CHAPITRE IV
$ 4. — En traitant des Propositions, comme déjà en traitant des Noms, il convient d'exposer d'abord quelques considérations comparativement élémentaires sur leurs formes et leurs variétés, avant d'entreprendre l'analyse de leur signification, qui est le sujet et le but propres de ces préliminaires. |
Une proposition, avons-nous dit précédemment, est un discours dans lequel un prédicat est affirmé ou nié d’un sujet. Un prédicat et un sujet sont tout ce qui est nécessairement requis pour faire une proposition. Mais comme on ne peut pas conclure en voyant seulement deux noms unis ensemble qu'ils sont un prédicat et un sujet, c’est-à-dire que l’un des deux devra être affirmé ou nié de l’autre, il faut nécessairement qu’il y ait quelque moyen d'indiquer que telle est l'intention de celui qui parle, quelque signe pour faire distinguer une attribution de tout autre espèce de discours. C’est ce qui se fait quelquefois par une légère modification d’un des mots, appelée n/lexion, comme lorsque nous disons le Feu brûle; le changement du second mot brûler (l'infinitif) en brûle indique que nous entendons affirmer le prédicat Brûler du sujet Feu. Mais cette fonction est plus communément remplie par les mots es{, quand on entend affirmer, n'est pas, quand on entend nier, ou par quelque autre temps du verbe étre. Le mot qui sert ainsi de signe de prédication s'appelle, comme nous l'avons dit déjà, la copule. 1] importe de ne laisser aucun vague dans la conception de la nature et de l'office de la copule; car les notions confuses sur ce point sont une des causes qui ont donné ‘un air de mystère à la logique, et fait tourner ses spéculations en logomachies.
Il paraît d’abord que la copule est quelque chose de plüs qu’un simple signe de prédication; qu’elle signifie aussi l’exts- . Lence. La proposition : Socrate est juste, semble impliquer,
non-seulement que la qualité 7uste peut être affirmée de Socrate, mais, de plus, que Socrate est, c’est-à-dire existe. Ceci, cependant, montre simplement qu’il y a ambiguité dans le mot est, mot qui, non-seulement fait fonction de la copule dans l’affirmation, mais a, en outre, un sens propre, en vertu duquel il peut être lui-même le prédicat d’une proposition. Mais que son emploi comme copule n’enferme pas nécessairement l'affirmation d'existence, c’est ce qui ressort d'une proposition comme celle-ci : « Un centaure est une fiction des poëtes, » proposition dans laquelle il ne peut pas être impliqué que le centaure existe, puisque la proposition elle-même énonce expressément que l’objet n’a pas d'existence réelle.
On remplirait des volumes des spéculations frivoles sur la nature de l’Étre (x5 #,.obate, Ens, Entitas, Essentia, etc.) qu’a fait naître cette double signification du mot étre, auquel on voulait trouver un sens qui s’appliquât à tous les cas, et qu'on supposait devoir exprimer toujours la même idée, quand il signifie simplement exister et quand il signifie être quelque chose de déterminé, comme étre Socrate, être vu, être un fantôme, et même étre une non-entité. Le brouillard formé dans ce petit coin se répandit de trèsbonne heure sur toute la surface de la métaphysique. Nous ne pouvons pourtant pas nous croire supérieurs à ces grands génies, Platon et Aristote, parce que nous sommes maintenant en mesure d'éviter les erreurs dans lesquelles ils sont, peut-être inévitablement, tombés. Le chauffeur d’une machme à vapeur produit, par son action musculaire, de bien plus grands effets que n’aurait pu en produire Milon de Crotone; mais il n’est pas pour cela un homme plus fort. Les Grecs ne connaissaient guère d’autres langues que la leur propre; et il leur était, par conséquent, plus difficile qu’à nous d'acquérir l'aptitude à déméler les ambiguiïtés. Un des avantages de l'étude de plusieurs langues, et principalement de celles dont de grands esprits se sont servis pour exposer leurs pensées, est la leçon pratique qu’elle nous donne relativement à l’ambiguité des mots, en montrant
que le même mot dans une langue correspond, en diverses occasions, à des mots différents dans une autre. Sans cet exercice, les intelligerces même les plus fortes troavent ‘de la difficulté à croire que les choses qui portent le même nom n'ont pas aussi, sous un rapport ou sous un autre, ume même nature, et bien des fois elles dépensert sans profit beaucoup de travail (comme il est arrivé souvent aux deux philosophes grecs) en de vaines tentatives pour découvrir ‘en quoi consiste cette nature commune. Mais, l'habitude me $ois prise, des esprits très-inférieurs sont capables d’apercevoir les ambiguïtés qui sont communes à plusieurs langues; et il est surprenant que celle dont il est ici question ant été méconnue par presque tous les auteurs, bien qu’elle existe dans les langues modernes comme dans les anciennes. Hobbes avait déjà remarqué la masse de spéculations futiles produite par une fausse conception'de la nature ‘8e la copule; mais M. Mill (1) est, je crois, le premier qui ait nettement caractérisé l’ambiguïté, ‘et fait voir combien d'erreurs dans les systèmes de philosophie reçus lui sont imputables. Elle n'a guère moins vicié les systèmes modernes que les anciens, bien que, n'étant pas encore complétement soustraits à leur influence, ces erreurs ne nous y paraissent pas aussi absurdes.
Nous exposerons maintenant en peu de mots:les principales distinctions existant -entre les propositions, ainsi que les termes techniques le plus communément-employés pour les exprimer.
$ 2. — Une proposition étant un discours dans:lequel une chose est affirmée ou niée d’une autre chose, la première division est celle des propositions Affirmatives «et Négatives. Une proposition affirmative est celle dans laquelle le prédicat est affirmé du sujet, comme : César ‘est mort. La négative est celle dans laquelle le prédicat est nié du ‘sujet, comme : César n’est pas-mort. La copule dans cette der-
(4) Anaiyse de l'esprit humain, :p. 126 ët-euiv.
DES -RROPOSFFIONS. 87
nière forme consiste dans les mots n'es/ as, qui sont le signe de négation ; .es£ étant.eelui de l'affirmation.
Quelques logiciens, notamment Hobbes, établissent autrement cette distinction. Ils n’admettent qu'une seule forme de la copule etattachent le signe négatif au prédicat. « César est mort. >» — « César n’est pas mort » sont, disent-ils, des propositions qui s'accordent dans le sujet seul, et non dans lesujet et le prédicat à la fois. Pour eux, de prédicat de le seconde proposition serait constitué par <« n'est pas mort» et non par « mort » ; et en “conséquence ils définissent Ja proposition négative, celle dont le prédicat est un nom négatif. Ce point, quoique peu important pratiquement, doit être cité corhme un exemple assez fréquent en dagique, où, par une.apparente simplification, qui est purement verbale, le sujet devient plus embrouillé qu'auparavant. L'idée de ces auteurs était qu’ils pouvaient.se passer de la distinction entre l’affirmatif et le négatif, en -considérant la négation comme l'affirmation d’un nom négatif. Mais qu'ontend-on:p4r un nom négatif? C'est un nom exprimunt l'absence d'un -aburibut. Ainsi, quand nousaffirmons un nom aégatif, ce quebouë affirmons est l'absence et non la présence d'une chose. Nous ne disons pas que quelque chose:esé, mais que quelque chose Rest pas, opéralion à l'expression de laquelle auoun mot ne semble mieux convenir que le mot Nier. La distinction fondamentale est entre un fait et la non-existence de ce fait, entre woir une chose et ne pas la xoir, entre César mort æt Gésar:pas mort. Si cette distinction était purement verbale, le généralisation qui réunit en un seul ces deux modek d'énonciation serait véritablement une simplification, mais h distinction étant réelle et portant sur les faits, t'est cette généralisation qui, en supprimant la distinction, est verbale, ét tend à obscuroir le sujet &n ‘considérant R différéhce entre dieux sortes de faits comme une différence bntre dei sortes de mots. Meltre deut ‘choses ensemlie ou les ‘netite et garder chacutie ‘à part, seront toujours des opératicsé différentes, quelques tours ‘d'adresse qu’on fasse avoc ls
mots.
