CHAPITRE VU
Administration intérieure.
Dans l’exposé des actes du ]VIinistère britannique, durant l’année 1823 , on divise les objets qui se rapportent à l’Administration intérieure en quatre sections principales :
1*. De l’état actuel de l’intérieur, quant à son administration ;
2*. Du budget des dépenses qui seront né-
cessaires pour le service de l’année 1823 ;
3 *. Des réductions dans les dépenses du Gouvernement, et du soulagement qu’il sera possible d’apporter aux charges du l)euple , par de nouvelles remises d’impôts ;
4 ®. Des mesures qui sont en exécution , pour consolider et pour améliorer les ressources nationales, ainsi que pour augmenter le bien-être général de la nation.
Quant à l’état actuel de l’intérieur, la situation de l’Irlande est l’objet qui appelle le plus
sérieusement l’atLcntion du Ministère britannique.
11 a fallu renouveler la loi martiale, connue sous le nom A* Acte insurrection. Les circonstances les plus malheureuses semblent réuniespour aggraver la situation déplorable de l’Irlande : la famine, et le relâchement d’une police qui doit être toujours (dit l’historien du Ministère) plus vigoureuse et plus active dans une contrée dont les paysans sont irapar&itement civilisés. C’est à l’époque défavorable dont nousparlons , qu’a commencé la nouvelle Administration de l’Irlande.
Heureusement , dit toujours l’écrivain du- Mlnistère , heureusement les attentats et les outrages commis dans ce royaume, n’étaient pas d’une nature politiquei Us étaient excités par^ l’indigence, et dirigés contre la propriété en général. Ce n’était pas plus contre les taxes, et même contre les dîmes, que contre les rentes patiimoniales qu’était dirigée la fureur du peuple.
Les taxes, ajoute-t-il , étaient un effet presque étranger à ces désordres. La force impulsive qui faisait naître les troubles , c’était la faim ; c’était une cruelle famine, dont la cause immédiate ctait, dans, la, disette d’un produit quL forme " ‘
à peu près la seule nourriture des paysans ( lesponimes-de- terre ).
Quelles qu’aient été les causes-, les effets furent épouvantables. Voici par quelles mesures.' on tenta d’y remédier. On essaya d’un nouveau système administratif. On permit au clergé de vendre ou d’affermer la dîme ; afin de ne plus, laisser peser sur les ministres du culte, la haine qui s’altaciie toujours à celui qui perçoit direc-. temeut un impôt de cette nature. Enfin, on abolit la taxe des portes et fenêtres.
L’Administration intérieure de l’Irlande avait été assimilée à celle de l’ Angleterre'. Mais l’état si différent des deux royaumes , avait toujours nécessité de grandes différences dans leurs magbtrdtures analogues. En Angleterre, l’Adminis* tration est nécessairement gratuite dans ses premiers degrés; c’est à cela même qu’elle doit son importance et sa haute considération. Cependant il faut qu’on puisse trouver, dans un pays, des hommes assez riches, assez indépendants par leur position, pour être au-dessus de toutes les tentations d’abus et de fourberies, qui stimulent si malheureusement les fonctionnaires char<^ gés d’un pouvoir à l’aide duquel ils pourraient satisfaire d’impérieux ijesoios. Il fimt qu’on
( lal )
puisse trouver des hommes qui réunissent asscs^ d’éducation , d’instruction, et même, à plusieurs égards, d’habitudes judiciaires, pour interpréter les lois en première instance, et pour les appliquer dans la juridiction qui leur estconüée, sans tomber dans les fâcheuses erreurs que produit si souvent l’ignorance. En Angleterre, depuis plus d’un siècle , une classe de bourgeoisie ( gentry ) possède ces qualités; elle s’est /brrace et perpétuée , même dans les provinces les plus reculées. 11 n’y a donc jamais de diOlcultés, en Angleterre, pour fournir aux magistratures locales , des sujets dignes de les remplir.
L’Irlande est à cet égard dans une position beaucoup moins heureuse. La grande , la prîncipale infortune de l’Irlande , vient de ce qu’elle n’a pas une bourgeoisie résidente ; ses proprietaires fonciers, s’ils habitaient dans leurs possessions, feraient probablement exécuter les lob avec autant d’intelligence, d’affection et de connaissances locales, que les magistrats d’Angleterre.
Ainsi le Ministère de la Grande-Bretagne n’a pas pu se procurer , pour administrer l’Irlande , une meilleure magistrature que celle qu’il est possible de tirer d’une’ population composée en
si grande partie de facteurs et de subaUernës/ L’expérience a prouvé qu’une telle magistrature est insuffisante , et n’offre au gouvernement aucune garantie : telle est l’origine du nouveau' système d’administration intérieure de l’Irlande.
Arrêtons-nous un moment sur les aveux du Ministère britannique^
Ce Ministère avoue qu’il n’y a plus de propriétaires territoriaux qui résident en Irlande. U déplore ce mal qui ruine le pays. Il est réduit à. convenir que l’absence des. citoyens qui réunissent le plus de lumières à la plus grande indépendance sous le point de vue de la fortune, nolaisse aucun 'moyen de former un bon corps de magistrature locale, pour administrer le pays.'
Mais à qui l’Irlande doit-elle ces maux ? A l’An-, gleterre.
