d^immenses services à la société, et surtout à la régénérer ; car, lorsqu'elle sera répandue partout , qu'elle sera connue de tous, elle rendra les hommes évidemment meilleurs , par la connaissance d'eux-mêmes et de leurs semblables; ce sera comme un âge d'or , puisque ce sera le règne de l'âme sur la matière, le triomphe du bien sur le mal*, et ce règne de Dieu qu'appellent toutes les grandes âmes. A vous reviennent la gloire et l'honneur d'une si merveilleuse et si intéressante découverte.

a Yoilà, Monsieur, les idées et les sentiments que m'a inspirés votre grande œuvre, et que j'avais à cœur de vous communiquer.

c Veuillez agréer. Monsieur, etc.

Un grand collectionneur d'autographes nous écrit de Lyon, en mettant gracieusement ses trésors à notre disposition :

a Monsieur,

« J'ai reçu votre lettre» Comme, en pareil cas, on n'est pas bon juge dans sa propre cause, je l'ai montrée à ma famille et à des gens qui me connaissent très-bien ; et ils l'ont complètement approuvée.

« Ils sont comme moi dans l'admiration ; et ils ne peuvent comprendre que, sur des traits de plume, on puisse lire le caractère de l'homme. Cependant cela est vrai en ce qui me concerne. Le plus incrédule sera obligé de se rendre et de reconnaître ce qu'a de sérieux la Graphologie.

« Vous avez trouvé, dans ma lettre, le sujet de onze explications sur laon caractère , ma manière d'être, et

mes penchants ; et tout cela^ je le reconnais^ a été trouvé^ vrai, a J'ai l'honneur d'être....

On nous écrit de Liège le 20 janvier \ 875 :

a Cher monsieur, « Vous me surprenez ! Le portrait que vous avez bien voulu m'envoyer est d'une exactitude mathématique. Aussi j'attends , avec la plus grande impatience^ mon propre portrait intellectuel et moral.

« Je vous serre respectueusement la main. Votre,

Les plus incrédules s'avouent vaincus.

On m'écrit de Lyon :

a j'ai assisté à l'une de vos conférences au palais Saintce Pierre. Adieu mon incrédulité ! Je suis forcé d'avouer a votre sagacité à mon égard. »

■On m'écrit de Lon jumeau :

« J'ai reçu mon portrait graphologique. J'ai cherché f si je n'y trouverais pas quelques assertions erron<^o,s. a J'ai été vaincu. Votre travail est de la plus rigoureuse a exactitude. — E. B. »

La lettre suivante d'un instituteur a une valeur toute particulière, pai^ce qu'elle rend avec une grande netteté et une parfaite exactitude, ma propre pensée sur l'utilité pour ks instituteurs et les chefs de famille, de la science nouvelle, comme puissant moyen d'éducation :•

a Soubran (Cbarente-lnfèrieure), le 24 décembre 1874-. « Monsieur, € Abonné à votre journal depuis bientôt un an, je suis heureux de pouvoir vous témoigner ma vive reconnaissance pour les plaisirs que je dois à la Graphologie. Je n'ai pas l'intention de faire les éloges de la science dont vous êtes le vulgarisateur. Tout ce que j'en pourrais dire serait trop au-dessous de la vérité ; mais je tiens à vous dire que, plus j'observe récriture de mes élèves et des personnes dont le caractère m'est à peu pires connu, plus je trouve que vos principes sont d'une rigoureuse exactitude. Il me semble donc évident que, si la grapho-

logie a l'avantage de charmer parfois les loisirs des personnes qui ont l'esprit observateur, elle a surtout celui de pouvoir devenir, entre les mains des instituteurs et des chefs de famille , un puissant moyen d'éducation, puisqu^eUe révèle, avec une étonnante précision, les facultés intellectuelles et morales de ces jeunes enfants que l'on élève si souvent sans tenir le moindre compte de leurs diverses aptitudes. C'est sous ce dernier point de vue que je considère l'œuvre que vous avez entreprise et que vous conduisez si bien, comme une œuvre éminemment utile.

