DISCOURS PRELIMINAIRE
JL'iNSTRUCTiOBr publique doit étrd considérée idans «on objet , daus son organisatidn p dans ses moyens <l'exîstence e% de prospérité.
Dans son objet .* elle embrasse tout l'hobimc, eo-^ obligé 9 soit comme Touvrage de Dieu qui est ea même temps son principe et Sa fin , soit comme membre d'une société, dans laquelle il doit remplir une place* '
Dans son organisation : elle est un pouNroir réel , une véritable magistrature , putsqa'eHe exerce constamment des foncûôDft publiques , qui in^fluent^de la manière la plus sensible ^ur la prospérité genér raie. Et de là, deux cdnst'quenbe^ : pnénnèrëment.'eîle doit être dans la main du souve^àttrV^dé^cnii'trérivé tout pouvoir public et toute Magistrature <jî^ile; âeeondemeut, elle doit se ittuItipUèr'èômme 3ès^besoins mêmes de la société /et ie clist?ibiier graduefl lement sur toute la surface du Véyattràie'eb' 'établissemens assez nombrent et flsseaS'diibrs^pioti Rassurer une instruction convenable k tous les citoyëiii'^é tout rang , de toute condition et de toute mrtuîi.ë.
Dans ses moyens d^eximmtis etdeprospârîfé:
elle doit exister honorablement, ^ê perpétuer^sans interruption, et tendre saùs^e^C^ à Vàitidiôréi' .dans aon ensemble et dans toute» ses'-^AHJieâ.
It DISCOUHS
§. I?'. De tInstra(^ion puhliqneiÇonsidérée^daM
son objet.
Rappeler l'homme à sa noble origine et à sa (in dernière ) et pour cela mettre chaque membre de la société en éta^ d'y reconnaître et dy remplir la place qui lui est propre, tel estle grand objet de l'éducation.
Or, toute place dans la société etige ( indépen*» damment de^s facultés pl;iy3iques, sur lesquelles il est assez détnontré que le législateur doit laisser faire) deux sort^çs de facultés^ facultés morales f facultés intelleetuelles : cellçaTci qui varient né'«cessairement, et c'est une des lois les plus admirables de la Providence qui gouverne le monde; celles- là qui doiyent être comtnjujies à. tous.
piverùté dans les esprits ^ mèvf^e% aentimens cl mêmes r^gjiça, mu foVÂ dcts.cqe.ura; tout Tordre de l'éducatipu., et de TînslLruptioq. «ist^ là^ comme tout l'ordre d|EU la jsoqiété^ . ^
;Ainsi^ f^Prer à touS: les boiDliiea.lea moyens de ^développer et deperfectioniier sapi^ ces^e leurs facuU tés mpcalfs, c'est le premier devoir comme le pre* mier iiitér^l de la .sociétés
Offrir à tousles n[H>yepsde développer et de per-* fecûonçer IcUf^ f^piihés: ilEi.W^llMtuelles i dana la pro^ portion de letir^ l^e^iw. divieraet de leura diverses destinations , a'«(st l€|^-)B^ooid' miéréi de la société et son second devoiç. : ; ,
IJn. fÇQ^e dln^tcuGUop publique . doit pourvoir à ces deux grand» beAOÎps^ , , . . j
sociifié s^aequittéra de ton premier devoir de la manière la plu^ siihple et }a'p(us sûre k 1^ foi^i en confiant à la religion TinstrucdoQ morale d^ li^ jeunesse I cette . éducation du cœur ^ qui doit former partout Thonnête homme et le sujet fîdèie;> •
La religiod sera donc respectée , enseignée et pratiquée dans toutes les écoles , comme là base invariable de l'instruction publique. 'Partout ^ et dès l'âge le plus tendre i les enfans apprendront à bégayer^ arec le nonà de leurs pères et deli^ûM ttuères; \e oom du Dieu qui a tout fait et qui conserve tout , qui voit toutes les actions et jusqu'aux pensées, qui dis* tribue avec' une souveraine indépendance les biens et lesmaut delà vie, et qui veille, en père et en jugê^ sur le pauvre xomine sur le riche ; de^e t)teu ; source de Jloute,puissanée,.qui donne l'atuorilé aux rois, et Mi^pire aux peuples une soumis^oti pleine de respect et d'amour. Sous rinfluence de ^cette céleste ' doctrine, développée d'âge en âge^et d'école eti école, toutes les facultés' niorales se dcvîclopperont d^etles* mêmes, sans effort et sans* danger, UDiversbllénieni! et uniformément. » * *
Mais les fticultés {ntelleciuèll^s sont et doivent être difBIrenteé; htMàévé ne potrrra donc remplir le[ second devoir que. lui imposé àon pt*opré intérêt^ qtl'en instituant différent' dbgHés destruction; et e'est iei que lé problème dé rinstràctîon publique commence à sel compliquer. *
Totttefois ^ ce n'est pas en vain que I>eaucoup de
bons!: 'e&pcit& ont 'tcp«G depuis loDg«^iemps la solution de.c0 p6j>lènie^.et;rcin:peiit du moîi^ ^oser quelques.' pFÎtocipes qui ne seront pas contestes; : La. société doit procurer à tans ses membres une première inétruction ^ commune à tous , parce qu'elle est oéeessaire à tous, et après laquelle le plus grand nombre, entraîné par la loi impériense du besoin, doil.se diriger vers un état pvomptement productîF.
