‹ Système de logique déductive et inductive [microform]; exposé des principes de la preuve et des méthodes de recherche scientifiqueChapitre 129 sur 146 · DE LA LIBERTÉ ET DE LA NÉCESSITÉ · texte numérisé non relu

DE LA LIBERTÉ ET DE LA NÉCESSITÉ

técédents. Si l'on veut que le mot Nécessité implique un pareil lien, la doctrine n'est pas vraie quant aux actions humaines ; mais elle ne l'est pas non plus quant aux objets inanimés. 11 serait plus exact de dire que h maûère 7t est pcffi soumise à la nécessité que de dire que l'esprit y est soumis. Que les métaphysiciens du libre arbitre, appartenant pour la plupart à l'école qui rejette l'analyse de la Cause et de l'Effet de Hume et de Brown, fassent fausse route faute de la lumière apportée par cette analyse, il n'y a rien là qui doive surprendre. Le vrai sujet d'étonnement est que les Nécessitariens, qui admettent ordinairement cette théorie philosophique, la perdent également de vue dans la pratique. La même méprise sur le vrai sens de la doctrine de la Nécessité Philosophique qui empêche le parti opposé d'en reconnaître la vérité, existe, je crois, plus ou moins obscurément dans l'esprit de la plupart des Nécessitariens, quoiqu'ils puissent la répudier de bouche. Ou je me trompe fort, ou la nécessité qu'ils reconnaissent dans nos actions n'est pas habituellement dans leur pensée une simple uniformité de • succession qui permet de les prévoir. Ils ont au fond l'idée qu'il y a entre les volitions et leurs causes un Hen beaucoup plus serré, de sorte que, lorsqu'ils affirment que la volonté est déterminée par la balance des motifs, ils semblent entendre par là une contrainte plus forte que s'ils disaient simplement que, si les motifs et leur influence habituelle sur nous étaient connus, on pourrait prédire la manière dont nous voudrons agir. Ils commettent, en démontrant leur propre système, la même méprise que commettent leurs adversaires en suivant le leur ; ils ne peuvent donc réellement, en certains cas, échapper aux conséquences fâcheuses que leurs adversaires imputent, bien à tort, à la doctrine ellemême.

§ 3. — J'inchne à croire que cette erreur dépend presque uniquement des associations suggérées par un mot; et qu'on la préviendrait en évitant d'employer, pour exprimer le simple fait de la causation, un terme aussi complètement

hT2 DE LA LOGIQUK DRS SCIENCES MORALES.

impropre que celui île Nécessité. Ce mot, dans ses autres acceptions, implique beaucoup plus qu'une simple uniformité de succession ; il implique l'irrésistibilité. Appliqué à la volonté, il signifie seulement que la cause donnée sera suivie de l'effet, sans préjudice de toutes les possibilités de neutralisation par d'autres causes; mais, dans l'usage ordinaire, il désigne exclusivement l'action de causes qu'on suppose trop puissantes pour être jamais contrebalancées. Quand nous disons que toutes les actions humaines ont lieu par nécessité, nous voulons simplement dire qu'elles arriveront certainement si rien ne l'empêche ; mais (juand nous disons que mourir de f^nm est une nécessité pour ceux qui ne peuvent se procurer d'aliments, nous entendons que cela arrivera certainement, quoi (ju'on puisse faire pour l'empêcher. L'application aux mobiles des actions humaines du terme en usage pour ces agents naturels, qui sont véritablement irrésistibles, ne peut nxinquer, lorsqu'elle devient habituelle, de faire naître le sentiment d'une irrésistibilité semblable des premiers. C'est là cependant une pure illusion. 11 y a des successions physiques que nous appelons nécessaires, corauiela mort faute de nourriture ou d*air; il en est d'autres qui, tout en étant, aussi bien que les premières, des cas de causation, ne sont pas dites nécessaires, comme la mort par empoisonnement qu'un antidote ou l'emploi d'une pompe stomacale peut quelquefois prévenir. Il est très-facile au srntiînent d'oublier, lors même que l'intelligence s'en souvient, (|ue les actions humaines sont dans celte dernière catégorie ; elles ne sont jamais (excepté dans certains cns de folie) commandées par des motifs d'un empire assez absolu pour ne laisser place à 1 influence d'aucun autre. Les causes dont dépend l'action ne sont donc jamais irrésistibles; et un effet donné n'est nécessaire qu'ri la condition que les causes tendant à le produire ne rencontrent pas d'obstacle. Que tout ce qui arrive n'aurait pu arriver autrement qu'autant qu'une cause capable d'y mettre empêchement serait intervenue, c'est ce que personne assurément n'hésitera à aihnettre. Mais désigner ce principe par le nom

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