« Puisse-t-elle avoir tout lé succès qu'elle ^lérite !

a Si ma lettre peut vous être utile à quelque chose, je vous autorise à en disposer de la façon qu'il vous plaira.

€ Veuillez agréer. Monsieur, etc.

« Votre élève, « Ferrand. »

Le docteur L..., homme d'une position considérable dans son département> écrit à un ami :

a Mon portrait graphologique est bien ressemblant. H. Michon est un rude anatomiste de l'âme humaine. Quelle puissance d'observation et d'analyse on observe chez lui ! Savez-vous bien qu'avec un observateur de ce mérite, il ne fait pas bon de laisser traîner ses chiffons de papier? Heureusement que, pour le graphologiste comme pour le médecin, la discrétion est le plus sacré des devoirs.

a Après la session du Conseil général au plus tard, avant, si mes occupations me le permettent, j'écrirai à M, Michon et je le prierai de faire le portrait graphologique d'une personne qui m'est chère , qui , comme moi, sera très-contente de laisser à nos enfants la reproduction de sa personne morale, afin que, lisant les portraits, ils imitent plus tard les quelques qualités de leurs parents et le corrigent de leurs défauts. »

L'un des membres les plus distingués de la haute ma-

g'strature française, conseiller de Cour d'appel, écrivait, 8 décembre i 874, à M, le premier président de la cour de Montpellier. ^

Î2 IKTRODUCTIOW

a M. Michon est le créateur d'une science nouvelle^ « appelée, je crois, en France, dans un avenir prochain, a à un succès égal à celui qu^elle a déjà obtenu à Téf tranger. Cette science qui dévoile les instincts, les pas- « sions, lés facultés de Tâme humaine par inspection f de l'écriture, entrée dans les études judiciaires y pourra « devenir d'un grand secours aux magistrats, aux homa mes d'afiaires de l'avenir. »

Ce jugement d'un esprit très-pénétrant , qui a nonseulement sa valeur comme émané d'un magistrat, mais encore comme venant d'une intelligence accoutumée aux investigations de la science, exprime bien, dans sa concision, le rôle que la Graphologie est appelée à jouer dans un prochain avenir, du moment que les juges d'instruction, les procureurs près des cours de justice, les avocats, les juges, les jurés voudront recourir à elle pour connaître préalablement la nature, le caractère, les instincts des inculpés de crimes , assis devant eux sur la sellette.

Je n'ai pas besoin de dire que ce n'est pas pour le futile plaisir de reproduire ici des éloges, que j'ai cité quelques-unes des lettres dont se compose ma volumineuse correspondance, mais pour établir un fait capital^ l'expérimentation faite au grand jour et sur une vaste échelle, du procédé graphologirue. Je dois ajouter ceci.

Le cachet spéfcial de toutes ces lettres est leur grande spontanéité. Ce ne sont pas des certificats de complaisance, des lettres sollicitées pour faire illusion au publie; c'est l'expression, quelquefois naïve dans son enthousiasme, d'hommes qui ont le vif pressentiment des bienfaits d'une découverte qui peut ètre^ réellement, quand elle aura son application générale, un procédé de renouvellement moral dans le monde.

Ces lettres achèvent de démontrer aux plus sceptiques que l'application faite maintenant dans tous les grands centres intelligents de l'Europe , de la science graphologique , établit , par voie expérimentale, sa rigoureuse exactitude (i). Tant de témoignages^ venus de personnes

(1) On appelle eospérinmtation la mise à l'épreuve dNm sys-

Ëi

mr&ODTJGTioN 23.

de situations d^esprit et de fortune si différentes ^ no laissent plus subsister un doute.

Je savais^ en me livrant à la vulgarisation de cette belle science, que j'arriverais à ce résultat, que je puis appeler magnifique, puisque déjà, après cinq ans, il embrasse la partie de TEurope qui se livre avec le plus d^ardeur à la science et à l'étude.