La «même remarque peut s'appliquer à la plupart des distinctions établies entre les propositions suivant ce qu’on appelle leur modalité, telle que la différence de temps : « le soleil s’esé levé, le soleil se ve, le soleil se /évera. » Ces différences pourraient, comme celle de l'affirmation et de la négation, être interprétées en considérant la circonstance du temps comme une simple modification du prédicat : «le soleil est un objet s'étant levé, le soleil est un objet se levant maintenant, le soleil est un objet qui se lèvera à l'avenir »; maïs cette simplification serait purement verbale. Passés, présents ou futurs, ces levers ne sont pas des espèces différentes de levers ; ces circonstances de temps se rapportent à l'événement annoncé, au lever quotidien du soleil. Elles affectent, non le prédicat, mais l’applicabilité du prédicat à un sujet particulier. Ce que nous disons être passé, présent, futur, n’est pas ce qui est signifié par le sujet et par le prédicat’; mais spécialement et expressément ce qui est signifié par l'assertion, par la proposition même, et non par l’un ou l'autre ou par l’un et l’autre de ses termes. En conséquence, la circonstance de temps se rapporte proprement à la copule qui est le signe de prédication, et non pas au prédicat. Si l’on ne peut pas dire la même chose des modalités comme cellesci : « César peut être mort; César est peut-être mort; il est possible que César soit mort », c’est uniquement parce que ces modifications sont tout à fait d’un autre genre, n'annonçant rien de relatif au fait même, mais se rapportant seulement à notre situation d’esprit à l’égard de ce fait, à savoir, l'absence de non-croyance positive à son existence. Ainsi « César peut être mort » signifie « je ne suis pas sûr que César soit vivant ».
:$ 3. — Une seconde division des propositions est celle en Simples et Complexes. Une proposition simple est celle dans laquelle un seul prédicat est affirmé ou nié d’un seul sujet ; la proposition complexe, celle dans laquelle il y a plus d’un sujet ou plus d’un prédicat, ou à la fois plusieurs sujets et plusieurs prédicats. |
À première vue celle division a l’air d'une absurdité, en: ce qu’elle établit gravement une distinction des choses en une et en plus d’une, comme si on divisait îes chevaux en chevaux individuels et en attelages de chevaux. Et, en effet, souvent ce qu’on appelle une proposition complexe n’est pas une proposition du tout, mais consiste en plusieurs propositions réunies ensemble par une conjonction ; celle-ci, par exemple : « César est mort et Brutus est vivant, » ou même celle-ci : « César est mort, mais Brutus est vivant. » Il ya là deux assertions distinctes ; et on pourrait aussi bien appeler une rue une maison complexe, comme ces deux propositions une proposition complexe. Les termes syncatégorématiques et et mais ont sans doute une signification ; mais cette signification est si loin de faire des deux propositions une proposition unique, qu'elle y en ajoute une troisième. Les particules sont des abréviations et, en général, des abréviations de propositions, une sorte de tachygraphie par laquelle une pensée dont l'expression développée exigerait une ou plusieurs propositions est suggérée à l'esprit tout à la fois. Ainsi les mots : César est mort et Brutus est vivant seront équivalents à ceux-ci : César est mort, Brutus est vivant, si l'on veut que les deux premières propositions soient pensées ensemble. Si l’on disait : César est mort, mais Brutus est vivant, le sens serait équivalent aux mêmes trois propositions à la fois, plus cette quatrième : « Entre les deux propositions précédentes 1l y a un contraste, » soit entre les faits mêmes, soit entre les sentiments avec lesquels on désire que ces faits soient considérés. |
Dans ces exemples les deux propositions sont manifestement distinctes, chaque sujet ayant son prédicat séparé et chaque prédicat son sujet. Cependant, pour abréger et éviter des répétitions, on lie souvent ensemble les deux propositions, comme dans celle-ci : « Pierre et Jacques prêchèrent à Jérusalem et en Galilée, » laquelle contient quatre propositions : Pierre prêcha à Jérusalem, Pierre prêcha en
Galilée, Jacques prêcha à Jérusalem, Jacques prêcha en Galilée. |
On a vu que lorsque les propositions comprises dans ce qu’on appelle une proposition complexe sont énoncées absolument, sans condition ni restriction, cette prétendue.preposition n’est pas une proposition du tout, mais:un amas de . propositions, puisque ce qu’elle exprime ne consiste pas en une seule assertion, mais en plusieurs assertions qui, vraies jointes ensemble, le sont aussi séparément. Mais il y a une classe de propositions qui, bien qu'offrant une pluralité de sujets et de prédicaiset pouvant ainsi, en un-seus, être cÜnsidérées comme formées de plusieurs propositions, ne eomtiennent cependant qu'une seule assertion, -et dont la vérMé n'implique pas du tout la vérité des propositions simples qui les composent. C’est ce qui a lieu lorsque les propositions simples sont reliées par la particule o#, comme : Ou À est B ou C est D ; ou par la particule st, comme : A «est B.s2 € est B. Dans le premier cas, la proposition est appelée disjonctive, dans le second conditionnelle. Ces deux classes étaient anciennement comprises sous le titre commun d'hypoihétiques. Ainsi que l’ont remarqué l'archevêque Whatey ‘et d'autres, la forme disjonctive est réductible à la conditiannelle, une proposition disjonctive étant équivalente à plusieurs conditionnelles. « Ou A :est .B ou Cest D » signifie « & A n’est pas B, G est D ; etsi C n’est pas D, A est B. » Toutes les propositions hypothétiques, donc, quoique disjonctives par la forme, sont conditionnelles par le sens, et les mots Hypothétique et Conditionnel peuvent être, ainsi qu'ils ke sont d’ailleurs généralement, employés comme synonymes. Les propositions dans lesquelles l’assertion ne dépend pas d'une condition sort appelées catégoriques par les Jogiciens,
Une proposition hypothétique n’est pas, commeles prétendues propositions complexes, une pure agrégation de propositions simples. Les propositions simples qui font partie des termes dans lesquels elle est énoncée, ne font pas partie de l’assertion qu’elle exprime. Lorsqu'on dit : « Si le Koran vient de Dieu, Mahomet est ke prophète.de Dieu, » où n'entend pas affirmer que le Koran vient de Dieu ni que Mahomet sit
