TROISIÈME CANON
Si deux cas ou plus dans lesquels le phénomène a lieu ont une seule circonstance commune, tandis que deux cas ou plus dans lesquels il na pas lieu n'ont rien de commun que l'absence de cette circonstance; la circonstance par laquelle seule les deux groupes de cas diffèrent est V effet, ou la cause, ou une partie nécessaire de la cause, du phénomène.
Nous allons voir maintenant que la Méthode conjointe de Concordance et de Différence constitue, sous un autre rapport non encore examiné, un perfectionnement de la Méthode de Concordance, en ce qu'elle est exempte d'un défaut caractéristique de cette méthode dont il nous reste à indiquer la nature. Mais comme on ne pourrait entreprendre cette exposition sans introduire un nouvel élément de complication dans
DES QUATRE MÉTHODES DE HECHERCHE EKPÉIUMEÎSTALE. 437
cette longue et difficile discussion, je la renverrai à un autre chapitre; et je passerai maintenant à l'exposition de deux autres méthodes qui complètent la somme des moyens que possèdent les hommes pour explorer les lois de la nature par Tobservation scientifique et.Fexpérience.
§ 5. — La première de ces méthodes a été convenablement nommée Méthode des Résidus. Son principe est trèssimple. En retranchant d'un phénomène donné tout ce qui, en vertu d'inductions antérieures, peut être attribué à des causes connues, ce qui reste sera l'effet des antécédents qui ont été néghgés ou dont l'effet était encore une quantité inconnue.
Supposé, comme précédemment, qu^on a les antécédents ABC suivis des conséquents abc et que, par des inductions antérieures (fondées, supposons-le, sur la Méthode de Différence) , on a déterminé les causes de quelques-uns de ces effets, ou les effets de quelques-unes de ces causes, et qu'on apprend par là que l'effet de A est <2, et l'effet de B, b, Retran chant du phénomène total la somme de ces effets, il reste e, qui, maintenant, sans autre expérience, est reconnu un effet de G. Cette Méthode des Résidus est, au fond, une modification particulière de la Méthode de Différence. Si le cas ABC, abc avait pu être comparé avec un cas unique AB, ab, on aurait prouvé, par le procédé ordinaire de la Méthode de Différence, que G est la cause de c. Dans l'exemple actuel, au lieu d'un cas unique AB, il y a eu à étudier séparément les causes A et B et à inférer des effets qu'elles ont produits chacune à part l'effet qu'elles auraient produit dans le cas ABG où elles agissent ensemble. Ainsi, des deux cas réclamés par la Méthode de Différence, — l'un positif et l'autre négatif, — le négatif, c'est-à-dire celui dans lequel le phénomène est absent, n'est pas le résultat direct de l'observation et de l'expérimentation, mais a été obtenu par déduction. Étant une des formes de la Méthode de Différence, la Méthode des Résidus participe à sa rigoureuse certitude, pourvu que les inductions préalables, celles qui donnaient
les effets de A et B, soient obtenues par le même procédé infaillible, et pourvu qu'on soit certain que G est le seul antécédent auquel le phénomène-résidu c peut être rapporté, le seul agent dont l'effet n'eût pas été déjà calculé et exclu. Mais, comme on ne peut jamais avoir cette entière certitude, la preuve donnée par la Méthode des Résidus n'est pas complète, à moins de pouvoir obtenir G artificiellement et l'expérimenter séparément, ou à moins que son action, une fois indiquée, ne puisse être expliquée et déductivement dérivée de lois connues.
Même avec ces restrictions, la Méthode des Résidus est un des plus importants instruments de découverte. De tous les procédés d'investigation de la nature, elle est le plus fertile en résultats inattendus; nous faisant connaître souvent des successions dans lesquelles ni la cause ni l'effet n'étaient assez manifestes pour attirer l'attention des observateurs. L'agent G peut être une circonstance obscure, que, probablement, on n'apercevrait pas, à moins de la chercher, et que vraisemblablement on n'aurait pas cherchée si l'attention n'avait pas été éveillée par l'insuffisance des causes connues pour rendre compte de la totalité de l'effet ; et c peut être si masqué par son enchevêtrement avec a et b, qu'il se serait difficilement présenté spontanément comme sujet spécial d'examen. Nous donnerons bientôt quelques exemples remarquables de l'emploi de cette Méthode des Résidus. En voici le canon :