Ce serait une lacune dans ce livré, si je ne disais pais quelques mots à mes lecteurs sur cette question, selon moi, de fort médiocre intérêt, mais qui a été posée : quel est rinventeur de la science graphologique?

Pour ma part, je suis parfaitement Tinventeur et le seul inventeur de mon système graphologique. Je le perfectionne chaque jour ; et depuis la publication de mon premier livre , j'ai eu le bonheur d'arriver à la découverte des cinq grands groupes intellectuels, dans lesquels, psychologiquement , se renferme toute manifestation de la pensée humaine. — C'est le point capital de mon système. — Mon premier traité a été composé .en i869, et ma théorie des groupes intellectuels ne date que de 4872. Je n'ai pu l'emprunter à personne ; et je ne

ième, d'une théorie. Rien n'est reçu, comme ^principe vrai et ndéniahle, rien n'est acyuis à ta science^ — c'est l'expression consacrée, — que ce qm a subi l'épreuve rigoureuse de TeX'périmentation. La graphologie a triomphé de cette épreuve. On la trouve fondée en observation, puisqu'elle est démontrée par l'application du système sur toutes sortes d'écritures. Peu importe, que les lettres soient formées {.ar la plume, ou par le roseau (csdame) chez les Orientaux, ou par le pinceau dans l'extrême Orient, que ce soit l'autographe du Pen-ta-our dont l'auteur est contemporain de Mo^se, qui se voit au musée du Louvre, (jue ce soit une page de sanscrit écrite par un indien, que ce soit une missive en nébreu, en grec, etc., ou une lettre écrite de la veille par un européen, du moment que c'est une écriture cursive, rapide, servant à exprimer une pensée, et non pas une écriture de pure calligraphie tenant place du travail de l'imprimerie, l'âme humaine s'est manifesté là ce qtfelle est, jusque dans ses nuances intimes, par ce travail personnel, naturel, instinctif. L'écriture personnelle, œuvre deapsemierefl et fortes impressions de l'adolescence, successi-

Si'

24 DÎTBODtTCTION

sache personne en Europe , dont les connaissances gra-

E biques aient pu m'ouvrir sur cela le plus vague aperçu, a découverte est donc mienne et rigoureusement personnelle.

Ceci tranche la question contre un homme de lettres^ homme d'esprit d'ailleurs^ mais mal renseigné^ qui^ dans un rapport^ a pu dire que je n'étais pas le seul inventeur de la science graphologique.

D'autres y ayant travaillé avant moi , je leur rapporte bien volontiers la gloire de ce qu'ils peuvent" avoir découvert.

J'ai mentionné Lavater et l'abbé Flàndrin* Je n'ai absolument rien trouvé dans la Chirogrammatomancie de l'allemand Adolf fienze^ par la bonne raison que, s'il a une méthode, il la garde comme un secret qu'il ne veut conmiuniquer à personne, malgré le volumineux volume qu'il a publié.

J'ai eu la chance de découvrir, à la bibliothèque de l'Ecole de médecine de Montpellier, où j'ai été accueilli avec tant de bienveillance par le vénéré conservateur, un livre que j'avais cherché vainement à Paris dans toutes ^os bibliothèques. C'est le livre de Camille Baldo,

vement modifiée selon les changements apportés dans la vie, devant se modifier encore si les situations de l'existence venaient à se changer de nouveau, cette écriture devient un miroir photographique dans lequel l'âme s'est fixée, comme le visage se fixe sur une plaque préparée par le photographe. Il n'y a plus qu'à connaître les signes graphologiques pour lire aans cette âme, et la dévoiler ce qu'elle est dans ses replis les plus intimes.