Ij’Irlandals noble et riche, qui jouissait au milieu de ses vassaux et de ses tenanciers, d’une haute considération, savait s’en faire aimer par des bienfaits. Maintenant qu’il possède encore toutes les belles propriétés de son pays, n’a-t-il ^
plus rien au fond du cœur qui lui fasse aimer sa terre natale , dont les trésors et les souvenirs, font sa gloire et sa fortune! Loin de là! car. l’oubli de pareils sentiments n’est point dans la
nature. Mais, depuis vingt années, un changement total dans les lois du royaume , agit contre cet amour de la patrie, au sein de toutes les grandes familles irlandaises, en transportant de l’Hi- Lernie à la Grande-Bretagne , la source des honneurs , de l’illustration politique , et de l’iniluence législative. Quand l’Irlande avait un Parlement, c’est à Dublin que les familles paissantes étaient appelées , pour soutenir les droits généraux du pays, et les droits spéciaux de leurs provinces respectives ; c’est là que les attiraient leur ambition et leur patriotisme. Depuis 1800, le Parlement irlandais n’existe plus. On l’a détruit pour en faire passer une faible partie dans le Parlement de la Grande-Bretagne. Un pair d’Irlande n’est plus, par le droit de sa naissance, un membre de la Chambre supérieure du Parlement. Il faut qu’il vienne à la cour, et qu’il rampe avec assiduité , devant le prince ou devant les ministres , pour arriver à la plus haute des distinctions politiques. La même cause, l’ambition , attire à Londres tous les gentilshommes, tous les bourgeois opulents qui soupirent après des titres, des honneurs et des emplois. L’Irlande est ainsi privée de ses propriétaires^ Les revenus fonciers passent donc tous en Angle-
terre. Ils contribuent à l’aisance de ce royaume;: mais, en même temps, ils achèvent la ruine de la malheureuse Hibernie.
Maintenant, reprenons le fil des mesures suivies pour remédier aux maux dont nous venons, d’indiqaer une des causes piincipales.
Dans ce triste état des choses ^ dit l’historien du Ministère , les crimes se sont à tel point multipliés , les critùinels ont été soutenus pal' des confédérations si redoutables , qu’d est devenu nécessaire d’appliquer un principe plus vigoureui que celui d’une Administration ordinaire et gratuite. 11 eût clé déraisonnabtod’espérer que des constables dé paroisse et de simples bourgmestres oseraient encourir des périls que tant de magistrats plus élevés jugeaient prudent d’éviter pour eux-mêmes. U était indispensable de payer Un service aussi pénible , aussi dangereux. La loi passée à cet effet, au sujet des constables, produit maintenant des effets avantageux. Autant que l’expérience a pu le démontrer, cet acte a donné déjà les résultats les plus favorables. Grâce à l’activité des officiers ainsi nommés, le feu de la r^ellioh s’esi partout éteint presqu’au moment où il a commencé d’éclater.
■La libéralité sans {luiexampiedy de
l’Angleterre, dans ses souscriptions volontaires en faveur des li’landais, 9 soulagé beaucoup leui's souflTrançes ; elle a fait naître un esprit d’amitiç et de reconnaissance qui contribuera puissamment à l'amener la paix publique.
Le Ministère se loue avec com[>laisance, de la loi qu’il a portée sur les dîmes. Sans doute cette loi vaut mieux que l’an.çien ordre de eboses. Mais, une source fatale deb,aiae et de mécontentements, qu’il passe sous silence, e’ést qu’en Irlande, sur la plus grande partie du territoire, les dîmes, sont perçues pour une poignée d’anglicans , au^ dépens de l’innombrable popular lion des çatboliqqes dans le sud, et des presbytériens dmts. le, nord. Ççs dîmes iniques,, imposées par droit, de conquête et de spolia lio»i , le Ministère brUftnpjqne les dçl?ye. rU9i . flroits inaliénables,. Ç’est sur quoi rayent proîi9.iïcev9n L’historien de ce Ministère assure que la suppression de l’impôt sur lés portes et sur les fenêtres, a faltbeaucôup de plaisir aux Irlandais. 11 en ferait probablement autant aux Anglais qt à quelques aùtsos peuples, . , i . .0 :
L’Angletpr/iie et 1 ’£(^ssa présentent un. spec>. taele de prospériyté qui oontraste fortement a^ec les midbetor^ de l’Irleude- Jamais dans 00s deux
royaumes, depuis cinquante ans, la tranquillité, le bon ‘ordre n’ont été si bien rétablis. Jamais des taxes immenses n’ont été perçues, dit l’écrivain du Ministère , en pesant aussi peu sur le peuple. Jamais toutes les 'classes de la population n’ont été si pleinement employées.
Si l’on réfléchit combien vaste est le revenu public, combien grande est la portion de ce revenu (714 millions de francs ) , qui , sous la forme de droits indirects, est prélevée dans une foule de lieux, par un nombre incalciilable de mains , on devra penser que l’intervention de
la loi doit être fréqiiemment nécessaire pour prévenir ou poursuivre les fraudes et les contraventions. C’est le contraire qui a lieu.
De 1817 à 1822, le nombre des procès intentés par l’excise , sf diminué ‘de près des deux tiers. Le nombre de ces procès était :
*' ’’ En 1817, de 461. <
» * En 1819, 220. •
En 1821 186. .
Pourquoi l’écrivain ministériel n’ajoute-t-il pas ces mots :11 y avait famine en 1817?
Il n’y a pas eu de procès pour la collection des taxes dites assessed taxes ,• ce qui prouve ,
dit l’écrivain du Ministère, combien le peuple anglais peut porter à son aise les impôts dont il est chargé. En vérité c’eût été dommage de ne pas imposer ce robuste peuple britannique,’ à i 4 oo millions de francs par année , pour montrer ce que 20 millions d’hommes peuvent ])orter à leur aise, et sans s’apercevoir d’un fardeau posé sur leur bât avec tant de dextérité! Le Ministère anglais devait ce grand exemple aux nations qui sont encore à charger.
Pour ne pas cesser d’être équitables, citons maintenant, dans leur entier, des observations ministénelles très dignes de remarque , sur la jiroportion des impôts de diverse, nature.
