VII. — RÉSULTATS GÉNÉRAUX
$15.— Nous avons maintenant achevé l'examen des Choses nommées ou nommables, des choses qui ont été ou peuvent être ou des attributs d’autres choses ou des sujets d'attributs.
Notre énumération commençait par les Sentiments. Les sentiments ont été soigneusement distingués et des objets qui les excitent et des organes par lesquels ils sont où sont supposés être transmis. Il y a quatre espèces de sentiments : les Sensations, les Pensées, les Émotions, les Volitions. Ce qu'on appelle Perception n’est qu’un cas particulier de la croyance, et la croyance est une pensée. Les actions sont simplement des volitions suivies d'effet. S'il existe quelque autre espèce d'état mental, en dehors de ceux-là, nous ne jugeons ni nécessaire, ni convenable ici de chercher ce qu'il peut être ou quel rang on pourrait lui assigner.
Après les Sentiments nous avons passé aux Substances, qui sont des Corps ou des Esprits. Laissant de côté la discussion des doutes métaphysiques sur l'existence de la matière et de
l'esprit comme réalités objectives, nous nous sommes arrêtés
à une conclusion sur laquelle presque tous les penseurs s’accordent aujourd’hui, à savoir : que nous ne connaissons de la matière que les sensations qu’elle nous cause et l’ordre dans lequel ces sensations apparaissent, et que la substance Esprit est le récipient inconnu des sensations dont la substance Corps est la cause inconnue.
La dernière classe des Choses Nommables est celle des Attributs, lesquels sont de trois espèces, Qualité, Relation et Quantité. Les qualités ne nous -sont connues, de même que les substances, que par les états de conscience qu’elles excitent; et tout en continuant, pour nous conformer à l'usage, de parler des qualités comme d’une classe distincte de Choses, nous avons fait voir qu’en les affirmant on n’entend affirmer que les sensations ou les sentiments sur lesquels elles sont fondées, et par lesquels seuls elles peuvent être définies ou décrites. Les Relations sont également, sauf les cas simples de ressemblance et de dissemblance, de succession et de simultanéité, fondées sur quelque fait ou phénomène, c’est-à-dire sur des sensations ou états de conscience plus ou moins complexes. La troisième espèce d’Attributs, la Quantité, a pareillement son fondement en des sensations, puisqu'il y a une incontestable différence dans les sensations, suivant que l’objet qui les cause est plus gros ou plus petit, ou plus ou moins intense. Les attributs, par conséquent, ne sont rien pour nous que nos propres sensations ou sentiments, ou quelque chose d'inextricablement enveloppé dans ces états de conscience ; et même ces relations simples et particulières dont nous venons de parler ne font pas exception. Ces relations spéciales sont cependant si importantes et(même en pouvant, à la rigueur, les classer parmi les états de conssience) si fondamentalement distinctes de toutes les autres, que ce serait une inutile subtilité de les confondre sous le même chef, et qu’il faut les classer à part.
Le résultat, donc, de notre analyse nous donne l’énumération et la classification suivantes de toutes les Choses Nommables :
1* Les sentiments ou états de conscience, .
DES CHOSES DÉSISNÉES PAR LES NOMS. ss
2 Les Esprits qui éprouvent ces sentiments,
3° Les Corps ou objets extérieurs qui excitent certains de ces sentiments et les forces ou propriétés au moyen desquelles ils les excitent. Ces forces ou propriétés ne sont, du reste, ici indiquées que par condescendance pour l'opimon commuxe, et parce que leur existence est considérée conme accordée dans le langage coramun dont je crois prudent de ne pas m'écarter, et sans admettre pour cela que leur existence, comme choses réelles, soit garantie. en bonne philosophie. |
k° Et enfin les Successions et Coexistences, les Ressemblances et Dissemblances entre les sentiments ou états de consctence. Ces relations considérées comme existant entre les choses n'existent en réalité qu'entre les états de conscience que ces choses excitent, si ce sont des corps, excikent ou éprouvent, si ce sont des esprits.
Ceoi, jusqu’à ce qu'on ait trouvé mieux, pout tenir lou de celte classification avortée qu'on appelle les Catégories d’Ariiote. Sa valeur pratique apparaîtra quand nous examimerons la théorie des propositions; en d’autres termes, quand nousrechercherons çe qu'est ce que l'esprit eroit lorsqu'il donne, comme on dit, son assentiment à une proposition.
Ces quatre classes comprenant, si la classification est exacte, toutes les Choses Nommables, ces choses ou quelques-unes d’entre elles doivent constituer la signification de tous les noms, et c’est en ces choses où en quelques-unes que consisie ce qu’on appelle un fait.
Quelquefois, pour distinguer, on appelle fait Psychologique ou Subjectif un fait uniquement composé de sentiments ou étais de conscience, considérés comme tels, tandis que un fait consistant, en tout ou en partie, en quelque chose d'autre, c’est-à-dire en des substances ou des atiributs, est appelé un fait Objectif. On peut donc dire que tout fait objectif est fondé sur un fait subjectif correspondant, et n'est pour nous (en dehors du fait subjectif qui lui correspond) que le nom du procédé inçonnu et inscrutable par lequel ce fait paychologique ou subjectif est produit,