Dans mes conférences nombreuses en France et à l'étranger, qui ont eu le résultat de vulgariser si rapidement la science nouvelle, j'ai pu dire que j ai apporté au monde un bienfait supérieur à celui de la découverte de la photographié, puisque celle-ci ne rend que les objets du monde physigue, pendant que le procédé graphologique, selon l'expression d'un homme distingué, devenu l'un de mes çlus dévoués disciples; « arrive à atteindre la source des manifestations les plus in- « times de l'âme, & en rendre les nuances, les nuances des « nuances* p

INTRODtrCTION 25

publié à Bologne en 1629 intitulé': Du moyen de eonnaître les mœurs et les qualités de V écrivain, d'après une épitre missive de luL Ce livre que j'ai traduit dans sa

Eartîe graphologique , dont j'ai même reproduit le texte itin^ donne bien quelques signes graphiques^ dont quelques-uns manquent évidemment de justesse. Mais il s'appuie surtout sur le style et il semble avoir devancé le mot de Buffon : « Le style c'est l'homme. » C'est cependant très-curieux à lire (voyez \dk Graphologie Aq \%1^ y n" 1 — 5) ; mais il n'y a là aucune base sérieuse pour un système.

Je suis donc forcé, dans l'intérêt rigoureux de la vérité, de dire que, si quelques petits recoins du voile ont été soulevés avant moi , il ne m^a été donné que des renseignements si incomplets qu'il m'eût été bien difficile de produhe, avec eux, tout un système qui a ses principes, ses règles, sa classification.

Cette réponse clôt définitivement le débat. Je n'ai qu'une seule prétention , bien légitime , on en conviendra, et qui ne froisse les prétentions de personne, de dire en toute vérité que nulle inspiration ne m'est venue dans la découverte de mon système graphologique.

D'autres peuvent avoir leurs systèmes , qu'ils les produisent ! S'ils disent du nouveau et du vrai, tant mieux. Je suis prêt à applaudir.

S'ils compilent les leçons publiques que je donne et les cinq volumes de la Graphologie que j'ai publiés depuis i872, je dirai et l'on saura qu'ils sont tout simplement des plagiaires (i).

Maintenant se pose devant nous cette question : Devaîs-je publier mon système ?

Dans un siècle de découvertes, mettre la mienne sous le boisseau, en faire un arcane transmissible à quelques intelligences supérieures, qui ne dévoileraient jamais aux

(l) Ce plagiat s'est déjà produit deux fois par deux petits livres, dans l'un desquels on a accouplé la chiromancie à la graphologie. Ce sont de mauvaises compilations, toutes pleines cTeiretirs, et qui ne peuvent que déconsidérer la graphologie.

masses comment on lirait toute âme à Faide de quelques lignes tracées, voilà une idée qui ne me vint pas, et qui cependant germa dans la tête de Tun^des hommes les plus distingués de notre temps, que j'avais Thonneur de compter parmi mes trois ou quatre premiers disciples.

Alexandre Dumas fils qui m'avait mis à Tépreuve, et qui, dans une soirée chez lui, en présence de quelques intimes, m'avait entendu photographier avec une sûreté d'analyse, dont la précision l'étonna, plus de quarante célébrités contemporaines dont il me montrait successivement l'écriture, eut la pensée qu'une si merveilleuse découverte ne devait pas être jetée dans la publicité.

Voici la lettre qu'il m'écrivit :

a Mon cher maître,

« Vous me demandez mon avis sur votre jounial, et vous me conviez à vos conférences. Le journal, j'ai le temps de le lire; les conférences, je n*ai pas le temps d'y aller. Je le regrette, d'abord parce que je voudrais vous entendre parler, et ensuite parce que je voudrais voir comment le public prend ce que vous lui di;es.