A. 1 exception des taxes-assises que lesmmistres désirent ardemment d’abolir, il est presque impossible d’indiquer aucune taxe dilficilemeut payée, ou dont le montant nuise à la prospérité (1) du commerce et, des manufactures qu’elle concerne. Sans doute des taxes qui portent sur les marchands, quelqu’en soit le taux, retombent sur un capital productif. Elles influent double-
(1) On conçoit qu’une telle assertion est beaucoup trop générale, même pour l’état actuel des choses eu Angleterre,
ment sur le commeree; elles exig.ent un plus grand capital ^ pour £aire le même trafic ou pour confectionner la même quantité de produits ; elles renchérissent les objets , et par conséquent diminuent la consommation. 11 n’est pas moins évident que, par un choix judicieux et par la réduction des taxes à des taux modérés, ces effets nécessaires ne élèveront pas à un si haut de^ré, qu’ils ne soient bien compensés en faveur de l’Etat, par la valeur et par la nécessité du montant de In taxe (i). Dans tous les impôts, voilà 1a véritable question, voilà le véritable principe. Le résultat général des taxes est de produire de semldables effets. Par conséquent il ne pourrait pas y avoir de taxes, si c’était une objection suffisante pour en prévenir l’établissena^nt, que le rencbérisseHaent des prix du vendeur que l’accroissement des dépenses de l’aclmteur- La seule question est, nw pas. si quekfue taxe produit un tel effet, mais si cet effet est produit au pmnt d’interrompre ou d’empêcher les progrès du commerce et de la 'production des objets ijnposés ; en causant plus
())iCsci pourrait èti^plus elair , mais kisse entrevoir la pensée du Ministère.
<îe mal aux marchands et aux fabricants que de bénéfice au revenu public. Voilà ce que doit enseigner l’expérience. La branche de commerce ou de manufacture dont il s’agit , continue -telle? La consommation des obiets imposés s’accroît-èlle avec la ricliesse et la population du pays? Si la réponse à ces questions est affirmative, il est évident que l’impôt n’affecte ni la propriété du producteur et du vendeur, ni le bien-être et les comforts de l’acheteur. Il est évident que le premier peut continuer de produire et de vendre avec bénéfice ; tandis que les objets de nécessité, comme ceux d’agrément et d’aisance, sont encore à la portée de la même classe de consommateurs, qu’avant l’établissement ou l’accroissement de la taxe. ^
Déperj,ses de i823.
Passons au budget des dépenses de l’année qui vient de commencer. Suivant la division accoutumée des finances britanniques, ce budget se compose de quatre parties principales , q«i se rapportent à l’Armée, à la Marine, au Dépar-' tement de l’Ordonnance lequel comprend l’artillerie et le génie, enfin aux services divers,
lesquels comprennent toutes les dépenses des services civils.
L’économie de 5i millions de francs opérée en i8a3, sur' ces quatre divisions des dépenses, résultait d’une diminution des approvisionnements de toute espèce, et des réductions faites dans les charges du service administratifv La mesure adoptée récemment pour convertir en annuités de ^5 ans, les pensions viagères, influera nécessairement sur le total des budgets de l’Armée , de la Marine et de l’Ordonnance. '
Marine.
En 1822, les dépenses votées pour la Marine s’élevaient, en livres steflings , à . . 5,497,000 Ce q\ii est au-dessous des dépenses
de 1821 , d’environ 900,000
Et ce qui présente un demi million sterling d’économie, sur la somme estimée parle comité des finances de 1817, comme devant être le total des dépenses de l’année 1822.
Le Ministère , en poursuivant la route dans laquelle il est entré , espère parvenir à réduire , encore les dépenses de la Marine.
Malgré toutes ses économies, l’Administration britannique consacre encore à sa Marine, i4o
fiiillions de francs , tandis que nous ne consacrons que 55 millions de francs au même service. L’Angleterre peut donc , dans l’ëtat actuel des choses , entretenir une marine qui soit plus que double de la nôtre, en force matérielle et personnelle.
D'ans le budget de 1822, on remarque une somme de 8,160,000 (1) francs, affectée aux pensions des externes de l’hôpital des marins , à Greenwich. A l’avenir , cette somme sera comprise dans le budget de la Marine, au lieu de former \m article séparé : on espère que celte dépense diminuera considérablement.
Pour juger du mérite de l’Administration britannique, au sujet de la Marine, il faut porter notre attention , et sur 1 économie financière effectuée, et sur l’état même d’une force navale maintenue malgré de pareilles réductions.
Au commencement de la première guerre contre la France, M. Pitt regretta souvent que la précipitation irréfléchie et mal calculée des économies opérées depuis la paix générale eussent réduit le materiel et le personnel de la
( 1 ) 32o/)oo liv. sterl.
Marine et dcrArmcc, au point qu’à l’époque de la déclaration de guerre, en i7q 3, il fallût presque tout créer de nouveau. Les amis Intimes dé M. Pilt savent très bien , ajoute l’historien du Ministère, qu’il imputait la langueur avec laquelle l’Angleterre opéra , dans les premières années de la guerre, à cet affaiblissement antéi-icur de tous les moyens d’attaque et de défense.
Vu l’état où se trouve aujourd’hui la marine brltannifjue , on doit penser que l’Angleterre ne saurait tomber à l’avenir dans une semblable impuissance. Des flottés entières sont à couvert dans les bassins, prèles à s’élancer au moment d’un besoin irnmédlat. Le matériel de la Marine est encore trois fols plus considérable qu’au commencement des guerres contre la révolution française. 11 consiste eu vaisseaux de toutes les classes, en bâtiments de tous les rangs inférieurs ,
' construits suivant un système si perfectlonué, qu’il ajoute à la force disponible, et profluit en définitive une économie dans la construction et dans l’entretien des navires. >
Dans un ouvrage français publié récemment , et qui jouit d’une réputation bien méritée, dit l’historien du Ministère britannique, on établit avec justice que nos arsenaux militaires présen-'
tent la perfection meme des travaux de mécanique et d’arcliilccturc navale.
Quant aux vaisseaux consklércs sous le point de vue de l’ai'cliltecture navale, l’opinion de l’auteur des Voyages dans la Grande-Bretagne^ n’est pas précisément telle que l’historien du Ministère bntannique la rapporte : c’est un devoir pour nous de la reproduire en entier.