Elle doit offrii- une seconde instruction plus éle-^ yée ex plus étendue k tous ceux qui, h'étant appelés 4i par goût., ni par h^esoin , âur travaux âe l'agriculture ou h d^autres occupations mécaniques*, aspirent' ^i^des'profe^.ftÎQâ^idpnt Fexer<ûce demande un esprit plu9;CuUivéy.'Opr«€beNhent uniquement à forlîfiei^ leur «raison,- à OMïer^léup «sprit; Dans ces éta^lissé^ Biens s.e^Qd^ireSf.ôti aur a > soin, de: présenter auxj«Ainçfi)'gensun.:p]us grand nombre d'objets ^ sans le^» Uopîapprofon^.^iVèore; et: J-ofa atteindra ainsi éé but.ûnpoitd^tiv'^Q .les instruire, assçv pouf qn^ls pui^gi 4isççfiWif 4#r<PUte Qu'ils, deyroni suiVré , et s'yJs^ncerajir.4ç courage iBt.confiancn.r .. .; ^ .. ;:
Ce sont les collèges, disait en^o^^^^Je cfol*g^ de France, ce sont les collèges qui préparent des /çàayens de,i0uffis hs.ahsis^s^à l!État,\des milUaires f?i/qç-ftÇ^sW.ï 4i^ f^&s^ a«/flR tribunaux'^ des minislreis mi sq^çtffaires (G^^^» <lu jcleqjé.) J ..Enfla, la.jppfçti4oi^oftfir/U:W imirttPtioin.^é«i Çi^^i^tffiï^fir?: >^'sfoiWeï? défiû un icèrtaib
nombre 'd'hommes, appelés, psur^fl^iirs gpÀts: «t.pao leurs, taleps à ^es é]iats,.da9i la ^QÎété^iEtUe^inême
FRtl.IMIKAIlŒ. Vij
retire immécliateBfteiii de grands ayantages ; et qui ne peuvent être .^bainloBoéS) sans les pi^us graves incouvéi;iieQs , à rigoprai^ce , à 1 esprit de système ou aux demi-connaissaiices.
Après cela^ .que tous ces établissemens isolés se rattacheut. à.des centres divers qui correspondent eux-mêmes à un centre unique , sur lequel puisse s^exerçer à chaque instant la, haute surveillance du Gouvernement; et Ton a aussitôt dans rînstruction publique le même ordre ^ la même harmonie, la même force 9 qui maintiennent toutes les autres par* ties de Tadministration , la magistrature, le ministère ecclésiastique', le système militaire et l'administration elle-même toute entière.
Avant d'aller plus loin , il est nécessaire de se fixép sur une question qui ne méritait pas les longues et vaines discussions auxquelles elle a donné lieu; car elle e^t', ce semble, bien facile à réisoudre.
Il s'agit de la gratuité de t* instruction.
Les uris ont voulu que toute espèce d'instruction fût donnée gratuitement à tous, et ils ont été ac- ^tisés avec raison d'imprudence ou de folie, ou même d^ambitîon et de cupidité.
'• Les autres ont voulu tout faire payer à tous^ et ife ont dû Ddf attre injustes et barbares.
- Les uns et les autres méconnaissaient des principes évidens d'équité ^t d'intérêt public.
II n'y a point de raison solide pour que la société donne gratuitement aucun degré d^instruction à qui« ' conque est en état de payer ce degré d'instruction ^
yiij DI5COURS
w tout ou en partie. Maïs, comme nous Tavous dit ailleurs, il est digne d'une grande sociëcé, il est digne de la France et de son I)Loi , de donner rinstraction la plus élevée, aussi bien que la première instruction, i ceux qui , d'une part , ne sont pas en état d*en sup*-* porter les frais, et d'autra part , se montrent oapablea d'en profiler.
§. 11. Dç t Instruction publique, considérée
dans son organisation.