<t Moi, je ne crois pas qu'il puisse être initié aux mystères que vous lui révélez-là. Selon moi, il ne faut l'aborder qu'avec l'émotion d'une action théâtrale, ou avec les ruses d une prestidigitation quelconque. Il ne faut pas lui expliquer les choses : il faut les lui imposer, en gardant pour soi le secret du mécanisme. Si vous l'initiez, il veut en savoir tout de suite aussi long que vous; et, comme c'est impossible, il se décourage, vous quitte, vous nie et quelquefois vous insulte pour se venger. Voire science, dont je suis un des adeptes les plus convaincus, que j'étudie et que j'utilise tous les jours, est trop délicate et trop fine pour être livrée aux foules qui veulent avant tout être passionnées et amusées, qui tiennent peu à être instruites. Je crois qu'il/ eut été profitable, Cbthétiquement parlant, de ne livrer votre secret qu'à quelques personnes, dam V intérieur du temple. Au lieu d'auditeurs distraits ou ennemis, vous n'auriez eu que des disciples attentifs /t convaincus • et vous ne vous seriez pas fatigué à vouloir donner aux masses ce qu'elles sont le moins capables d'acquérir, ce qui n'est que le très-rare privilège de quelquesuns, la faculté d'observer. En attendant, les trois premiers numéros de votre journal sont excellents. Il y a là des portraits de main de maître; et moi, qui sais bien que c'est sur

DSfTRODUCTIO» 27

récriture seule q[ue vous avez rendu votre jugement, j'applaudis des deux mains. Tout à vous,

« Â* DuHÀS> iils.

« Monsieur Michon, Paris. »

Ma réponse était facile, et elle se devine. Mon écriture si spontanée, si vive, si impressionnable , dit à Favance qu'à une nature communicative , passionnée comme la mienne, ne pouvait pas* convenir Tidée étrange de ne dévoiler qu'à des adeptes privilégiés le système que je venais de produire. Nous étions au mois de janvier 1872, au moment où je développais mes théories dans le journal de la Graphologie.

Voici ce (pie je répondis à l'homme intelligent, oui voyait de si haut la grande découverte de la Graphologie:

« Cher et aimable disciple^

« J'ai h. vous faite une réponse officielle, si je puis employer ce mot ambitieux. Vous m'avez écrit une lettre comme vous savez en écrire ; et vous, l'idéalisateur, vous élevant facilement aux théories^ vous m'en avez donné une fort ingénieuse sur l'importance de cacher aux foules cette science graphologique que vous avez jugée, le premier en France, d'une application si heureuse qu à vos yeux, elle peut devenir, entre des mains habiles, une force gouvernementale.

« Déjà, sur les^ bords de l'Océan, du haut de l'une de ces deux grandes falaises se dressant comme des murs gigantesques où tiennent se briser les flots, vous m'aviez éloquemment établi cette thèse spécieuse, et vous ne m'aviez pas convaincu. Votre écriture dit la grande ténacité de Tidée, et vous avez répondu à votre puissant instinct, en me donnant avec plus de charme encore votre première argumentation. On aime à se battre avec .les forts. Aussi me suis-ie peu gêné, dans ma conférence du 18 décembre, à la salle du boulevard des Capucines, pour vous discuter bel et bien.

« Je vous ai regretté là : car j'aurais voulu écouter votre réponse à l'objection avec laquelle j'ai combattu votre brillante théorie*, et cette objection, la voici :

« La science, et nulle science, aux temps modernes, ne peut plus être occulte. C'était bon en Egypte et en Grèce, où quelques hommes seuls formaient le monde intellectuel, au temps surtout où le hvre, lentement produit par les copistes

28 niTRODUCTION

D'arrivait qu'à des privilégiés d'intelligence et de fortune. • Mais, depuis Timprimerie, depuis le livre et le journal qui vont jusqu'aux échoppes, le procédé de réserver à quelques adeptes, dans les profondeurs du temple, les grands secrets de la connaissance de l'âme n'est plus possible. Ces masses encore barbares mais qui aspirent à la lumière, y ont droit, puisqu'elles en ont le sentiment, qu'elles en éprouvent la faim et la soif. Elles lisent aujourd'hui les accidents, les crithes, les drames que révèlent régulièrement les cours d'assises, ces grands inéâtres à sensations qui ont remplacé le théâtre antique; elles vont chercher là des émotions. Mais, demain, elles étendront à des connaissances plus utiles, plus moralisatrices, ce besoin nouveau qui se révèle en elles.