Force navale ^ tom. 2 , p. i38. « Les formes des vaisseaux anglais , surtout celles de la carène , considérées sons le point de vue de la continuité , et dans les parties qui se rapportent à la science proprement dite, sont encore fort imparfaites, (i).
c( Mais si l’on considère les vaisseaux anglais | abstraction faite de leurs formes générales, on leur reconnaît une foule de qualités brillantes, qui en font des édifices militaires puissants pour l’at'aque et surtout pour la défense. »
L’auteur des Voyages dans la Grande-Brc-
(1) Les causes Je cette imperfection, qu’il est facile J’oxpUqucr (d’après l’absence presque totale d’instruction des anciens constfuctelirs anglais), sont exposées avec une candeur bien rare par les commissaires de révision des afl'aircs civiles de la marine , "î' Rapport partie.
tagne explique ensuite les améliorations nombreuses introduites depuis quelques années, par les Anglais, dans toutes les parties de leur architecture navale militaire; puis il ajoute :
« Les vaisseaux anglais , avec tous les perfectionnements que nous venons de faire connaître, l’emportent aujourd’hui sur les vaisseaux français , 1® comme édiGces solides, durables et d’une forme presque inaltérable ; 2° comme édifices militaires, n’ayant plus de points faibles, et pouvant, dans le mêi(ie espace, déployer une masse de feux beaucoup plus considérable, et néanmoins manoeuvrer plus à l’aise cette artillerie multipliée; 3 " comme édifices habitables. On a banni de ces vaisseaux le bizarre mélange des ornements mesquins et recherchés, d’une décoration casanière , propre seulement à dégrader les beautés austères de l’architecture navale. On a banni tous ces raffinements du mauvais goût , raffinements qui toujours sont du plus pauvre effet, et qui, néanmoins, donnant à l’extérieur un air de luxe et de magnificence , invitent les marins à déployer dans l’intérieur , un luxe plus grand encore ; enfin , qui dénaturent une forteresse flottante, pour en faire un hôtel garni, maintenu à grands frais par l’Etat.
» Je viens de faire connaître les grands chan-
gements que les Anglais ont apportés dans la sti’ucture de leurs vaisseaux. J’ai présenté quelques vues, quelques réflexions à ce sujet. Je suis bien loin d’avoir épuisé la matière. Je laisse aux hommes qui ont acquis une plus longue expérience, à ceux que la nature a doués d’un esprit supérieur , le soin de peser dans leur sagesse les avantages et les inconvénients des innovations de nos rivaux. Quelle que soit norie - avance, si tant est que nous en ayons sur eux, il est impossible que nous restions long-temps stationnaires, sans que ceux qui marchent sans cesse, ne finissent par nous atteindre et nous laisser en arrière. Ils améliorent, dans toutes ses parties, la structure des vaisseaux. Us hasardent à leurs frais les plus grandes expériences. Eh bien ! soyons plus réservés , s’il le faut absolument. Jouissons du fruit de leur témérité fortunée. Jouons le rôle si facile d’observateurs, de juges et d’imitateurs. Adoptons simplement ce qui leur réussit, et rejetons le reste. Nous resterons , il est vrai , toujours en arrière de nos rivaux; mais nous y resterons le moins possible. Or , c’est beaucoup , quand on n’ose pas prendre l’initiative , et marcher en première ligne.
y> Les vaisseaux anglais sont aujourd’hui plus
solides que les vaisseaux français , quoique construits avec des bois de moins grandes dimensions. Le système de charpente introduit par Sir. R. Seppings , a l’immense avîmtage de donner à la charpente une rigidité très grande, et d’augmenter la durée des bâtiments. Nous avons fait connaître une partie des avantages de ce système, dans un mémoire présenté vers la fin de i 8 i 5 , jïu Ministère de la marine française, sans produire alors aucun résultat; mais, bien-r tôt après honorablement publié par la Société royale de Londres , dans les Transactions philosophiques ( i'* partie, 1817 ). n ,
» A cet égard, il est juste de remarquer un progrès très honorable dans les idées des officiers de^ tous les corps de la Marine française. U y a seulement quatre ans, la majorité des officiers choisis par le Ministère, pour juger des perfectionnements donton proposait l’adoption, se prononçait presque toujours pour en demander le rejet. Aujourd’hui la majorité se prononce ordinairement pour en demander l’adoptionç Souvent même elle enhardit les auteurs des projets sur lesquels elle décide, et les engage à devenir moins timides dans l’essor qu’ils cherchent à prendre. » Yoici ce qu’a dit relativement aux arsenaux de la Marine, l’auteur delà Force navale :
. . » Les arsenaux de la Marine britannique ont acquis, depuis quelques années, une importance phis grande que celte dont ils ont jamais joui. Autrefois on construisait très peu de vaisseaux dans ces établlssemeiils ; on les faisait exécuter par entreprise, dans les chat^jiàers du eonunerce. Mais les inconvénients inévital)les qui naissent d’un tel système , la naauvaise qualité des matières employées par les. entrepreneurs , et l’imperfection de la main-d’œuvre , ont décidé par degrés le gouvernement à ne plus confier des travaux d’une telle conséquence,, à des hommes dont l’industrie et le bénéfice étaient en opposition directe avec l’intérêt uationaL Aussi, maintenant, il n’y a pas un seul vaisseau dont la construction soit exécutée dans les chantiers du commerce.
» Par l’elFet de ce système et des accroissements qu’a pris depuis trente ans, la Marine britannique, il a fallu non-seulemçat agrandir les arsenaux , mais y créer de nouveaux bassins, de nouvelles calles , de nouveaux ateliers, de nou- ■velles machines ; enfin, employer un bien plus grand nombre d’ouvriersde toutes les prolèssions.
» L’inspecteur général Benlliam a pris une grande part à ces innovalious. Nous faisons
connaître ses services , en décrivant les établissements de Portsmouth.
