‹ Système de logique deductive et inductive, exposé des principes de la preuve et des méthodes de recherche scientifiqueChapitre 26 sur 71 · HIT. — DES ATTRIBUTS, ET PREMIÈREMENT DES QUALITÉS · texte numérisé non relu

HIT. — DES ATTRIBUTS, ET PREMIÈREMENT DES QUALITÉS

: $ 9. — De ce qui a été dit de la Substance, il est facile de déduire ce qu'il y a à dire de l’Attribut ; car si nous ne connaissons et ne pouvons connaître des corps que les sensations. qu'ils excitent en nous ou dans les autres, ces sensations doi-

vent être, en définitive, tout ce que nous appelons leurs attributs ; et la distinction que nous faisons verbalement des propriétés des choses et des sensations qu’elles causent a sa raison dans la commodité du discours, plutôt que dans la nature de ce qui est signifié par les termes.

Les attributs sont communément distribués en ces trois classes : la Qualité, la Quantité; la Relation. Nous examinerons d’abord la première, et nous viendrons ensuite aux deux autres.

Prenons donc, pour exemple, une de ces choses qu’on appelle des qualités sensibles des objets; soit la Blancheur. Quand nous atiribuons la blancheur à une substance, à la neige, par exemple ; quand nous disons que cette neige à la qualité Blancheur, qu’énonçons-nous en réalité? Simplement que lorsque la neige est présente à nos organes, nous avons une sensation particulière que nous avons coutume d'appeler la sensation du blanc. Mais comment sais-je que la neige est présente ? évidemment par les sensations que j’en reçois et non autrement. J’infère que l’objet est présent, parce qu’il me donne un certain assemblage de sensations ; et en lui attribuant la blancheur, j'entends seulement que ce que j'appelle sensation de couleur blanche est une de celles qui composent cet assemblage.

Ceci est une des manières d’exposer le fait, mais il yena une autre et différente. On peut admettre qu’on ne connaît des objets que les sensations qu’ils excitent, que la sensation particulière appelée sensation de blanc que nous donne la neige est notre unique raison d'attribuer à cette substance h qualité Blancheur, la seule preuve qu’elle possède cette qualité. Mais de ce que une chose est l’unique preuve de l'existence d’une autre, il ne s’ensuit pas qu'elles soient une seule et même chose. L’attribut Blancheur, peut-on dire, n’est pas la même chose que le phénomène de la sensation en nous, mais quelque chose existant dans l’objet lui-même, un pouvoir à lui inhérent, quelque chose en vertu de quoi l’objet produit la sensation; et quand nous affirmons que la neige possède l'attribut Blancheur, nous n'’affirmons pas

z DES HOMS ET BES PROPOSITIONS.

seulement que la présence de la neige produit en nous la sensation, mais qu'elle la produit au moyen et en vertu de ce pouvoir ou qualité.

Pour la logique, il importe peu qu’on adopte l’une ou l’autre de ces solutions. La discussion de ces questions appartient à une autre branche de science, souvent déjà indiquée sous le nom de métaphysique. Cependant j'ajouterai que la croyance à l'existence d’Entités appelées qualités me semble n'avoir d'autre fondement qu’une tendance particuliére de l'esprit trés-féconde en illusions, je veux dire la disposition à supposer que deux noms qui ne sont pas absolument synonymes doivent être les noms de choses différentes ; tandis qu’en réalité ils peuvent être les noms d’une seule chose considérée sous deux points de vue différents, ou dans ses relations différentes avec les circonstances environnantes. De ce que les mots gua/ité et sensation ne peuvent pas être pris indifféremment l’un pour l’autre, on suppose qu'ils ne peuvent pas signifier la même chose, à savoir, l’impression produite sur nos sens par la présence de l'objet, quoiqu’il n’y ait aucune absurdité à admettre que cette impression identique peut s'appeler Sensation, prise absolument en elle-même, ou Qualité lorsqu'on la considère comme se rapportant à quelqu'un des nombreux objets dont la présence excite en nous des sentiments ou des sensations. Et si cela peut être admis comme hypothèse, ceux qui tiennent pour une entité per se appelée qualité sont obligés de prouver que leur opinion est mieux fondée, ou qu'elle est autre chose qu’un vieux reliquat de la doctrine scolastique des causes occultes, de cette même absurdité que Molière ridiculisait si heureusement, lorsqu’il fait dire à un médecin pédantesque, que l’opium fait dormir « parce qu’il a une vertu dormitive. »

Ïl est clair qu’en disant que l’opium a « une vertu dormitive, » ce médecin n’expliquait nullement pourquoi il endort, et ne faisait que répéter sa première affirmation, qu’il endort. Pareillement, quand nous disons que la neige est blanche parce qu'elle a la qualité Blancheur, nous ne

faisons que ré-énoncer en termes plus techniques qu’elle excite en nous la sensation de blanc. Si l’on dit que la sensation doit avoir une causé, je réponds que la cause est la présence de l’assemblage de phénomènes qu’on appelle l’objet. Quand on a ditquetoutes les fois que l’objet est présent et que nos organes sont dans leur état normal la sensation a lieu, on a dit tout ce qu'on sait du fait. Il n’est pas besoin, après avoir assigné une cause certaine et intelhgible, de supposer encore une cause occulte chargée de rendre la cause réelle capable de produire son effet. Si l’on demande pourquoi la présence de l’objet cause cette sensation en moi, je ne peux pas répondre; je peux dire seulement que telle est ma nature et la nature. de l’objet, que ce fait fait partie de la constitution du monde, et c'est à cela qu'il faut en définitive en venir, même en intercalant l'entité imaginaire. Quel que soit le nombre des anneaux de la chaîne des causes et des effets, la manière dont un des anneaux produit le suivant reste également inexplicable. Il est aussi facile de concevoir que l’objet produit la sensation directement et tout d’un temps, que de supposer qu'il la produit à l’aide d’une autre chose appelée le pouvoir de la produire.

Mais comme les difficultés que peut soulever cette opinion ne pourraient être écartées sans une discussion qui sort des Hmites de notre science, je me borne à cette remarque générale, et j'adopterai, pour les besoins de la logique, un langage compatible avec l’une et l’autre de ces deux théories de la nature des qualités. Je dirai, ce qui n’est pas contestable, que la qualité Blancheur attribuée à l’objet Neige, est fondée sur ce qu'elle excite en nous la sensation de blanc ; et adoptant le langage employé par les logiciens de l’école à l’égard des attributs appelés des Relations, j’appeillerai la sensation de blanc le fondement de la qualité Blancheur. Pour l’usage lbgique la sensation est la seule partie essentielle de ce qui est exprimé par le mot, la seule partie qu’on puisse avoir à prouver . Quand la sensation est prouvée, la qualité l’est ; et si un objet excite une sensation, c’est qu'il a sans doute le pouvoir de l'exciter.

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