On a vu que, pour satisfaire à tous les besoio<» de la société, le corps enseignant devait comprendre {jlusieurs sortes d'écoles dislingiiée^ entre elles par les trois dîfférens degrés d'iQStrnpUou quelles prCN sentent.
i\ JEcoles du premier degré , on Ecoles primaire^^ ,
Ces écoles ateront h la portée de tous , et muhiv pliées sans autre mesure que la population et let moyens d'existence des instituteurs.
Une grande et précieuse influence ^ue l'Université s^était efforcée en yain de conserver au clergé sur ces nombrçi^ses écoles» lui e$t solennellement rendue. L'autorité ecclésiastique concourra sans cesse avec Vauiorité civile à améliorer l'iâatructiaii et les mœurs du premier âge. L^Uuivf rsité continuera db joindre k sa propre surveillance fl'utiles secours , et chaque année elle distribuera 4o,ooo franca (i) k
(i) L'ordonnance du Roi| en date du 39 février dernier^ accorde Se^ooo fr. par an poar Tamâiora tion de llnstructîon primaiie.
litre d'eneouragement et de récompenies aux instU lufeura primaires qui auront rendu le plus de senricea. En général les dispositions du projet que nous reproduisons en ce moment , formées de <^ que la raison et Texpérience ont recoonude meilleur et de plus utile, soit en France , soit dans les psysToisins, permettent d'espérer les plus heureux résultats dans cette partie de renseignement public, qui intéresse douae millions de Français (i)*
:i^. Ecoles du second degré ^ ou Collèges et Pensions.
L'antique dénomination de co/Ze'^a^, rendue aux écoles publiques du second degré, rappelle aussitôt hi Vesprit les anciennes mœurs et les saines doctrines des hommes qui ont le plus illustré les corporations, chargées amreffTia de Tiosiruction dé la jeunesse. Il a semblé utile de s'adresser,ie plusquHl était possible, aux souvenirs, pour mieux justifier les espérances.
Les pensions , qui se distinguent par un caractère propre , celui d'établissemens privés et d'entreprises particulières « ont toujours été ei devront toujours être ou le supplément ou l'aliment des collèges.
Ces écoles secondaires de l'un et de Tautre genre , h la tête desquelles ou distinguera, parles bienfaits du Prince et par retendue de renseignement, les
(i) Ces dispositions, Jont le discours de M. de Saint- Komain est bien loin d'avoir été, comme on i'a'dit, la cause ni même répoijue, ont été CoflsSCrées , pOur la plus grande partie , par rardoBBance.que l'on Tient de citer.
X BISCOORS r
collèges royaux, ces écoles seront assez nombretitea pour que personne ne se plaigne avec raisoa de n'a-^ voir pu en approcher, et y puiser leâ lumières dont il avait besoin ; et elles ne le seront pas assez , pour qu'il devieune impoasible.de les entretenir^ ou de maîtres ou d'élèves. . . l . . :
Une même discipline , une instruction sagemenl mesurée suivant les lieux et suivant les âges, un enseignement libre sans licence et réglé sans contrainte , des maîtres investis d'une autorité qui s'éloigne également du despotisme et de la faiblesse, des élèves soumis à des règles sévères^et non pas arbitraires , les : sciences, et les lettres so prêtant ua secours et une lumière mutuels, voilà ce que le corps enseignant y définitivement çiaintenu par rautorité suprême, peut promettre avec certitude aux géné<^ rations dôntJla sçln lui âera eonfié.
'3^.' 'Ecoles du troisième degré ^ o\xFaculUs.
Ces écoles- achèvent et €Ouronnent tout l'édifice de rinstruc tien publique, soit parce qu'elles présentent un t enseignement approfondi dés scietices les plust utiles, comme : îles ' plus difficiles^ / soit parce qu'elles confèrent les divei^ft*gfades'qpi doÂVebt donner A. î?^ société de^ garant ies , cespectables contre rimpéritie ; dans les diffçrentes professions où elïe^
aboutissent. , , . .
• , , .«/If. •*•••■•■•» .♦■
Le projet renferme ,. ce semble^ les disposî'^ tlons les plus efficaces pour que l'enseig^ejiEieM soit
pRiuMiNAnti;. xj
toujours tfo^Udeei p.ur.,.ec pour que la garantie des grades ue f^t. jHiiiaîsiUtisoiiie.
Ces eooles serdnt nécessairement en petit no mbre pirccisémeot parce que ronofeservero pour ces grandes écoles, confvnfi pour les autres v^^^g Î^^^^ proportion avec les^bç^ins vé^U.