» Depuis la retraite de ce général (en i8i3 ), on a donné plus d’étendue encore aux arsenaux, plus de perfection aux ateliers et aux maçhines. L’autorité supérieure est animée d’un esprit d’amélioration qui lui fait sans cesse désirer de voir perfectionner le matériel de ces beaux établissements. Il est juste de remarquer que c’est aux administrations de lord Spencer et de l’amiral Saint-Vincent , qu’il faut rapporter ce mouvement vers uu.meilleu.r ordre de choses , imprimé comme par enchantement à toutes les branches des arts maritimes. »
Avec un système de force navale tel que celui dont on vient de donner l’idée, nous pourrions, reprend l’historien du Ministère britannique, dès le commencement d’une guerre future , déployer sur les mers une telle puissance qu’elle balayât devant elle tout ce qui tenterait de lui re'sister, et qu’elle détruisît ou bloquât dans les ports toutes les flottes ennemies, avant qu’elles pussent ni s’accroître ni prendre quelque force eflective.
C’est àux nations maritimes à se pénétrer profondément de la vérité d’une pareille dccla-
ralion , et des dangers contre lesquels il leur faut se mettre en garde, pour la sûreté de leur propre existence.
Le Ministère britannique conclut avec raison qu’il a su trouver le point de la perfection , en conciliant l’économie raisonnée qui ne fait rien de superflu , avec la sage libéralité qui , dans les dé})enses , n’épargne rien de nécessaire.
Avant qu’aucune proposition soit faite pour réduire davantage notre établissement naval , dit l’historien de ce Ministère, rappelons-nous quelle est à présent l’étendue de notre empire , et quels sont les intérêts actuels qui demandent la protection de notre marine. Rappelons-nous que des considérations de la plus haute importance, exigent que nous maintenions ru)tre supériorité dans la Méditerranée. Aux Indes occidentales, il faut toujours tenir une force navale en état d’agir au premier signal. Nous avons à défendre le pavillon marchand de l’Angleterre et dans l’Océan atlantique et dans l’Océan pacifique. Tandis que sur la côte d’Afrique , pour em{>échcr le commerce des esclaves, il fiiut ({ue le service maritime se fasse avec une vigilance que rien n*interrompe et qu'aucune dépense ri arrête, f ;;
Il se fait encore un commerce d’esclaves qui semblerait appeler les secours de la lendie liumanitc britannique. Ce c’est pas du commerce des idolâtres , et de la traite des noirs, que je •yeux parler. C’est du commerce des cbrcliens, c’est de la traite des blancs. C’est de la ti'aite des enfants de l’Europe , c’est de leur transport chez les musulmans d’Âftique et d’Asie. Je cherche en vain les Actes du Gouvernement anglais, portés poiur arrêter les effets de cette horrible barbarie. C’est vers la France qu’il faut que je tourne mes regards, pour trouver le modèle unique de cette générosité.
On a publié dans toute l’Europe le succès des démarches de la diplomatie britannique , auprès du Divan , pour faire respecter les colonnes du temple de Thésée, quand les Osmanlis reprendraient Athènes. On a cherché vainement le succès de semblables démarches , pour em- ])4cher que les descendants d’Omar ne massacrassentdeshumains, quand ils reprendraient les forts, les cités et les îles de la Grèce. Les croiseurs britanniques explorent à grands frais et avec une infatigable activité, la côte océanique du continent africain , pour arrêter les navires européens qui conduisent des noirs en esclavage. De$ croiseurs
Lritanniques n’explorent pas les cotesdcla Tur- <paie, pour arrêter les hâtiments qui conduisent des blancs en esclavage. C’est au rejeton de Saint-Louis, du héros qui mourut captif pour rester fidèle au culte de ses ancêtres, qu’était réservée la gloire d’interdire le premier, à des navigateurs chrétiens, de transporter, pour des Osmanlis, les femmes et les enfants asservis qu’on fait passer des libertés du christianisme aüx chaînes de l’islamisme. Honneur à cet acte de la France ; honte à tous les Etats qui n’en imiteront pj^s le magnanime exemple (i).
Enfants de la Grèce, poursuivez, en dépit de tous les obstacles, votre régénération glorieuse. Les peuples vous abandonnent, dites-vous ? La croix même du Dieu qui souflrit la mort pour le salut dés humains, n’appelle plus la compassion des Etats pour les malheurs de votre nation et pour les persécutions de votre croyance! Pensez-vous donc que les peuples conquièrent par autrui l’indépendance de leur propre terri-
(i) Voyez dans le Moniteur du a4 janvier i8a3, l’Ordonnance du i8 de ce mois , contresignée par le Ministre de la Marine et des Qdonies, M" de Clermont- Tonnerre. ^
toire , et les libertés sacrées de leur religion ? troiriez - vous <ju’ils pourraient s’élever aux triomphes de la gloire, par les secours de la pitié, et par les vœux de la commisération ? Non ; vous ne pouvez , vous ne devez compter que sur vous seuls; et c’est la fortune elle -même qui vous a placés dans votre situation, que d’autres appelleraient malheureuse, et que j’appelle fortunée. Si vous réussissez : l’indépendance , les lois, l’industrie, et la richesse qui conviennent à la civilisation des peuples chrétiens ; si vous succombez : la mort, ou les fers , la misère et l’abrutissement ; voilà votre alternative. C’est elle qui fera votre triomphe.
La libération des Grecs ou leur asservissement, aura sur la force navale et sur la force commerciale de la Grande-Bretagne, des conséquences de la plus liaute importance. Mais nous ne voulons pas en présenter ici le tableau.
Armée.
Le budget des dépenses de l’armée britannique s’élevait :
En 1821 à 8,786,092 1 . St.
' En 1822 à 7,748,346
Economie. 987,746
-C’est environ a 5 millions de francs d’économie, dans le cours d’une seule année.
