DE L'INDUCTION EN GÉNÉRAL
du sujet n’ont pas été entièrement négligées par les métaphysiciens; mais, faute d’une connaissance suffisante des procédés par lesquels la science a établi des vérités générales, leur analyse de l'induction, même quand elle est exacte, n'est pas assez spéciale pour servir de fondement à des règles pratiques, qui seraient pour l'induction elle-même ce que sont les règles du syllogisme pour linterprétation de l'induction; tandis que ceux qui ont porté les sciences physiques à leur état actuel d'avancement, — et qui pour arriver à une théorie complète du procédé n'avaient besoin que de généraliser et d'adapter aux divers problèmes les méthodes qu'ils employaient dans leurs travaux habituels, — n’ont jamais, jusqu’à ces derniers temps, songé sérieusement à philosopher sur ce sujet, et n’ont pas paru croire que la manière dont ils arrivaient à leurs conclusions méritât d'être étudiée indépendamment des conclusions mêmes.
$2.— Pour la recherche présente, l'induction peut être définie : le moyen de découvrir et de prouver des propositions générales. Sans doute, ainsi qu’on l’a vu déjà, le procédé par lequel on constate indirectement des faits individuels est tout aussi réellement inductif que celui par lequel on étabht des vérités générales. Mais 1l ne constitue pas une espèce d’induction différente; il est une forme du même procédé; puisque, d'une part, le général n’est que la colleclon des particuliers, définis en nature, mais indéfinis en nombre, et que, d'autre part, toutes les fois que l’évidence résultant de l’observation des cas connus nous autorise à conclure même pour les cas inconnus, la même évidence nous autoriserait à tirer des conclusions semblables pour toute une classe. Ou bien l’inférence est sans valeur aucune, où elle vaut pour tous les cas d’une certaine nature, pour. les cas qui ressemblent sous des rapports déterminés à ceux Que nous avons observés.
Si ces remarques sont justes, si les principes et règles d'inférence sont les mêmes pour les propositions générales et pour les faits particuliers, il s'ensuit qu’une logique com
plète des sciences serait aussi une logique de la vie pratique commune. Puisqu’il n’y a pas un cas d’inférence légitime de l'expérience dont la conclusion ne soit légitimement une proposition générale, l'analyse du procédé par lequel on obtient les vérités générales est virtuellement une analyse
de toute l'induction. Qu'il s'agisse d'un principe scientifique
ou d’un fait particulier, que nous procédions par expérimentation ou par raisonnement, chaque pas dans la série des inférences est essentiellement inductif et la légitimité de l'induction dépend dans les deux cas des mêmes conditions.
Il est vrai que dans une recherche purement pratique, dans laquelle on n’étudie pas les faits en vue de la science, mais dans un but spécial, comme cela a lieu pour le juge, par exemple, ou pour l'avocat, les principes de l'induction ne sont d'aucun secours à l'égard de la difficulté principale. En effet, la difficulté 1c1 n’est pas de /atre des inductions, mais de les choisir; il faut démêler, parmi toutes les propositions générales reconnues vraies, celles qui fournissent les marques par lesquelles on peut décider si le sujet donné possède ou ne possède pas tel ou tel prédicat. En discutant devant un jury une question de fait douteuse, les propositions générales ou principes invoqués par lavocat sont le plus souvent de ces vérités courantes auxquelles on acquiesce immédiatement, son habileté consiste à y ratlacher le cas particulier de sa cause et à choisir parmi les maximes de probabilité connues ou reçues celles qui s'adaptent le mieux à son objet. Le succès dépend ici de la sagacité naturelle ou acquise, aidée de la connaissance du sujet en discussion et des sujets qui s’y lient. L'invention ne peut pas être réduite en règles, bien qu’elle soit susceptible de culture; et il n’y a pas de science qui rende un homme capable de penser à ce qui conviendra à ses fins.
Mais lorsqu'il a pensé à quelque chose, la science peut lui apprendre si ce qu'il a pensé est ou non approprié à son but. L’investigateur ou l’argumentateur peut être guidé par sa sagacité et son savoir dans le choix des inductions qui doivent servir à la construction de son raisonnement. Mais