, DES PROPOSITIONS. o4 le praphète de Dieu. L'une el l'antre des propositions simples peut être fausse ‘et la proposition hypothétique être imcontestablement vraie. Ce qui est énoncé, ce n’est pas da vérité de ces propositions, mais la possibilité d’inférence de l’une à l'autre. Quel est done lesujet, quel est le prédicat de la proposition hypothétique? « Le Karan » n’en st pas le sujet, ninon plus « Mahomet », car il n’y est rien affirmé ou mié pi du Koran ni de Mahomet. Le sujet réol de prédication est Ja proposition entière : « Mahomet est le prophète de Dieu », et l'affirmation est que c’est Jà une inférence légitime de la proposition : « Le Koran vient de Dieu. » Le sujetiet le prédicat d'une praposition hypothétique sont donc des noms de propositions. Le sujet est une proposition; le prédicat est un nom général relatif, applicable à des propositions. Et ceci fournit même un nouvel exemple à l'appui de la remarque déjà faite que les particules sont des abréviations ; puisque «Se À est B, C est D » :se trouve être une abréviation de cette assertion : « la proposition C -est D est une mférence légitime de la proposition À est B. »
La différence entre les propositions catégoriques et les hypothétiques n’est donc pas aussi grande qu’elle le paraît d'abord. Dans la forme hypothétique, comme dans la forme catégorique, un seul prédicat est affirmé d’un seul sujet ; mais une proposition conditionnelle est une proposilion concernant une proposition ; le sujet de l’assertion est lui-même une assertion. Et .ce n’est pas là même une prapriété «xcluvive des propositions hypothétiques. Il y a encore d’autres classes d’assertions portant sur des propositions. Une proposition, comme tant d’autres choses, possède des attributs qui peuvent lui être appliqués. L’'attribut affirmé d’une proposition hypothétique est qu’elle est une inférence d’une autre proposition; mais cet attribut n’est qu'un de ceux, ‘en grand nombre, qui pourraient être énoncés. On peut dire : «Le tout est plus grand que la partie, est un axiome en mathématiques ; »« Le Saint-Esprit procède du Père seul est un -dogme de l'Église Grecque; » «la doctrine du «droit divin des Rois a été rejetée par le‘ Parlement à l’époque dela
Révolution ; » « l’Infaillibilité du Pape n’a aucun fondement dans l’Écriture. » Dans tous ces cas, le sujet de l'affirmation est une proposition entière, et tous les prédicats se rapportent à ces diverses propositions : « Le tout est plus grand que la partie » « Le Saint-Esprit procède du Père seul» « Les Rois ont un droit divin » « Le pape est infaillible. »
Ayant ainsi reconnu qu’il y a entre les propositions hypothétiques et toutes les autres bien moins de différence qu’on ne l’imaginerait d’après leur forme, on ne saurait trop comment expliquer le haut rang qu’elles occupent dans les traités de logique, si on ne se souvenait que ce qu’elles affirment d’une proposition, savoir, qu’elle est une inférence de quelque chose autre, est précisément celui de ses attributs qui, plus que tous les autres, intéresse le logicien.
$ 4. — Une autre des divisions ordinaires des propositions est celle qui les classe en Universelles, Particulières, Indéfinies et Singulières ; distinctions fondées sur le degré de généralité dans lequel le nom, sujet de la proposition, doit être entendu. En voici des exemples:
Tous les hommes sont mortels. Universelle, Quelques hommes sont mortels. Particulière.
L'homme est mortel. . . . . . Indéfinie.
Jules César est mortel . . . . Singulière.
La proposition est singulière lorsque le sujet est un nom individuel. Il n’est pas nécessaire que le nom individuel soit un nom propre. « Le Fondateur du christianisme fut crucifié, » est aussi bien une proposition singulière que cle Christ fut crucifié. » |
Lorsque le nom, sujet de la proposition, est un nom général, on peut entendre affirmer ou nier le prédicat, soit de toutes les choses que ce sujet dénote, soit seulement de quelques-unes. Lorsque le prédicat est affirmé ou nié de toutes et chacune des choses dénotées ‘par le sujet, la proposition est universelle, lorsque de quelques-unes seulement, elle est particulière. Ainsi : Tous les hommes sont mortels, Chaque
DES PROPOSITIONS. | os
homme est mortel, sont des propositions universelles. Nul bomme n'est immortel est aussi une proposition universelle, puisque le prédicat Immortel est nié de tout individu dénoté par le terme Homme ; la proposition négative étant exactement équivalente à celle-ci : Tout homme est non-immortel. Mais « Quelques hommes sont sages, » « Quelques hommes ne sont pas sages, » sont des propositions particulières ; le prédicat Sage étant dans un cas affirmé, dans l’autre cas nié, non de tous les individus dénotés par le terme homme, mais seulement d'une portion quelconque de ces individus, sans spécifier quelle portion ; car si cette portion était déterminée, la proposition serait changée en Singulière, ou en Universelle avec un sujet différent, par exemple, « Tous les hommes convenablement élevés sont sages. » Il y a encore d’autres formes de propositions particulières, comme: « La plupart des hommes sont imparfaitement élevés; » le degré d’étendue de la portion du sujet à laquelle se rapporte le prédicat étant indifférente, tant qu'il demeure incertain comment cette portion doit être distinguée du restant.
Lorsque la forme d’expression ne montre pas clairement si le nom général, sujet de la proposition, doit s’entendre de tous les individus qu’il dénote ou seulement de quelquesuns, la proposition est appelée Indéfinie par quelques logicens; mais c’est là, comme le remarque l’archevêque Whately, un solécisme analogue à celui des grammairiens qui mettent sur leur liste des genres le genre douteux. Celui qui parle peut entendre énoncer une proposition universelle ou une particulière, quoiqu'il ait négligé de déclarer précisément laquelle ; et il arrive souvent que, les mots dont il se sert ne la précisant pas, le sens du discours ou l’habitude du langage y suppléent. Ainsi, quand on dit que «l'Homme est mortel, » personne ne doute que l’assertion doit s’entendre de tous les êtres humains ; et le mot indicatif de l’universalité n’est communément omis que parce que le sens du discours est évident sans cela. Dans la proposition « Le vin est bon,» on comprend tout aussi vite, quoique par
Sù DES NOMS ET DES PROPOSITIONS.
d’autres raisons, que l’assertion ne doit pas être prise universellement, mais particuliérement (t).
Quand. un. nom général vaat pour tous et chacun. des individus dont il est le nom, ou, en d’autres termes, qu’il dénote, les logiciens disent qu’il est dstribué ou pris distributivement. Ainsi dans ka proposition « Fous les hommes sont mortels, » le sujet Homme est distribué, parce que la mor. talité est affirmée de tout et de chaque homme, Le prédicat Mortel n’est pas distribué, parce que les seuls mortels dont il est parlé dans la proposition sont ceux qui se trouvent être des hommes; tandis que ce terme peut comprendre, et comprend en effet, un nombre indéfini d'êtres outre les hommes. Dans ka proposition « Quelques hommes sont mortels, » le sujet et le prédicat sont tous deux non-distribués. Dans celle-ci « Nuls hommes n’ont des ailes, » le sujet et k prédicat sont tous deux distribués. Non-seulementlattribut d’avoir des ailes est nié de la classe entière des hommes, mais cette elasse est séparée et exclue de la classe tout entière des choses ailées, et pas d’une partie seulement de cette classe.