Les évènements de l’Irlande ont rendu nécessaire d’ajouter au budget de 1822, la somme de 35 o,ooo liv. sterl. , et la longue durée.de ces troubles civils a probablement obligé d’excéder ce dernier crédit. Mais il paraît que ce crédit ne sera plus nécessaire à demander pour 1823. Peutêtre sera-t-il possible de diminuer encore de quelque chose , le total des dépenses militaires dans le cours de la nouvelle année.
En 1822, la rédqption dans l’eSectif de l’armée, s’est élevée à 12,000 hommes. Le système qu’on a suivi pour opérer cette réduction est digne de remarque.
On avait proposé trois moyens : 1° de supprimer des régiments entiers ; 2® de diminuer le nombre des hommes sans toucher aux cadres; 3 ® de diminuer le nombre des compagnies dans chaque corps. C’est ce dernier mode qu’on a préféré, comme le plus économique. On a pensé que les compagnies conservées dans chaque régiment , restant intactes avec les memes officiers et les mêmes soldats, la force militaire était mieux conservée et plus en état d’agir au besoin. Enfin ce système oflrait des avantages
particuliers de régularité , pour la rotation du service par Corps , entre les stations et les gar-‘ nisons de la métropole et des colonies.
Ordonnance.
Le départementde l’Ordonnance présentait ^ en 1 8a 2, une augmentation de dépenses' égale à 1 o5,ooo livres sterling» ; ce qui portait le budget de ce département, à 1,200,000 livres sterlings. L’augmentation n’était qu’apparente.
Chaque année, le département de l’Ordonnance vend toutes les parties de son matériel , qui se trouvent hors de service. Le produit der ces ventes est ajouté aux sommes accordées par le, budget pour les dépenses annuelles. Dans les, premières années où l’on réduit ce service, pour le faire passer du pied de guerre au pied depaix; le produit de semblables ventes fournit des sommes considérables, qui diminuent en-, suite tout à coup : c’est ce qui a eu lieu dansles dernières années. ;
,En 182 r , la vente du matériel inutile s’élevait, pour le département de l’Ordonnance, à
{lipres sterlings) 2 3 2, 000
En 1822, à 44 >ooo
Différence . 188,000
Ainsi donc, à 12,000 livres sterlingsprès, la dépense réelle du département de l’Ordonnance est restée la même en i8ai qu’en 1822.
Services çivils.
Le budget des dépenses, pour cette espèce de service, s’élevait
en 1821 à ï,8g3,336 liv. St.
en 1822 : . . 1,700,000
Economie 193,336
En Angleterre, cette partie des dépenses publiques est toujours variable. Par conséquent on ne peut rien statuer à l’avance sur les économies futures dont elle doit être l’objet.
L’historien’ du Ministère britannique passe en revue les divers avantages qu’il sera possible de produire par la réduction probable des impôts. Il convient de bonne foi que les observations qu’il va présenter sont très conjecturales. Si le Parlement, dit-il, se résout à maintenir avec fermeté le système si avantageusement établi dans les dernières sessions , il est permis d’espérer que , par les réductions opérées sur les dépenses et dont nous venons de donner l’idée, ainsi que par la prospérité croissante du
Vcvenn pubKc, lès ministres seront èn état de diminuer encore les impôts de a5 ^ millions de francs.
Voici du moins comment semble devoir s’o -
•• pérer cette réduction :
Hôpital de Greenwich Sao.ooo 1. st.
Dépenses extraordinaires, poarl’Ir-
iânde. 35o,ooo
Intérêt de 5 millions sterl. consacrés
à l’amoxllssemênt 1 8 o , noo
Première économie sur les dépenses . 85o,ooo 1. st.
Il convient d’ajouter à ce total , un arriéré de 200,000 livrés slerlli^ cju’il a fallu solder h la Banque , en 1 822 , et qui ne se présentera plus cette année : quoiqu’on ait encore à payer Sine certaine somme pour l’intérêt des avances faites par la Banque en faveur du service public de 1823. On doit en outre à la Ban que, l’intérêt de a,6oo,ooo liv. sterl. remboursées k ceux des ién tiers qui n’ont pas voulu permettre que l’intérêt de leurs effets publics , fût réduit de 5 é 4 pour cent , au mois de juillet dernier.
Si lè noüveau système financier è^t Suivi 'du-^ rant cinq ou six années seulement, le Ministère lintanûî^e est persuadé qu’au botit deee temps
on aux» produit uaç réduction d’impôts égale à do ou 10.0 miUious de nos francs, c’esjt-à^dire à la totalité de l’impôt sur les portes et fenêtres. Par ce système , on sera certain d’arriver à .réx du'u-e i’intérêt des fonds publics à 3 pour cent ; ce qui produira 19 millions de nos, francs d’économie. £nfin au bout de si^ sms , une partie de la dette publique, suptérieure à 760 millicms de francs, se trouvera racba.tée. -
Tel est l’état général des afiaires de l’Administration britannique.
Dims finanqes , dit l’historien du Ministère,,
nous sonunes pmrenus à un degré^de sécurité et de crédit public qu’on n^vait jamais atteint. 11 me sembl* qu’ici l’on oublie *, un peu jtrop quelques-unes des plus belles opérations de M. Pitt et des ministres qui l’ont devancé, pour exalter outre naesure le Ministère actuel. ^ ^ L’auteur dont nous suivons la marche^ et dont nous analysons les idées et les raisonnements , expose avec complaisance la récapitulation de tous les beaux résultats financiers qu’il a développés avec tant d’étendue, et à tant de reprises, dans le cours de son ouvrage. )1 s’applique à prouver que jusqu’à présent la caisse d’amortissement avait été beaucoup moins
efficace qu’on ne l’avait pensé. Les faits qu’il cite a cet égard méritent d’être remarqués.