« Or, de toutes les sciences pratiques, Tune des premières qui peut leur sourire est la graphologie. L'inscription du fronu)n du temple de Delphes contenait tout le problème humain : Connais toi toi-même,

« Cette profonde énigme jetée comme un défi à la faiblesse du regard de l'homme, va recevoir sa perpétuelle explication par les révélations graphologiques. L'homme se connaîtra mieux par l'étu le qu'il fera des autres hommes. U serait donc cruel de priver notre époque d'une science qui, divulguée au moins dans les classes lettrées, peut rendre des services immenses, et aider ce mouvement civilisateur que nous ne devons pas interrompre.

« Vous voilà, rapidement^ la raison grave qui me porte à vouloir vulgariser, dans la limite de mes forces, la science nouvelle que j'ai eu le bonheur d'inaugurer avec un succès dont je dois être fier, puisqu'elle me donne, pour disciples passionnés et convaincus, des hommes de première valeur tels que vous.

« Maintenant, je le reconnais, j'aurai tous les déboires des vulgarisateurs. Les petits niais ne me comprendront pas et ne cesseront de faire des objections saugrenues; les superbes traiteront la graphologie comme \^n personnage très-célèbre dans rhistoire traita Tmvention de la vapeur; les plagiaires dépèceront la pauvre graphologie et la défigureront pour se donner Tair de l'avoir inventée. Je ne, convaincrai ni l'Académie des sciences, ni l'Académie de médecine, ni l'Académie de Brives-l.a-Gaillard.e, ni aucune académie. Seulement j'indiquerai aux académies les hommes de génie qu'elles n'ont pas eu l'esprit d'appeler dans leur sein, et les grandes incapacités auxquelles elles ont ouvert largement leur porte.

« Si elles m'écoutent, vous sere^ bientôt membre de l'Aca*

demie française. Et, un beau jour, vous lui ferez comprendre que ]â Graphologie est sœur de la Psychologie ; que la première traduit la seconde j qu'il les faut apprendre Tune «omme l'autre, si Ton veut avoir un peu de cette chose si précieuse, mais si rare, qui s'appelle la connaissance des hommes, sans laquelle on s'expose à tant de déceptions dans la vie. «Veuillez agréer l'expression de mon affection la plus vive.

Tout vôtre,

« MlÉHON. »

Des hommes sérieux , des critiques sévères qui ont voulu se rendre rigoureusement compte de la valeur de la Graphologie, après avoir suivi pendant deux ans mes conférences, et lu tout ce que j^ai publié, n'ont pas hésité à proclamer la supériorité de la méthode graphologique sur celles de Lavater et de Gall. J'ai cité, dans la Graphologie de 4873, n« 43, une lettre qui à été fort remarquée, d'un écrivain distingué , M, Le Noir, très-compétent sur ces questions.

II part de ce principe que, pour qu'il puisse y avoir révélation d'une chose intérieure et invisible par un signe extérieur et visible, il faut qu'il y ait une liaisoç convenable et susceptible d'être raisonnée entre le signé et la chose signifiée. Et il ajoute : a Or , je ne vois dans l'homme de signes rationnellement révélateurs que ceux gui sont mobiles et dont les variantes ne peuvent provenir que de la personnalité en exercice , et de l'usage qn'elle fait de ces facultés. » Il conclut rigoureusement jue les signes fixes qui ne tiennent qu'à la conformation invariable de l'organisme ne peuvent révéler grand'chose, parce qn'ils ne répondent pas à la condition imposée tout à l'heure par la raison , pour être de vraies manifestations de l'âme.

U parcourt alors la donnée de Lavater^ celle de Gall ; il repousse nettement les sciences occultes « n'ayant pour Appui que le charlatanisme. »

Il reconnaît que le lavatérisme , quand il s'appuie sur les signes mobiles, tels que le regard, le genre de rire, certains mouvements des lèvres; certains plis de la face contractée^ etc.^ est fondé en raison et aussi en observa-

tion^ qu'il est même une science dont tout le mondé fait usage plus ou moins.