Cette terminologie, trés-utile pour l'exposition et la démonstration des règles du syllogisme, nous met en état de définir avec concision les propositions universelles et particuliéres. L’Universelle est celle dont le sujet est distribué ; ka Particulière est celle dont le sujet n’est pas distribué.
H ya entre les propositions beaucoup d’autres distractions que celles dont il vient d’être parlé, et quelques-unes sont fort importantes; mais nous trouverons plus tard des accasions meilleures d’en faire l'exposition et l'explication.
(t} Elle peut, cependant, être considérée comme équivalente à une universelle. avec: un prédicat différent, par exemple, « Tout vin est bon, qué vin,» c'est-à-dire, « ast bon au égard aux qualités qui le font être du vin. »
$4. Une étude de la nature des propositions doit avoir pour but une de ces deux choses : l'analyse de l’état de l'esprit appelé Croyance ou lanalyse de l’objet de cette croyance. Toutes les langues reconnaissent une différence entre une opinion, une doctrine et le fait d'admettre l’opimon, la doctrine ; entre l’assentiment et la chose qui est l’objet de l’assentiment. |
La logique, telle qu’elle est conçue ici, n’a pas à s’oecuper de la nature de l’acte de juger ou de croire. L'étude de cette opération, en tant que phénomène de l'esprit, appartient # une autre science. Cependant, les philosophes, depuis Descartes, et principalement depuis Leibnitz et Locke, wont pas fäit cette distinction, etils auraient fort mal accueilli l'idée d'analyser la signification des Propositions sans la fonder sur l’analyse du Jugement. Une proposition, auraient- HS dit, n’est que l'expression en paroles d’un jugement. Ce qui est important, c’est la chose exprimée et non l’expression verbale. Quand l'esprit acquiesce à une proposition, f juge. Sachons ce que fait l’esprit quand il juge, et nous saurons ainsi, et non autrement, ce que sont les propositions.
Conformément à ces vues, presque tous les auteurs de logique des deux derniers siècles, anglais, allemands ou français, ont, d’un bout à l’autre, fait de la théorie des Propositions une théorie des Jugements. Pour eux, une Proposition ou un Jugement, car ils emploient indifféremment ces deux termes, consiste à affirmer ou nier une 2dée d’une autre; juger, c’est joindre ensemble deux idées, ou placer une idée sous une autre, ou comparer deux idées, ou percevoir la convenance ou la disconvenance de deux idées; et toute la doctrine des Propositions, ainsi que celle du Raïsonnement, nécessairement fondée sur la théorie des propositions, reposait sur la supposition que les Idées, les Conceptions, ou, sous n'importe quel nom, les représentations
mentales, en général, constituaient essentiellement la matière et la substance de ces opérations.
Il est vrai que dans certains jugements, comme, par exemple, lorsqu'on juge que l'or est jaune, il se passe dans notre esprit quelque chose qui s'accorde en partie assez bien avec quelqu’une de ces théories. Nous pouvons avoir l’idée d’or et l’idée de jaune, et ces deux idées peuvent se rencontrer ensemble dans notre esprit. Mais d’abord, ce n’est là évidemment qu’une partie de ce qui a lieu, car nous pouvons Joindre ensemble deux idées sans aucun acte de croyance, comme lorsque nous imaginons simplement quelque chose, comme une montagne d’or, ou bien lorsque nous faisons acte positif de non-croyance; car pour ne pas croire que Mahomet était un apôtre de Dieu, il nous faut mettre en présence l’idée de Mahomet et celle d'un apôtre de Dieu. Déterminer ce qui a lieu dans le cas où, outre la mise en présence de deux idées, il y a assentiment ou dissentiment, est un des problèmes les plus embarrassés de la métaphysique. Mais quelle que soit la solution, nous oserons dire qu’il n’a absolument rien à faire avec la nature des propositions, vu que les propositions — sauf les cas où c’est l’esprit lui-même qui en est le sujet — ne sont pas des assertions relatives à nos idées des choses, mais des assertions relatives aux choses mêmes. Pour croire que l’or est jaune, il faut, sans doute, que j'aie l'idée de l’or et l’idée du jaune, et quelque chose de relatif à ces idées doit se passer dans mon esprit; mais ma croyance ne se rapporte pas à ces idées ; elle se rapporte aux choses. Ce que je crois, c’est un fait relatif à une chose extérieure, l'or, et à l'impression faite par cette chose extérieure sur mes organes ; ce n’est pas un fait relatif à ma conception de l'or, laquelle est un incident de mon histoire mentale et non un fait extérieur de la Nature. Sans doute, pour que la croyance à ce fait extérieur se produise, il faut qu'un autre fait ait lieu dans mon esprit, et que mes idées subissent un travail particulier; mais il doit également en être ainsi dans tout ce que je fais. Je ne peux pas bêcher la terre sans avoir l’idée de la terre et
celle de la bêche et celle de toutes les autres choses sur lesquelles j'opère, et sans que je joigne ensemble ces idées (1). Mais ce serait une bien ridicule manière d’exprimer l’action de bêcher la terre, de dire que c’est mettre une idée dans une autre idée. Bêcher est une opération exécutée sur les choses mêmes, bien qu’elle ne puisse être exécutée qu'autant que j'ai dans mon esprit l’idée de ces choses. Et pareillement, croire est un acte qui a pour objet les faits mêmes, quoique une conception préalable de ces faits en soit la condition indispensable. Quand je dis que le feu cause la chaleur, veux-je dire que mon idée de feu cause mon idée de chaleur ? Non. J'entends que le phénomêne naturel feu cause le: phénomène naturel chaleur. Lorsque je veux affirmer quelque chose de relatif aux idées, je leur donne leur propre nom, :je les appelle des idées; comme si je dis que l’idée que se fait un enfant d’une bataille n’est pas conforme à la réalité, ou que l’idée que les hommes ont de la Divinité exerce une grande influence sur l vie morale de l'espèce humaine.
Cette erreur de croire que ce qu’il ya d’essentiellement important dans la Proposition est la relation des deux idées qui correspondent au sujet et au prédicat (au lieu de la relation entre les deux phénomènes qu'ils expriment respectivement), est une des plus funestes qui aient été introduites dans la Logique, et la principale cause du peu de progrès qua fait cette science dans les deux derniers siècles. Les traités de Logique et des branches de la philosophie mentale liés à la Logique, publiés depuis l'intrusion de cette erreur capitale, bien qu'écrils quelquefois par des hommes de fort grand talent et très-instruits, impliquent presque toujours
(4) Le docteur Whewell (Philosophie de la découverte, page 242) conteste teci et demande « si l’on peut dire qu’une taupe ne peut pas creuser la terre, » si elle n’a pas l’idée de la terre et celle du museau et des griffes avec lesquels » elle la creuse ? n Je ne sais pas ce qui se passe dans l'esprit d’une taupe, ni quel degré de perception mentale peut ou non accompagner ses actions instinclives: mais un être humain ne peut pas se servir d’une bêche par instinct, et certainement il ne pourrait pas s’en servir, s’il n'avait pas la connaissance de là béche et de la terre sur laquelle il agit avec cet outil.