"I^e premier fonds d’amortissement fut établi Cn i786.-ll fut rendu sa^s fruit par les dépense* de l’armement opéré peu après contre la Russie^ et par les mesures de précaution qu‘On a prises lors du commencement de l'a révolution française: C’est seulement’ en t\VL un fonds amor-
tissement digne de ce nom put être mis en opé^ ration effective. 11 fut fondé sur un impôt de un pour cent, coxTespondant au total de chaque nouvel emprunt. Cette mesure fut elactement suivie, jusqu’en 1798. Mais, depuis cette dernière année jusqu’en 1803, les besoins urgents du trésor public^ obligèrent de se départir de la règle établie. Alors, on réunit le fonds d’amortissement primitif de 1 786 , avec le fonds militaire d’amortissement établi en 1792. A partir de i8ba, le Ministère levait annuellement d’immenses emprunts , et le fonds d’amortissement, quoique fort grand, était en effet purement nominal^ attendu qu’il n’y avait auciin superflu de revenu , lorsque la dépense était prélevée. Le fonds d’amortissement actuel a donc pour caractère particulier j qu’il n’est pas absorbé par de nouveaux emprunts j qu’il n’est
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pas épuisé par des dépenses extraordinaires; qu’on ne le dépense point par anticipation ^ pour suppléera l’insuffisance des • taxes. - C’e^t un surplus clair de revenu ; un excès positif des recettes sur les dépenses, toujours mis en la x^aitx du Gouvernement pour racheter la dette.
• C’est-à-dire, en simple langage : depuis ijSS jusqu’en i8i6, nous avions une caisse d’amortissement qui' n’amortissait aucunement notre dette. Nous sommes en paix depuis sept ans , et nous commençons un amortissement annuel, égal à la cent-cinquantième partie du capital d’une dette contractée, en très grande partie, depuis 'fre/zie années seulement.'
Toutes les branches de la- fortune de l’£tut et des citoyens sont dans un état qui s’améliore chaque jour, ainsi qu’on l’a pu voir par, les détails où nous sommes entrés. La navigation le comnierce intérieur, le commerce extérieur; et le revenu national , tout satisfait pour le pré-sent, tout promet davantage pour l’avenir. La valeur moyenne et totale des produits britan-, niques exportés , surpasse la valeur des exportations faites dans les années les plus 'produc-tives de la dernière guerre. Le monopole est perdu sur quelques l)ranches du commerce avec
t’ëlÿdiiger ; mais cette perte est compensée par «ne augmentation dans les branches du eoni- Aàerée purement britannicpie. La navigîrfiiott marchande de l’Angleterre maintient sa a«périotité sur celle de tous les autres peuples. Elle /n’obtient, 'sans doute , comme toutes les branches du commerce , que des bénéfices réduits ; mais l’étendue des entreprises, leur importance et leur multiplibité présentent en total , un gain préférable «ur ^ensemble du commerce extérieur. De même , pour le commerce intérieur et pour lés manufactures , les profits sont moindres que durant la guerre ; mais les entreprises prospèrent, et la société tout entière gagne plus, à proportion , fpje les producteurs ou les marchands ne perdent en bénéfice, par celte heureuse réduction des prix. Le peuple entier ' éprouve le bi<mfait de l’abondance, pour tous H les objets de nécessité , de bien-être et' d’agrément. Ün plus grand nombre est en état d’acheter certains objets , tous sont en état d’acheter davantage.
Quant *à la réduction des prix , par rapport au marchand et au producteur, on ne saurait trop fortement persuader aux. Anglais de toutes les classes industrieuses que chez un peuple
Wiamerçanl, ayant 4a libre entrée de 'tous les ports de TUnivers, des prix élevés ne s^nralept assurer au négoce une condition- piPjepère. Le commei'ce ' ne peut pas atteindre son plus beut degré de prospérité ) si des proûU peu élevéaV obtenus sur de vastes entreprises , ne permet*-: tent aux marebands britanniques 4e intter sur le maiehé du paonde entier , contre tous leurs rivaux ; et de tirer un infaillible parti, des avantages impérissables que présentent là grandeur et la sûreté des .capitaux ) le savoir dans la inéchanique, et l’industrie dans le travail manuel, qui sont les vrais éléments de la puissance anglaise, et durant la guerre et durant la paix.
L’historien du Ministère britannique appelle l’attention des lecteurs sur un fait bien remarquable. Une masse d’impositions qui s’élève chaque année à cinquante-cinq millions ster* lings, c’est-à-dire une masse d’impo.sitions presqu’égale à la totaUté des revenus fonciers du royaume , est payée , sans qu’il soit nécessaire de recourir aux rigueurs de la loi ; elle est payée avec si peu de poursuites judiciaii-es que, d’après un ordre de la chambre des commîmes enjoignant de rendre un compte de semblables procédures, pour l’année i8ai, l’administrateur
chargé 'de' ‘faire 'ce rapporf n’a pas trouve nn seul procès relatif aux impôts connus sous le nom des tiiséssed taxes.
Quoiqu’en parlant des colonies, l’historien du Ministère britannique nese scHt pas trçs étendu, il ’a fait voir qu’à beaucoup d’égards, l’Administration s’est efforcée de coneiKer les intérêts généraux d’un libre commerce, avec les nécessités pressantes de plusieurs colonies.
Au sujet de la navigation et du commerce extérieur, le Parlement de la Grande-Bretagne vient d’abolir plusieurs lois embarrassantes qui étaient le sujet de l’irritation continuelle et de la jalousie des autres puissances , sans produire néanmoins un bénéfice équivalent pour les intérêts du commerce de l’Angleterre etdesa marine marchande.
' « Sans ébranler cette colonne de notre grandeur maritime ( les Actes de navigation ) , dit l’historien de l’Administration britannique, les ministres ont amélioré ces f Actes. Ils les ont renduvelé.s, pour des mettre en harmonie avec le nouvel aspéct'du monde commercial. Ils ont diminué d’antiques restrictions , pour embrasser des intérêts nouveaux et des intérêts’* agrandis. Ils ont çtemKi l’esprit des mêmes lois , et les ont
rendues -ptus' efficaces, en même temps qn’ils en ont réduit et réformé les règles techniques.