Il repousse, d'après son principe, la craniologiè qui n'a que des signes fixes, a La science sérieuse , dit-il, a renoncé à la craniologie. »

Arrivé à la Graphologie, « cette science, dit-il, ne s'appuie que sur des signes mobiles , d'humaine production, tant raisonnée que spontanée. Dahs l'écriture, la personnalité verse réellement de son âme, de sa double vie corporelle et spirituelle, de sa vie douée à la fois d'intelligence, de liberté et de passion, d

Selon lui, la Graphologie est fondée en raison et en observation. « Elle est la clarté du bon sens autant que la craniologie est l'impénétrable obscurité du problème et du paradoxe; elle est la logique de la liaison naturelle entre le signe et la chose signifiée , autant que le lavatérisme, pris dans sa mauvaise moitié (les signes immobiles) est l'incompréhensible et l'insoutenable. Elle étu- I;! die le geste stéréotypé , le geste de l'intelligence et de la

passion en travail, qui est le mouvement lui-même ; elle étudie vraiment l'homme, car l'homme, quand il écrit, est tout entieir dans sa main et dans sa plume. »

Le dernier mot de cette remarquable lettre est celuici : « Vous avez raison, votre science est solide. »

Une science qui a subi, pendant deux années, l'épreuve de cette critifiue acérée et presque impitoyable, a le droit de se montrer au grand jour et de prendre sa place auprès des autres sciences dont notre siècle a vu la création

^y glorieuse ou le complet développement , après les longs

%C Sges de l'empirisme.

Je ne devais pas priver mes lecteurs de ce ti^avail consciencieux et sévère qui procède d'après les lois rigou- %'. reuses de la critique scientifique. C'est la page la plus

)^: nette et la plus concluante que mes contemporains aient

* consacrée à la découverte de la science nouvelle. J'ai

raison d'en être fier, parce que c'est un hommage ayant d'autant plus de poids et de valeur, que l'écrivain qui me l'adresse ne s est déterminé , dit-il , à me l'écrire^

VA

mmoDucTioN 31

c qu'après deux hivers d'une assistance régulière à mes explications. »

Ce sont là des lettres de naturalisation données dans la science sérieuse à la graphologie. J'en remercie Thomme grave et réfléchi qui les a formulées avec cette précision. Il est douteux que , dans le monde savant , il se trouve personne qui contredise la donnée rationnelle sur laquelle il s'appuie pour faire de la graphologie une science fondée en raison et en observation.

Ce qui paraissait^ au savant Flourens, un problème qni ne devait jamais être résolu, quand il constatait Tinsucces de la physiognomoniè de Lavater et de la craniologie de Gall , n'en est plus un' maintenant. Flourens avait écrit :

<x Les hommes chercheront toujours <}es signes extérieurs pour découvrir les pensées secrètes et les penchants cachés. Sur ce point, leur curiosité a beau être confondue ; après Lavater est venu Gall; après Gall, il, en viendra d'antres (1). »

D'autres sont venus en efiet ; et ce n'est plus avec le vague et la conjecture de théories souvent hasardées, comme chez Gall, qu'ils ont procédé. La Graphologie a répondu à cet instinct de l'esprit humain qui ne trompe jamais, quoi qu'il puisse être déçu pendant des siècles. Cette cusiosité ne pouvait avoir été mise en nous, que parce qu'il y avait sentiment intime qu'un jour devait venir où elle serait pleinement satisfaite. L'âmehumaine ne s'obstine pas à espérer le faux.

La gloire éternelle de la Graphologie âera d'avoir découvert que toute écriture est un véritable psychomètre, instrument merveilleux pour juger de l'état intime de l'âme , comme l'hygromètre nous donne l'état de siccité et d'humidité de l'atmosphère.

(i) P. Flourens, De la Fhrénologie et des études vraies sur le cerveau^ page 82.

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