‹ Système de logique deductive et inductive, exposé des principes de la preuve et des méthodes de recherche scientifiqueChapitre 28 sur 71 · V. — QUANTITÉ · texte numérisé non relu

V. — QUANTITÉ

$ 42. — Figurons-nous deux choses, entre lesquelles il n’existe aucune dissemblance excepté dans la quantité; un gallon d’eau, par exemple, et dix gallons d’eau. Un gallon d’eau, comme tout autre objet extérieur, nous fait connaître sa présence par un groupe de sensations. Dix gallons sont aussi un objet manifesté de la même manière, et comme nous ne prenons pas dix gallons d’eau pour un gallon, il est clair que le groupe ‘de sensations doit être différent pour chaque objet. Pareillement, un gallon d’eau et un gallon de vin sont deux objets extérieurs, manifestés aussi par des sensations différentes. Dans le premier cas, cependant, nous disons que cette différence est de quantité, dans le second de qualité, la quantité de l’eau et celle du vin y étant la même. Quelle est la distinction réelle entre les deux faits? Ce n’est pas à la logique à la déterminer, ni à juger si elle est ou non susceptible d'analyse. Pour nous, les considérations suivantes sufliront. Il est évident que les sensations que je reçois du gallon. d’eau et celles du gallon de vin ne sont pas les mêmes, c'est-à-dire pas complétement semblables. Elles “ sont en partie similaires, en partie dissimilaires ; et ce en quoi elles se ressemblent est précisément cela seul en quoi le gallon et les dix gallons d’eau ne se ressemblent pas. Or, ce en quoi le gallon d’eau et le gallon de vin sont semblables, et le gallon et les dix gallons d’eau dissemblables, s'appelle leur quantité. Cette ressemblance et dissemblance, je ne prétends pas l’expliquer, pas plus que toute autre relation de cette espèce. Mon but est de montrer que lorsque nous disons de deux choses qu'elles différent en quantité, notre affirmation est toujours fondée, absolument comme lorsque nous parlons de leur qualité, sur une différence dans les sensations qu’elles exeitent. Personne, je présume, ne dira que voir, ou soulever, ou boire dix gallons d’eau n’implique pas un assemblage différent de sensations que voir, soulever, boire un gallon ; ou que voir ou toucher une règle d’un pied ou une règle d’une toise faite exactement comme celle d’un

pied, sont les mêmes sensations. Je n’essayerai pas d’expliquer

en quoi consiste la différence de ces sensations. Tout le monde le sait et personne ne peut le dire; pas plus qu’on ne pourrait apprendre ce qu'est le blanc à un homme qui n’en aurait jarmais eu la sensation. Mais la différence, autant que nos facultés peuvent la connaître, gît dans les sensations. Les difrérences qu’on dit exister entre leschoses mêmes sont toujours, dans tous les autres cas comme dans celui-ci, fondées exclusivement sur la différence des sensations qu’elles excitent.

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