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tacitement l'opinion, que la recherche de la vérité consiste dans la considération et le maniement de nos idées ou concepts des choses, et non des choses mêmes; doctrine équivalente à l’assertion que la seule manière d’acquérir la connaissance de la nature est de l’étudier de seconde main, telle qu’elle est représentée dans notre propre esprit. Cependant, de grandes et fécondes vérités sur les phénomènes de la nature se découvrent tous les jours par des procédés qui ne tirént hi lumière, ni secours de ces théories du jugement et du Raisonnement. Quoi d'étonnant alors que ceux qui savent pär expérience comment les vérités se découvrent, trouvent futile une science fondéé principalement sur de semblables spéculations ! Ce qui à été fait pour le progrès de M Logique, depuis la mise en vogue de ces doctrines, n’est pas l’œuvre de logiciens de profession, mais des inventeurs dans les autres sciences qui, par leurs méthodes d’investigation, ont mis en lumière des principes de logique jusqu’alots ignorés; mais qui aussi ont généralement commis l'erreur de supposer que les vieux logiciens n’avaient abs6lament rien connu dans l’art dé philosopher, uniquement sur ce que leurs interprètes modernes y ont si peu pensé en écrivant.
Nous avons donc ici 4 examiner, non pas le jugement, mais les jugements ; non pas l’acte de croire, mais la chose erue. Quel est l’objet immédiat de la croyance dans la proposition ? Quel est le fait signifié par la proposition? Quelle est, quand j'émets une proposition, la chose à laqüelle je donne mon assentiment et pour laquelle je réclame celui des autres? Qu'est-ce, enfin, qui est exprimé par la forme de diséours appelée Proposition, et dont la conformité avec le fait constitue la vérité de l’assertion?
8 2. — Un des penseurs les plus lucides et les plus rigoufeux que ce pays et même le monde aient produits, Hobbes, a fait à cette question la réponse suivante. Dans toute proposition, dit-il, ce qui est signifié, c’est la croyance de celui qui parle que le prédicat est un nom de la chose dont ke
sujet est aussi un nom; et lorsqu'il l'est réellement, la proposition est vraie. Ainsi la proposition : « Tous les hommes sont des êtres vivants » est vraie, parce que êtres vivants est un nom de tout ce dont #ômme est aussi un nom. « Tous les hommes ont six pieds de haut » n’est pas vrai, parce que haut de six pieds n’est pas un nom de toutes les choses (quoiqu'il le soit de quelques-unes) dont homme est un nom.
Dans cette théorie, té qui est établi comme la définition d'une proposition vraie est évidemment urie propriété que toutes les propositions vraies possèdent en commun. Le sujet et le prédicat étant l’un et l’autre des noms de choses, l’un de ces noms ne pourrait pas, sans contradiction avec sa signification, être affirmé de l’autre, s’ils étaient les noms de choses entièrement différentes. S'il ést vrai que quelques hommes sont cuivrés, il doit être vrai, et la proposition l’affirme réellement, que parmi les individus désignés par le nom d’'Hoinme, il s’en trouve quelques-uns qui peuvent être aussi désignés par le nom Cuivré. S'il est vrai que tous les Bœufs ruminent, il doit être vrai que tous les individus appelés Bœufs sont du nombre de éeux appelés aussi rumitiants ; et celui qui affirme qué tous les Bœufs ruminent, affirmé Iñdubitablement que cette relation existe entre les deux noms. |
L’assertion donc qui, selon Hobbes, ést l’assertion unique contenue dans une proposition quelconque, l’est en effet dans toutes: et son analyse a, pâr conséquent, une des conditions requises pour être la vraie. Disons plus, c’est la seule malyse rigoureusement exacte de toutes les propositions saé exception. Ce que Hobbes donne comme la signification des propositions est évidemment une partie de la signification de toutes et la signification totale de quelquesunes. Céci, cependant, montré seulement quel Minimum de sigtification peut être enfermé dans la formule logique d'une proposition ; mais né prouve pas qu'aucune proposition n’en contienné davantage. Pour être autorisé à réunir deux mots pat uñé copulé, il suffit que la chose dénotée par üh des noms soit susceptible d’être aussi, sans violer l'usage,
désignée par l’autre nom. Mais si c’est là toute la signification nécessairement impliquée dans la Proposition, pourquoi ne pas vouloir l’adopter comme définition scientifique du sens de la proposition? Parce que, bien que la simple disposition des mots qui fait la proposition ne donne que ce maigre contingent de signification, cette même disposition combinée avec d’autres circonstances, cette forme combinée avec une autre matière en donne plus et beaucoup plus.
Les seules propositions dont le principe de Hobbes rende suffisamment compte appartiennent à la classe bornée et sans importance de celles où le prédicat et le sujet sont des noms propres. En effet, les noms propres, ainsi qu’on l’a déjà remarqué, n’ont, à strictement parler, aucune signification. Îls sont de simples marques pour des objets individuels ; et lorsque un nom propre est affirmé d’un autre nom propre, cela signifie seulement que les deux noms sont à la fois des marques d'un même objet. Or, c’est là précisément ce que Hobbes présente comme la théorie de l'Attribution en général. Sa théorie s'applique pleinement aux propositions du genre de celles-ci : Hyde était Clarendon, Tullius est Cicéron; elle en épuise le sens; mais elle est tout à fait fautive pour toutes les autres. On ne peut guère s'expliquer cette théorie que par le fait que Hobbes, avec les autres Nominalistes, accordait peu ou point d’attention à la connotation des mots, et voyait leur signification exclusivement dans ce qu’ils dénotent; comme si tous les noms avaient été, ce que sont en réalité les noms propres seuls, de simples marques mises sur les individus, et si un nom propre ne différait d’un nom général qu’en ce que le premier dénote un seul individu, et le second un certain nombre.
On a vu, cependant, que la signification de tous les noms, sauf les noms propres et les noms abslraits non connotatifs, réside dans la connotation. Lorsque, par conséquent, on analyse la signification d’une proposition dans laquelle le prédicat et le sujet, ou l'un des deux, sont des noms connotatifs ; c’est à la connotation de ces termes qu'il faut exclu-
sivement s'attacher, et non à ce qu’ils dénotent, c’est-à-dire dans le langage de- Hobbes, exact jusques-là, à ce dont ils sont les Noms.
Il est remarquable, qu’en disant que la vérité d’une proposition dépend de la conformité de signification. de ses termes (par exemple que « Socrate est sage », est une proposition vraie, parce que Socrate et Sage sont des noms applicables à la même personne, ou, comme il dit, des noms de la même personne), un si profond penseur ne se soit pas demandé comment ces noms se trouvent être des noms de la même personne? Ce n’est pas assurément parce que telle était l’intention de ceux qui mventèrent ces mots. Lorsque les hommes déterminèrent le sens du mot Sage, ils ne pensérent pas à Socrate, et lorsque ses parents lui donnérent ce nom de Socrate, ils ne pensérent pas non plus à la sagesse. Les noms se trouvent convenir à la même personne à cause d’un certain fait, lequel fait n’était ni connu, ni existant quand les noms furent inventés. Si nous désirons savoir quel est ce fait, c’est par la connotation des noms que nous y arriverons.