Si là «phère d’un libre commerce n’a pas été plus agrandie daiis tous nos établissements coloniaux si les' Indes orientales en particulier, n’ont pas été davantage ouvertes.au capitsd et * .aux entreprises ' des marchands britanniques,; il ne'faut l’attribuer 'ni à l’indifFérenoe tii'^a la négligence du Gouvernement. » ^ i
Sous le point de Vue des intérêts généraux, les ministres sentent parfaitement toute da va-> leur et toute l’importance de la culture du sucre; ils sont frappés dé l’idée que la COniommation de ce produit précieuic pourrait être imnlensément augmentée ; que le sucre poucrail meme àvec certaines circonstances être produit par un libre travail , et que l’encouragement* de sa culture dans l’immensér'lndôstan- serait plus efficace que cent Actes du Parlement, pour enrichir l’Inde, pour la civiliser et lui petmeltre une grande consommation des produits britan-* niques, en lui procurant des moyens d’achat et d’échange. Les ministres ont devant 'eux cette, perspective; mais ils la voient à telle distance , il travers tant"' d’obstïteles possibles , qu’ils souhaitent plus qu’ils h’espèrQnt de la voir
se l'éaU&er. lU saven.1; eapvtal eiit,
employ é et fixé daoa les Ues des Indes oçciden-, taies. Toutes les considéiratio^'4^ prnd^pce et d’humanité les obligent A. respecter des intérêts, existants et d’une aussi' grande étendue-^ Mais comme cette question doit finalement être ré^ solde par une balance ent^'O.los ^térêts^ des^ ^ Indes, occidentales d’;ue|çpté y et, de l’autre les intérêts de tout l’empire luitenniquef y compris les Indes orientales , les. ministres prévoient qu’un état de choses doit naître > dans lequel les intérêts subordonnés 4! wej partie de l’état seront ncpntraints de céder aux intérêts plus grands du bien général, i,
Quant à- nos relations extérieures , ajoute rhistorien du Ministère britannique^ nous ayons en, pour système invariable , de maintenir,* en Ëiirope„ la paix etia copl^uation de. oette juste l^laocede pouvoir j établie par les tés:, et qui seule pj^,.^ryir,de fondeanent à la concorde .générale. toujours rejeté
et contrarié toute entr<miise étrangère dans les affaires intérieures desjütats indépendants , etc.
. DianS' les disputes entre la Russie et la Sublimq-Pprte, nous ayons cherché en même temps àmaintcoir la paix et à proçuvcr aux provinces
grecques la sùrelé future qui pe^ être compatible avec l’indépendance ^ ^uvernement turc ) et les droits incontestables d’un souverain sur ses propres sujets.
C’est-à-dire que le gouvernement britannique, si étendu, si profond et si juste dans ses vues, pense , de bonne foi , qu’en remettant les Grecs sous le joug commandé par les drcûts incontestables d’un souverain musulman sur des chrétiens en esclavage , il existera des mesures qui garantiront la parfaite sûreté des enfants de la Grèce! Nous nous abstenons de fîâre aucun raisonnement à cet égard , pour ne pas entrer dans des discussions que uoiu nous, sommes fait une loi d’éviter.
Ajoutons seulement qu’en i8aa , l’hktorien britannique nous apprend que l’Angleterre s’est conduite d’après l’impulsion de ses sentiments rebgieux , pour manifester sa compassion et sa générosité, envers les chrétiens de la Turquie occidentale. Est- ce le vendeur de Parga, le proconsul des iles ioniennes, qu’elle a chargé de ces fonctions apostoliques ?»
Nous avons désiré, dit l’historien du Ministère britannique , que le mcnoe esprit d’administration et de liberté civile, fleurisse et se répande en
toute autre cantree , aussi bien qti’en la Grande- Bretagne; ca/n(^ pensons que la prospérité, les libertés et 1 ueureuse situation des divers Etats de l’Europe, ne peuvent exciter en Angleterre aucun sentiment d’envie et de jalousie. — Ab!...
Le Ministère britannique rappelle ’ ensuite^ l’influence pacifique et très honorable exercée dans un congrès récent , par le premier des généraux de . la Grande-Bretagne ; influence qui maintenant semble beaucoup perdre de son prix , par la courte durée de ses effets. ! ‘
Arrivés autermejdel’exâmen des mesures d’une Administration grande et. puissante , résumons nos pensées et nos jugements, à l’égard de l’esprit et des actes de cette Administration. 11 était impossible à notre équité d’approuver aveuglément toutes ses opérations et toutes ses vues. Mais, alors même que nous manifestons notre dissentimentàce sujet, gardons-nous d’être, injustes sur l’étendue et la beauté des résultats obtenus dans le court espace d’une année , par une Administration pleine de talents. Exprimons sans détours et sans réticences, notre admiration pour un gouvernement qui sait, avec tant de su[>ériorilé , concilier ses propres intérêts avec
teux de la nation même qu’il est digne de régir. Rendons hommage à la prudence, à la sagesse , à l’étendue des lumières de ces hommes d’état, <pii savent réunir , dans leurs pensées comme dan» leurs mesures , et la prospérité physique et la prospérité morale de Jem- patrie; qui font, du Lien-être des citoyens , le but de l’ordre public; et qui réclament cet ordre, sans vouloir l’obtenir |ux «dépens des liljertés individuelles , ni des 1iber£és nationales ; honorant les protecteurs éclairés de l’agriculture, de l’industrie et du commerce, autant qu’eux- mêmes honorent les .hommes qui font fleurir ces trois branches de la prospérité publique. Enfin, loin de nous abaisser à des rivalités nationales, indignes des vrais amis de l’espèce humaine , formons des vœux pour qu’on voie long-temps briller en Europe, Vin gouvernement qui fournit des leçons et des exemples d’une si haute importance, à des États moins avancés dans lés progrès de l’état social, c’est-à-dire dans la civilisation, qui, seule, peut faire la puissance, le bien-être, et la gloire 'des nations modernes!....