Dans quelques-unes l'enseignement des lettres et des sciences mathématiques et physiques recevra d'utiles dëveloppemens ;.et.Ge premier ordre de facultés a^r^.d'ailleurs la mission importante de délivrer les grades correspôndansou analogues à Tancien grade de maître is arts, grades désormais nécessaires ou pour exercer des fonctions dans le corps ensei* gnant , ou pour parvenir à celles de médecin , de jurisconsulte et de théologien.
Six écoles . de rhéologie , neof de dtbil ,^ trois de médecine , outre les écoles secondaires de médecine et de chirurgie, et les écoles de pharmacie , ont paru suffire, sOtts le' double rapport et de renseVgnement, qu'on ne peut confier qu^à 4es bammesi éminens en talens et e.n.dp<;trine,^;et de, la collation des grades qu'il gérait trpp fa^çile. d'ol^epir si le&jugQs. étaient irop multipliéçw . K . , h
•Et^ çqmm^e nou^ Fayons déjà dit, :ces divers degrés jl^'instruçtipji.sçrQn^ acoessiJ^les;à tous , diiAslà pt-oportion des besoins et des talens de chacun. Tous paurront arriver à ç^Ue qui leat^ç{>nyiei3dra le mieuac;; et.telles sont les ressources préparées .aux sujets do^tf la fortune trop bçrnée ^e sçcoftd^raîi pias. les: betoceuses
dispositions , qo'assurémeuc l'Université n^encourra jamais le reproche de négliger ou d'étouffer le talent pauvre. Dabs les écoles primaires ; la première ins* truciioD sera donnée gratuitement à tous les enfans dont le maire de la commune attestera l'indigence. Dans chacun des c|uarante ou cinquante collèges royaux , tent à cent cinquadte enfans botirsiet*s du Gouvernement ou de leurs propres villes, hecëvt^ottt» en tout ou en partie ^ le bienfait gratuit cle la seconde instruction. Cette même munificence accompagnera jusque dans les facultés supérieures de théologie ^ de droit et de médecine, ceux de ces boursiers qui auront le mieux justifié les premiers sacrifices faits en leur faveur.
§• m. De 1^ Instruction publique considérée dans ses moyens d^ existence et de prospérités
L L'ln8iructi9n publique doit exiêier honorablement.
Les liioyens de cette existence faotioi*abIe sont :
1^. Un rang distingué dans l'Etat pour le chef et poctr les principaux fonctiotmaires qui représentent un corps dépositaire d'un aussi grand intérêt public ;
ù\ Des trait^rmens ooiltenables et nssuf éà pour les différentes foéctions, des fonds certaitis pour toutes les dépenses ;
3^. La certitude d'une vieillesse beureuse ^ uptèi un temps suffisant de travaux modestes et péinibles qui ne candbiront jainais à la fortune ;
4^« Une ^Qridiciioo spéciale , qui permet de tout reCoria^r ^1 de loatr^ler sans scanclale et sans éclat.
n. X/ Instruction publique ^it se renouveler elle^miaèe et se perpétuer sans interruption*
Le principal mojen existe, et, dans le sein de la paix et do repos public, Texpérience aara bientAl prouvé que ce moyen est anssi certain qu'il est simple. L'école normale , formée de Pélite des sujets que leurs goûts y leurs taleos et leur bonne conduite auront désignés chaque année comme de dignes oandidais de rkislruciipo publique ; laissant à ceux qui a^ sentiront appelés à Véim ecclésiastique toute liberté de s^e livrer aux études nécessaires , sans préjudice de leurs engagemens avec TUoiversité ; cette école , assurée d'avoir toujours aveo les meilleurs élèves ^ les plus célèbres professeurs , heureux et fiers de trans-* mettre à leur tour et de propager toute» les bonnes doctrine^ qu'ils auront jadis puisées dana cette mémo eincçioite y l!écple normale , planée comme tomes les ajutr^s.école^idfe l!UniMrsite sous les auspices et sous rinfluence de la religion de l'Etat , est la plus solide comme U plus brillante garantie qu'on puisse concevoir pour l'enseignement du second degré | celui des lettres et des sciences mathématiques et physiques*
Un moyen semblable asisurera de même la perpé* tuité d'une bonne instruction prioiiaire, Lc;s institua teurs de ce premier degré se formeront suXîcessivement dans dea classes) noriMsles éowv reapérience a déjà été faite dans quelques académies.
Xiv BISCOtJRS
Eofin les grandes écoles, les facultés -s'entretten* droiH dé professeurs , par une insûtution dont Tuti-^ lité a été vivement sentie dans une Université voisine de la France , la célèbre Université de Turin : un corps d'agrégés nommés au concours sera attaché à chaque faculté, et les professeurs devront être choisis parmi ce^ agrégé^, qui dé)^ devront être de^ hommes distingués. .