Un oiseau, une pierre, un homme, un homme sage désignent simplement un objet possédant tels ou tels attributs. La signification réelle du mot Homme est celle de ces attributs et non de Jean, de Pierre et des autres individus. Le mot mortel pareillement connote certains attributs, et quand on dit : «Tous les hommes sont mortels, » le sens de la proposition est que tous les êtres qui possèdent certains attributs en possèdent aussi certains autres. Si les attributs connotés par Aomme sont toujours, en fait, accompagnés de l'attribut connoté par mortel, il s’ensuivra, comme conséquence, que la classe komme sera entièrement renfermée dans la classe mortel,et que mortel sera un nom de toutes les choses dont omme est aussi un nom. Mais pourquoi? Ces objets sont compris sous ce nom parce qu’ils possèdent les attributs tonnotés par ce nom, mais c’est la possession de ces attributs, et non celle du même nom, qui est la condition réelle de la vérité de la proposition: Les nos connotatifs ne prés
cèdent pas les attributs qu'ils eonnotent; ils les suivent. &i un attribut se trouve toujours en conjonction avec un autre attribut, les noms concrets répondant à ces attributs seront sans doute applicables aux mêmes sujets, et on pourra dire, dans le langage de Hobbes, ici tout À fait exact, qu’ils sont deux noms pour les mêmes choses. Mais la possibilité de l'application concomitante des deux noms est la conséquenee de la concomitance des deux attributs, et dans la plupart des cas on n’y pensa nullement quand les noms furent inventés, et que leur signification fut fixée, Que le digmant est combustible, c’est assurément-une proposition à laquelle on ne songea pas lorsque les mots Diamant et Combustible reçurent primitivement leur signification, et l'analyse la plus ingénieuse et la plus subtile de la signification de cas mots n'aurait pu la faire découvrir, Elle a êté trouvée par un procédé tout différent, par l'exercice des sens et en appregant d'eux que l’attribut Combhustibilité existait dans les diamants sur lesquels on a expérimenté, le nombre et la nature des expériences étant tels que ce qui était vrai de ces diamants individuels pouvait être affirmé yrai de toutes les substances possédant les attributs que ce nom connote. En conséquence, l’assertion, quand on l'analyse, est que tontes les fois qu’on trouvera certains attributs il s’en trouvera un certain autre; ce qui n’est pas une question de noms, mais des lois de la nature, de l'ordre existant entre les phénomènes,
$ 3. — Quoique la théorie de Hobbes, telle qu’il l’a exposée, n'ait pas été favorablement aceueillie par es philosophes venus après lui, une théorie virtuellement identique, et assurément bien moins clairement formulée, a, on peut la dire, pris le rang d'opinion établie. L'attribution, dans la doctrine la plus généralement reçue, consiste à rapporter une chose à une classe, c’est-à-dire à ranger un individu sous une classe ou une classe sous une autre classe. Ainsi, la proposition «l'Homme est mortel » énonce que la classe Homme est contenue dans la classe Mortel. « Platon est un philosophe » aflirme que l'individu Platon est un de ceux qui
sommposent la classe Philosophe, Dans la proposition négative, au lieu de placer une chose dans une classe, on l'en exclut, Ainsi, dire que « l’Eléphant n’est pas carnivore » c’est dire que l'éléphant est exclu de la classe carnivore ou n’est pas du nombre des choses composant cette classe, Il n’y a, sauf le langage, aucune différence entre cette théorie de l'attrihution et celle de Hohbes, car une classe n’est absolument rien qu’un nombre indéfini d'individus dénotés par un nom général. C’est le nom commun qu’on leur donne qui en fait une classe. Par conséquent, rapporter une chose à une classe, c'est la prendre pour.une des choses qui sont appelées de ce nom commun ; l'exclure d’une classe, c’est dire que le som commun ne lui est pas applicable.
Une preuve évidente de l'autorité prédominante que eette doctrine a prise, c’est qu’elle est la base du fameux dictum de Omni et Nullo. Le syllogisme, à ce point de vue, se réduisant à l’inférence que ce qui est vrai d’une classe est vrai de toutes les choses appartenant à cette classe, st presque tous les logiciens s’accordant à admettre que g’est 1à le principe supérieur auquel tout raisonnement doit sa validité ; ilest clair que pour ces auteurs les propositions dont se composent les raisonnements ne peuvent consister qu’à diviser des choses en classes et à rapporter chaque chose à sa
Cette théorie me paraît un exemple signalé d’une erreur logique très-fréquente, celle de l’ütepos FPOTEPNY, qui consiste à expliquer une chose par une chose qui la suppose. Lorsque je dis que la neige est blanche, je pense et dois penser la neige comme classe, puisque j'énonce la proposition comme vraie de toute Neige, mais Je ne pense pas cerlainement aux objets blanes comme classe; je ne pense à ancun objet blanc, excepté la neige, et rien qu’à la neige et à la sensation de blanc qu’elle me cause, Sans doute, lorsque j'ai jugé ou acquiescé à l'assertion que la neige est blanche et que plusieurs autres choses sont blanches aussi, je commence graduellement à penser aux objets blancs, comme formant une classe qui comprend la neige et ces autres
choses. Mais cette conception est venue après et non avant ces jugements, et ne peut, par conséquent, être considérée comme leur explication. Au lieu d'expliquer l’effet par la cause, cette doctrine explique la cause par l'effet, erreur fondée, je pense, sur une fausse conception de la nature de la Classification.
On emploie généralement dans ces discussions des formes de langage qui semblent supposer que la classification consiste dans l’arrangement et le groupement d'individus définis et connus; que lorsque les noms furent imposés, on considéra tous les objets individuels de l'univers, qu'on les distribua en segments et en listes, et qu’on donna aux objets de chaque liste un nom commun, en répétant cette opération, toties quoties, jusqu’à ce qu'on eut inventé tous les noms généraux de la langue; ce qui une fois fait, s’il arrive qu’on veuille savoir si un nom général peut être attribué avec vérité à un certain objet particulier, on n’a, en quelque sorte, qu’à parcourir le catalogue des objets auxquels ce nom fut appliqué, et voir si l’objet en question se trouve parmi eux. Les auteurs de la langue auraient ainsi ’prédéterminé tous les objets qui devaient composer chaque classe, et nous n’aurions plus maintenant qu’à consulter le registre de leurs décisions.
Exposée ainsi toute nue, une doctrine aussi absurde ne sera avouée par personne ; mais si les explications communément admises de la classification et de la nomenclature n’impliquent pas cette théorie, il faut qu'on montre comment elles seraient conciliables avec quelque autre.
Les noms généraux ne sont pas des marques apposées sur des objets définis. On ne fait pas des classes en traçant un cercle autour d’un nombre donné d'individus. Les objets composant une classe donnée sont en fluctuation perpétuelle. On peut établir une classe sans connaître tous les individus, ou même un seul des individus, dont elle sera composée, et on le peut encore tout en croyant que de tels individus n'existent pas. Si par la signification d'un nom général il faut entendre les choses dont il est lé nom; il Sensüit qu’aut
cun nom général n’a, excepté par accident, de signification fixe ou ne conserve jamais longtemps la même. Un nom général n’a une signification déterminée qu’à la condition seule d’être le nom d’une variété indéfinie de choses, à savoir, de toutes les choses, connues et inconnues, passées, présentes ou futures, qui possèdent certains attributs définis. Lorsqu'on étudie, non la signification des mots, mais les phénomènes de la nature, on découvre que des attributs sont possédés par tel objet qu’on ne savait pas jusques-là les posséder (comme lorsque les chimistes trouvèrent que le diamant était combustible) ; on met ce nouvel objet dans la classe, mais iln'y appartenait pas auparavant. Nous mettons l'individu dans la classe parce que la proposition est vraie; la proposition n’est pas vraie parce que l’objet est mis dans la classe. |
On verra plus loin, en traitant du raisonnement, combien la théorie de cette opération intellectuelle a été viciée par ces fausses notions, et par l'habitude, dont elles sont un exemple, d’assimiler toutes les opérations de l’entendement qui ont pour objet la vérité à de simples procédés de classifisation et de nomenclature. Malheureusement, les esprits qui sont tombés dans ces rets sont ceux précisément qui ont échappé à l’autre erreur capitale discutée au commencement de ce chapitre ; de sorte que depuis la révolution qui délogea Aristote des écoles, les logiciens peuvent être divisés en ceux qui n’ont vu dans le Raisonnement qu’une question d’Idées, et ceux qui n’y ont vu qu’une question de Noms.
Cependant, quoique la théorie de Hobbes, suivant la remarque bien connue de Leibnitz et l’aveu de Hobbes luimême (1), rende la vérité ou la fausseté complétement arbitraire en ne lui donnant d'autre mesure que la volonté des hommes, il ne faut pas en conclure que Hobbes et ceux qui
(1) « On peut conclure aussi de là que les premières vérités furent arbi- » trairement établies par les premiers qui donnèrent des noms aux choses ou * qui les reçurent des autres. S'il est vrai, par exemple, que l’homme est un 5 être vivants c’est par la raison qu’il plût aux homitnes d'imposer à la fois ces A deux n0mé à la même éhose. # {Calcul du Lobiqée, éhap: in; séêt: 8:)
au fond s'accordent avec lui, aient, en fait, considéré la distinetion entre la vérité et l’erreur comme moins réelle et moins importante que ne le font les autres hommes. On ne pourrait leur supposer cette opinion que par une complète ignorance de leurs autres spéculations. Mais cela montre combien peu d’autorité leur théorie avait sur leur propre esprit. Personne, après tout, n’a jamais imaginé que la vérité n’était rien de plus qu’une propriété des mois, qu’un emploi du langage conforme à une convention préalable. Lorsque la recherche, sortant des généralités, portait sur des cas particuliers, on a toujours admis une distinction entre les questions de choses et les questions de mots ; on a reconnu que certaines propositions fausses dérivaient de l'ignorance de la signification des termes, mais que dans d’autres la source de l’erreur était dans la fausse notion des choses ; qu'un individu complétement ignorant du langage peut former mentalement des propositions, et que ces propositiops peuvent être fausses, c’est-à-dire, qu'il peut prendre pour un fait ce qui n’en est pas un. C’est là ce que personne n’a reconnu en termes plus forts que Hobbes lui-même (1), quoique selon lui une croyance erronée ne dût pas être appelée fausseté, mais seulement erreur; et il a, en outre, en d’autres passages, soutenu des doctrines dans lesquelles k vraie théorie de l'attribution est implicitement contenue. Il dit clairement que les noms généraux sont donnés aux choses en raison de leurs attributs, et que les noms abstraits sont
.. {f) « Les hommes sont sujets à errer, non-seulement en affirmant et en niant, mais encore dans leur perception et dans la pensée muette... Les erreurs tacites, du sens ou de la pensée, ont lieu en passant de l’imagination d’une chose à l'imagination d’une autre ; ou en se figurant qu’une ehese qui n’a jamais été ou ne sera jamais est passée ou future ; comme lorsque, vogant l'image y soleil dans l’eau, nous imaginons que c’est le soleil lui-même; ou en voyant quelque part des épées, qu’on s’est battu ou qu’on se battra là, parce que c’est ce qui a lieu le plus ordinairement ; ou encore lorsque d’après des promesses nous supposons telle ou telle pensée dans l'esprit de celui qui les fait, ou enfin lorsqu’à la vue d’un signe nous jugeons follement qu’il signifie une chose qui en réalité n'est pas. Les erreurs de ce genre sont communes à faut ce qui a le seatiment. » (Calcul ou Logique, chap. v, sent. 4.)
les noms de ces attributs. « L’abstrait est ce qui dans tout sujet désigne la cause du nom concret,.,., et ces causes des noms sont les mêmes que les causes de nos conceptions, c’est-àdire, des actions ou affections de la chose eonçue, que quelques-uns appellent la manière dont les choses agissent sur nos sens, mais que le plus grand nombre appellent des accsdents (1).»1l est étrange qu’étant allé si loin, il n’ait pas fajt un pas de plus, et vu que ce qu’il appelle la cause d’un nom concret est en réalité sa signification, et que lorsque nous attribuons à yn sujet un nom qui lui est donné parce qu'# est un nom d'attribut, ou, comme il dit, d’un accident, natre intention n’est pas d'affirmer le nom, mais, au moyen dn nom, l’attribut.
& 4. — Admettons que le prédicat soit, comme nous l’avons dit, un terme connotatif, et, pour prendre le cas le plus simple, supposons que le sujet soit un nom propre : «le sommet da Chimborazo est blane ». Le mot blanc connote un attribut possédé par l’objet désigné par les mots « Sommet du Chimborazo» , lequel attribut consiste dans le fait physique d’exciter dans les être humains la sensation appelée sensation de blanc. On admettra bien qu’en énonçant cette proposition nous voulons communiquer l'information de ce fait physique, et qué nous ne pensons pas aux noms, si ee n’est comme moyens nécessaires pour faire cette communieation. Le sens donc de la proposition est, que la chose individuelle dénotée par le sujet possède lattribut connoté par le prédicat.
Maintenant, si nous supposons que le sujet est aussi un nom connotatif, le sens de la proposition à un degré de plus de complication. Supposons d’abord que la proposition est à la fois universelle et affirmative : « Tous les hommes sont mortels. » En ce cas, comme dans le précédent, ce que la proposition affirme (ou ce dont elle exprime une croyance) est évidemment que les objets dénotés par le sujet (homme) possèdent les attributs connotés par le prédicat (mortel). Mais la particularité caractéristique de ce cas consiste en ce
(1) Calcui ou Logique, chap. mr, gect, 5.
que les objets ne sont plus désignés individuellement ; ils sont indiqués seulement par quelques-uns de leurs attributs ; ce sont les objets appelés hommes, c’est-à-dire possédant les attributs connotés par le nom Homme ; et la seule chose qu'on puisse connaitre d'eux, ce sont ces attributs. Et, de fait, la proposition étant générale et les objets dénotés par le sujet étant par conséquent indéfinis, la plupart de ces ” objets ne sont pas connus du tout individuellement. L’assertion ne dit donc pas, comme l’autre, que les attributs connotés par le prédicat sont possédés par un individu donné ou par un nombre quelconque d’individus connus, comme Jean, Thomas, etc. ; mais que ces attributs appartiennent à chacun des individus possédant certains autres attributs; que n’importe quoi qui a les attributs connotés par le sujet a aussi ceux connotés par le prédicat ; que le second groupe d'attributs accompagne constamment le premier. Quiconque a les attributs de l’homme a l’attribut mortalité ; la mortalité accompagne toujours les attributs de l'homme (4).
Si l’on se souvient que tout attribut est fondé sur quelque fait ou phénomène des sens ou de la conscience, et que posséder un attribut n’est autre chose, en d'autres termes, qu'être la cause ou faire partie du fait ou phénomène sur lequel se fonde l’attribut, l'analyse peut faire un pas de plus. L’Assertion qu’un attribut accompagne toujours un
(4) A cette exposition on a objecté : « que le sujet de la proposition est naturellement pris dans son Extension, et le prédicat (qui peut, par conséqnent, être un adjectif) dans son Intention ou Compréhension » (connotation), et qu’en conséquence la coexistence des attributs ne correspond pas mieux de cette manière que dans la théorie opposée de l’équation des groupes au procédé actif et vivant de la pensée et du langage. J’admets cette distinction, que j'ai, du reste, moi-même indiquée quelques pages plus bas (page 104). Mais, bien qu’il soit vrai que naturellement nous prenions le sujet d’une proposition dans son extension, cette extension, ou, en d’autres termes, l'extension de la classe dénotée par le nom, n’est pas comprise ou indiquée directement. Elle n’est à la fois comprise et indiquée qu’au travers des attributs. Dans « la vivante opération de la pensée et du langage » l’extension, quoique réellement pensée dans ce cas (ce qui n’a pas lieu pour le prédieat) n’est pensée que par le Modiwm de ce que men pénétrant &t coërtbls eritique appelle à l'Ittentiori. #
autre attribut, ne dit en réalité que ceci: qu’un phénomèëne est toujours accompagné d’un autre phénomène, de telle sorte que lorsque l’un se présente, nous sommes sûrs de l’existence de l’autre. Ainsi, dans la proposition : Tous les hommes sont mortels, le mot Homme connote les attributs assignés à une certaine espèce d'êtres vivants en raison de certains phénomènes qu'ils présentent, lesquels sont, en partie, des faits physiques, comme les impres. sions faites sur nos sens par leur forme et structure, et, en partie, des faits mentals, comme la sensibilité et l'intelligence qu’ils possèdent en propre. C’est là ce qui est entendu par le mot homme, par quiconque connaît la signification du nom. Maintenant, quand nous disons « l'Homme est mortel », nous voulons dire que partout où tous ces divers phénomènes physiques et mentals se rencontrent, on est sûr que l’autre phénomène physique et mental appelé la mort ne manquera pas d’avoir lieu. La proposition ne dit pas quand, car laconnotation du mot mortel n’indique rien de plus que l’arrivée du phénomène un jour ou l’autre, laissant l’époque précise indéterminée.
$ 5. — Nous sommes déjà assez avancés, non-seulement pour démontrer l'erreur de Hobbes, mais pour établir la vraie signification de la classe la plus nombreuse des propositions. L'objet de la croyance dans une proposition, quand elle énonce quelque chose de plus que la simple acception des mots, est généralement, soit la coexistence, soit la succession de deux phénomènes. Au début de notre recherche nous avons trouvé que tout acte de croyance implique deux Choses; nous venons maintenant d'établir que le plus souvent ces deux choses sont deux Phénomènes, ou, en d’autres termes, deux états de conscience ; et que ce que la proposition affirme ou nie de ces phénomènes est ou leur coexistence, ou leur succession; et ce cas comprend d'innombrables exemples que personne, avant d'y réfléchir, ne songerait à y rattacher. Soit la proposition suivante : « Un homme généreux est digne d’être honoré, » Qui penserait à
trouver ici un cas de coexistence entre les phénomènes ? et il en est ainsi pourtant. L’attribut qui fait appeler généreux an homme, lui est appliqué en räison de certains états d’esprit et de certaines particularités desa conduite, qui sontles uns et les autres des phénomènes; les premiers sont des faits internes de conscience, les seconds, en tant que distincts des premiers, des faits physiques ou des perceptions des sens. « Est digne d’être honoré » est susceptible de la même analyse. Honorer signifie ici un sentiment d'approbation ét d’âdmiration suivi, à l’occasion, d’actes extérieurs correspondants. « Digne d'êtte honoré» connote tout cela, en - même temps que l’approbation de l’acte d’honorer. Ce sont là des phénomènes, des états dé conscience accompagnés ou suivis de faits physiques. Quand nous disons : « Un hommé généreux est digñe d'être honoré », nous afffrmons la coexisténce des deux phénomèries complexes conhotés respectivement par les deux termes. Nous affirmons que toutes les fois et partout où les sentiments intérieurs et les faits extérieurs impliqués dans le mot Générosité se rencontrent, la manifestation d’un sentiment intérieur, la disposition à honorer est suivie dans notre esprit d'un autre sentiment, l'approbation. = L'analyse de la signification des noms, dans un précédent
chapitre, nous dispense de donter d’autres exemples pour l’éclaircissement de la signification des propositions. La difficulté ou l'obscurité, quand il s’en rencontre, he réside pas dans le sens de la proposition, mais dans le sens des noms qüi la composent, dans la connotation très-complexe de plusieurs mots, dans la multitude immense et la longué série de faits qui souvent constituent les phénomènes connotés par un nom. Mais lorsqu'on voit ce qu'est le phénomène, il ÿ à rarement de la difficulté à voir que l’assertion énoncée par là proposition est la coexistence de deux phénomènes ou leur succession, en un mot, leur conjonction, de sorte que là où l’un d’eux se rencontre, nous pouvons compter trouver aussi l’autre.
Cette signification des propositions, bien que la plus ordinaire, n’est pas cepéndant la seule, Et d’abord les successions
et les coexistences ne sont pas les seules choses affrmées des phénomènes, Il y a aussi des propositions relatives à ces causes cachées des phénomènes qu’on appelle des subances et des attributs. Une substance, pourtant, n'étant pour nous autré chose que ce qui cause les phénomènes où ce qui én 4 coristierice, et pareillement, #utatis mutandis, les attributs, aucune assertion relative à ces entités ineonnues et inconnaissables ne peut être faite qu'en vertu des Phénomènés, par lesquels seuls elles se révèlent à nos facultés, Quañd on dit : « Socrate était contemporain dela guerre du Péloponèsé », le fondement de cetie assertion, comme de toutes les âssertions concernant les substances, est uné asser: tion cotiternänt les phénomènes qu’elles manifestent, e’està-dire, en cét exemple, les séries de faits par lesquels Socraté sé manifesta lui-même atx hornmies et les séries d'états psychiques qüi constituaient son existenice sentañte, survenus simultatément avec les séries de faits appelés la guerre da Péloponêse. Et la proposition ne dit pas que cela; elle dit encore que la Chose en soi, le Noumène Socrate éxistait et accomplissait ou éprouvait pendant le mêre témps ces divers faits, Ainsi donc, la coexistence ou la succession peuvent être affirmées ou niées, non-seulement entré les fhénofnènes, mais aussi entré les Noumènes ou entré ut Noumène et des phénomènes ; et nous pouvons également, tant des Noumènes que des phénomènes, affirmer simplement . l'existence. Mais qu’est-ce qu’un Noumène? une cause inconfae. En affirmant l’existence d’un Noumèëne, nous affirmons donc la causation. Voilà, par conséquent, deux espèces additionnelles de faits susceptibles de figurer dans une proposition. Ainsi, outre les propositions relatives à la succession et à la coexistence, il y en a qui affirment la simple existence, ét d’autres encore qui se rapportent à la éausation. Mais la causatiof ayant besoin des explications qu’on trouvera dans kB Troisième Livre, doit provisoirement être considérée comme uns espèce distincte et particulière d’assertion.